Au pays de la torture, 
la CIA est reine

Le Sénat a rendu public mardi 9 décembre un rapport explosif sur les méthodes utilisées par l’agence dans 
«la guerre au terrorisme» qui relèvent du crime contre l’humanité.

Le texte d’une enquête du Sénat sur les méthodes de la CIA durant l’ère Bush a fait l’effet d’une bombe hier au Capitole. La torture qu’a utilisée abondamment l’agence, relève le rapport, a été non seulement inacceptable sur le plan humain mais aussi «inefficace» sur le plan du renseignement. La CIA a «menti délibérément au Congrès» et elle a utilisé des méthodes «bien pires» que ce qu’elle a reconnu. Ces révélations figurent dans la partie expurgée du rapport de 6000 pages de la commission du Renseignement du Sénat. Lequel est l’aboutissement de trois ans d’enquêtes réalisées entre 2009 et 2012. Aussitôt après la divulgation du texte, Barack Obama est intervenu pour dénoncer des méthodes « contraires » aux valeurs des États-Unis.

Le président des États-Unis avait mis fin, à son arrivée à la Maison-Blanche, au programme secret de l’agence visant à interroger des prisonniers soupçonnés de liens avec al-Qaida et il a pesé pour la publication d’une partie de cette enquête parlementaire en dépit de l’opposition acharnée des parlementaires républicains. «Le président pense qu’il est important qu’il soit publié pour que les gens aux États-Unis et à travers le monde comprennent exactement ce qui s’est passé», avait expliqué Josh Earnest, porte-parole d’Obama.

Menaces d’abus sexuels…

Du côté du Parti républicain, majoritaire dès janvier prochain dans les deux chambres du Congrès, on a procédé à un véritable tir de barrage en invoquant des investigations «biaisées» qui aurait coûté 40 millions de dollars aux contribuables. Pour le sénateur Marc Rubio, l’un des candidats républicains potentiels à la présidentielle de 2016, la transparence sur ce document n’est «ni sérieuse, ni constructive» mais «imprudente et irresponsable». Une contre-offensive des acteurs de l’époque justifiant ouvertement le recours à la torture a même vu le jour. Ainsi Dick Cheney, vice-président durant les mandats de George W. Bush, a-t-il vigoureusement défendu un «programme de la CIA qui, a-t-il déclaré dans le New York Times, a été autorisé (…) et qui a été examiné d’un point de vue légal par le ministère de la Justice». Et l’ex-chef de file des néoconservateurs de défendre des agents de la CIA qui «devraient être décorés plutôt que d’être critiqués».

Même si le document est une version expurgée et censurée du rapport, Barack Obama a, cette fois, tenu ferme face aux pressions, arguant que quels que soient les risques liés aux réactions que pourrait provoquer la mise en lumière de ces investigations, il fallait les rendre publiques pour s’assurer que « cela ne se reproduise jamais ». Le locataire de la Maison-Blanche reste cependant toujours en échec sur la fermeture du camp de détention de Guantanamo, promise dès 2008 lors de son accession à la fonction suprême. Guantanamo, où se trouvent encore 136 détenus, constitue une pièce névralgique du système mis en place par l’agence pour interroger en dehors du droit des milliers de personnes capturées dans le cadre de la «guerre au terrorisme».

… et simulacres d’exécutions

Des descriptions détaillées de la mort de prisonniers lors d’interrogatoires «musclés» figurent dans le rapport. L’un des organisateurs de l’attentat contre un destroyer états-unien, l’USS Cole à Aden en 2000, a ainsi été menacé d’une perceuse électrique, branchée pendant des heures sous ses oreilles. La menace d’abus sexuels est également évoquée, confirmant des faits qui avaient déjà filtré lors de la diffusion des photos, mettant en scène des détenus dans la sinistre prison d’Abou Ghraib en Irak.

Parmi les «méthodes bien pires» que celles avouées par la CIA figurent les recours fréquents à des simulacres d’exécutions. Des témoignages de prisonniers laissent entrevoir des confrontations d’une violence extrême où la menace de donner la mort est récurrente. Au-delà des simulations d’étouffements par noyade, de la privation de sommeil, des coups et des gifles, on y découvre la soumission à des températures glaciales ou l’obligation à rester dans des positions très douloureuses pendant de très longues périodes (à genoux, le corps en arrière…).

Les conclusions du rapport sont accablantes. Car le déchaînement autorisé des sbires de l’agence n’a pas permis d’acquérir un véritable surcroît de renseignements utiles au démantèlement des réseaux terroristes, comme l’avait plaidé en son temps l’administration Bush. Véritable crime contre l’humanité, ce type de renseignements extorqués n’a le plus souvent même pas permis d’obtenir des informations pertinentes, notamment pour… retrouver la trace d’Oussama Ben Laden.

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