« Un arbre, 
un nœud coulant »

Plusieurs élus allemands sont confrontés aux menaces des ultranationalistes qui les accusent de «favoriser l’hébergement des étrangers». L’un d’eux a démissionné.

Le climat nationaliste s’alourdit outre-Rhin où l’extrême droite ne craint plus d’aboyer ouvertement ses menaces contre tous ceux qui entendent faire respecter le droit des immigrés. Plusieurs élus locaux sont devenus une cible proclamée. Ceux qui sont membres de Die Linke sont tout particulièrement choyés. Hans Erxleben est de ceux-là. Il raconte comment un matin de janvier dernier, il a entendu une grosse explosion devant chez lui. Il pensa d’abord à un pétard de très gros calibre – «un reste du stock de la Saint-Sylvestre», dit-il – avant de constater que c’était sa voiture qui avait été incendiée et venait d’exploser. Conseiller municipal dans le quartier berlinois de Treptow-Köpenick, Hans Erxleben est régulièrement la cible des hommes liges du NPD (Parti nationaliste allemand) qui lui reprochent ses multiples interventions en faveur des demandeurs d’asile. Solidement implanté dans le quartier, le militant affirme toutefois ne pas craindre pour son intégrité en affichant une singulière tranquillité : «Ici, dit-il, j’ai l’appui des gens. Des voisins ont proposé de se rassembler pour protéger ma maison. Ils ne me feront pas lâcher.»

Hans Erxleben fait allusion à une affaire qui défraye la chronique germanique depuis la mi–mars. Markus Nierth, maire non inscrit de la petite ville de Tröglitz (3 000 habitants), dans le Land de Saxe-Anhalt au sud de Berlin, avait donné son accord pour l’hébergement d’une cinquantaine de demandeurs d’asile dans sa commune. Colère du NPD qui a appelé à protester devant le domicile du maire. Face au refus des autorités du Land d’interdire cette manifestation, Markus Nierth a décidé de démissionner. «Je n’ai pas supporté, explique-t-il, d’infliger à ma famille d’être retranchée derrière un cordon de policiers et soumise aux paroles de haine des néonazis.»

La véritable origine du malaise

Petra Pau, figure historique de Die Linke, députée et aujourd’hui vice-présidente du Bundestag où son parti est la première force d’opposition face à la grande coalition (CDU-SPD), est visée, elle aussi, par des happenings néonazis devant son domicile. On lui reproche l’appui qu’elle a accordé à la construction d’un centre d’accueil pour les réfugiés dans son quartier de Marzahn, à Berlin.

Lutz Trümper, maire SPD de Magdeburg, la capitale du Land de Saxe-Anhalt, a pris des mesures dans sa cité pour éviter les débordements d’un rassemblement de la branche locale des Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (Pegida). Après quoi un slogan choc a claqué sur Facebook tel un lugubre écho resurgi de nuits barbares : «Un arbre, un nœud coulant, Trümper.» Le maire a été placé sous protection policière. Il a décidé de faire front et vient, n’en déplaise à l’ultra-droite, d’être largement réélu à la tête de sa cité.

Katharina König (Die Linke), députée de Iena dans l’assemblée du Land de Thuringe, s’est vu «recommander» de ne plus installer une table d’information devant un supermarché. Certains jours, elle reçoit «pas moins de vingt e-mails pour la rappeler à l’ordre», relève-t-elle, citée par le magazine Der Spiegel. Il y est question de tirs dans le ventre «jusqu’à ce que les intestins se répandent» ou de promesses, comme «nous allons vous gazer». La jeune députée rassemble scrupuleusement cette prose qui est transmise aux services de sécurité chargés de la protection de l’ordre constitutionnelle (Verfassungsschutz). Elle affiche, comme ses camarades à Berlin, sa détermination à ne rien céder. On pourrait malheureusement allonger cette liste 
d’au moins cinq ou six autres noms d’élus, objets de vicissitudes analogues. Le plus inquiétant, c’est l’augmentation et la banalisation de ce genre d’actions, stricte apanage jusqu’alors de groupuscules sectaires.

Si l’Allemagne est confrontée depuis deux ans à un afflux plus important de réfugiés et de demandeurs d’asile (environ 200 000 personnes en 2014 venues de Syrie, du Kosovo ou de l’intérieur de l’Union européenne), la situation est loin d’être ingérable. D’autant que le pays, en proie à une grave crise démographique, est devenu d’une certaine manière très redevable de l’immigration. La véritable origine du malaise se situe ailleurs et, à bien y regarder, du côté même des choix fondamentaux du gouvernement Merkel. Ainsi l’intransigeance dont fait preuve Berlin à l’égard d’Athènes sur le dossier de la dette grecque alimente-t-elle des campagnes refusant le moindre geste de solidarité. Avec de spectaculaires dérapages xénophobes. Comme celui de la Bild Zeitung (4 millions d’exemplaires). le quotidien a lancé une pétition en barrant sa une d’un Nein en lettres géantes au versement «de nouveaux milliards à ces Grecs avides» (sic).

Dans cette ambiance, le mouvement Pegida, donné en difficulté après les dissensions internes apparues fin janvier, reprend de la vigueur. De lundi en lundi, ses rendez-vous de Dresde connaissent un regain de fréquentation. Au point que ses joueurs de flûte se font fort d’organiser un «super rassemblement» pour le 13 avril. Avec comme hôte de marque, un certain Geert Wilders, leader néerlandais du Parti pour la liberté (PVV). C’est la première fois qu’un des dirigeants de l’extrême droite européenne – le PVV fut le principal partenaire du Front national français lors des européennes de l’an passé – va prendre la parole dans la capitale saxonne.Le «modèle» rigoriste Schröder-Merkel constitue 
une usine à fabriquer du poison nationaliste en Allemagne et en Europe. Les alertes 
retentissent partout.

 

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