Parfum de flammes 
sur les marchés financiers

Toutes les places de la planète ont connu une nouvelle journée noire jeudi 11 février qui confirme une tendance lourde, observée depuis le début de la semaine. Le secteur bancaire est le plus affecté par cette dépression systémique qui met en lumière, en contrepoint, le besoin de révisions radicales.

De fortes effluves rappelant le krach de 2007-2008 assaillent les narines des traders. La vague de panique enregistrée depuis le début de la semaine sur toutes les places boursières s’est encore gonflée, jeudi 11 février. Dans la foulée de Hong Kong, qui a reculé de 4 %, toutes les Bourses européennes ont décroché à nouveau de façon spectaculaire. Paris perdait 3,8 %, Francfort 2,2 % et Londres 1,7 %. Tous les ingrédients d’une grave crise systémique du capitalisme mondialisé sont réunis : la croissance mondiale donne de sérieux signes d’essoufflement, les cours du pétrole et des matières premières s’effondrent, et les bulles spéculatives qui ont émergé dans la période éclatent les unes après les autres.

Les titres du secteur bancaire européen, comme la française Société générale, l’italienne UBI Banca, l’espagnole Santander ou l’allemande Deutsche Bank, sont particulièrement malmenés. Elles qui subissent encore le contrecoup des précédentes tempêtes boursières craignent de nouveaux chocs d’ampleur provoqués par les défauts annoncés de plusieurs de leurs gros clients, des emprunteurs dans l’incapacité de rembourser leurs crédits en raison de la dégradation sensible et globale de la conjoncture.

Austérité et insuffisance de 
la demande au cœur du problème

Paradoxe, elles subissent la crise de plein fouet alors qu’elles sont gavées de liquidités à taux quasi nul par les différentes banques centrales. Mario Draghi, le patron de la BCE, a annoncé ainsi, début décembre 2015, de nouvelles injections massives de liquidités dans le circuit bancaire – soit 680 milliards d’euros jusqu’en mars 2017, venant s’ajouter aux quelque 1 200 milliards déjà prévus jusqu’à septembre prochain. Cette pluie d’argent pas cher devait permettre de parer aux risques de ralentissement repéré dès le début de l’année par les institutions financières internationales (Banque mondiale et FMI), le calcul étant que les crédits ainsi déversés finissent à terme par doper l’économie réelle. Or, il n’en est rien. Le bilan des divers « ajustements quantitatifs » des banques centrales – déclenchement de la planche à billets en faveur des acteurs des marchés financiers – est on ne peut plus maigre. Le ralentissement de l’activité qui touche l’Europe, le Japon, la Chine et les pays émergents s’est même propagé aux États-Unis, qui semblaient pouvoir faire fonction de locomotive en affichant un taux de croissance plus solide.

Les raisons de ces pannes multiples sont diverses mais elles possèdent toutes un point commun : l’insuffisance de la demande. En Europe, le piège est flagrant. D’un côté, les plans d’austérité et l’alignement sur les normes ordo-libérales plombent l’activité. De l’autre, le secteur bancaire use des tombereaux de crédits déversés par la BCE pour se lancer dans des opérations dont il escompte un retour lucratif rapide, ignorant donc le financement de l’économie réelle.

Le cas de la Deutsche Bank, l’une des premières banques du continent, est particulièrement emblématique. Elle est la plus touchée en Europe par l’actuelle dépression boursière (son titre a perdu plus de 40 % depuis le 1er janvier) parce que très pénalisée par des pertes lourdes (6,8 milliards d’euros en 2 015), enregistrées sur des opérations strictement financières ou purement spéculatives. Comme ces octrois de crédits dans le secteur de l’énergie aux États-Unis. Ce pays, qui a fait le forcing sur l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste, est devenu, l’an dernier, premier producteur d’hydrocarbures au monde. Mais les entreprises qui se sont ruées sur le schiste souffrent aujourd’hui de l’explosion en cours de la bulle financière qui s’est formée sur le secteur, comme jadis celle de la bulle des subprimes, et elles sont incapables de rembourser les emprunts souscrits auprès de… la Deutsche Bank.

Pour que la planche à billets, chère à Mario Draghi, puisse enfin avoir un effet sur l’économie réelle de la zone euro, il faudrait se doter des moyens d’orienter vers elle ces crédits très bon marché, la remarque valant naturellement aussi pour les banquiers centraux des autres zones. Autrement dit, pratiquer une sélection du crédit pas cher en faveur de l’emploi, la formation, les services publics, les investissements pour le climat. Le défi est énorme. Il appelle des réponses urgentes si l’on veut éviter d’être précipité vers un nouveau cataclysme planétaire. Mais la maturité de cet enjeu devient si flagrante qu’il peut être saisi par d’immenses forces potentielles, en Europe et au-delà, désireuses de changement .

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