De fortes hausses de salaires ébranlent la doxa du « modèle » en Allemagne

Les métallurgistes et les salariés de la fonction publique viennent d’obtenir près de 5 % d’augmentation sur deux ans. Forts de ce succès anti-austérité, leurs syndicats IG Metall et Ver.di placent la lutte contre la précarité des nombreux travailleurs hors convention dans leur ligne de mire.

Les salariés allemands viennent d’obtenir coup sur coup dans la fonction publique et dans la métallurgie des hausses de près de 5 % sur deux ans de leurs rémunérations. Ces revalorisations, qui concernent au total plus de cinq millions de personnes, interviennent après que les syndicats Ver.di (fonction publique) et IG Metall (métallurgie) ont décidé de changer de braquet. Signe que les résistances sociales s’intensifient au cœur même du modèle austéritaire que Berlin s’applique à lui-même et recommande toujours si fortement à ses partenaires européens.

Les métallos seront augmentés de 2,8 % au 1er juillet puis de 2 % en avril 2017. Les salariés de la fonction publique ont obtenu une hausse de 2,4 % en 2016 et 2,35 % en 2017. Ces succès sont pour l’essentiel à mettre au compte d’un net regain de combativité des syndicats. Eux, qui ont rompu depuis plusieurs années déjà avec le consensus de la « modération salariale » qui prévalait jusqu’au début des années 2010, se déclarent désormais prêts à des mouvements « durs ». IG Metall annonçait des grèves région par région et, à l’appel du syndicat Ver.di, les salariés de la fonction publique n’ont pas hésité à paralyser pendant 24 heures plusieurs grands aéroports du pays le 27 avril dernier.

Les syndicalistes veulent prolonger le succès

La multiplication de mouvements « hors normes » outre-Rhin, se démarquant de la traditionnelle culture syndicale de conciliation – à l’instar des grèves successives des conducteurs de locomotives en 2015 (5,1 % d’augmentation et 400 embauches) –, traduit une nouvelle détermination du monde salarié. Ver.di et IG Metall, les deux plus grandes fédérations du syndicat DGB, ont décidé de se mettre au diapason de ces attentes. Elles entendent également regagner ainsi une partie du terrain et… des adhérents perdus sous l’effet des contre-réformes, adoptées sous la houlette de l’ex-chancelier Schröder.

Et les syndicalistes ne s’en tiennent pas là. Ils veulent prolonger le succès « tarifaire » obtenu (correspondance d’une convention collective de ce côté-ci du Rhin) en déclarant la guerre à la précarité qui a pris des dimensions hallucinantes. Selon une étude de la fondation Hans Böckler, proche du DGB, quelque 40 % des salariés allemands sont ainsi tributaires de contrats de travail non conventionnels (temps partiel non désiré, mini-jobs, jobs à un euro de l’heure, intérim, etc.). Si on leur ajoute tous ceux qui sortent du cadre tarifaire de la branche, parce que leurs représentants à l’entreprise ont conclu des « accords maison », assortis de multiples clauses d’exemptions, plus de la moitié des travailleurs sont aujourd’hui, outre-Rhin, sortis de conditions conventionnelles.

Les syndicats dénoncent tout particulièrement une extraordinaire extension du recours à des contrats d’ouvrage (Werkverträge) qui permettent aux entreprises de faire affaire avec des mini-sociétés, voire des autoentrepreneurs. Les personnes intégrées au processus de production ont un statut externe et évoluent donc hors des rémunérations et des protections tarifaires de la branche. Ainsi, conséquence de cette « ubéritisation » massive, quelque 20 000 personnes travaillant pour le groupe Volkswagen ont été placées en zone low cost hors du champ syndical.

Les luttes contre l’austérité stimulent l’emploi

Ces contrats d’ouvrage constituent « une atteinte à la cogestion en privant les salariés de tout moyen d’intervention », dénonce Manfred Stark d’IG Metall Volkswagen qui y voit « un retour en arrière ». Les succès « tarifaires » sont « considérables ». Toutefois, la bataille décisive pour une vraie amélioration du statut des salariés « dans une “société minée par l’explosion des inégalités » porte, précise-t-il, sur « une interdiction ou une sévère re-réglementation de ces contrats d’ouvrage pour réintégrer des milliers de travailleurs dans leurs droits et leurs justes rémunérations ».

En stimulant la consommation et donc la croissance du marché intérieur, les luttes contre l’austérité et pour les droits des salariés stimulent l’emploi et les importations en Allemagne. Elles ne peuvent donc qu’avoir des conséquences bénéfiques sur l’activité dans le reste de l’Europe. Ces luttes offrent ainsi le seul véritable début de remède à la crise qui mine la zone euro. Et elles révèlent, au passage, leur immense convergence avec l’actuel mouvement français contre le torpillage du Code du travail.

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