IG Metall veut un droit à la semaine de 28 heures

Le syndicat de la métallurgie négocie les accords de branche 2018. Il revendique 6 % de hausse de salaires et une réduction optionnelle du temps de travail.

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« Autodéterminé le temps de travail entre la vie professionnelle et la vie privée » revendiquent les syndicalistes d’IG Metall

 

L’automne social s’annonce chaud outre-Rhin. Le syndicat de la métallurgie (IG Metall) se lance dans les négociations sur les accords tarifaires de branche (l’équivalent de nos conventions collectives) en revendiquant une hausse de 6 % des rémunérations et un droit à une réduction provisoire du temps de travail pour les salariés qui le désirent. L’opération ne vise rien moins qu’une appropriation de la flexibilité par les travailleurs. Le syndicat veut que l’initiative du recours à cet instrument chéri du patronat soit retournée en leur faveur. « Les travailleurs, souligne Jörg Hofmann, le président d’IG Metall, entendent autodéterminer leur temps de travail et non plus le subir comme une contrainte extérieure. »

le bras de fer s’annonce extrêmement rude

Le syndicat veut introduire un droit pour tous les salariés de la branche (plus de 3 millions de personnes) à opter « pendant une période allant jusqu’à deux ans pour une réduction de la semaine de travail à 28 heures ». Ceux qui choisiraient cette option perdraient autant de salaire que d’heures non travaillées. Mais les salariés ayant des enfants ou des proches parents à charge ou étant confronté&s à des conditions de travail pénibles, comme par exemple un fonctionnement en trois-huit avec horaires réguliers de nuit, les salariés obtiendraient, selon les revendications syndicales, une prime allant de 750 à 2 400 euros par an pour compenser la perte de revenu.

IG Metall confirme une nouvelle fois avec 6% de hausse des rémunérations revendiquées cette année, la fin de la « modération salariale sur laquelle les syndicats se sont alignés jusqu’au milieu des années 2010. Et avec la revendication de la semaine de 28 heures il revendique une « adaptabilité du travail avec la vie familiale » qui est d’évidence destinée à reconquérir des positions perdues, ces dernières années, sous les effets des contre-réformes du marché du travail. Celles ci ont fait exploser le nombre d’intérimaires, de contrats précaires et de travailleurs à temps partiel relégués massivement hors des accords tarifaires (conventions collectives). Le faible niveau du chômage et le manque de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur ont créé une situation plus favorable. Et IG Metall entend bien s’en saisir pour enrayer le phénomène massif de précarisation des salariés.

L’accord de branche qu’il négocie inclut un droit au retour aux 35 heures réglementaires pour les salariés ayant opté pour la réduction de leur temps de travail. Cela créerait un précédent puisque jusqu’alors la partie patronale s’oppose farouchement à tout passage du temps partiel vers le temps plein. Sous couvert qu’il porterait atteinte à la flexibilité. L’adoption d’un tel dispositif pourrait non seulement enrayer le phénomène de fuite hors des conventions collectives mais il devrait constituer un outil, relèvent les syndicalistes, permettant peu à peu d’ouvrir la voie à un processus de (ré)intégration des salariés précaires dans leur champ. Soit un objectif devenu central pour des syndicats affaiblis par les déréglementations anti-sociales impulsées depuis l’époque de l’ex-chancelier Schröder.

Signe de l’acuité de l’enjeu, le bras de fer s’annonce extrêmement rude avec le patronat de la métallurgie. Leur organisation menace de quitter massivement les organismes de négociation de branche ou de délocaliser la production à l’étranger. « Qui doit faire le boulot, si le temps de travail est encore réduit? », hurle le chef de Gesamtmetall ( patronat de la métallurgie), qui s’étrangle : « Plus d’argent pour ne rien faire, cela se fera sans nous. »

Mais les revendications d’IG Metall rencontrent un écho très favorable parmi les plus jeunes salariés, contraints souvent à subir la précarité d’un temps partiel pour s’occuper de leurs enfants en bas âge ou veiller sur des parents âgés. D’autant que les familles subissent de plus en plus fortement le manque endémique d’investissements du pays dans les personnels soignants ou d’encadrement de la petite enfance. Frank Sell, l’un des négociateurs d’IG Metall à Stuttgart, estime le temps venu d’une nouvelle ère pour, dit-il, jouant avec les mots, « plus de liberté (Freiheit) pour le temps libre (Freizeit) ».

 

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