Le nationalisme rattrape le « modèle » allemand

 
L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a réussi une nouvelle percée en réalisant de 12,6% à 24,2% dans l’élection des parlements de trois Länder. Son national-libéralisme, en phase avec le respect de la discipline monétariste, allie le rejet de l’euro à celui des migrants.
 
Forte secousse sismique sur l’échiquier politique germanique : les nationalistes de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) ont fait leur entrée ce dimanche avec des scores à deux chiffres dans trois parlements régionaux. Le parti d’extrême droite anti-euro a obtenu 12,6% des voix en Rhénanie-Palatinat et devient la troisième force du Land. Il rassemble 15,1% des électeurs du Bade-Wurtemberg, le plus riche du pays et culmine à quelque 24,2% des voix, en seconde position, en Saxe-Anhalt.
 
Il ne faut pas s’y tromper : cette nouvelle percée nationaliste en Europe ne se réduit pas à un vote sanction contre la politique d’Angela Merkel, plus favorable aux réfugiés et plus respectueuse du devoir d’accueil, que ses collègues du Conseil européen. Car les résultats de ce 13 mars ne sont pas seulement un revers pour la chancelière, comme l’affirment avec une jubilation maligne certains commentaires de ce côté-ci du Rhin à droite et au sein de l’exécutif. Quand le premier ministre français, Manuel Valls, choisissait de dénoncer publiquement à Munich la politique migratoire de Berlin. Non, ces résultats traduisent une accentuation de la crise de l’ensemble du système politique. Les deux partis dominants sur l’échiquier germanique, associés au sein de la grande coalition, sont frappés quasiment à l’identique.
 
En Saxe-Anhalt, le SPD (11,5%) est relégué loin derrière l’AfD (24,2%). Et dans ce Land d’Allemagne orientale Die Linke recule également, passant de 21% à 17%. En Rhénanie-Palatinat, si la ministre-présidente sociale-démocrate, Maria Luise Dreyer, en tête, tire son épingle du jeu (36%), la CDU, emmenée par Julia Klöckner, présentée souvent comme la dauphine d’Angela Merkel, est loin de réaliser le score promis, il y a quelques mois (31%). Dans le Bade-Wurtemberg, la CDU est également distancée mais par les Verts à qui elle espérait reprendre la direction de ce Land . Les écologistes l’avaient conquis en 2011 au lendemain de la tragédie de Fukushima. Winfried Kretschmann, premier ministre-président Verts du pays, devrait pouvoir conserver son siège, même si son partenaire SPD s’effondre (11,8%).
 
L’extrême droite confirme bien davantage son implantation sur l’échiquier politique germanique qu’elle ne profite d’une situation exceptionnelle. Avant l’intensification du débat sur les réfugiés, le parti avait déjà mis à son compte plusieurs percées. Il ne lui a manqué (à 4,7%) que quelques dixièmes de points pour faire son entrée dans le Bundestag en septembre 2013. Il est entré depuis lors dans tous les parlements des Länder où il se présentait (Thuringe, Saxe, Brandebourg, Hambourg et Brême).
 
L’AfD est né d’un débat très virulent au sein de la classe dirigeante germanique. À son origine : l’angoisse qu’une part des excédents allemands puissent être transférés vers les pays du sud européen en crise. L’économiste, Bernd Lucke (pendant 33 ans, membres de la CDU), qui a porté la formation sur les fonts baptismaux en avril 2013, est imprégné de monétarisme. Il est convaincu comme de nombreux autres dissidents du parti chrétien démocrate , dont Hans Olaf Henkel, l’ex-président de la Fédération de l’industrie, la principale organisation patronale germanique, que les grands groupes allemands auraient tout à gagner d’un retour à un deutsche Mark fort ou, à défaut, à un «euro du Nord». Leur national-libéralisme se laisse facilement déduire des normes du modèle ordo-libéral. Et ils misent sur l’utilisation de l’arme monétaire pour gagner en influence en Europe.
 
Un racisme porté aussi par l’attitude des autorités  
L’AfD a pleinement profité du bras de fer engagé par Angela Merkel et Wolfgang Schäuble au début de l’année 2015, pour faire chanter Athènes en le menaçant d’exclusion de la zone euro. La dispute a alimenté outre-Rhin un racisme anti-hellène, généreusement relayé par certains médias comme le quotidien Bild qui n’hésita pas à engager une pétition contre «les Grecs avides». Ce climat lui fut d’autant plus propice que l’AfD s’est radicalisée, à partir de juillet 2015, sous l’impulsion de Frauke Petry, son actuelle dirigeante, qui va chasser alors Lucke de son fauteuil à la direction du parti, pour impulser une orientation de plus en plus xénophobe et se rapprocher du mouvement des Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (Pegida). Pétrie d’ambition, la dirigeante de l’AfD, ex-chef d’entreprise, mise sur une entrée fracassante de sa formation, créditée de 10% à 13% au plan national dans les sondages, au Bundestag en septembre 2017
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