Allemagne : les lourds paradoxes d’un scrutin joué d’avance

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Un modèle allemand…d’imposture verte

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Des révélations sur l’entente des constructeurs automobiles pour mettre au point de vrais-faux moteurs diesels propres secouent la campagne de l’élection du Bundestag.

Le dieselgate n’en finit plus de rebondir outre-Rhin. Il y a deux ans, la direction de Volkswagen était prise en flagrant délit de faussaire masquant sciemment le niveau réel élevé, prohibé, des émissions polluantes de ses véhicules. Démasquée par un organisme états-unien de protection de l’environnement, elle devait reconnaître avoir installé sur ses moteurs diesels des logiciels truqueurs. Lesquels affichaient un respect impeccable des normes environnementales. Mais uniquement lors des contrôles initiaux d’homologation de ses berlines. Les rejets empoisonnés pour la qualité de l’air ou (et) facteurs de réchauffement climatique explosaient ensuite toutes les limites. L’affaire vient de prendre, cet été, une dimension encore plus redoutable, à la suite de révélations sur l’existence d’une vaste entente entre les cinq grands constructeurs, Volkswagen, Porsche, Audi, BMW et Daimler-Benz. Un cartel classique. Sauf qu’une part essentielle de son activité clandestine a été investie dans les techniques installées sur les moteurs diesels. Et celles-ci ont permis aux constructeurs de frauder ensemble les seuils environnementaux légaux et de pouvoir jouer d’un marketing « vert » tout en… polluant sans entrave.

Le scandale est d’autant plus retentissant qu’il émane de documents fournis en 2016 par deux des constructeurs, VW et Daimler, à l’Office allemand de lutte contre les cartels et à un organisme de contrôle européen selon une procédure d’« autodénonciation ». Laquelle présente l’avantage pour les groupes incriminés qui se savaient déjà objets d’enquêtes officielles d’échapper à des amendes très lourdes en cas de condamnation. Dans ces dossiers qu’est parvenu à se procurer le magazine Der Spiegel (1), on découvre comment dès 2006 le « cercle des 5 », comme il se qualifiait lui-même dans ses échanges secrets, avait mis au point un logiciel permettant de limiter la consommation du liquide adBlue, censé contrer par catalyse les émissions très toxiques d’oxydes d’azote (NOx).

L’installation de gros réservoirs du précieux liquide, indispensable à un fonctionnement vraiment efficace, est jugée incompatible avec les objectifs de profits des cinq stars automobiles d’un capitalisme rhénan en pleine mutation. Le surcoût est évalué à plus de 1 500 euros par véhicule. Rédhibitoire. Le cercle des 5 met l’équipementier Bosch dans la boucle et parvient, grâce aux dernières avancées de la technologie numérique, à l’élaboration d’un dosage adBlue qui autorise le maintien de petits réservoirs en conformité avec les attentes des stratèges financiers : le liquide n’est injecté en quantité suffisante dans le moteur qu’au moment du contrôle initial. Sinon le dispositif fonctionne au minimum et donc au maximum pour les émissions empoisonnées.

L’affaire prend ainsi une dimension systémique. La tromperie concerne la quasi-totalité des berlines à moteur diesels produites depuis dix ans en Allemagne et donc… les consommateurs qui pensaient avoir acheté un véhicule « propre ». Diverses procédures judiciaires sont engagées par des associations de protection de l’environnement ou d’automobilistes blousés. Des collectivités menacent d’interdire le diesel sur leur territoire. Et l’addition s’annonce salée pour un secteur qui recense près d’un million de salariés. Les syndicats dénoncent « l’irresponsabilité et l’absence de transparence » des managers.

L’élection du Bundestag le 24 septembre prochain se profile et l’avenir de l’industrie automobile fait irruption dans le débat. Les autorités mettent en exergue un « sommet du diesel ». Il est convoqué début août. Mais il va accoucher d’une souris. Les constructeurs s’engagent à une simple « mise à niveau » des logiciels incriminés sur un peu plus de 5 millions de véhicules. Soit un traitement minimaliste, déjà engagé en Allemagne et en Europe par VW. De quoi limiter les coûts pour les groupes et leurs actionnaires. Sans vraiment régler les défis lourds que font surgir les émissions trop fortes de CO2 ou de gaz toxiques pour la santé et l’avenir de l’espèce humaine.

Les deux partis, associés au gouvernement au sein de la grande coalition, sont sur la défensive. Ils font programmer, à la hâte, un autre sommet du diesel en novembre. Après le scrutin. Leur embarras trahit cependant des compromissions accablantes. Pour la CDU d’Angela Merkel comme pour le SPD de son challenger, Martin Schulz. Les hommes du patronat de l’automobile occupent des postes clés au gouvernement avant de « pantoufler » au sommet de la hiérarchie des firmes. Et inversement. Ainsi Matthias Wissmann, très proche de la chancelière, ex-ministre des Transports, est-il aujourd’hui président de l’Union de l’industrie automobile (VDA) ; ainsi Sigmar Gabriel, le vice-chancelier SPD, ministre des Affaires étrangères, fut-il membre du conseil de surveillance de VW.

Le scandale jette une lumière crue sur un mode de gouvernance où les politiques valent par leur pragmatisme à faire valider une ligne définie en fait par des « experts » du patronat. Le philosophe Jürgen Habermas s’en inquiétait dès 2011 en accusant la chancelière de vouloir faire entrer son pays et l’Europe dans une ère « postdémocratique » (2). Le dieselgate vient confirmer l’imposture écologique d’un « modèle allemand » déjà accro par ailleurs au lignite et au charbon.

(1) Der Spiegel du 22 juillet 2017.

(2) Zur Verfassung Europas (De l’état de l’Europe), Jürgen Habermas, Suhrkamp Verlag, 2011.

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Une extrême droite allemande bien embusquée

Les nationalistes de l’AfD multiplient les « provocs » à un mois du scrutin du Bundestag. Ils chahutent les meetings de la chancelière et veulent la faire juger pour « haute trahison ».

L’extrême droite allemande donne de la voix à l’approche de l’élection du Bundestag du 24 septembre prochain. Plus d’un millier de plaintes visant la politique migratoire d’Angela Merkel ont été déposées devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe par des membres ou des proches de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Et des séances de chahuts sont soigneusement organisées par la même formation nationaliste dans des meetings de la chancelière en campagne.

Ces initiatives visent à faire revenir la politique migratoire sur le devant de la scène. Devant la Cour suprême les sbires de l’ultradroite accusent carrément Merkel de « haute trahison » en ciblant sa décision, prise début septembre 2015, d’accueillir les réfugiés syriens fuyant la guerre. « Merkel dégage », braillent en cœur, dans un rassemblement électoral, des militants de choc de l’AfD dont certains affichent, comme dans la petite ville de Brandebourg-sur-la-Havel, des images de la chancelière affublée d’un voile islamique. Aussi spectaculaires soient-elles, ces tentatives ne paraissent cependant pas en mesure de faire vraiment bouger les lignes.

Sans surprise, une porte-parole de la Cour de Karlsruhe faisait savoir mercredi 30 août que les plaintes pour « haute trahison » n’avaient aucune chance d’aboutir. Quant aux invectives dans les meetings électoraux, elles ne constituent sans doute pas qu’un handicap pour la chancelière. En faisant front et en affichant donc un certain courage politique, celle-ci peut en effet conforter son image de politicienne centriste et humaine. Laquelle contribue à l’avance d’environ 15 points qu’elle affiche, dans les sondages, sur son principal adversaire, Martin Schulz, le candidat du Parti social-démocrate (SPD) (1).

Sur la question migratoire Angela Merkel, qui affichait en 2015 une position singulière parmi les dirigeants européens, s’est efforcée entre-temps de se rapprocher de leur « normalité » restrictive. Face à l’afflux de nouveaux migrants (autour de 1 million depuis 2015) elle a durci le droit d’asile, critiqué un « multiculturalisme incompatible avec la société allemande », accéléré les expulsions, conclu un accord sonnant et trébuchant avec Erdogan pour « fermer la route des Balkans ».

Ces gages de « sévérité » lui ont permis de ne pas se faire lâcher par les nationalistes de son propre camp, très présents au sein de la CSU bavaroise, tout en ne se déjugeant pas et en continuant à se montrer déterminée à répondre aux demandes anxieuses du patronat. Inquiet de la crise démographique dans laquelle est entré le pays, celui-ci milite en effet ouvertement pour l’organisation d’une « immigration sélective », attirant des forces qualifiées sur le sol allemand.

Il reste que l’AfD, crédité de 8 % à 10 % des intentions de vote par les sondages, pourrait – terrible première outre-Rhin depuis la guerre – faire entrer au moins une cinquantaine de députés dans le prochain Bundestag. Le parti est le produit d’une scission au sein de la droite sur des bases autant xénophobes qu’ultramonétaristes. Ce qui l’amène à rejeter l’euro, soupçonné d’imposer tôt ou tard à la « riche Allemagne » une « union de transferts ». Il faut mesurer à cette filiation la gravité de la menace que représente l’AfD. Bien davantage que dans ses provocations devant la cour suprême ou dans les meetings de la chancelière.

(1) Un sondage de Forsa publié mercredi 30 août donne 38 % à la CDU, 24 % au SPD et 9 % à l’AfD (pour 9 % à Die Linke, 8 % au FDP et 7 % aux Verts).

 

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Trump/Macron: tango de tous les dangers à Paris

Le président Français a mis les petits plats dans les grands en recevant Donald Trump sur les champs Elysées ce 14 juillet, alors même que le nationaliste de la Maison-Blanche représente un terrible danger pour la paix et le climat. La démarche n’est pas seulement indigne : elle révèle nombre de honteuses convergences. Réalisation : Abrahim Saravaki

 

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Kohl, l’homme qui fit chanter l’Europe

L’ancien chancelier , décédé le 16 juin, a imposé une construction de la zone euro aux conditions des Konzerns, les grands groupes ouest-allemands, à l’origine des déséquilibres européens actuels.

KohlL’avalanche de célébrations dévotes que suscite dans les milieux les plus autorisés du continent la disparition de l’ex-chancelier Helmut Kohl, mort ce 16 juin à l’âge de 87 ans, ne doit rien au hasard. Si ce n’est le contenu des oraisons, leur enflure est à la mesure du rôle historique joué par le personnage. Voilà un homme qui aura unifié l’Allemagne et se sera propulsé illico comme le principal architecte de l’Europe telle qu’elle fonctionne. Et en ­particulier de ses travers les plus terribles ; ceux qui nourrissent désormais les déséquilibres la ­menaçant de… dislocation.

Kohl « l’Européen » aura commencé par jouer très « perso » dans la conduite de l’unification allemande. Il préféra la brutalité de l’annexion pure et simple de l’ex-RDA à la République fédérale à la convocation d’une assemblée constituante, comme le souhaitaient pourtant les manifestants qui ont fait chuter le régime ­socialiste autoritaire et étatiste de l’ex-RDA en 1989.

L’union monétaire interallemande, le passage brutal au deutsche Mark, permit aux Siemens, Thyssen, Bayer et autres Volkswagen de prendre presque du jour au lendemain le contrôle de toutes les richesses économiques de l’Est. Mais l’usage de l’arme monétariste provoqua aussi des destructions massives, une vague de faillites poussant dans la misère et le chômage près de la moitié de la population des « nouveaux länder ».

Kohl « l’Européen » mit ses partenaires de l’Union européenne (UE) devant le fait accompli. En vertu de la même doxa monétariste, il leur imposa de cofinancer, de fait, une « unification allemande » dont le coût explosait compte tenu de l’extension rapide du chômage. La hausse brutale des taux d’intérêt au sein du système monétaire européen conduisit en effet les « partenaires » à absorber, comme les salariés et les citoyens « ordinaires » de son pays, une bonne partie du choc.

Kohl « l’Européen » fit chanter l’Europe : ou bien l’Allemagne unifiée largue les amarres de l’UE, ou bien, fit-il comprendre en substance, celle-ci accepte toutes ses conditions dans la mise en œuvre de sa future monnaie unique. Après une longue nuit de négociations à Maastricht en 1992, il l’emporta sur toute la ligne. Soumis, le président, François Mitterrand, vendit bruyamment au public français la réussite de l’arrimage du navire allemand au projet européen alors qu’il accepta en réalité toutes les conditions d’une construction dominée par les intérêts des konzerns, les grands groupes ouest-allemands. C’est cela qui est à l’origine des funestes déséquilibres intereuropéens. C’est cela qui alimente les nationalismes alors même que coopérations et solidarités européennes sont plus nécessaires que jamais.

N’est-ce pas le chantage de Kohl « l’Européen » que reprend, ce jeudi 15 juin, avec la même opiniâtreté, Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances d’Angela Merkel, en ne lâchant quasiment rien à l’Eurogroupe sur la restructuration de l’insoutenable dette grecque dont un « aménagement » a été au mieux envisagé pour… 2018. Pourtant répondre aux immenses besoins de la Grèce, mais aussi de tous ses partenaires, ­Allemagne bien comprise, suppose un changement complet de perspectives : un sérieux allègement du fardeau de la dette, mais aussi des investissements considérables dans les services publics, la ­recherche, l’environnement. Le besoin d’émanciper le projet européen du monétarisme germanique frappe à la porte. L’Europe ne pourra survivre que si elle se libère du vieux chantage de Kohl « l’Européen ».

 

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Trump comme un vulgaire parrain

Si elle ne confirme pas les spéculations de conjuration avec la Russie, l’audition par le Sénat de James Comey, l’ex-directeur du FBI, révèle une terrifiante méthode de gouvernement.

Les médias états-uniens comparaient l’événement à un Super Bowl politique. Comme pour la finale du championnat de foot local, des millions de citoyens se sont précipités devant leur petit écran ou dans les bars qui s’étaient spécialement équipés pour l’occasion. Tout un pays a vécu jeudi 8 juin à l’heure de l’audition par le Sénat de l’ex-directeur du FBI, viré en mai dernier par Donald Trump. La police fédérale enquêtait sur une éventuelle ingérence russe dans la campagne présidentielle. D’où le soupçon que le policier aurait été en fait victime d’une tentative d’étouffer l’affaire de la part du président. D’autant que l’ex-conseiller à la sécurité de l’exécutif, Michael Flynn, avait été contraint de démissionner peu de temps auparavant pour avoir caché des liens pourtant avérés avec l’ambassade russe.

D’aucuns invoquaient une entrave flagrante à la justice qui pourrait conduire au lancement d’une procédure de destitution du président. Mais l’audition de James Comey s’est montrée bien plus accablante pour ce qu’elle révèle du mode de gouvernance de Donald Trump que pour l’éventuelle mise au jour d’une conjuration avec la Russie. Les déclarations de l’ex-directeur du FBI déchargent plutôt le président sur ce sujet. Dès le début, il a concédé que Trump n’avait « pas cherché à arrêter l’enquête du FBI ».

Par contre le témoignage du super-flic débarqué révèle par le menu le comportement terrifiant du président dans sa façon d’exercer le pouvoir. Trump va prendre Comey à part pour lui demander d’arrêter d’ennuyer le général Flynn – « lâchez-le, c’est un homme bien ». Et il s’est montré particulièrement directif au cours de plusieurs tête-à-tête avec l’ex-directeur du FBI. Avec une demande répétée : « dissiper l’ombre du nuage » que les soupçons et les fuites médiatiques provoqués par l’affaire russe contribuent à jeter sur son activité. Trump insiste de manière plus qu’ambiguë sur le besoin qu’il aurait d’avoir «la loyauté,  toute la loyauté » de son interlocuteur, qui fut nommé par Barack Obama.

C’est surtout la « méthode » du magnat de l’immobilier qui fait froid dans le dos. Lors d’un dîner à la Trump Tower fin janvier, tout juste avant d’être intronisé, le directeur du FBI convoqué s’aperçoit que le nouveau président veut créer avec lui « une espèce de relation de parrainage » pour lui faciliter son travail ou même sa carrière. « Cela m’a beaucoup troublé, souligne l’ex-chef de la police fédérale, vu le statut traditionnellement indépendant du FBI au sein du pouvoir exécutif. » Ainsi donc, le dirigeant de la première puissance mondiale affecte-t-il un comportement de chef qui renvoie bien davantage à la rouerie d’un quelconque « parrain » de gang mafieux qu’à la hauteur de vue minimale requise pour un homme d’État. Trump a d’ailleurs confirmé quelques jours plus tard que ce travers ne constituait en aucun cas un malheureux dérapage. Pour contrer les déclarations les plus dérangeantes, il puisait directement dans le vocabulaire du milieu traitant en Comey de « balance« .

 

« Je n’ai rien vu d’illégal »

Aussi lourdes cependant que soient ces révélations, l’enclenchement d’une procédure de destitution « pour entrave à la justice » paraît, pour l’heure, encore bien éloignée. D’abord parce que l’« impeachment » doit être formellement engagé par le Congrès où siège une forte majorité républicaine. « Je n’ai rien vu d’illégal », a plaidé Richard Burr, le président de la commission du renseignement du Sénat, qui interrogeait Comey. Ensuite parce que de nombreux responsables démocrates semblent persuadés qu’ils peuvent tirer meilleur parti pour les prochaines échéances électorales du maintien de Trump et de ses bourdes que de sa destitution.

 

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Allégement de la dette grecque : Berlin bloque encore

Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, n’a rien voulu lâcher à l’euro-groupe le 22 mai dans les négociations visant à réduire le poids de l’énorme ardoise qui écrase la Grèce.

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Distribution de nourriture pour les plus démunis dans une rue d’Athènes

Les nationalistes allemands se sont invités à la table des négociations sur la réduction de la dette grecque. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a refusé lundi soir à la réunion de l’Eurogroupe d’adopter une liste de mesures concrètes visant à alléger le terrible fardeau (179 % du PIB), conformément aux demandes du FMI et aux souhaits formulés par l’ensemble des créanciers européens. La raison de l’obstruction allemande tient à la proximité des élections du Bundestag, prévues fin septembre. Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite), qui rentre depuis quelques mois dans tous les parlements régionaux, prospère notamment sur le refus d’une « Union de transferts ». La formule pollue, de longue date, le débat intérieur outre-Rhin en présentant l’Allemagne comme une vache à lait abreuvant des Grecs paresseux qui vivraient « aux crochets » de leur partenaire.

Le cliché populiste et xénophobe a pu prospérer car il s’appuie sur les principes monétaristes qui servent de fil conducteur à la politique du ministre des Finances allemand, jusqu’à son fameux engagement de 2015 en faveur d’un… Grexit. AfD ne fait que pousser plus loin cette logique en réclamant un éclatement de la zone euro dans l’espoir qu’il facilite le triomphe de la loi du plus fort et enterre toute velléité de solidarité entre Européens. « Nous n’avons pas dégagé d’accord global », a dû reconnaître Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe.

Désireux de gagner du temps, Schäuble plaide « pour une adoption d’un accord global » mais pas avant… 2018. Dans l’immédiat, il se déclare uniquement prêt à accorder à Athènes une nouvelle tranche du dernier plan d’aides, afin de l’empêcher de faire faillite lors de la prochaine échéance de remboursement (7 milliards d’euros), en juillet.

Dijsselbloem a renvoyé la conclusion d’un hypothétique compromis au mois de juin. Hormis Berlin, tous les membres du conclave semblaient pourtant s’accorder sur la nécessité d’un allégement de la dette. Tant il apparaît vital pour soulager un peuple grec exsangue. Comme le serait une autorisation d’accès du pays à ces crédits à taux zéro distribués mensuellement par la BCE. Ils lui sont aujourd’hui interdits, au nom de règles… monétaristes de la zone euro, alors même qu’il en éprouve les besoins les plus manifestes.

Bruno Odent

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