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En Allemagne, un premier président d’assemblée régionale d’extrême droite depuis 1945

Version non censurée de l’article diffusé sur le site internet de l’humanité du 7 octobr

Tobias Rausch, dirigeant de l’AfD a été élu ce 6 octobre président de l’assemblée du Land de Saxe-Anhalt. Une première pour l’extrême droite depuis 1945.

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La nouvelle assemblée du Land de Saxe-Anhalt a élu à sa tête ce 6 octobre Tobias Rausch, un député régional et dirigeant du parti d’extrême droite AfD. Lors de l’élection du 6 septembre, son parti avait défrayé la chronique européenne en arrivant largement en tête du scrutin avec près de 44 % des suffrages. Il dispose ainsi de quelque 39 sièges dans le nouveau Landtag et manque d’atteindre la majorité absolue de seulement 3 sièges.

Même s’il ne s’agit pas encore de la désignation du nouveau chef de l’exécutif régional et ministre-président, cette élection revêt une terrible dimension symbolique. Elle constitue en effet une première dans l’histoire de la République fédérale, où jamais jusqu’ici aucun poste de ce type n’a été occupé par un représentant de l’extrême droite.

Une règle stricte observée par tous les partis de l’arc démocratique prévoit de former un « cordon sanitaire », « Brandmauer » en allemand ou pare-feu antifasciste, pour maintenir systématiquement tous les postes de responsabilité politique hors d’atteinte de l’extrême droite.

Or ce front politique qui disposait potentiellement d’une étroite majorité a été délibérément brisé par le petit parti (BSW) qui porte le nom de Sahra Wagenknecht. L’ex-dissidente de Die Linke, porteuse d’une ligne populiste, souverainiste et dégagiste, a fait part de son hostilité au cordon sanitaire et a soutenu avec les 5 députés régionaux de BSW, l’élection de Rausch.

Bientôt une majorité absolue ?

Ayant obtenu 48 voix, soit 4 de plus que l’AfD et BSW réunis, Tobias Rausch peut se prévaloir d’avoir également bénéficié de soutiens issus de trublions des autres partis (CDU, SPD ou Verts). Ce qui a conduit les dirigeants de l’AfD à fanfaronner autour de leurs « capacités de rassembler dans l’intérêt de tous. »

La Saxe-Anhalt va continuer de retenir toute l’attention outre-Rhin dans les prochaines semaines où doit avoir lieu, cette fois, l’élection du ministre-président du Land. Mais ce scrutin-là s’annonce plus compliqué car BSW, le parti de Wagenknecht, a refusé de former une véritable coalition avec l’AfD et a fait part de son intention de s’abstenir pour privilégier éventuellement un dialogue au coup par coup avec le nouvel exécutif régional.

Ulrich Sigmund pourrait ainsi être élu au troisième tour d’un scrutin où une majorité absolue n’est plus nécessaire et diriger le Land à la tête d’un gouvernement minoritaire soutenu sur certains dossiers par BSW. Mais le très nationaliste patron de l’AfD laisse entendre qu’il pourrait bénéficier malgré tout, comme lors du vote de ce 6 octobre, d’une majorité absolue grâce à l’appui de quelques dissidents de la CDU.

Il n’empêche, Sigmund paraît d’ores et déjà assuré d’accéder à la plus haute fonction dans le Land grâce à la complaisance de Wagenknecht. L’ex chef du groupe Die Linke au Bundestag reste fortement marquée à gauche, n’a-telle pas créé « Aufstehen » (Debout) un mouvement sur le modèle de la France insoumise et ne fut-elle pas jusqu’au tournant des années 2020 la partenaire proclamée du tribun français, Jean Luc Mélenchon.

N’ayant pas réussi à franchir la barre sélective des 5 % dans les deux autres scrutins régionaux de ce mois de septembre, elle a perdu fort heureusement de sa capacité de nuisance.

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Allemagne: Sarah Wagenknecht prête à s’allier à l’AfD

L’extrême droite allemande n’en demandait pas tant. L’ex égérie de la gauche populiste entend rompre en Saxe Anhalt le cordon sanitaire contre l’AfD.

par Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, ancien chef du service monde       

Sarah Wagenknecht s’engage contre le cordon sanitaire à l’égard de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) – règle pourtant observée jusqu’à présent par tout l’arc démocratique allemand – et avance l’idée d’une éventuelle coalition avec l’extrême droite.

Épilogue d’une terrible dérive politique ou aboutissement logique scellant le rapprochement entre une ultra droite nationaliste et une « gauche » populiste souverainiste et dégagiste que l’ancienne dirigeante de Die Linke et présidente du groupe de ce parti au Bundestag, porte avec son mari, Oskar Lafontaine, ex chef du SPD ?

L’AfD pourrait en tirer le maximum de profits à la veille de l’élection régionale qui se profile le 6 septembre dans le Land de Saxe Anhalt. Créditée dans les sondages de 42% des suffrages (contre 21% pour la CDU du ministre- président CDU sortant, Sven Schulze), elle se voit ainsi encore davantage « légitimée. » L’AfD pourrait obtenir une majorité absolue de sièges dans le nouveau Landtag compte tenu des règles électorales et donc s’octroyer le poste de ministre-président de Saxe Anhalt. Un scénario qui déclencherait un séisme politique à l’échelle du pays tout entier et  pourrait être fatal à la coalition CDU-CSU/SPD d’un chancelier Merz de plus en plus fragilisé.

En échec politique et éliminé du Bundestag Wagenknecht qui n’a pas réussi à dynamiter Die Linke, n’hésite pas à manier une sorte de va-tout des plus détestables. Créatrice du parti qui porte son nom ( l’Alliance Sahra Wagenknecht ou BSW) avait déjà tout misé pour  s’installer durablement dans le paysage politique sur un discours très hostile aux migrants, présentés comme les responsables du délabrement de l’État social. 

Faisant de ce discours anti-migrants la marque de fabrique de son parti, Wagenknecht et ses amis se sont alignés aux élections européennes de 2024 sur les revendications de l’italienne Giorgia Meloni, rejointe désormais par le parti populaire européen (droite ) et une partie du centre ( droit ou gauche)  pour la création de dits « hotspots » extérieurs à l’UE ( comme en Albanie) afin d’y interner, dans l’attente d’une décision, tous les réfugiés demandeurs d’un asile européen.

Wagenknecht avait attiré l’attention médiatique dès 2017 en cherchant à créer un mouvement s’inspirant ouvertement du « modèle » de la France Insoumise. Incontestable vedette des talk shows des médias allemands, elle entendait subvertir Die Linke jusqu’à la faire disparaître. La création de sa formation BSW devait constituer le dernier clou dans le cercueil de Die Linke et assurer la promotion d’une « gauche » populiste souverainiste et « dégagiste » qui ambitionnait de siphonner une partie de l’électorat de l’AfD mais aussi  des déçus de la gauche.

 Cette démarche qui a failli briser complètement l’espoir d’une vraie alternative de gauche en Allemagne n’en constitua pas moins une sorte d’aubaine aux yeux d’un tribun français comme Jean Luc Mélenchon. Celui-ci cultiva à la fin de la dernière décennie un  rapprochement avec le mouvement de Wagenknecht, qu’il a  présenté comme « enfin une bonne nouvelle venue d’Allemagne » (1). Jusqu’à ce que le populo-dégagisme de l’ex partenaire proclamée s’affiche dans toute son indignité.   

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Pourquoi Volkswagen veut supprimer 50 000 emplois en Allemagne

La direction du géant de l’automobile révèle dans une lettre aux actionnaires qu’il entend rétablir une rentabilité financière présentée comme défaillante par un plan massif de suppressions d’emplois d’ici 2030. Ce qui pose un problème existentiel pour le modèle dit de partenariat social du pays

Dans une Allemagne qui vient d’enregistrer en 2025 une stagnation de son économie après deux années consécutives de récession, le processus de désindustrialisation s’accélère. Le géant de l’automobile aux dix marques Volkswagen (VW) annonce qu’il va supprimer quelque 50 000 emplois dans le pays d’ici 2030. 

L’entreprise revoit ainsi à la hausse les 35 000 suppressions de postes déjà programmés fin 2024. C’est une « chute de moitié des profits enregistrés en 2025 » qui conduit le président du directoire, Oliver Blume, à engager ce plan d’économies drastiques sur le dos du personnel. Comme il vient de le révéler dans sa dernière lettre aux actionnaires.

Le montant des bénéfices nets du groupe s’est établi l’an dernier à 6,9 milliards d’euros, soit moitié moins que l’année précédente. En cause, explique le patron de VW, la combinaison de trois facteurs : l’absence de progression des ventes sur le vieux continent, le recul enregistré aux États-Unis, en raison des droits de douane imposés par Donald Trump et l’effondrement des positions du groupe en Chine sur le plus grand marché automobile du monde.

Un retard sur les véhicules électriques

L’origine de l’actuel coup de frein enregistré par le groupe se situe encore pour une bonne part, dans le retentissant scandale du « Diesel gate », il y a 10 ans. Volkswagen s’étaient alors entendu avec les autres géants de l’automobile allemande pour bidonner, au sens propre du terme, l’appareil servant à mesurer les émissions de CO2 de ses véhicules. 

Persuadés que les automobiles équipées de moteur avec des carburants classiques pourraient longtemps apparaître comme durable et vertueux du point de vue des émissions de CO2, les dirigeants du groupe ont négligé la mise au point de véhicules électriques. Résultat : VW a pris beaucoup de retard sur ses concurrents.

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Cette faute morale est devenue stratégique. Elle se paye en effet aujourd’hui au prix fort. Les ventes du groupe VW se sont effondrées sur le marché chinois où il fut jadis dominant. À l’inverse les constructeurs chinois ont mis les bouchées doubles sur les voitures électriques, dépassant désormais largement leur homologue allemand en termes de qualité et de fiabilité sur le respect des normes écologiques.

Une réaction forte du syndicat de la métallurgie IG Metall est attendue. Mais ses dirigeants restent muets pour l’heure. Ils s’étaient engagés contre les précédentes annonces de suppression d’emplois, fin 2024. En vain car si le modèle dit de partenariat social permet au syndicat de siéger jusque dans les plus hautes instances du groupe, ce sont les critères de la partie patronale qui sont systématiquement imposés à la partie syndicale dans les discussions au sommet – y compris quand il s’agit d’améliorer la rentabilité financière offerte aux actionnaires.

Une vaste dérégulation sociale en perspective

Ce modèle social rhénan, dévoué à l’intégration des salariés, est ainsi secoué par une crise qui s’exacerbe toujours davantage. Au point d’être ébranlé jusque dans ses fondements par le redoutable mouvement actuel de désindustrialisation.

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Le patron de Volkswagen veut supprimer 50 000 emplois. En cause, la combinaison de trois facteurs : l’absence de progression des ventes sur le vieux continent, le recul enregistré aux États-Unis, en raison des droits de douane imposés par Donald Trump et l’effondrement des positions du groupe en Chine sur le plus grand marché automobile du monde. 
© Arthur HERVE/READans une Allemagne qui vient d’enregistrer en 2025 une stagnation de son économie après deux années consécutives de récession, le processus de désindustrialisation s’accélère. Le géant de l’automobile aux dix marques Volkswagen (VW) annonce qu’il va supprimer quelque 50 000 emplois dans le pays d’ici 2030. L’entreprise revoit ainsi à la hausse les 35 000 suppressions de postes déjà programmés fin 2024. C’est une « chute de moitié des profits enregistrés en 2025 » qui conduit le président du directoire, Oliver Blume, à engager ce plan d’économies drastiques sur le dos du personnel. Comme il vient de le révéler dans sa dernière lettre aux actionnaires.Le montant des bénéfices nets du groupe s’est établi l’an dernier à 6,9 milliards d’euros, soit moitié moins que l’année précédente. En cause, explique le patron de VW, la combinaison de trois facteurs : l’absence de progression des ventes sur le vieux continent, le recul enregistré aux États-Unis, en raison des droits de douane imposés par Donald Trump et l’effondrement des positions du groupe en Chine sur le plus grand marché automobile du monde.Un retard sur les véhicules électriquesL’origine de l’actuel coup de frein enregistré par le groupe se situe encore pour une bonne part, dans le retentissant scandale du « Diesel gate », il y a 10 ans. Volkswagen s’étaient alors entendu avec les autres géants de l’automobile allemande pour bidonner, au sens propre du terme, l’appareil servant à mesurer les émissions de CO2 de ses véhicules. Persuadés que les automobiles équipées de moteur avec des carburants classiques pourraient longtemps apparaître comme durable et vertueux du point de vue des émissions de CO2, les dirigeants du groupe ont négligé la mise au point de véhicules électriques. Résultat : VW a pris beaucoup de retard sur ses concurrents.Cette faute morale est devenue stratégique. Elle se paye en effet aujourd’hui au prix fort. Les ventes du groupe VW se sont effondrées sur le marché chinois où il fut jadis dominant. À l’inverse les constructeurs chinois ont mis les bouchées doubles sur les voitures électriques, dépassant désormais largement leur homologue allemand en termes de qualité et de fiabilité sur le respect des normes écologiques.Une réaction forte du syndicat de la métallurgie IG Metall est attendue. Mais ses dirigeants restent muets pour l’heure. Ils s’étaient engagés contre les précédentes annonces de suppression d’emplois, fin 2024. En vain car si le modèle dit de partenariat social permet au syndicat de siéger jusque dans les plus hautes instances du groupe, ce sont les critères de la partie patronale qui sont systématiquement imposés à la partie syndicale dans les discussions au sommet – y compris quand il s’agit d’améliorer la rentabilité financière offerte aux actionnaires.Une vaste dérégulation socialeCe modèle social rhénan, dévoué à l’intégration des salariés, est ainsi secoué par une crise qui s’exacerbe toujours davantage. Au point d’être ébranlé jusque dans ses fondements par le redoutable mouvement actuel de désindustrialisation. D’autant que le chancelier Friedrich Merz, son parti chrétien-démocrate et les organisations patronales considèrent qu’une vaste dérégulation sociale, telle qu’elle est déjà pratiquée dans la gigafactory Tesla d’Elon Musk près de Berlin, est la seule issue pour rétablir la rentabilité de l’industrie. Soit la mise en place d’un système libertarien à l’anglo-saxonne où les organisations syndicales n’ont même plus le droit de citer. 

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Le doc­teur Fola­mour en roue libre à la Mai­son-blanche

États-Unis. En 2027, le bud­get militaire pour­rait atteindre les 1 500 mil­liards de dol­lars outre-atlan­tique. Une hausse de 50 % par rap­port à 2026, que Donald Trump assume dans une mon­tée en puis­sance de l’impé­ria­lisme.

Le 22 décembre 2025, depuis sa résidence en Floride, Donald Trump annonçait une nouvelle classe de navire de guerre à son nom.

Après l’inter­ven­tion au Vene­zuela et le kid­nap­ping du pré­sident Nico­las Maduro, le 3 jan­vier, Donald Trump ne laisse plus aucun doute sur sa volonté de régir le monde par la force en sti­mu­lant encore les capa­ci­tés mili­taires de l’impé­ria­lisme états-unien. Il a annoncé son inten­tion d’aug­men­ter de 50 % en 2027 un bud­get mili­taire des États-unis qui pos­sède déjà, avec près de 1 000 mil­liards de dol­lars (860 mil­liards d’euros), la par­ti­cu­la­rité de dépas­ser ceux cumu­lés des dix plus grandes autres puis­sances mili­taires de la pla­nète – Chine, Rus­sie, France, Royaume-uni et Alle­magne com­pris.

L’empire « US » dis­pose déjà d’un maillage de quelque 800 bases épar­pillées sur toute la pla­nète, dans les­quelles sont sta­tion­nés plus de 200 000 sol­dats. Le nou­vel objec­tif de l’oli­garque pré­sident est de mon­ter, l’an pro­chain, à quelque 1 500 mil­liards de dol­lars pour se doter de l’arse­nal le plus sophis­ti­qué jamais atteint.

Et Donald Trump d’invo­quer la néces­sité de « bâtir l’armée de rêve à laquelle nous avons droit depuis long­temps et, sur­tout, qui assu­rera notre sécu­rité, quel que soit l’ennemi » . Un tel sur­croît de dépenses en arme­ment condui­rait les États-unis à y consa­crer pas moins de 4,6 % de leur PIB. Une folie si l’on met en regard les efforts deve­nus de plus en plus urgents pour répondre à des défis vrai­ment exis­ten­tiels pour l’ave­nir de l’huma­nité, comme la lutte contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. D’autant que les nou­veaux engins de mort de plus en plus per­for­mants ne sont pas fran­che­ment, y com­pris dans leur mode de pro­duc­tion, des modèles de réduc­tion d’émis­sions de gaz à effet de serre. Mais c’est la géos­tra­té­gie atta­chée à cette for­mi­dable infla­tion de dépenses mili­taires qui est la plus pré­oc­cu­pante.

Le « dôme doré » à lui seul est estimé à à 175 mil­liards de dol­lars.

Pour atteindre une supré­ma­tie sans appel, Donald Trump annonce en effet la cou­leur : il entend doter son pays, voire l’ensemble du conti­nent nord-amé­ri­cain, Canada com­pris, d’un « dôme doré. » Enten­dez : la mise en place d’un bou­clier qui ren­drait le pays imper­méable à toute attaque d’ori­gine aérienne ou spa­tiale. Une démarche d’autant plus pré­oc­cu­pante que le Penta­gone déve­loppe, au même moment, une réflexion en faveur d’un usage bana­lisé des armes nucléaires. L’assu­rance de ne plus ris­quer aucune riposte du même niveau per­met en effet d’ouvrir cette pers­pec­tive à une super­puis­sance dési­reuse de régir le monde uni­la­té­ra­le­ment, en jouant de toutes les pos­si­bi­li­tés d’usage de la force.

Ce pro­jet de « dôme doré » a été chif­fré à 175 mil­liards de dol­lars à lui seul. Trump l’a déjà mis en route en 2025 puisqu’il va englou­tir quelque 25 mil­liards de dol­lars sur l’année fis­cale 2026. Quant au déploie­ment de nou­velles capa­ci­tés nucléaires, dont l’éven­tuel usage échap­pe­rait désor­mais au frein de la dis­sua­sion, il pas­se­rait par la construc­tion de super-des­troyers ato­miques au coût fara­mi­neux – à plus de 9 mil­liards de dol­lars pièce, selon les spé­cia­listes du Cen­ter for Stra­te­gic and Inter­na­tio­nal Stu­dies (Centre d’études inter­na­tio­nales et stra­té­giques). Dans son lan­gage méga­lo­ma­niaque carac­té­ris­tique, le pré­sident évoque « une flotte dorée » et des nou­veaux navires de « classe Trump ».

Autre source de dépenses accrues : le loca­taire de la Mai­son-blanche invoque le lan­ce­ment de chas­seurs bom­bar­diers de nou­velle géné­ra­tion. L’actuel F-35 du groupe Lock­heed Mar­tin serait pro­chai­ne­ment rem­placé par un F-47, comme… le 47e pré­sident des États-unis, à savoir Donald Trump. Lequel assure que toutes ces dépenses nou­velles seront finan­cées grâce aux nou­veaux droits de douane « et aux reve­nus colos­saux qu’ils géné­re­ront » .« Nous pou­vons ainsi faci­le­ment atteindre 1 500 mil­liards de dol­lars et consti­tuer une force mili­taire sans pré­cé­dent » , se réjouit-il.

Un avis que semble loin de par­ta­ger, aux État­sU­nis mêmes, le Comité pour un bud­get fédé­ral res­pon­sable ( CRFB). Cet orga­nisme réputé indé­pen­dant estime, en effet, qu’un bud­get mili­taire à 1 500 mil­liards de dol­lars en 2027 condui­rait à une aug­men­ta­tion de 5 000 mil­liards de ce type de dépenses « en cumulé d’ici à 2035 » . Ce qui alour­di­rait de quelque 5 800 mil­liards la charge déjà exor­bi­tante de la dette natio­nale.

La dette publique portée à un niveau record

Ce nou­veau sur­croît d’endet­te­ment ne pour­rait être obtenu qu’en drai­nant comme jamais les fonds inter­na­tio­naux à la recherche des pla­ce­ments les plus sûrs, et donc une bonne par­tie de l’épargne mon­diale, vers la place finan­cière états-unienne. Mais il va fal­loir pour cela inver­ser la ten­dance actuelle d’affai­blis­se­ment du billet vert, qui a perdu quelque 10 % de sa valeur au cours de l’année 2025.

Le bras de fer déjà si intense avec la Chine, les Brics (Bré­sil, Rus­sie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ou les États du Sud glo­bal, qui tentent de se libé­rer du dik­tat du dol­lar et de son sta­tut usurpé de mon­naie mon­diale, devrait donc être exa­cerbé. Ce contin­gent de pays défend devant les Nations unies le mul­ti­la­té­ra­lisme et le droit inter­na­tio­nal contre la loi du plus fort.

L’union euro­péenne, à l’inverse, s’est mise à l’avant-­garde de la si périlleuse course aux arme­ments, en ava­lant sans bron­cher les exi­gences de Donald Trump. Ses États membres ont ainsi décidé de por­ter leurs dépenses mili­taires jusqu’à 5 % de leur PIB au som­met de l’otan de juin 2025. Comme les États-unis, la France, l’alle­magne, la Pologne, l’ita­lie et L’UE, qui se sont livrées au nou­vel engre­nage atlan­tiste trum­pien, pra­tiquent la sur­en­chère en matière de dépenses d’arme­ments, ration­nant gra­ve­ment leurs bud­gets pour la Sécu­rité sociale, la santé, les ser­vices publics ou le cli­mat.

Des deux côtés de l’atlan­tique, une mon­tée en puis­sance des mobi­li­sa­tions contre ces logiques bel­li­queuses s’avère ainsi plus néces­saire que jamais. Face aux efforts stra­té­giques de Washing­ton pour rendre pos­sible l’éven­tuel recours uni­la­té­ral à la force ato­mique, l’ini­tia­tive inter­na­tio­nale pour le désar­me­ment et l’inter­dic­tion des armes nucléaires alerte contre les pro­jets du doc­teur Fola­mour en poste à la Mai­son-blanche et entend mul­ti­plier, en Europe comme aux États-unis, les ren­dez-vous pour sau­ver la paix en même temps que l’ave­nir de l’huma­nité.

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« Votre guerre sans nous », les jeunes allemands en grève contre la conscription

La loi rétablissant la logique d’un service militaire, introduite à la suite d’une mise en condition alarmiste de l’opinion sur l’imminence d’un conflit avec la Russie, suscite un très fort mouvement de résistance dans la rue et les établissements scolaires du pays.

La guerre n’est pas leur avenir.. Des dizaines de milliers de jeunes allemands l’ont fait entendre très fort en descendant dans la rue et en participant à une « grève des écoles contre la conscription» dans près d’une centaine de villes. Au même moment ce vendredi 5 décembre le Bundestag adoptait une loi sur la conscription de tous les jeunes gens et des jeunes filles qui le souhaitent. La démarche restera certes initialement « volontaire » souligne  le gouvernement CDU/SPD du chancelier Friedrich Merz mais il se fait fort de rétablir un service militaire obligatoire ou à tout le moins « un tirage au sort » parmi les conscrits pour atteindre l’objectif d’une armée de 460.000 soldat(e) s qui « doit , selon le chancelier, devenir la première d’Europe ».

A Coblence le jeune Leo Reinemann (18 ans)  porte-parole de l’Alliance des élèves en grève, dénonce au micro de la télévision publique régionale une volonté « de vouloir nous faire plonger dans les tranchées »  alors qu’au même moment les investissements « dans la formation, les infrastructures scolaires sont dérisoires et nos programmes d’enseignement vieillots »  

Interpellé sur la peur d’une guerre qui se répandrait dans la population et le besoin d’y faire face , martelés par le gouvernement et les medias dominants, le jeune-homme  rétorque sans hésiter : « je suis convaincu que l’on n’empêche pas les guerres par la course aux armements mais qu’au contraire c’est celle-ci qui les déclenche.. »

Les résultats d’un sondage auprès des jeunes allemands de 18 à 29 ans est venu doucher quelque peu l’enthousiasme des partisans d’une Allemagne puissance dotée « des capacités à faire la guerre » comme le dit le ministre de la défense, Boris Pistorius ( SPD). Quelques 63% des personnes interrogées dans cette tranche d’âge se déclare en effet « hostiles à l’instauration d’un service militaire. »

A Berlin place de la porte de Halle où se sont rassemblés les écoliers et lycéens grévistes, s’est vite avérée trop petite pour contenir la foule des jeunes gens . Ils étaient plus de 10.000 selon les organisateurs. Monté à la tribune Hans, un jeune garçon âgé de  16 ans, s’est exclamé  les politiciens qui ont voté la loi, « ne sont pas les nôtres. Pas un sou ne doit aller à leur surarmement.» Une enseignante d’un établissement d’enseignement professionnel qui accompagnait ses élèves dont bon nombre sont issus de l’immigration, s’est exclamé pointant les réflexions racistes formulées par le chancelier sur le sujet en octobre dernier : « Il ne veulent pas de vous dans l’image urbaine du pays. Mais il faudrait que vous soyez prêts à mourir pour l’Allemagne.»

Parmi les formations représentées dans le Bundestag seule Die Linke a affirmé « une solidarité pleine et entières » avec les jeunes grévistes et  manifestants. « La jeunesse a besoin de perspectives, de logements abordables et pas d’un passage obligé par un service militaire » relève Maximilian Schirmer , président de Die Linke à Berlin   « Le gouvernement dépense sans compter pour Rhein Metall et les géants de l’armement. Et maintenant il veut impliquer les jeunes dans sa politique mortifère », dénonce Désirée Becker, pour le groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag. 

A Hambourg plus de 5000 jeunes ont défilé derrière une banderole géante : « votre guerre, sans nous ». Et comme pour préciser la détermination des manifestants à rebours du discours officiel : « Personne ne peut t’obliger à croire à leurs mensonges alarmistes sur les menaces ». Ou un peu plus loin : «  tes intérêts n’ont rien à voir avec ceux des profiteurs de guerre. »  Leo Damman, l’un des dirigeants De Die Linke sur place voit dans cette mobilisation « le signal fort d’une jeunesse politisée et à la conscience de classe aiguisée. »    

Dans le grand estuaire de l’Elbe, comme à Berlin ou à Coblence Die Linke est la seule formation présente au sein du Bundestag à déployer son soutien et force drapeaux contre la conscription.  La direction du SPD a passé outre les objections de son aile pacifiste, regroupé au sein du « Manifeste » ( voir l’humanité du 15 juillet) ; Quant aux verts ils sont, au nom d’un soutien indéfectible à l’Ukraine et d’une mobilisation contre les autocraties, sur l’une des lignes les plus bellicistes du parlement qui jure avec leur propre ADN, eux qui sont nés de la résistance civile au déploiement des missiles états-uniens Pershing en Allemagne dans les années 1980.

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« Il faut arrêter cette fuite en avant belliciste » 

Michael Müller est l’un des coauteurs d’un « manifeste» signé par plusieurs hauts dirigeants du SPD, entrés ouvertement en dissidence  contre la dynamique de la course aux armements, référence cultivée par le gouvernement Merz auquel participe leur propre parti. Enteetien publié in l’humanité du 15.07..2025

Le manifeste élaboré par Michael Müller et d’autres dirigeants de 1er plan du SPD fait sensation outre Rhin. Tant ce texte n’hésite pas à prendre l’exact contrepied de la politique de surarmement décidée par la coalition CDU/SPD du chancelier Merz. Illustration du réveil du mouvement pacifiste allemand cette initiative constitue un point d’appui considérable pour les militants de la paix de toute l’Europe qui entendent empêcher la poursuite de la course à l’abîme nourri par le choc en Ukraine des impérialismes russe mais aussi « occidental », orchestré par Washington et l’Otan . Ancien secrétaire d’État à l’environnement du 1ergouvernement Merkel entre 2005 et 2009 , dirigeant de la fédération de la protection de la nature, il fut plusieurs décennies durant député au Bundestag.    

Le chancelier Friedrich Merz veut que l’Allemagne soit la meilleure élève de la classe de l’Otan et de sa nouvelle norme de 5% du PIB en dépenses militaires. Que vous inspire cette annonce ?  

C’est une fuite en avant belliciste qui ne peut conduire qu’à de très graves confrontations, comme on les a vécues à d’autres moments terribles de l’histoire y compris coloniale puisque sont envisagées, en même temps, la possibilité d’interventions européennes tous azimuts sur la planète. C’est une démarche folle du point de vue d’une véritable sécurité. 

Qu’attendez-vous du pavé lancé dans la marre par votre manifeste qui a déjà recueilli près de 18.OOO signatures ? 

Nous entendons provoquer un choc et des discussions au sein du SPD ou des syndicats. On ne peut pas laisser faire une telle entreprise de décervelage. Il nous faut donner le courage de réagir à ceux qui n’entendent pas se soumettre à ces préparatifs de guerre, à coup d’annonces alarmistes. 

Il faut en revenir aux faits concrets établis :  les États européens , membres de l’Otan, dépensent déjà plus d’argent pour l’armement que ce qui constitue la globalité du budget de la Russie. 

Vous vous revendiquez des résultats considérables obtenus par la politique de détente de l’ex chancelier Willy Brandt dans les années 1960 /1970. D’aucuns vous accusent du coup de passéisme et d’avoir perdu le sens des réalités ?  

Pardon. Ce genre de tir de barrage sert surtout à empêcher le développement de toute discussion  sérieuse. Le souci de la paix dont fut longtemps porteur le SPD, a fait ses preuves sur le long terme et a permis d’éviter une déflagration militaire dont l’humanité risquait de ne pas se relever. Excusez du peu. Elle a permis de déboucher sur les accords d’Helsinki puis sur la mise en place de l’Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe (OSCE) qui ont placé la recherche d’accords dans l’intérêt mutuel des différentes parties au-dessus de tout. Willy Brandt disait, et nous l’avons mis en exergue de notre manifeste : «  La paix n’est pas tout. Mais tout n’est rien sans la paix. »      

Vous reprenez beaucoup dans votre manifeste le concept de sécurité commune. Qu’entendez-vous par là ?

L’idée c’est d’abord de dresser un état des lieux, le plus complet possible. On ne peut en effet replacer la diplomatie au centre qu’en mettant à plat toutes les frictions, divergences et autres rivalités qui ont pavé le chemin de la guerre. Il faut donc reprendre langue avec Moscou pour avancer sur ce terrain et trouver des moyens sérieux de désamorcer le conflit.

Vous refusez le déploiement sur le territoire allemand de missiles états-unien en 2026, comme convenu à un précédent sommet de l’Otan ?

Il ne s’agit plus, comme au début des années 1980, d’un face à face entre les fusées pershings états-uniennes et les SS20 soviétiques. Les missiles qui doivent être déployés, le Dark-Eagle-System mis au point par le champion de l’armement états-unien, locked Martin, transportent des têtes nucléaires, volent à une vitesse 17 fois supérieur au mur du son et ont la particularité d’être quasiment indétectables. C’est dire combien ils possèdent le caractère d’armes dites du « premier coup », car capables de surprendre l’adversaire sans qu’il puisse répliquer. 

Les stratèges états-uniens ont mis au point ce genre d’engins qui banalisent l’usage des armes nucléaires sur le champ de bataille. Selon une démarche, par excellence, agressive et non plus simplement dissuasive. Et ce déploiement fait naturellement  du territoire allemand une cible potentielle privilégiée.   

Quel ressort trouvé pour désamorcer la funeste dynamique de  guerre ?     

Depuis 3 ans l’Europe a été incapable de formuler le moindre plan de paix. Les seuls qui avancent sur ce terrain sont les gouvernements chinois, indiens, brésilien ou sud-africain. Il serait temps de confier à l’un de ces BRICS une mission d’intermédiaire pour une conciliation, préalable qui permette d’ouvrir la voie à de vraies discussions de paix, sous une houlette forcément multilatérale, donc de l’ONU.

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 Krach en approche 

Bulles spéculatives sur I’intelligence artificielle ou les crypto monnaies, faillites de banques régionales,  les signes de fragilité se multiplient sur les marchés  alors même que se profile la bombe de l’insolvabilité d’une montagne de  «crédits privés ».   

Le contrecoup de la financiarisation de l’économie mondiale, impulsée  par les administrations états-uniennes successives, comme par la majorité des dirigeants européens, alimente des craintes de plus en plus marquées d’imminence d’un krach à la dimension retentissante. Le décalage entre les performances de l’économie réelle et celles, toujours plus boostées, de la sphère financière, devient intenable. Wall street, la bourse de New-York épicentre de ce monde financier représente aujourd’hui près du double ( 190%) du PIB des États-Unis.

Des niveaux record ont été atteints par les indices de Wall street ou de la bourse de Paris. Le dow Jones pulvérise les 45..000 points. Et le Cac 40 s’inscrit au-dessus des 8000 points, un peu comme si la valeur des titres pouvait être totalement s’affranchir des aléas de la vie économique et sociale, de la stagnation française et européenne ou des signes de ralentissement de l’activité de plus en plus perceptibles outre atlantique .

Mais dans l’histoire déjà longue des krachs l’euphorie financière précède justement les pires effondrements. Quand un événement vient provoquer des enchaînements à la chute vertigineuse des cours. En 2008 les paris d’une hausse sans fin des valeurs des crédits immobiliers low costs dit «subprimes» ont conduit nombre d’investisseurs à s’endetter massivement pour tirer le maximum de profits de cette opportunité. Avant de s’apercevoir qu’ils ne valaient plus rien. Ce qui va avoir aussitôt un effet boule de neige sur l’ensemble des marchés financiers et provoquer un séisme économique avec à la clé la pire récession enregistrée dans le monde occidental. Et une terrible addition présentée aux travailleurs des deux côtés de l’atlantique comme à ces millions de citoyens états-uniens, modestes accédants à la propriété dont le rêve s’écroule.  

Une énorme « bulle » sur l’intelligence artificielle

Aujourd’hui des mécanismes, pour le moins aussi redoutables, sont à l’œuvre. De formidables bulles financières, résultat de la surévaluation des titres de tout un secteur, se sont formées et menacent d’éclater d’un instant à l’autre.     L’engouement pour les titres de l’intelligence artificielle  atteind des sommets. La seule capitalisation boursière de Nvidia dépasse les 4000 milliards de dollars. Du jamais vu de mémoire de traders. Sauf au tournant des années 2000 où un mouvement analogue en faveur des titres de l’internet naissant allait provoquer un crash phénoménal. 

Autre bulle financière, autre symptôme de la fragilité de tout un système: les crypto monnaies viennent d’enregistrer un redoutable décrochage, au lendemain d’une nouvelle annonce de Donald Trump visant à intensifier sa guerre commerciale avec la Chine. Le mécanismes est le même : une frénésie d’achats à grand frais des investisseurs. Jusqu’à ce que s’accumulent leurs difficultés à rembourser les emprunts souscrits sur les marchés pour prendre le contrôle de la monnaie numérique dérégulée, source des mega-profits, tant désirés.

Enfin dernier signal d’alerte retentissant:  plusieurs banques régionales états-uniennes qui se sont emparés des dérégulations mises en place pour doper leurs activités viennent de faire faillite, incapables de faire face à une montagne de créances irrécouvrables.   

L’emballement des « crédits privés »

Ces mécaniques sont d’autant plus redoutables que les prêts octroyés aux traders en goguette de bonnes affaires ne sont plus désormais l’apanage des banques qui, depuis le krach de 2008 et la retentissante faillite de Lehman Brothers, sont soumises à un minimum de règlements et de contrôles. Mais tout a été fait  pour libéraliser les marchés afin de permettre à de gros acteurs potentiels de se procurer les fonds désirés aux meilleures conditions. 

Ces opérations extra-bancaires dont baptisées « private credit » (crédit privé). A la manœuvre des super sociétés d’investissements, des fonds de pension, des multinationales qui peuvent ainsi passer directement prêter des sommes colossales.

L’évolution du « private credit «  est spectaculaire. Réduit à moins d’une centaine de milliards d’euros en 2010 il serait l’objet aujourd’hui d’au moins 2200 milliards de dollars de transactions, selon les chiffres communiqués par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) qui avoue cependant, être sans doute bien en dessous de la mesure véritable du phénomène. Car, pointe-t-elle,  il n’y a aucune obligation de déclaration pour l’octroi de tels crédits.

Y compris le chef de JP Morgan tire sur l’alarme

L’un des experts les plus roués et les plus reconnus du système, James Dimon, chef de la plus grande banque des Etats-Unis, JP Morgan Chase, vient  de mettre les pieds dans le plat lors d’une intervention à Miami au début de ce mois, sur  la gravité du danger qui se profile. Il reproche aux investisseurs du monde entier leur « sous-estimation systématique des risques. Et il estime« la probabilité très élevée » d’enregistrer prochainement un crash massif sur les marchés. Les réactions en chaîne provoquées par défauts du «private credit» mettraient en péril les équilibres d’entreprises, de fonds de pension, de compagnies d’assurance un peu partout dans le monde et pourrait devenir « un des problèmes les plus dangereux pour l’économie mondiale. »   

Les pourvoyeurs de « private credit » sont des sociétés d’investissements comme Blackstone, Apollo ou Ares dont les dirigeants sont très perméables à l’approche «libertarienne» des champions les plus ultras du capital états-unien comme Elon Musk ou Peter Thiel, grand maître de la société de big data Palantir Technologie. Sous couvert de lutter contre une bureaucratie, dommageable au talent des chefs d’entreprise et à leurs affaires, ils revendiquent de s’assoir sur la moindre obligation de transparence, ou de garantie bancaire.       

 Une récente étude du Fonds Monétaire international (FMI) souligne l’extrême fragilité de nombres d’utilisateurs du système de « private credit ». 40% d’entre elles auraient  des rentrées d’argent systématiquement inférieures à leurs dépenses. Le prochain krach est bien en phase d’approche.        

Bruno Odent

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La « belle et grande loi » de Donald Trump va-t-elle ébranler la suprématie du dollar ?

Avec ses giga-dépenses budgétaires Donald Trump va porter la dette de son pays à des niveaux record. Va-t-il aller jusqu’à ébranler le billet vert et miner les fondements de sa suprématie, imposée depuis des décennies par les États-Unis au système monétaire et financier international . In l’humanité du 7 juillet 2025

Le budget XXL qu’a fait ratifier Donald Trump par le Congrès avec ses cadeaux fiscaux aux très riches et aux multinationales, comme avec sa fuite en avant dans un budget militaire à 1 000 milliards de dollars (contre 842 milliards pour la période précédente), va faire battre les records d’endettement aux États-Unis.

Selon toutes les projections, la dette publique qui atteint déjà des sommets himalayesques à plus de 37 000 milliards de dollars devrait grimper de 3 000 à 4 000 milliards supplémentaires sur les prochaines années. De quoi déclencher une crise, voire un krach obligataire à relativement court terme. Les obligations sont en effet ces bons du Trésor avec lesquels se finance l’État fédéral. Mais les épargnants du monde entier menacent aujourd’hui de se détourner de la devise états-unienne qui perd toujours plus de sa réputation de valeur refuge.

Le dollar dispose d’un statut très particulier depuis les débuts des années 1970. Le président républicain d’alors, Richard Nixon, a imposé, avec l’accord des États occidentaux du G 7, qu’il devienne le pivot du système monétaire pour acquérir, de fait, un statut de monnaie commune mondiale. Nixon a conçu ce dispositif pour répondre aux coûts astronomiques de la guerre du Vietnam.

Un niveau d’endettement jamais atteint

Depuis lors, les États-Unis peuvent s’endetter non plus simplement à leurs frais mais en aspirant l’épargne du reste de la planète. « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème », a pu lâcher, à juste titre et avec un sens accompli du cynisme, John Bowden Connally, secrétaire au Trésor entre 1971 et 1972.

Washington utilise sa monnaie comme un moyen de domination sur le reste de la planète avec une efficacité au moins équivalente à celle que lui fournissent son immense armada et ses 800 bases militaires réparties sur la planète. Mais le système monétaire international, centré donc sur le billet vert, affiche aujourd’hui ses limites, pris en étau entre les déficits dits jumeaux, budgétaires et commerciaux, des États-Unis et les résistances accrues des pays dits émergents et du Sud global.

L’autoproclamée « grande et belle loi » de Trump, qui va aggraver son endettement comme jamais, pousse le pays et la finance mondiale toujours plus près du gouffre. La Chine et le Japon, qui figurent encore parmi les plus gros détenteurs de bons du Trésor, ont commencé à se désengager. Pékin le fait prudemment. Car il ne veut pas prendre le risque d’un effondrement financier mondial chaotique. 

Il exige avec les Brics, réunis précisément en sommet ces 6 et 7 juillet au Brésil, l’émergence d’un ordre financier et monétaire international nouveau, plus juste et multilatéral. Ce qui suppose de trouver une alternative au roi dollar, devenu un obstacle majeur au financement du développement et aux gigantesques efforts d’investissement requis pour une humanité en butte aux dérèglements climatiques.

Donald Trump n’a guère apprécié. Selon son mode imperator habituel, il a aussitôt brandi son arme fétiche des droits de douane. Il a menacé de relever ceux-ci de 10 % pour tout pays qui serait par trop ouvert aux exigences de libération du système monétaire international formulées par les Brics.

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Droits de douane, le revirement de Trump et son escalade anti-chinoise

Volte-face et surenchère. Donald Trump a décidé le 9 avril d’un spectaculaire cessez-­le-feu dans la guerre commerciale déclarée au monde quelques jours plus tôt en suspendant pendant trois mois les fortes hausses des droits de douane qui devaient frapper 75 pays, dont ceux de l’Union européenne (UE). Mais au même moment, il s’est lancé dans un assaut plus terrible encore contre la Chine, qui se voit désormais affubler de tarifs douaniers accumulés de 145 %.

Le président des États-Unis explique son rétropédalage par le souhait qu’auraient manifesté les pays concernés à négocier avec lui d’éventuelles contreparties en échange d’un maintien des droits de douane états-uniens en l’état actuel ou majorés de seulement 10 %. Il se veut bon prince, expliquant qu’il leur laisserait ainsi du temps dans l’espoir d’un accord autour d’un quelconque marchandage. Son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, croit pouvoir affirmer, sans rire, que tout cela « est bien la stratégie » développée par le boss depuis le début. Plus sérieusement, l’extension de l’état de panique boursière et surtout un simple coup d’œil sur l’évolution du marché des bons du Trésor états-uniens permettent de comprendre les vrais ressorts de la décision de l’oligarque devenu président.

Des signes de ralentissement très présents

La dévalorisation accélérée des titres de la dette publique états-unienne cotés en Bourse poussait vers le haut les taux d’intérêt sur les emprunts à dix ans contractés par Washington. Ce qui ne pouvait manquer d’avoir des conséquences terribles sur le reste d’une économie où les signes de ralentissement sont déjà très présents. Une nette hausse des taux d’emprunt public, c’est en effet mécaniquement une augmentation des taux d’emprunt immobilier et de ceux de nombre d’entreprises. De quoi précipiter, à coup sûr, le pays vers la récession.

Trump est « confronté à un mur de refinancement », analyse l’ex-commissaire européen Thierry Breton. Toute hausse de taux sur la dette des États-Unis, qui culmine à quelque 36 000 milliards de dollars (environ 33 000 milliards d’euros), se traduit en effet par une charge supplémentaire de plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars. Son besoin de refinancement (de souscriptions de nouvelles dettes pour relayer celles qui arrivent à échéance) « atteint pour cette année 9 200 milliards de dollars (8 400 milliards d’euros) », relève un économiste états-unien.

D’où le repli peu glorieux du président sur ce front. En appliquant par contre à la Chine un traitement encore plus sévère, il cherche à diviser le monde et à isoler Pékin. Il confirme en même temps que la république populaire est bien la cible stratégique essentielle de la guerre commerciale qu’il a déclenchée. Face au développement rapide de ce pays et sa capacité à concurrencer, voire à supplanter la première puissance mondiale jusque désormais dans des domaines de pointe, le pouvoir trumpiste cherche fébrilement à allumer des contre-feux. Au risque de déstabiliser à nouveau prochainement marchés et équilibres économiques internationaux.

Sur le plan militaire, Trump entend transférer sur ses alliés européens de l’Otan la plus grande part de la charge financière d’un surarmement auquel il souscrit pour dominer le monde. Il espère ainsi pouvoir mieux se tourner vers l’Asie et achever un endiguement de la Chine, inscrit dans la stratégie de l’impérialisme américain depuis l’ère Obama, en faisant « pivoter » sa puissance militaire de l’Europe et du Moyen-Orient vers l’Extrême-Orient.

S’émanciper de la tutelle du billet vert

Plutôt que cette exacerbation de la force, tout devrait porter à chercher des solutions alternatives alors même que l’humanité est menacée sur plusieurs fronts jusque dans son existence. La crise obligataire que connaissent aujourd’hui les États-Unis est « indissociablement celle du dollar et de ses privilèges », souligne l’économiste communiste Yves Dimicoli (1). Il montre combien elle met en avant le besoin « d’une vraie monnaie commune mondiale » en lieu et place du billet vert. Soit une alternative de civilisation quand les besoins de financements internationaux n’ont jamais été aussi importants non pas pour la guerre et ses engins de mort, mais « pour le développement de tous les citoyens de la planète, leurs biens communs et l’émergence de services publics dans des dimensions sans précédent », précise Yves Dimicoli.

Les pays dits du Sud global souffrent des conséquences de la domination du dollar quand il restreint leurs objectifs d’aménagement et de développement. Ils ont commencé avec le groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à lancer des pistes d’émancipation de la tutelle du billet vert et d’émergence d’une ou de plusieurs monnaies communes alternatives.

Tout en plaidant, de façon ostentatoire, pour que le dollar baisse – ce qui rendrait les produits made in USA plus compétitifs –, Trump n’entend rien lâcher sur l’outil de domination que constitue son fonctionnement comme monnaie commune mondiale de fait. Face au Brésil, Trump voit rouge. Le pays est en effet particulièrement en pointe sur le dossier de l’émergence d’une monnaie mondiale alternative et son ex-présidente Dilma Rousseff vient d’être reconduite pour cinq ans à la tête de la Banque de développement des Brics, basée à Shanghai. Dès novembre, il a menacé – selon ce qui est devenu, depuis, une sorte de chantage atavique – le Brésil de droits de douane à 100 % si ses dirigeants continuaient de travailler à une telle option.

Les contradictions restent fortes au sein des Brics et entre les pays du Sud global. Il n’empêche, leur recherche traduit l’émergence d’un des défis les plus sensibles pour l’avenir multilatéral de l’humanité. Trump est loin d’être sorti du dangereux fantasme qui l’amène à vouloir tout régler à l’aune de rapports de force. Il reste que les montagnes de dettes publiques sous lesquelles croulent les États-Unis ont eu au moins le mérite de le ramener un peu à la réalité. 

(1) « Trump et le dollar », Économie et politique, mars 2025.

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