Infarctus de la plus grande banque allemande

Pointe avancée de la financiarisation de l’ex système rhénan, la Deutsche Bank a annoncé dimanche 7 juillet la suppression de 18.000 emplois.

DBank

Le conseil de surveillance de la Deutsche Bank a dévoilé dimanche 7 juillet 2019 un vaste plan de restructuration qui prévoit quelque 18 000 suppressions d’emplois dans le monde, soit prés d’un poste sur cinq, et la création d’une « bad bank », un établissement dépotoir destiné à stocker les titres spéculatifs et dépréciés qu’elle possède hors du périmètre de l’établissement.

Selon le PDG, Christian Sewing, la « bad bank » devrait abriter jusqu’à 80 milliards d’euros d’actifs dits « risqués ». Y seront transférés les tombereaux de titres toxiques accumulés à la faveur d’une financiarisation opérée depuis 2001, après que l’ex-chancelier Schröder a mis en œuvre un « big bang » du secteur, destiné à lui faire gagner vite le grand large anglo-saxon de la finance mondiale.

Résultat : la banque, gavée aux États-Unis aux fameux titres « subprimes », a été frappée de plein fouet par le krach de 2007-2008. De plus elle a participé , avec des « collègues » européens, à la manipulation des taux d’intérêt du Libor (taux bancaire de référence dans l’UE). Promotrice d’une certaine idée du « capitalisme vert », elle a coorganisé une fraude massive du fisc sur des titres, permettant d’échanger sur le marché des droits à émettre du CO2. Elle est aussi championne de l’émission de ces produits ultraspéculatifs que sont les CDO (Collateralized Debt Obligation). Et elle est mêlée à une kyrielle de scandales de blanchiment d’argent.

Le géant constituait, jusqu’au début des années 1990, le centre névralgique de feu le modèle dit de banque industrie, dont la particularité toute rhénane était de permettre, via des participations croisées, un financement à moindre coût capitalistique des entreprises industrielles. Il tente aujourd’hui de survivre en se démettant de sa branche de la banque dite d’investissement, si choyée il y a peu de temps encore.

 

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Les berlinois mettent les requins de l’immobilier sur la défensive

Alors que progresse le processus d’adoption d’un référendum pour la municipalisation des logements de la capitale allemande, le débat sur le droit au logement et contre l’envolée des prix des loyers s’intensifient jusque dans le reste du pays. 

 

La lutte des locataires berlinois contre les requins de l’immobilier connaît un écho grandissant dans la capitale allemande et dans tout le pays. La majorité de gauche (SPD, Verts, Die Linke) du sénat de Berlin, l’exécutif de la cité-état, a décidé mardi 18 juin de lancer un projet de loi qui permettrait de geler les augmentations de loyers pendant une période de 5 ans. Trois jours auparavant les animateurs d’une association qui réclame un référendum pour municipaliser les logements de la ville sur lesquels des sociétés financières ont fait main basse (l’humanité du 29 avril), faisaient savoir qu’ils avaient franchi haut la main une première étape indispensable à l’organisation de cette consultation.

Aux yeux du maire SPD de Berlin, Michael Müller, le lancement d’une procédure destinée à geler les augmentations de loyer permettrait de répondre à la colère de ses administrés. Le bourgmestre qui est, à la différence de ses partenaires de Die Linke et de quelques élus Verts, pour le moins réservé sur une consultation référendaire, affiche ainsi une volonté d’agir qui puisse, espère-t-il, satisfaire en partie les berlinois et donc désamorcer leur détermination.

Le débat sur l’accès au logement est devenu central bien au delà des rives de la Spree. Pour un SPD traumatisé par le nouveau recul de plus de 10 points enregistré aux Européennes il interfère dans la discussion qui fait rage entre partisans d’une poursuite contre vents et marées de la Grande coalition et militants de plus en plus nombreux qui aspirent à un virage à gauche de leur parti, quitte à tourner le dos à l’alliance avec la chancelière Merkel. De quoi faire bouger les lignes quand le très modéré Thorsten Schäfer-Gümbel, un des membres du triumvirat chargé de la direction intérimaire du SPD, après la démission d’Andrea Nahles, n’hésite pas à rejoindre Die Linke au Bundestag sur une proposition de loi visant à plafonner toutes les augmentations de loyers au plan national.

L’infléchissement est naturellement surtout à mettre au compte de l’ampleur de la fronde des locataires. Les initiateurs de la demande de consultation référendaire dans le Land De Berlin pour que la ville se réapproprie ses logements, ont ainsi pu collecter quelques 77.000 signatures en l’espace de quelques semaines. Soit trois fois plus que légalement nécessaire pour se lancer dans la phase finale du processus conduisant à la convocation d’un référendum.

Pour satisfaire à cette ultime étape, engagé désormais officiellement par le ministre de l’intérieur de la cité état, il faut que 7% des citoyens inscrits sur les listes électorales – ce qui correspond à 170.000 personnes – apposent leur signature en faveur de la consultation. Un objectif qui paraît tout à fait accessible aux animateurs de « Deutsche Wohnen enteignen » (exproprier habitat allemand), l’association qui dénonce la prise de contrôle de dizaines de milliers de logements par un capital financier dont la seule boussole est la maximisation la plus rapide possible des profits.

Les loyers berlinois ont augmenté de 30% à 100 % en l’espace de 10 ans. Deutsche Wohnen (habitat allemand) qui possède plus de 110.000 logements à Berlin, est coté à la bourse de Francfort et agit sous le contrôle direct des plus redoutables spéculateurs de la planète, comme le groupe étatsunien Black Rock qui en détient une part suffisante pour imposer ses desiderata en matière de… retour rapide sur investissement.

L’association de citoyens berlinois en faveur du référendum relève que « Deutsche Wohnen et leurs semblables » se doivent de poursuivre une « stratégie de hausse des loyers à tout prix. » Car il leur faut, précise Jenny Stupka, sa porte-parole, « à la fois rembourser les crédits » qu’ils ont du souscrire pour acquérir leur patrimoine immobilier et « satisfaire la demande de bénéfices élevés de leurs actionnaires.» Elle fait observer combien ces logiques contredisent le droit d’accès à un logement digne pour tous. Et elle cite les articles de la constitution du Land ou de l’état fédéral qui prévoit « une prise de contrôle public » au cas où le respect du bien commun est violé par les acteurs privés.

Ce refus des logiques financières comme cette volonté d’écrire une nouvelle page de la démocratie instaure un bien troublant parallèle entre Berlin mobilisé pour le logement et Paris contre la privatisation de ses aéroports.

 

Bruno Odent

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Crise au SPD: démission de Nahles, grande coalition en péril

La cheffe du SPD qui a annoncé dimanche 2 juin son retrait de la présidence du parti  et de son groupe au Bundestag, était considérée comme la clé de voûte d’une alliance droite/gauche avec la CDU/CSU d’Angela Merkel, toujours plus contestée au sein de sa formation. 

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La crise politique ne cesse de s’approfondir outre Rhin. Une semaine tout juste après le résultat désastreux enregistré par le parti social-démocrate aux européennes, sa présidente, Andrea Nahles a annoncé dimanche 2 juin qu’elle démissionnait de sa fonction de cheffe du parti et de la présidence du groupe SPD au Bundestag, laissant entendre qu’elle pourrait même se retirer totalement de la vie politique en abandonnant prochainement son mandat de députée.

Cette démission surprise a fait l’effet d’une bombe politique. Nahles affirmait en effet 48 heures après le verdict des européennes et la défaite concomitante enregistrée par le SPD dans le Land de Brême qu’il administrait depuis…1945, qu’elle poursuivrait sa tâche pour surmonter « le très rude défi » auquel son parti était confronté. Mais la patronne du SPD, critiquée ouvertement jusque dans les directions nationales et régionales, est lâchée, selon un sondage, par les deux tiers des membres de la formation.

En jetant l’éponge dimanche 2 juin Nahles s’est adressée aux adhérents du SPD: «  j’espère que vous  parviendrez à trouver des personnes, capables de renforcer confiance et respect mutuel», dit-elle en allusion à une nouvelle direction qui ne pourra prendre les rênes qu’à la suite d’un congrès extraordinaire, vraisemblablement en septembre prochain. En attendant c’est un triumvirat qui assurera l’intérim à la présidence du parti. Il est composé des ministres présidentes de Rhénanie-Palatinat et de Mecklembourg Poméranie, respectivement, Malu Dreyer et Manuela Schwesig, ainsi que de Thorsten Schäfer Gumbel qui dirige le SPD dans le Land de Hesse, chacun d’eux ayant fait savoir qu’il n’aspirait pas au poste laissé vacant par Nahles. Le plus âgé des députés SPD, Rolf Mützenich prendra, lui, la direction du groupe au Bundestag.

Ce tremblement de terre au sein du SPD ne peut pas ne pas avoir de conséquence sur l’avenir de la chancelière, elle même. Nahles était considérée en effet comme une sorte de clé de voûte de la grande coalition. Quand elle succéda à Martin Schulz à la tête du SPD en avril 2018, héritant d’un parti en crise ouverte, déjà, elle s’engagea en faveur de la reconduite d’un accord de gouvernement avec Angela Merkel tout en jurant qu’il était possible de redonner simultanément « des couleurs » au SPD meurtri par le plus bas historique enregistré à l’élection du Bundestag de septembre 2017. Elle s’est efforcée de  donner un profil général moins consensuel au parti, n’hésitant pas à avancer un programme plaidant pour un «  nouvel état-social » dans lequel elle n’hésitait pas à prendre quelques distances avec la fameuse réforme Hartz du marché du travail, œuvre du gouvernement SPD/Vert du chancelier Schröder au début de la précédente décennie. Cette réforme qui a instillé une forte dose de précarité dans la société, est honnie par l’opinion publique et le SPD qui y reste associé jusqu’à aujourd’hui continue de la porter comme un boulet.

Des dirigeants de l’aile gauche du parti font connaître leur scepticisme croissant à l’égard de la grande coalition. « Nous n’avons pas passé de contrat d’abonnement  avec l’Union ( chrétienne démocrate, NDLR) » lancent dans un appel commun , le vice-président du parti, Ralf Stegner, associé au vice chef du groupe parlementaire, Matthias Miersch et au chef des jeunes sociaux-démocrates, Kevin Kühnert. Ils exigent, avant la fin de l’année, des décisions concrètes sur la gratuité de la formation, l’amélioration des retraites, la protection du climat et une règle pour restreindre les exportations d’armes. Partiellement entendu sur ce dernier point avec le gel des ventes d’armes à l’Arabie saoudite prolongée par Merkel le 30 mars dernier ( L’humanité du 31 mai ), le SPD se voit opposé une fin de non recevoir par la CDU sur tous les autres dossiers. Si nous n’obtenons pas satisfaction, préviennent les auteurs de l’appel, la date de la fin de la grande coalition prévue au plus tard jusqu’en 2021, devra « être avancée.»

Un éclatement de l’attelage gouvernemental pourrait aussi bien signifier des élections anticipées que l’ouverture de négociations pour faire émerger une coalition «alternative» entre la CDU, les Verts et les libéraux (FDP). Mais ce scénario paraît de plus en plus improbable. Même si les Verts fortement recentrés ne bouderaient pas une alliance avec la CDU ils ont bien trop le vent en poupe pour ne pas espérer être les principaux bénéficiaires d’un scrutin avant échéance. Ils viennent en effet de réaliser 20% aux Européennes et un sondage publié dimanche les verraient même rafler… à la CDU, la première place sur l’échiquier politique germanique.

Dans le parti d’ Angela Merkel on a bien perçu l’acuité de la menace. La chancelière elle-même a du monter au créneau soulignant le besoin de « faire preuve de sérénité et de responsabilité» pour  poursuivre jusqu’à terme «la mission gouvernementale» sur laquelle les deux ex grands partis se sont engagés. Une posture aussi inhabituelle que défensive qui illustre combien l’histoire de la grande coalition pourrait ne pas attendre la fin de cette année pour s’écrire au passé.

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Euros comment s’affranchir des règles de fer

Tandis que la lumière se fait sur le leurre du frexit, un débat de fond peut s’engager sur une transformation de la monnaie unique dont les crédits gratuits pourraient fournir la base des financements pour les services publics ou la préservation du climat.

Les « frexiters» comptaient bien en faire le premier thème du débat public à l’occasion de ces élections européennes. C’est raté. Depuis quelques mois l’opinion paraît de plus en plus rétive à cette perspective. Non qu’elle apprécie d’un seul coup les politiques d’austérité et les autres ajustements drastiques qui figurent au cœur du fonctionnement de la monnaie unique. Mais sa défiance a grandi à l’égard de divers discours populistes, faisant de la monnaie unique une commode victime expiatoire, un moyen d’éviter d’aborder des questions systémiques pour laisser entendre qu’il suffirait d’un retour aux bonnes vieilles devises nationales ; une sorte de martingale pour rétablir une souveraineté populaire, effectivement mise à mal.

« L’eurexit », une vraie fausse solution

Les difficultés liées à l’organisation du brexit ont constitué un redoutable test de la pratique pour ces pseudo souverainismes. Même si la Grande-Bretagne n’a jamais été membre de la zone euro, la sortie de l’Union Européenne pilotée par les forces les plus national-libérales du Royaume, a fait resurgir au moment du passage à l’acte, le degré et l’intensité des interdépendances avec le continent. Et les risques économiques mais aussi sociaux engendrés par cette aventure. Au point que les syndicats britanniques sont vent debout contre les logiques antisociales à l’œuvre.

Il n’est guère difficile de déduire des incroyables péripéties du feuilleton sans fin du Brexit, à quelles extrémités pourraient conduire une sortie de la zone euro. Un « eurexit » apparaît de plus en plus nettement pour ce qu’il est : une vraie fasse solution. Les dévaluations dites compétitives induites par le rétablissement des devises nationales, inscrites dans un environnement mondial très concurrentiel, dominé par le dollar, ne libéreraient en rien des contraintes de la mondialisation libérale. Simplement il viendrait rajouter dans la boîte à outil censée permettre de jouer des coudes sur les marchés mondiaux, un dumping monétaire au dumping social et fiscal existants. Comme l’illustra l’expérience des dix dévaluations du franc orchestré dans l’après-guerre jusque dans les années Mitterrand.

Pour autant les raisons de s’affranchir des règles de fer qui régissent la zone euro sont d’une actualité de plus en plus brûlantes. Initiées par le traité de Maastricht et le consensus ordo-libéral imposé à ses partenaires par le chancelier Kohl au lendemain de la réunification, l’euro est enfermé en effet dans un carcan monétariste, fondé sur le rationnement des dépenses publiques et l’austérité salariale. Soit des logiques récessives qui ont pesé sur l’activité. Au point d’amener la zone euro au bord du gouffre au milieu de cette décennie quand elle est entrée dans un processus de déflation (baisse des prix et des salaires) qui la conduisait tout droit vers la dépression économique.

La zone euro menaçait ainsi d’être emportée par l’application des… règlements de la monnaie unique. On connaît la nature de la procédure d’urgence déclenchée par Mario Draghi pour sauver le soldat euro. Le président de la BCE obtint, en dépit des réticences allemandes, l’autorisation de se mettre carrément en contravention avec les textes des traités pour lancer des politiques dite d’assouplissement quantitatif. Traduisez : l’autorisation d’émettre des crédits nouveaux (de la monnaie). A partir de mars 2015 il va ainsi inonder les banques, les compagnies d’assurance et autre gros opérateurs des marchés financiers de crédits gratuits à raison de 60 à 80 milliards d’euros par mois.

Au total jusqu’à l’arrêt de cette procédure d’urgence en décembre 2018 quelques 2.600 milliards d’euros de crédits à taux zéro seront déversés sur les marchés. Au seul bénéfice des plus gros qu, recherche de la rentabilité oblige, ont eu tôt fait de confisquer cette manne pour se livrer à des opérations strictement spéculatives. D’où la léthargie persistante qui affecte la zone euro. Même si un collapse majeur a sans doute pu être évité l’argent déversé par la BCE n’a jamais vraiment pu «ruisseler», comme il fut prétendu, jusqu’à l’économie réelle et offrir ces crédits bon marchés qui manquent pourtant si cruellement à nombre d’entreprises.

 

Ian Brossat est le seul à briser le tabou de l’euro

 

La nécessité de changer radicalement de cap pour que les prêts à taux zéro de la BCE ne soient plus confisqués par la finance, est devenue ainsi plus transparente. Elle apparaît plus cruciale que jamais si on veut bien la confronter aux défis qui émergent avec force dans l’actualité : quand le mouvement des gilets jaunes exprime un si fort besoin d’investissements pour l’aménagement et le développement des territoires, des services publics ou encore quand la survie même de l’Humanité rend nécessaire des financements considérables contre le réchauffement climatique.

Ian Brossat, tête de liste communiste aux Européennes, est le seul à relever le caractère systémique de ces enjeux et à briser le tabou de l’euro dont il veut faire un moyen de financer à bon compte les biens communs européens. Il propose de créer à cet effet un fonds européen ad hoc (notre article ci contre). Les défis en présence sont d’une telle acuité que la plupart des autres candidats ne peuvent plus l’ignorer. Même Nathalie Loiseau, tête de liste de la république en marche, plaide l’instauration d’une « banque du climat ». Mais elle n’aurait d’autre vocation que de canaliser l’épargne des européens vers «une finance verte » qui resterait dominée par les critères de rentabilité des marchés financiers. Ce qui est une manière de signifier que ce beau dispositif fournirait, en même temps, son propre veto aux financements les plus utiles pour le genre humain menacé.

Comme la compétitivité et le dumping monétaire restent le marqueur des populistes du frexit, le retour sur investissement financier demeurerait la seule bible qui vaille.

Le dernier scandale écologique et social en date, la menace de suppression de ce train de primeurs qui relie Perpignan à Rungis, vient pourtant illustrer concrètement le besoin d’interventions hétérodoxes et novatrices, dépassant les logiques dominantes.  Pour cause de rentabilité la SNCF et certains de ses gros usagers seraient prêts à transférer l’acheminement des fruits et légumes sur route, avec à la clé des dizaines de suppressions d’emplois de cheminots et la mise en service de quelques 25.000 poids lourds supplémentaires, gros émetteurs de CO2.

Pourtant, souligne Ian Brossat, qui a fait de cet enjeu l’un de ses principaux thèmes d’intervention en cette fin de campagne, « chacun peut mesurer » combien il serait indispensable « d’investir dans le développement et la rénovation du fret ferroviaire » et combien  le financement d’un projet aussi salutaire pourrait s’opérer à des conditions plus favorables que celles du marché, en usant des crédits à taux zéro de la Banque Centrale Européenne (BCE).

Il faudrait 6 milliards d’euros par an pour redonner une place significative au fret ferroviaire dans notre pays, 30 milliards pour l’ensemble de l’UE : c’est 1% du montant des titres qui furent « achetés par la BCE dans le cadre du quantitativ easing (assouplissement quantitatif) » fait remarquer l’économiste communiste, Denis Durand. Les mobilisations des citoyens français et européens en faveur de leurs services publics et du climat passent par un euro radicalement transformé. C’est un des vecteurs clé de l’indispensable refondation de l’Europe.

 

 

 

 

 

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Les berlinois veulent municipaliser leurs logements

Face aux actionnaires de sociétés dites d’investissement et aux requins de la bourse de Francfort qui se sont emparés des immeubles et ne cessent de faire grimper les prix les locataires mobilisés lancent une procédure référendaire (in l’humanité du 29 avril 2019)Berlin 

Les immeubles de certains quartiers du centre de la capitale allemande découvrent ces jours ci des façades méconnaissables aux yeux des touristes éberlués. Aux fenêtres de nombreux  appartements, sur les balcons, des pancartes, des banderoles ont été installées. Comme un jaillissement décoratif impromptu, comme un cahier de doléances mural géant contre l’appétit des requins de l’immobilier, revendiquant « l’arrêt de la valse des expulsions » et « le droit de vivre et de se loger à Berlin. » La lutte contre « le délire de l’explosion des loyers», selon la formule vedette de ces immenses fresques,  est au cœur d’une mobilisation citoyenne hors normes.

Les locataires berlinois comme ceux des grandes villes du pays ont envahi la rue, samedi 6 avril.  A Berlin  le cortège a rassemblé prés de 30.000 manifestants. La hausse continue du prix des loyers pèse toujours davantage sur le pouvoir d’achat des plus modestes, les obligeant à immigrer vers la périphérie. Un jeune brandit sa dernière quittance pour un deux pièces : 1408 euros contre 458, le mois précédent avant de menus « travaux de modernisation. »

De grosses sociétés tirent le maximum de profits de cette situation. L’Allemagne qui comptait encore 4 millions de logements sociaux au milieu des années 2000 n’en possède plus aujourd’hui qu’un million. Plusieurs vagues de privatisations ont ravagé le secteur et raréfié l’offre d’appartements. Ce qui a alimenté le « délire » des hausses dénoncées par les locataires. Dans la cité-état les loyers ont doublé en dix ans. Ceux qui en profitent le plus sont des filiales de poids lourds de la bourse. Des groupes comme Vonovia ou Deutsche Wohnen ont mis la main sur quelques 200.000 logements berlinois. Ils ont augmenté les quittances de location au rythme d’au moins 4% l’an. En moyenne.

Deutsche Wohnen (112.000 appartements berlinois) est passé entièrement sous le contrôle de Blackrock , une société d’investissement états-unienne en proie à un forcing permanent pour accroître ses marges financières. « Ce n’est pas possible que le logement soit réduit à une marchandise où la seule chose qui importe est la hausse des dividende pour des actionnaires-propriétaires toujours plus avides», dénonce Daniel Dickmann, l’un des principaux protagonistes du soulèvement des locataires berlinois. Dirigeant, de longue date, d’une association de locataires il habite lui-même dans « Mitte », arrondissement central parmi les plus touchés par la valse d’augmentations des quittances, l’exode des milieux populaires et la gentrification qui l’accompagne.

Un seuil semble bien avoir été franchi par le mouvement des locataires berlinois en ce printemps 2019. L’ampleur de la mobilisation se nourrit en effet d’une démarche aussi atypique qu’originale, une proposition dé-coiffante des associations et des militants du «droit à vivre et à se loger dignement » dans la cité : ils s’appuient sur rien moins qu’un paragraphe de la constitution pour exiger que les logements soient « re-municipalisés » ou plus exactement replacés sous le contrôle du Land (la cité-état de Berlin). Selon l’article 15 de la loi fondamentale le bâti et le foncier «  peuvent être transformé en effet en propriété publique» quand le besoin s’en fait sentir « pour la communauté» et (ou) le maintien d’un vivre ensemble digne de « l’Etat-social. »

Fort de ce texte relégué aux oubliettes par les gouvernements des chanceliers Schröder puis Merkel, les locataires berlinois ont lancé une pétition citoyenne. Avec des chances de succès non négligeables. Ils peuvent s’appuyer en effet sur une procédure démocratique, plutôt exemplaire, elle aussi, et propre aux Länder (état-régions). S’ils parviennent à recueillir 20.000 signatures d’ici 6 mois puis à obtenir le soutien d’au moins 170.000 électeurs de la cité d’ici février 2020 ils pourront alors susciter la convocation d’un référendum d’initiative populaire pour ou contre cette « remunicipalisation.»

Plus de la moitié des berlinois, soutiennent aujourd’hui la démarche selon un sondage. Au sein du gouvernement de gauche (SPD, Verts, Die linke) du Land capital, die Linke a pris fait et cause pour l’action des locataires, la moitié du SPD et une partie des verts y sont également favorables. Durant la décennie 2000 Die Linke (baptisée alors PDS-Linkspartei), s’était finalement rallié au processus de privatisation des logements berlinois. Le parti participait alors à un gouvernement d’union avec le SPD qui exerça un chantage au soulagement des finances publiques de la ville surendettée. Y avoir cédé a constitué « une formidable erreur », tranche aujourd’hui un des cadres berlinois de Die Linke. Avec le parti, résolu à réparer cette ancienne sortie de route et à agir, les locataires berlinois sont bien décidés à tourner cette funeste page.

 

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Les milliards de la BCE redirigés vers le social et le climat.

Les crédits gratuits de la banque centrale doivent servir au financement des services comme des investissements nécessaires d’urgence aux européens et ne plus être déversés sans condition sur les marchés. 

L’Europe possède avec la BCE et l’euro tous les moyens de dégager les crédits nouveaux indispensables pour faire face aux défis majeurs du moment : emploi, formation, recherche, lutte contre ces inégalités qui ont explosé chez tous les états-membres ou encore combat contre le réchauffement climatique qui menace le genre humain. « Impossible, le cadre existant l’interdirait, » rétorquent les partisans de la poursuite du modèle ordo-libéral comme Emmanuel Macron ou ceux qui entendent le pousser jusqu’à son couronnement national-libéral jusqu’à sortir de l’euro ou de l’UE. Pourtant un simple examen de la pratique de la BCE ces trois dernières années inflige un singulier démenti à ces fables.

Sous l’impulsion de Mario Draghi, le président de la banque centrale, il a été décidé en 2015, avec l’accord de Paris, de toute les autres capitales et malgré les réserves de Berlin, d’inonder les marchés de crédits gratuits à taux zéro. Et les autorités monétaires ont gardé pendant trois ans, à raison de 60 à 80 milliards d’euros par mois, le doigt scotché sur le bouton « en marche » de cette création monétaire, baptisé pudiquement assouplissement quantitatif. Traduisez : planche à billets

Au total entre mars 2015 et décembre 2018 quelques 2600 milliards d’euros ont ainsi été octroyés aux grands opérateurs boursiers (banques, société d’assurances, gros détenteurs d’obligations d’entreprises ou d’emprunts d’état). Cette mesure d’urgence était destinée à faire face à un risque imminent de déflation, soit un terrible enchaînement systémique où la baisse des prix entraîne celle des débouchés des entreprises puis des salaires, de l’emploi et constitue un prélude à une entrée certaine en récession, voire en dépression de toute la zone.

Les pompiers de la BCE sont ainsi intervenus pour tenter de contenir le sinistre. Mission plus que délicate puisque ce sont les les dogmes de l’austérité inscrits dans les textes européens qui sont à l’origine de l’étranglement de l’activité et de la chute des prix. La pression sur le pouvoir d’achat des salariés, le gel ou les énormes retards d’investissements publics enregistrés partout, nourrissent l’état de léthargie chronique de la zone euro. Au total c’est donc un peu comme si les soldats du feu avaient reçu l’ordre de contenir les flammes mais sans arroser la racine du foyer de l’incendie. Au risque de le voir repartir de plus bel.

Pour qu’ils mènent à bien leur mission il faudrait juste qu’ils puissent décaler l’orientation de leurs lances à incendie dans la bonne direction, qu’ils démontrent une intransigeance implacable sur la destination des crédits gratuits afin de financer ces services publics et de ces biens communs, si indispensables à la résolution des grands défis sociaux et environnementaux évoqués plus haut.

Plutôt que de se déverser sur les marchés et gonfler une fois encore de très menaçantes bulles spéculatives, des centaines de milliards d’euros peuvent être mobilisés pour les peuples. Sans qu’il faille attendre un aussi hypothétique que lointain changement du cadre européen.

Ian Brossat et les communistes français proposent de créer dès maintenant un fonds européen de développement social et écologique solidaire. Alimenté par la BCE, il pourrait offrir le moyen aux états-membres et aux citoyens européens de court-circuiter la dictature des marchés, et de soutenir à taux nuls les investissements dont le besoin se fait sentir de façon si lancinante dans toute l’Europe et singulièrement en France quand le développement des services publics figure tout en haut de la liste des doléances des gilets jaunes.

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Un parfum de krach sur fond de spéculation et de nationalisme

D’Allemagne aux pays émergents en passant par les Etats-Unis, les signes d’un ralentissement de l’activité économique, prélude à de fortes perturbations, s’accumulent. 

La conjoncture donne des signes de grosse fatigue sur toute la planète. Des pays émergents aux zones les plus développées, personne n’échappe à un net ralentissement de l’activité. L’Europe, empêtrée dans ses dogmes austéritaires, est dans une position particulièrement critique.

Le retournement perçu est d’autant plus  alarmant qu’il touche l’Allemagne, le « moteur » de la  zone euro. Plusieurs instituts de prévisions économiques viennent d’y anticiper tour à tour un gros coup de frein. L’institut Ifo de Munich et le DIW de Berlin ont divisé par deux en quelques mois leurs prévisions de croissance pour l’année en cours (entre 0,6% et 1% contre 1,1 à 1,8% pronostiqués fin 2018). Le gouvernement allemand a du réviser lui-même ses anticipations à la baisse (0,7% contre 1,1% quelques semaines plus tôt).

La chute des débouchés vers les deux principaux marchés des industries exportatrices allemandes, l’Amérique du nord et le sud-est asiatique, est à l’origine ce gros accès de faiblesse. L’indice PMI qui mesure l’activité manufacturière a chuté en mars outre Rhin à 44,7 points. Un chiffre qui a surpris tous les analystes, car il enregistre en effet un véritable décrochage, nettement en dessous des 50 points mesurant un  simple maintien de la production. L’industrie automobile allemande est la plus touchée. Elle paye ainsi au prix fort les contrecoups du «dieselgate.» Soit le truquage technique sur les émissions de CO2 sur lequel se sont finalement entendus, de Volkswagen à Daimler, la quasi-totalité des groupes du secteur.

Cependant les déboires de l’industrie exportatrice germanique révèlent en creux la réalité d’une menace bien plus globale. Aux Etats-Unis qui paraissaient échapper à la morosité générale (avec près de 3% de croissance en 2018), les signes d’un retournement spectaculaire s’accumulent. Les risques de récession, mesurés selon un indicateur de la réserve fédérale, la banque centrale états-unienne, sont passés, entre octobre et décembre 2018 de 14,1% à 21,4%. Soit le plus haut niveau depuis l’été 2008, à la veille du… krach financier. Une évolution d’autant plus préoccupante qu’elle rejoint le diagnostic d’un autre indicateur technique: le niveau des taux d’intérêts à court terme dépasse celui des taux à long terme (placements réputés sûrs servant le financement d’investissements réputés solides). Or à chaque fois que le phénomène a été enregistré, durant les cinquante dernières années, « il a précédé une entrée des Etats-Unis en récession », soulignent les observateurs.

Le contrecoup de la décélération rapide de l’activité qui affecte la quasi-totalité des pays émergents commence ainsi à diffuser bien au-delà des limites de l’Argentine, de la Turquie, du Mexique ou des états rassemblés sous l’acronyme BRICS (Brésil, Russie Inde, Chine et Afrique du sud). Nombre d’entre eux sont déjà frappés par une récession. Et la dynamique de la croissance chinoise, si elle reste évaluée autour de 6%, paraît elle-même durement affectée.

D’autant que l’offensive national-libérale de Donald Trump alimente inquiétudes et incertitudes sur l’avenir  de certaines filières. Une spirale négative est enclenchée par la guerre commerciale de Washington avec l’instauration de droits de douane prohibitifs sur les produits made in China et les répliques de Pékin sur ceux made in USA.

Les dégâts du national-libéralisme sur l’activité mondiale se laissent également mesurer aux conséquences potentielles d’un Brexit «dur». Toutefois la menace la plus importante tient à l’émergence d’énormes bulles spéculatives sur les marchés financiers et dans leur immédiate proximité (ruées sur l’immobilier ou le foncier des grands espaces agricoles).

le phénomène a été favorisé par le recours massif des principales banques centrales occidentales à la planche à billets pour tenter d’enrayer le risque de déflation. Elles ont injecté depuis le début de la décennie des milliers de milliards de crédits gratuits pour tenter de booster leurs économies en crise.Cependant , octroyé strictement aux grands acteurs des marchés boursiers , cet argent facile a été massivement mobilisé au service  d’opérations spéculatives, dont beaucoup ressemblent à s’y méprendre à celles qui avaient si funestement conduit au krach de 2008.

Il est plus que temps d’arrêter la machine infernale. Non pour interdire ces crédits gratuits mais en réserver l’utilisation à des investissements pour le bien commun. Comme le proposent en Europe Ian Brossat et ses partenaires de la liste du PCF pour les européennes. Cette énorme ressource potentielle doit servir enfin aux combats d’intérêt général, pour les services publics, l’éducation , la formation ou la lutte contre le réchauffement climatique.

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