Die Linke en bon ordre de bataille

Déjouant le piège populiste, le parti a réussi à asseoir sa position sur l’immigration. Lors de son congrès qui s’est terminé dimanche 10 juin il a réélu ses deux dirigeants, Katja Kipping et Bernd Riexinger.
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À Leipzig, où il a tenu son congrès ce week-end, le parti Die Linke a réussi à réaffirmer une ligne claire sur l’immigration après des mois de cacophonie interne. Katja Kipping et Bernd Riexinger, les deux coprésidents sortants du parti, bien que cibles d’une opération « dégagiste » connexe, ont été largement réélus avec respectivement 65 % et 74 % des voix des délégués.

Il incombait d’autant plus de trancher le débat que deux des personnalités les plus éminentes du parti, Sahra Wagenknecht (coprésidente du groupe Die Linke au Bundestag) et son mari, Oskar Lafontaine, sont à l’origine des dissensions. L’une et l’autre souhaitaient une « inflexion » de la position de Die Linke dans le sens d’une limitation de l’accès des réfugiés et des migrants sur le sol allemand, en arguant que l’ouverture momentanée des frontières par Angela Merkel en 2015 relevait d’une démarche néolibérale.

Wagenknecht et Lafontaine ont associé cette offensive à leur souhait de faire émerger outre-Rhin un nouveau mouvement. À l’heure où le SPD se fourvoie dans une nouvelle grande coalition, il s’agirait de surpasser les clivages à gauche sur le modèle de la France insoumise ou de Podemos. Le français Jean Luc Mélenchon leur a apporté un soutien ostensible.

La bataille d’idées fut particulièrement âpre. Oskar Lafontaine a fustigé encore à l’ouverture du congrès dans une interview au quotidien Tageszeitung « l’entêtement idéologique » des dirigeants de son parti, invoquant les conséquences « en termes de concurrence sur les salaires et de prix des loyers » qu’avait la venue d’étrangers « en grand nombre » en Allemagne. Et le couple Wagenknecht-Lafontaine reliait ouvertement une « inflexion » de la position du parti sur l’immigration à un changement de tête à sa direction – étape indispensable à la transformation de Die Linke avant sa future dilution au sein du mouvement de gauche à l’allemande qu’il appelait de ses vœux.

« Le congrès a tranché », a conclu Katja Kipping en pointant que la « ligne de solidarité avec les migrants et les réfugiés » était désormais « la seule ». Elle a défendu l’importance du débat d’une clarification qui va permettre de se tourner maintenant vers d’autres questions cruciales, « comme la paix ou la crise du logement accessible ».

En échec, Wagenknecht et Lafontaine continuent d’envisager la création d’un mouvement en septembre. Die Linke a confirmé ce week-end son rôle primordial au sein d’un paysage politique germanique si abîmé par les poussées identitaires (crucifix en Bavière) et nationaliste.

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La sortie d’Athènes de l’austérité, un enjeu européen

Libéré de la tutelle de la troïka (UE, BCE, FMI) en août, Tsipras annonce un plan de relance en faveur des plus démunis. Une mobilisation des citoyens européens sur  des transformations radicales est indispensable avant qu’il ne soit trop tard. La BCE doit enfin accorder ses crédits à taux nul aux services publics grecs et aux autres, comme à tous les grands projets de développement durable dans l’UE. 

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Des manifestants grecs anti-austérité contre les mesures de la troïka interpellent l’opinion européenne et singulièrement française   

La Grèce va-t-elle enfin retrouver des marges de manœuvre après avoir été étranglée pendant une décennie par les mémorandums européens qui ont échangé l’octroi d’aides financières contre des mesures de super-austérité ? Alexis Tsipras veut y croire après la confirmation de la sortie de l’ultime plan d’aide pour le 20 août prochain. Saluant en cette fin mai devant le Parlement le retour de la Grèce à la normale – entendez la possibilité de se financer elle-même sur les marchés –, le premier ministre grec a présenté un plan de développement « pour le jour d’après » qui doit bénéficier d’abord « aux travailleurs, à ceux qui ont souffert » des mesures austéritaires imposées.

Pour éviter la faillite ou la promesse de chaos d’une sortie de l’euro, on se souvient comment la troïka (UE, BCE, FMI) s’est livrée à un chantage permanent, n’accordant son soutien à Athènes qu’au prix de privatisations et de coupes budgétaires. Le plan Tsipras entend l’en libérer progressivement. Il cible une relance par la lutte contre le chômage, la revalorisation du salaire minimal ou encore le rétablissement des conventions collectives. Il compte financer ses projets par la création d’une banque nationale de développement qui permettrait aux PME d’accéder au crédit. Il reste que ce « retour à la normale » dépendra pour beaucoup des autres acteurs de l’Union européenne. Et là, rien n’est vraiment joué tant sur le plan d’une indispensable réduction de la dette – Berlin continue d’y mettre d’insupportables conditions – que sur celui du financement des investissements.

Ainsi les propositions radicales pour un accès des services publics et autres projets de développement aux crédits à taux zéro de la Banque centrale européenne acquièrent-elles une pertinence supplémentaire. De quoi alimenter une bataille politique européenne majeure, cruciale pour la survie du pouvoir de gauche en Grèce, mais aussi pour le rassemblement des progressistes européens.

 

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Libéralisation du rail: l’imposture du « modèle allemand »

Si la réforme de la Deutsche Bahn, élevée au rang de modèle par les partisans de la casse de la SNCF, n’a pu déboucher sur sa privatisation et son introduction en bourse en raison du krach financier de 2008, elle a induit des dysfonctionnements très graves sur le réseau.

Lofuehrerstreik-BerlinGrève historique à la Deutsche Bahn en 2015 pour l’emploi et le service public

En Europe, alors que les privatisations thatchéro-blairistes font l’effet d’un repoussoir, la Deutsche Bahn, la société des chemins de fer allemands, aurait, elle, réussi sa réforme. Ce qui lui permettrait d’afficher des résultats « exemplaires » en termes d’utilisation du rail. Pour réussir la modernisation de la SNCF, il n’y aurait donc rien de plus simple : s’aligner sur elle, expliquent Emmanuel Macron et le gouvernement français. La ministre des Transports, Élisabeth Borne, le revendiquait le 15 mars dernier sur France Info : « Nous voulons une entreprise plus unifiée et réactive, où les managers ont des capacités de décision. Le modèle allemand avec une structure mieux intégrée répond bien à cet objectif. »

L’affirmation vaut ainsi que l’on s’intéresse à un vrai bilan de la réforme de la Deutsche Bahn. Et le moins qu’on puisse dire est que sa présentation par les autorités françaises heurte de plein fouet l’expérience des usagers allemands, confrontés à une multiplication des dysfonctionnements. La réalité qu’ils ont vécu, qu’ils vivent, c’est une dégradation notoire du service, avec un prix des billets en constante augmentation et parmi les plus élevés du continent, des retards chroniques – ils touchent selon plusieurs études concordantes près du tiers des trains de grandes lignes – ou même de ces accidents meurtriers qui ont bien trop souvent défrayé la chronique durant les deux dernières décennies outre-Rhin.

La réforme du rail de 1994 servit en fait de cadre à la fusion des deux ex-sociétés publiques des chemins de fer est et ouest-allemandes après la réunification. Elle visa à banaliser l’entreprise et le statut de ses personnels pour la transformer en une société par actions comme les autres. Mais la privatisation engagée il y a vingt-quatre ans, n’a jamais pu être menée à terme. L’État fédéral contrôle toujours aujourd’hui 100 % de la Deutsche Bahn (DB) et de ses filiales intégrées, DB Netz (réseau ferré), DB Cargo (marchandises), DB Regio (transport régional), etc.

Absence d’investissements sur le réseau secondaire

Le fiasco d’une libéralisation complète tient à deux raisons essentielles : la date choisie pour l’introduction en Bourse du géant, en 2008, a malencontreusement coïncidé avec le krach financier. « Les conditions ne sont pas propices à la vente de titres de l’entreprise sur les marchés », avait dû reconnaître, penaud, Peer Steinbrück, le ministre des Finances (SPD) du gouvernement Merkel I de grande coalition. L’autre raison de cet échec tient aux luttes des cheminots, en opposition frontale avec la recherche de l’optimisation des profits devenue règle d’or dans la gestion de la DB SA.

Les dégâts n’en sont pas moins déjà considérables, relèvent les syndicalistes et les usagers de l’Alliance chemin de fer pour tous (Bündnis Bahn für alle), ce regroupement d’organisations et d’associations de citoyens qui s’est mobilisé pour la défense du service public. « Le modèle allemand est une véritable imposture », expliquent-ils en substance en listant la multiplication de dysfonctionnements.

L’été dernier à Rastatt, la ligne Nord/Sud, la plus importante du pays, qui relie Karlsruhe à Bâle, a dû être coupée de juillet à octobre. En cause : l’effondrement partiel d’un tunnel en construction sous les voies. Le chantier doit permettre de délester un trafic parmi les plus denses d’Europe à cet endroit. Pour aller au plus vite et optimiser la profitabilité de l’investissement, on a sous-estimé volontairement de multiples paramètres de sécurité, en creusant directement sous les voies existantes. Résultat : les rails se sont enfoncés subitement de quelque 80 centimètres. La fermeture au trafic après qu’un accident a été évité de justesse a provoqué une immense pagaille. Un service de remplacement par bus a dû être mis en place pour les passagers des ICE (les TGV locaux). Quant aux très nombreux trains de fret qui passent par là, ils ont dû emprunter de longs itinéraires de substitution ou transférer sur des camions les containers ,empilés sur leurs wagons.

L’incident de Rastatt a mis ainsi en lumière l’absence d’investissements sur un réseau secondaire vétuste. Le maintien de nombreuses portions de lignes à voie unique, en dépit souvent d’une fréquentation importante compte tenu de la densité de la population, y a fait grimper les risques pour les passagers. Jusqu’à des accidents graves. En février 2016, deux trains affrétés par la compagnie privée Meridian se percutaient de plein fouet entre Rosenheim et Holzkirchen, en Bavière. Bilan : 10 morts et plus de 80 blessés. « Erreur humaine », conclura l’enquête après une intense controverse sur l’absence d’équipements, il est vrai très coûteux, permettant d’enclencher automatiquement un arrêt d’urgence en cas d’engagement de deux convois sur la ligne au même moment. De multiples études établissent une recrudescence des accidents ou quasi-accidents depuis le lancement de la réforme. Car si elle n’a pu entrer en Bourse en 2008 la DB, devenue entre-temps un des leaders mondiaux de la logistique et des transports, présent dans plus de 130 pays, n’en adopte pas moins des principes de gestion soumis à la rentabilité financière.

Jusqu’à l’absurde. En août 2013, les trains n’arrivent plus en gare de Mayence, capitale du Land de Rhénanie-Palatinat. La raison : en cette période de congés d’été, il n’y a plus suffisamment de conducteurs de locomotive, de personnels de bord et dans la gare pour assurer l’arrivée des trains. La circulation de plusieurs dizaines d’entre eux doit être tout simplement annulée. La direction de la DB répète comme un leitmotiv depuis 1994 qu’il faut « rendre le chemin de fer en capacité d’affronter les marchés financiers ». En conséquence de quoi quelque 150 000 emplois et l’ex-statut des cheminots ont été rayés de la carte.

A Berlin, ces nouvelles logiques entrepreneuriales vont plonger le RER local (la S-Bahn) dans le chaos entre 2009 et 2012. Dans sa course à la rentabilité, la filiale de la DB a licencié 900 de ses 3 800 salariés et engagé des économies drastiques en matière de maintenance. Les intervalles entre deux visites de révision à l’atelier s’étendent démesurément. Après un déraillement dans la station Südkreuz (37 blessés), une défaillance des freins est relevée par l’enquête post-accident. Quelque temps plus tard, un organisme de sûreté tire la sonnette d’alarme. Il pointe « des problèmes majeurs sur les cylindres de freins et les axes » de la majorité des voitures. Des centaines de trains doivent être annulés, remplacés au mieux par des services de bus. Il est conseillé de se rabattre sur le réseau du métro. Encore faut-il pouvoir rejoindre « une station terminus, dont le parking est vite saturé », dénonce un livre noir du rail publié en 2011. Des embouteillages automobiles monstres se forment régulièrement dans la capitale fédérale. Et le prix du ticket commence à grimper à une vitesse proportionnelle au nombre d’annulations de trajets ou de retards.

À l’été 2015, GDL remporte une victoire historique

Les syndicats, et singulièrement celui des conducteurs de locomotive (GDL), qui a fait irruption sur la scène publique dans la première moitié de la décennie, revendiquent, outre des revalorisations salariales, des investissements et des créations d’emplois. À l’été 2015, GDL remporte une victoire historique après des mois de conflit très âpre qui ont occasionné plusieurs périodes de paralysie du réseau. Classiquement, les grévistes sont accusés par les dirigeants de la grande coalition et une bonne partie de la presse de « prendre les voyageurs en otage ». Mais l’ampleur du mouvement et une certaine complicité des usagers, qui ont expérimenté à leurs dépens retards et dysfonctionnements chroniques, obligent la direction de la DB à céder. Elle doit signer un accord qui l’engage à embaucher quelque 300 conducteurs de locomotive supplémentaires et une centaine de personnels de bord. L’accord stipule aussi une réduction du temps de travail de 39 à 38 heures sans perte de salaire, qui vient d’entrer en vigueur en ce début d’année 2018.

Ces luttes, devenues autant d’actes de résistance, ont joué un rôle essentiel dans la préservation du service public en entravant la folle poursuite de la marche à la libéralisation. Les syndicalistes font valoir une conception alternative qui mise sur le développement des coopérations et non de la concurrence entre sociétés nationales pour moderniser les chemins de fer européens. Une forte délégation de cheminots allemands était présente dans la manifestation française du 22 mars. Illustration de l’importance à leurs yeux de la solidarité intereuropéenne pour relever ce défi et continuer le combat.

 

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Nouvelle Grande coalition ou drame de l’acharnement thérapeutique à Berlin

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Angela Merkel a été intronisée pour la 4e fois à la tête d’une grande coalition appelée au chevet d’un modèle ordo-libéral à bout de souffle.

Après six mois de crise politique, consécutive aux résultats de l’élection du Bundestag de septembre dernier, l’Allemagne s’est dotée mercredi 14 mars d’un nouveau gouvernement. La chambre basse du Parlement a élu pour la quatrième fois Angela Merkel chancelière, avant d’introniser son nouveau gouvernement de grande coalition entre chrétiens démocrates (CDU) , chrétiens sociaux (CSU) et sociaux-démocrates ( SPD). « Le temps est venu de se mettre au travail », s’est réjoui la chancelière. On ne cache pas son soulagement de Bruxelles à Paris de voir Berlin ainsi revenu à la case « normale ». Et Emmanuel Macron communique frénétiquement sur le grand retour du couple franco- allemand.

Cependant, présenter l’avènement de ce gouvernement Merkel IV comme la garantie d’un ressaisissement politique pour l’Allemagne et pour l’Europe apparaît pour le moins hasardeux. Rien que l’étroitesse du résultat du vote en faveur de l’intronisation d’Angela Merkel devrait pour le moins inciter à la prudence. La chancelière, déjà tributaire d’une majorité CDU/SPD rétrécie à 53 % des électeurs, n’a pas fait le plein des votes. Une trentaine de députés de son camp (CDU ou SPD) ont voté contre elle et elle n’a dépassé la majorité absolue que d’une dizaine de voix.

Vives tensions sur le nouvel exécutif

Ce résultat serré illustre l’importance des tensions sur le nouvel exécutif. Au SPD, on digère très mal les concessions de la direction du parti pour signer un contrat de gouvernement qui se refuse à traiter les souffrances sociales générées par l’explosion des inégalités. La chancelière a beau dire qu’il va falloir « mieux partager la prospérité », rien n’est envisagé contre les énormes discriminations qui pèsent sur les plus démunis confrontés à la précarité, à des retraites peau de chagrin ou à une assurance-maladie partiellement privatisée.

Au sein de la CDU s’affirme une contestation de la ligne « centriste » de la chancelière. Jens Spahn, l’un des jeunes loups candidat à la succession de Merkel devenu ministre de la santé, laisse entendre qu’il ne dédaignerait pas s’accorder avec une extrême droite dès aujourd’hui en embuscade au sein du Parlement, selon le contre-modèle pratiqué par le chancelier Kurz dans l’Autriche voisine. Un climat paraît d’autant plus favorable à ce genre de dérive que le nouveau cabinet a déjà annoncé des restrictions importantes du droit des migrants, que doit mettre en musique le nouveau ministre de l’Intérieur de la CSU bavaroise, l’ultra-conservateur Horst Seehofer. La GroKo (grande coalition), la troisième du genre sous Angela Merkel, produit ainsi elle-même les ingrédients empoisonnés qui la mettent à mal.

Quant aux convergences franco-allemandes espérées sur l’Europe, elles apparaissent promises à un sort concret du même acabit. Olaf Scholz, le très schrödérien ministre des Finances et vice-chancelier SPD, a déjà annoncé la couleur : pas question pour Berlin de transiger sur un budget européen d’investissement ou même sur ce « ministre des Finances » de la zone euro qu’appelle de ces vœux Emmanuel Macron, sans contrepartie drastique en matière de « rigueur ». Et Berlin de recommander même la création d’un Fonds monétaire européen, pour veiller au strict respect de la discipline budgétaire des états « partenaires ».

Ainsi l’espoir, le vrai pour l’Allemagne et pour l’Europe, se situe-t-il bien ailleurs. Il passe outre-Rhin par tout ce qui résiste aux ravages annoncés de la GroKo. Comme les luttes récentes engagées en faveur de fortes hausses de salaires dans la métallurgie et la fonction publique. Comme ces revendications de Die Linke visant à combler les immenses retards d’investissements publics accumulés et à instaurer une vraie solidarité européenne.

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Merkel se borde à droite en vue de la grande coalition

Si la chancelière a obtenu, sans surprise, le feu vert du congrès de la CDU à un gouvernement Merkel IV, elle a du donner des gages à une aile droite qui gagne en influence. 

Les délégués du congrès extraordinaire de la CDU ont validé lundi 26 février le contrat d’un nouveau gouvernement de grande coalition. Il ne reste ainsi plus qu’un ultime obstacle à l’intronisation d’un gouvernement Merkel IV, le vote des adhérents du SPD, prévu d’ici dimanche 3 mars. Si la décision n’a pas surpris, l’âpreté des débats internes et les « arrangements » auxquels a dû se résoudre la chancelière révèlent combien son parti est ébranlé par la crise politique postérieure aux législatives du 24 septembre.

Angela Merkel a vu les critiques de son aile droite se renforcer après le compromis gouvernemental passé avec les dirigeants du SPD. Ceux qui lui reprochent déjà sa politique migratoire « trop laxiste » se sont retrouvés pour dénoncer des concessions insupportables au SPD, comme le ministère des Finances, voire pour mettre en cause une politique trop recentrée, « social-démocratisée ».

Pour juguler la fronde, la cheffe de la CDU a dû offrir des postes à ses détracteurs internes. Jens Spahn, le plus ambitieux d’entre eux, devrait se voir ainsi propulser au ministère de la Santé. Merkel a déclaré que, si elle ne partageait pas sa ligne, il s’agissait là d’un moyen d’intégrer des « sensibilités plurielles ». Spahn (37 ans) n’hésite pas à afficher sa proximité idéologique et générationnelle avec le jeune chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui gouverne avec l’extrême droite.

Merkel a placé également sur orbite Annegret Kramp-Karrenbauer, qui devient la nouvelle secrétaire générale du parti. L’ex-ministre-présidente de la Sarre, qui fait figure de dauphine de la chancelière, affiche un profil « pragmatique ». Mais elle revendique aussi des positions réactionnaires sur le droit à l’avortement ou le mariage pour tous. De quoi rassurer les « frondeurs » du parti au prix de l’orchestration d’un vrai virage à droite de la CDU.

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Olaf Scholz, un clone de Schröder prêt de devenir ministre des finances

Le grand argentier SPD annoncé d’un cabinet Merkel IV, fut l’ordonnateur des réformes de l’ex-chancelier et inscrit le changement dans la continuité de Schäuble.

dpa-schroeder4-jpgGerhard Schröder est venu épaulé son ami ,Olaf Scholz, pour son élection à la mairie de Hambourg

Il incarne la plus grosse prise du Parti social-démocrate allemand (SPD) dans l’accord conclu le 7 février avec les chrétiens-démocrates (CDU et CSU) en vue de former un nouveau gouvernement de grande coalition. Pour assurer sa réélection pour un quatrième mandat à la chancellerie, Angela Merkel a dû lâcher le ministère des Finances. Et c’est lui, Olaf Scholz (59 ans), jusqu’alors maire de Hambourg, qui hérite du maroquin qu’occupa pendant huit ans Wolfgang Schäuble. Signe du poids du poste au sein de l’exécutif allemand, Scholz s’est vu simultanément promu dans la fonction de vice-chancelier.

L’homme sera-t-il porteur d’une politique allemande qui s’éloigne un peu des canons austéritaires et impulse enfin une certaine solidarité européenne ? D’aucuns font mine d’y croire à Paris. La personnalité du nouveau grand argentier devrait pourtant inciter à la plus élémentaire prudence, voire au plus grand doute. Olaf Scholz fut en effet rien moins que le grand ordonnateur de « l’agenda 2010 », ce calendrier de réformes antisociales de Gerhard Schröder. L’ex-chancelier, qui présidait alors le SPD, le chargea entre 2002 et 2004 du secrétariat général du parti. Avec pour mission de lui faire accepter la secousse du missile Hartz sur le code et le marché du travail germanique. Alors qu’au sein même du SPD, le bien-fondé des réformes est aujourd’hui de plus en plus ouvertement critiqué, lui, Scholz, n’a aucun état d’âme et ne jure que par la poursuite de ce bon vieux cap.

Entre 2007 et 2009, alors qu’il était ministre du Travail du premier gouvernement de grande coalition d’Angela Merkel, il s’était déjà montré inflexible à toute réévaluation des allocations minimales Hartz IV alors que montait la colère dans le pays, où apparaissait un volant jamais vu de travailleurs pauvres et de précaires. Mieux, il fut alors l’un des promoteurs du passage à la retraite à… 67 ans.

Il n’a pas dévié de cette ligne dans la fonction de maire de Hambourg, qu’il occupait depuis 2011. Il a d’ailleurs conquis la ville avec l’appui ostensible de l’ex-chancelier Schröder, et accessoirement de son carnet d’adresses. C’est ainsi qu’il recruta Frank Horch, une sommité du monde patronal national, passé par Krupp puis Thyssen avant d’officier à la tête de Blohm + Voss, un géant de la construction navale. Un « coup de maître », selon l’hebdomadaire hambourgeois Die Zeit, qui lui a permis d’aspirer une bonne partie de l’électorat de la CDU locale, réduite depuis lors à de très basses eaux. Horch, de son côté, sévit jusqu’à aujourd’hui au rang de ministre de l’Économie de la cité-État.

L’équilibre budgétaire reste un « objectif intouchable »

Quant à l’héritage de Wolfgang Schäuble, le nouveau ministre ne manque pas une occasion de montrer qu’il sera préservé. Interrogé pour savoir s’il considérait l’équilibre budgétaire, le « schwarze Null » (léger excédent à tout prix), selon l’expression fétiche de l’ex-grand argentier devenu président du Bundestag, comme un « objectif intouchable », Scholz acquiesce sans hésiter : « Oui, nous sommes pour des finances publiques solides. » (1). Ce ralliement à une implacable discipline budgétaire devrait limiter l’ampleur d’une éventuelle politique allemande de relance que l’on se plaît pourtant si fortement à envisager du côté de l’Élysée en y voyant la source d’une nouvelle dynamique européenne et française.

D’autant que le maire de Hambourg avait apporté, il y a moins d’un an, à la toute fin du mandat de la précédente grande coalition, toutes les preuves de sa convergence « austéritaire » avec l’ancien détenteur du portefeuille. Schäuble et Scholz ont piloté ensemble une réforme constitutionnelle, votée en juin 2017 par une majorité des 3/5 du Bundestag, qui a débouché sur la suppression de la péréquation entre Länder riches et pauvres (Länderfinanzausgleich). Les États-régions les plus opulents, comme la Bavière, la Hesse ou le Bade-Wurtemberg, s’estimaient floués et pénalisés dans la gestion de leurs finances publiques. Ils présentaient leurs versements aux régions en difficulté comme une sorte de prime aux effets pervers puisqu’elle les dissuaderait d’assainir leurs comptes.

Défendant la primauté du principe de compétition, Wolfgang Schäuble a accédé aux revendications de Munich, Stuttgart et Francfort, les capitales les plus cossues. Une grosse prime annuelle versée par l’État fédéral est prévue pour aider les régions les moins bien loties en lieu et place de l’ancienne péréquation. Olaf Scholz, qui était le négociateur principal des Länder, a rejoint Schäuble et accepté ce changement de paradigme. Résultat : la compétition interrégionale va pouvoir désormais primer sur la solidarité, et les Länder indigents et moins « disciplinés » pourront se voir contester par l’État fédéral le financement de certains projets. Schäuble, secondé par… Scholz, a pu ainsi mettre en place un outil de contrôle et de rétorsion ordolibérale supplémentaire.

Cette centralisation à vocation disciplinaire est d’autant plus douloureuse que les Länder vont, de surcroît, devoir respecter un « frein à la dette » (Schulden Bremse) – inscrit, lui aussi, désormais dans la Constitution et exact pendant de la règle d’or du traité budgétaire européen – qui leur interdit tout nouvel endettement à partir de 2019. Seul un vote négatif des adhérents du SPD à la fin de ce mois pourrait encore empêcher Olaf Scholz de sévir.

(1) Olaf Scholz au magazine Der Spiegel du 10 février

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Merkel et Schulz naufragés de la grande coalition à perpétuité

La chancelière et le chef de file des sociaux-démocrates, qui sont parvenus à s’accorder sur un nouveau contrat de gouvernement, sortent très affaiblis de cette négociation. Leurs partis respectifs sont déchirés, par une opération qui reste à valider d’ici début mars par les adhérents du SPD.

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Après une très longue dernière nuit de tractations, les partis chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, chrétien-social bavarois (CSU) de Horst Seehofer et social-démocrate (SPD) de Martin Schulz sont parvenus mercredi 7 février à se mettre d’accord sur un nouveau contrat de gouvernement de grande coalition (GroKo). La voie se dégage ainsi pour une nouvelle intronisation de la chancelière sortante. Il faudra néanmoins encore attendre au minimum trois semaines et le résultat de la consultation des adhérents du SPD sur ledit contrat pour qu’un gouvernement Merkel IV puisse enfin être formé début mars, plus de cinq mois après l’élection du Bundestag. Ce douloureux accouchement pour une pérennisation vaille que vaille d’une trajectoire ordo-libérale allemande et européenne à bout de souffle laisse en fait les deux grands partis au bord du déchirement.

« Adhérez pour dire non »

C’est vrai pour le SPD, où les opposants qui considèrent la poursuite d’une grande coalition comme suicidaire pour leur parti, ont jeté toutes leurs forces dans la bataille (voir notre édition du 6 février). Mobilisés à fond contre la ratification du contrat gouvernemental, les jeunes socialistes (Jusos), rejoints par des dirigeants régionaux du parti, ont carrément lancé une campagne d’adhésion au SPD sur un thème sans équivoque : « Adhérez pour dire non ». Avec quelques succès puisque plus de 20 000 nouveaux membres sont venus grossir les rangs du parti, qui en comptait jusqu’alors environ 440 000.

Martin Schulz et la direction du SPD ne sont donc pas tout à fait au bout de leurs angoisses. Les timides formules obtenues de la CDU/CSU pour améliorer un système d’assurance-maladie aujourd’hui ouvertement discriminatoire pour les patients des caisses publiques ou pour lutter contre la prolifération des contrats de travail précaires n’apparaissent pas franchement à la hauteur des engagements significatifs que réclamait la base du parti sur ces dossiers.  Discrédité par le tête à queue politique qui l’a conduit à désavouer durant des semaines la GroKo avant de décider de l’adouber, Schulz a du sacrifier son poste pour tenter d' »amortir » la colère des militants. Avec l’espoir qu’Andrea Nahles , chef de file  du groupe SPD au Bundestag qui doit le remplacer à la tête du parti, puisse se montrer plus crédible dans la campagne fébrile entamée par la direction pour faire approuver le contrat de gouvernement par une majorité d’adhérents du parti.

Mais Angela Merkel sort aussi très affaiblie de l’épreuve et de ces semaines de crise politique inédite pour la République fédérale. Totalement tributaire d’un accord avec le SPD pour rester en poste, elle a dû lâcher du lest à un Schulz sous pression et donc à la recherche d’inflexions symboliques. Le SPD fait un carton plein de maroquins ministériels. Il va conserver les Affaires étrangères (poste avec lequel devrait pouvoir se consoler Schulz d’avoir lâché les rênes du SPD), l’Environnement et le Travail. Mais surtout il fait tomber le ministère des Finances dans sa besace. Le président du SPD y voit la raison d’annoncer quelques « bougés » sur le dossier européen. Comme le ralliement de Berlin à un budget d’investissement de la zone euro. Ce qui laisserait augurer un rapprochement avec le président français, Emmanuel Macron, alors que l’ancien titulaire du poste, Wolfgang Schäuble (CDU), y semblait plutôt hostile. Toutefois, la personnalité très libérale-conformiste du futur ministre des Finances, Olaf Scholz, maire SPD de Hambourg, ne laisse pas envisager non plus de rupture vraiment franche sur ce dossier.

Cette concession au SPD risque de mettre la chancelière en porte-à-faux dans son propre parti. Une aile droitière conteste déjà ouvertement sa politique, estimant qu’elle s’est trop recentrée, « sociale-démocratisée ». Plusieurs jeunes loups chrétiens-démocrates, comme le secrétaire général du parti, Peter Tauber (44 ans) ou Jens Spahn (37 ans), aujourd’hui secrétaire d’État aux Finances, sont en embuscade. Ils affichent un conservatisme assumé en politique et une orthodoxie monétariste décomplexée en économie qui les rapprochent des positions du chef de file du parti libéral, Christian Lindner, voire, si on les pousse au bout de leurs logiques, du national-libéralisme de l’extrême droite (AfD). Cette mouvance louche ostensiblement sur l’alliance droite-ultradroite qui démarre dans l’Autriche voisine.

 

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