Plan de relance : le double jeu d’Angela Merkel

Berlin, qui a pris le 1erjuillet la présidence de l’UE, admet la nécessité d’une solidarité avec les Etats les plus touchés par la crise. Mais pour mieux défendre les références ordolibérales qu’il faudrait pourtant dépasser d’urgence ( article publié in l’humanité du 2 juillet 2020)

L’Allemagne a pris la présidence pour six mois, ce 1er juillet, d’une UE secouée par des crises, pandémique et économique, qui révèlent un besoin d’Europe solidaire. L’ampleur du choc comme du défi a contraint Angela Merkel à faire un pas de côté spectaculaire à l’égard de sa ligne, traditionnellement austéritaire. Le plan franco-allemand pour la relance de l’UE en porte la marque. Il propose qu’un tiers des 750 milliards d’euros souscrits en commun au niveau européen, soit attribué aux États membres les plus touchés par les ravages du Covid-19, sous forme de dotations budgétaires. Pour des pays déjà surendettés « des aides non remboursables ont plus de sens que des crédits supplémentaires », affirme la chancelière (1).

Le « bougé » est considérable, si l’on veut bien se remémorer la stricte orthodoxie ordolibérale observée par les gouvernements allemands successifs de grande coalition. Il se heurte d’ailleurs à une résistance opiniâtre des pays dits « frugaux » (Autriche, Pays-Bas, Danemark et Suède), qui ne démordent pas de l’approche fondée sur un surcroît d’endettement pour les pays bénéficiaires d’un quelconque « soutien » européen. Ce qui rend toujours incertain l’accouchement d’un consensus sur ce dossier, lors du sommet de l’UE prévu « en présentiel » les 17 et 18 juillet prochain.

Accords de libre-échange

La concession allemande à une solidarité européenne ne constitue pas, non plus, le signe d’un « saut », encore moins d’une « révolution pour l’Europe »,comme se plaisent à la présenter nombre d’analystes hexagonaux. Les mesures envisagées sont limitées dans le temps et Olaf Scholz, le ministre des finances SPD de Merkel, souhaite un retour « le plus rapide possible au cadre habituel des traités ». Quant aux « dotations » accordées aux États membres les plus touchés, le projet franco-allemand adopté le 18 mai dernier stipule qu’elles devraient être assorties de « réformes » ad hoc. Autrement dit : il faudrait, pour bénéficier de ces « subventions », continuer de se plier à ces mises aux normes ordolibérales, comme le firent au début de la dernière décennie les pays terrassés par la crise dite des dettes souveraines, désireux de se voir attribuer les crédits du mécanisme européen de stabilité (MES).

Pour les grands groupes exportateurs allemands, il est clair qu’un écroulement des pays de l’UE et de leurs débouchés aurait des conséquences calamiteuses. « Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que l’UE ne s’effondre pas », plaide Angela Merkel. Plus largement, au plan international, une aggravation de la guerre commerciale avec son lot de barrières douanières pourrait avoir des conséquences terribles pour les exportateurs d’outre-Rhin. D’où le forcing annoncé par Berlin pour réactiver les divers accords de libre-échange négociés à partir de l’UE ou même en négocier de nouveaux (lire page 4).

La chancelière marche sur des œufs en défendant ses entorses solidaires aux normes de fonctionnement de l’UE. Car cette position est loin de faire l’unanimité chez elle. Comme l’illustre l’arrêt du 5 mai 2020 de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, mettant en cause le programme de rachats massifs de dette publique lancé depuis mars par la Banque centrale européenne (BCE). Au risque de faire éclater la zone euro.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), l’extrême droite locale, mais aussi un courant au sein des partis chrétiens-démocrates, soutiens de la chancelière (CDU et CSU), ne cachent pas leur hostilité à la moindre évolution solidaire de l’UE. Les uns et les autres ont renforcé leurs positions sur l’échiquier politique avec d’autant plus de facilité qu’ils se contentent de pousser un peu plus loin les références monétaristes ou (et) budgétaires du « modèle » ordolibéral.

Cauchemar national-libéral

Le pas de côté « solidaire » d’Angela Merkel met donc aussi en lumière l’acuité de la menace du cauchemar national-libéral qui hante l’Allemagne comme le reste de l’UE. Il possède cependant un singulier mérite : il relève comme jamais le besoin de mesures réellement hétérodoxes et radicales pour faire face à la conjonction des crises sanitaire et économique.

Les syndicats français et allemands, auteurs d’une déclaration commune (2) aux lendemains de l’annonce du projet de plan de relance franco-allemand, ne s’y sont pas trompés. Ils réclament de mettre « enfin en œuvre l’Europe sociale ». Des alternatives plus ambitieuses en acquièrent aussi une dimension et une maturité nouvelles. Ainsi le besoin émerge-t-il quasiment partout de financer des services publics, ceux liés à la santé et les autres, si cruciaux et pourtant partout si malmenés, parfois si déglingués. Les économistes du PCF, qui font cette proposition de longue date, pointent que l’on pourrait agir tout de suite, en ce sens et en pleine solidarité, « en créant un fonds européen ad hoc, alimenté par la création monétaire de la BCE ». Il pourrait octroyer à ces projets vitaux pour l’avenir des Européens des crédits à taux zéro, voire négatifs. 

(1) Interview publiée dans le Monde du 29 juin dernier.

(2) « L’Europe que nous voulons ». Déclaration adoptée par la confédération allemande des syndicats (DGB) et l’ensemble des organisations françaises, CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC et UNSA

Publié dans Allemagne, économie, Europe | Laisser un commentaire

Les nationalistes de l’AfD dans les turpitudes

Le parti allemand d’extrême droite qui connait un certain trou d’air sur fond ce rivalités internes exacerbées, pourrait chercher à rebondir en jouant à fond de ses pentes xénophobe et ultramonétariste dans la période de récession qui vient de s’engager.


Il y a du rififi au sein de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le parti d’extrême droite, qui a engrangé les succès depuis son entrée ­fracassante au Bundestag en 2017 (premier parti d’opposition avec 92 députés), fait plutôt figure jusqu’ici de perdant de la crise du Covid-19, au bénéfice du parti de la chancelière. Sa tendance nationaliste dure, baptisée Der Flügel, a été placée sous observation par l’organisme de protection de la Constitution (Verfassungschutz, l’équivalent des ­renseignements généraux tricolores). Elle s’est autodissoute et la direction a pris la décision d’exclure l’un de ses animateurs les plus en vue, Andreas Kalbitz. Mais cette mouvance possède de très importants soutiens dans le parti.

Du coup le spectre d’une scission hante l’AfD depuis des semaines. Les déclarations solennelles de Jörg Meuthen, son chef, le week-end dernier à l’occasion d’une convention fédérale, usant d’une langue de bois grand format sur « l’unité à toute épreuve » de la formation, ont confirmé, à leur manière, l’existence comme l’acuité de ce bras de fer interne.

Un groupuscule ouvertement néonazi

Il est reproché à Kalbitz d’avoir appartenu à la Heimattreue Deutsche Jugend (HDJ, la « Jeunesse allemande fidèle à la patrie »), un groupuscule ouvertement néonazi, et de l’avoir caché à l’AfD au moment de son adhésion lors du congrès fondateur du parti en 2013. Jörg Meuthen et une courte majorité au sein de la présidence de la formation, soucieux de ripoliner l’image d’une AfD qui ne cache pas ses grandes ambitions gouvernementales, se sont, pour se séparer de Kalbitz, appuyés sur des statuts internes qui interdisent l’accès au parti à des personnes ayant été membres de groupes néonazis.

Seulement Kalbitz, qui conteste la véracité des faits tout en reconnaissant sa participation à des initiatives du HDJ – il fut également membre en son temps des Republikaner, première tentative de dissidents de la CSU bavaroise de créer dans les années 1980 un grand parti d’extrême droite outre-Rhin –, s’est acquis une redoutable influence dans l’AfD. Il est son chef de file dans le Land de Saxe-Anhalt, où la formation a percé en 2016 en emportant 24,3 % des suffrages, son second meilleur score dans une élection régionale. L’homme fut projeté dans la foulée à la direction ­fédérale du parti jusqu’à son éviction, donc, en mai dernier.

Kalbitz a contesté son ­exclusion devant un tribunal civil qui, arguant du « droit des partis », vient de lui donner raison. Ce qui annule momentanément son départ et renvoie son maintien ou non au sein de l’AfD à une instance d’arbitrage interne. Jörg Meuthen, le chef de l’AfD, se dit confiant sur l’aboutissement de la procédure. Mais il est lui-même de plus en plus contesté par une garde nationaliste rapprochée auprès de Kalbitz dont les réseaux s’étendent jusqu’à la tête du groupe AfD du Bundestag.

Négociations en sous-main

Il est reproché à Meuthen de vouloir, sous couvert de policer l’image de l’AfD, affirmer des ambitions personnelles et briguer ­surtout la place de tête de liste et donc de candidat à la chancellerie de l’AfD pour le scrutin du Bundestag qui se dessine l’an prochain. Il est vrai que Meuthen, ténor du parti dans le Bade-Wurtemberg, ne s’est jamais franchement caractérisé par son approche « modérée » du nationalisme comme fait mine de le créditer timidement une partie de la presse germanique. Ne s’opposa-t-il pas, il y a quatre ans, à la reconduction d’une subvention de son Land à l’entretien de l’espace mémoriel du camp d’extermination nazi du Struthof, situé dans l’Alsace voisine ?

L’approche plus ou moins ultra des uns et des autres ne se laisse pas déduire d’une stratégie très différenciée d’acces­sion au pouvoir. Ainsi les membres de Der ­Flügel (l’aile) furent-ils au cœur d’un coup visant à renverser, à l’automne dernier, Bodo Ramelow, le ministre-président (Die Linke) de Thuringe. Le numéro un de l’ex-Flügel, Björn Höcke, chef de file de l’AfD dans ce land, proche s’il en est d’Andreas ­Kalbitz, fut à la manœuvre dans la négociation d’alliances en sous-main avec les chrétiens-démocrates (CDU) et les libéraux (FDP) locaux pour mettre en place une majorité de rechange de droite, tolérée par l’extrême droite. Ce coup, une première pour l’AfD sur la voie concrète du pouvoir, défraya la chronique pendant des semaines, obligeant Angela Merkel à intervenir pour y mettre un terme et rappeler à l’ordre ses propres troupes.

L’affaire a illustré le haut degré de contamination des idées nationalistes au sein des partis de la droite allemande les mieux établis. La Werte Union (l’Union des valeurs), tendance ouvertement réactionnaire et nationaliste au sein de la CDU, a joué un rôle-clé dans les manœuvres de rapprochement orchestrées en Thuringe. Cette tendance interne est animée par un certain Hans Georg Maassen, qui présida aux destinées des… renseignements généraux (Verfassungschutz). Jusqu’à l’été 2018, date à laquelle il a dû en démissionner tant est apparue insupportable sa « tolé­rance », voire sa collusion avec l’AfD et les groupuscules néonazis qui avaient organisé ensemble, à Chemnitz, une manifestation aux parfums de progrom antimigrants.

Instrumentaliser la récession

Andreas Kalbitz joue sur du velours. Car il dispose de soutiens au sein des deux grands courants historiques de l’AfD, dont l’alliance parfois conflictuelle a nourri sa radicalisation nationaliste. Les deux figures du parti qui personnifient cette synthèse nationale-­libérale, Alexander Gauland et Alice Weidel, têtes de liste de l’AfD à l’élection du Bundestag en 2017, se sont prononcés contre son ­exclusion. Gauland, ex-vieux routier de la CDU, incarne la réhabilitation d’un nationalisme allemand pour lequel le nazisme n’aurait constitué qu’une malheureuse ­parenthèse perdue au sein d’une « histoire glorieuse ». Weidel, jeune femme de 41 ans, une ex-professionnelle de la haute finance, longtemps embauchée par la banque géante états-unienne Goldman Sachs, membre de la très libérale Fondation Friedrich von Hayek, est imprégnée d’un extrémisme monétariste qui lui fait considérer les dépenses publiques et sociales comme autant de handicaps pour la compétitivité des entreprises autochtones et déplorer « les boulets » que constitueraient les pauvres et les migrants.

Rien ne permet de savoir si ces controverses sur fond d’ambitions internes rivales vont finir par déboucher sur un véritable déchirement. Dans les sondages, l’AfD, ramenée aujourd’hui autour de 10 % des suffrages, accuse le coup, au profit de la CDU, qui semble avoir regagné le terrain perdu au sein de la frange la plus droitière de son électorat. Mais l’AfD a déjà connu, au cours de sa jeune existence, des chocs internes qui ont conduit à l’éviction de deux de ses dirigeants d’origine, sans que le parti ne soit, à chaque fois, vraiment freiné dans sa marche en avant. De plus si l’épidémie de Covid-19 lui a été plutôt défavorable, elle pourrait instrumentaliser la récession économique engagée pour se refaire vite une santé en livrant les étrangers et l’euro en boucs émissaires des souffrances sociales à venir. Reiner Wolf, spécialiste de l’extrême droite à Die Linke, appelle à « la prudence et à la vigilance ». Elles sont d’autant plus de mise que l’Allemagne et l’Europe sont très loin d’avoir surmonté l’épidémie nationale-libérale. 

Publié dans Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

Merkel marquée par les nationaux-libéraux allemands



La chancelière a fait un pas vers plus de solidarité européenne mais sous surveillance d’une mouvance monétariste et nationaliste qui déborde largement des rangs de l’extrême droite anti-euro (paru dans l’humanité du 27 mai 2020).

En prenant l’initiative d’un plan de soutien ­financé par un fonds spécifique du budget européen, Angela Merkel a lancé avec Paris une initiative teintée d’une certaine dose de solidarité européenne. Celle-ci était si peu effective jusqu’ici, en dépit des immenses besoins surgis avec la crise économique et sanitaire, que pouvait émerger la crainte d’un inexorable délitement de l’Union européenne (UE). Il fallait donc trouver les moyens de préserver le modèle ordolibéral européen. Mais c’est moins avec Emmanuel Macron qu’avec une mouvance nationale-libérale, très influente chez elle, que Merkel a dû passer un compromis pour y parvenir.

Une partie de la classe dirigeante allemande, influente jusqu’au sein des partis chrétiens-démocrates (CDU-CSU) de la chancelière, refuse depuis des années que l’Europe puisse se transformer en une « Union de transferts ». Entendez qu’elle se dote d’un mécanisme obligeant les États les plus riches à soutenir les plus pauvres. L’arrêt de la Cour ­constitutionnelle de ­Karlsruhe, le 6 mai, contestant le bien-fondé des rachats de dettes d’État par la Banque centrale européenne, fut l’un des révélateurs de la dimension de ce clivage intra-allemand.

En intégrant un fonds de relance au budget de l’UE, Merkel fait un pas vers plus de solidarité européenne. Mais elle pointe aussi que les éventuelles dotations budgétaires accordées aux pays les plus touchés seront « sous contrôle » de la Commission pour éviter que l’Allemagne, qui est logiquement le plus gros contributeur net au budget de l’UE, ne soit amenée à transférer trop d’argent vers les zones les plus sinistrées du continent.

Initialement, les ténors de l’AfD, l’extrême droite anti-euro, furent les seuls à monter au créneau, reprochant à la chancelière rien moins que de vouloir « faire les poches des Allemands » pour alimenter « une gabegie » de deniers publics dont seraient coutumiers les pays du sud de l’Europe. Mais des dissonances se manifestent maintenant au sein de son propre parti. L’aile économique (Wirtschaftsflügel) de la CDU est intervenue le lundi 25 mai en exigeant que des « lignes rouges » soient établies pour l’utilisation du fonds ad hoc prévu par le plan Merkel-Macron. Celui-ci doit « soutenir la croissance européenne après la crise du coronavirus, et non l’entraver avec de nouvelles montagnes de dettes », prévient Carsten Linnemann, qui est aussi vice-président du groupe CDU au Bundestag.

Publié dans Allemagne, Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

Dopées, les bourses ont repris leurs dangereuses gonflettes

Les marchés financiers ont retrouvé des couleurs depuis le mois d’avril, portés par les plans à milliers de milliards de dollars ou d’euros qui leur sont dévoués, alors qu’explosent le nombre de victimes du coronavirus et le chômage (paru in l’humanité du13 mai 2020).

Le paradoxe ne cesse de s’accentuer. Depuis un mois, les nouvelles du front de la crise économique qui accompagne la crise sanitaire provoquée par le coronavirus sont toujours plus alarmantes. Une récession historique est attendue, pire que celle des années 1930. Aux États-Unis, dans le cœur du maelström des deux crises, les indicateurs les plus alarmants se succèdent. Et pourtant dans la même période, les courbes de Wall Street se sont redressées. Au point d’afficher un bond historique à la fin avril, la plus forte progression depuis 80 ans (+ 15%) enregistrée sur deux semaines. L’indice Dow Jones, accroché sur la crête des 24 000 points où il s’est stabilisé depuis lors,  a ainsi refait une partie du formidable plongeon enregistré en mars où il avait perdu près d’un tiers de sa valeur. Au même moment, les États-Unis enregistrent au moins 80 000 morts dans la pandémie et le nombre de chômeurs dépasse désormais les 30 millions. Cherchez l’erreur.

L’économiste états-unienne Laura Spring a placé en vis-à-vis les courbes de l’augmentation des victimes et des chômeurs et celle du Dow Jones. La tendance est saisissante, s’exclame-t-elle sur une vidéo devenue virale où elle expose ces faits : « C’est comme si le Dow Jones avait progressé dans cette période au rythme des morts et des chômeurs. » Même s’il s’est manifesté dans des proportions moins outrées qu’à Wall Street, le même phénomène s’est propagé, au même moment, sur toute la planète financière. À Paris, l’indice CAC 40 a enregistré des progressions spectaculaires, comblant, lui, environ un tiers des pertes enregistrées début mars.

De quel mystérieux gourou peuvent bien disposer les traders des marchés boursiers ? L’explication n’a rien de magique. Elle est à rechercher dans ces flots très concrets de dizaines de milliers de milliards de crédits gratuits déversés par les banques centrales et dans les plans dits de relance des gouvernements. Cette thérapie de choc pour le capital a tiré les actions ou obligations, les titres cotés en Bourse, de leur accès de faiblesse. La préservation de leur valeur a constitué la priorité des interventions massives et autres « bazookas » engagés, selon l’expression du ministre des Finances allemand, Olaf Scholz. Il n’est pas lieu de mégoter « quoi qu’il en coûte », a surenchéri son collègue français, Bruno Le Maire.

La Réserve fédérale états-unienne s’est engagée sur des plans de rachat de bons du Trésor et de titres d’entreprises, d’abord pour plusieurs milliers de milliards de dollars. Puis carrément de façon « illimitée ». Ce qui, de fait, constitue une assurance aux traders qu’ils trouveront un acheteur quoi qu’il arrive sur le marché. Il n’y aura pas de perdants, a voulu signaler, de la même manière, la Banque centrale européenne (BCE) en déployant son plan à 750 milliards d’euros assorti d’un nouveau PEPP, ou programme pandémique d’achat d’urgence.

Des institutions étrangères
à l’intérêt du plus grand nombre

Les Bourses sont ainsi devenues une sorte d’arène où les joueurs, au moins les plus gros, sont assurés de gagner quelles que soient les circonstances. Ceux-là agissent pour les banques géantes comme Goldman Sachs aux États-Unis, les gros groupes industriels comme Daimler en Allemagne ou les multinationales du luxe comme Louis Vuitton en France. Ils vont pouvoir accéder aux liquidités à taux nuls mises à leur disposition par les banques centrales. De quoi continuer à se financer mais aussi à spéculer et à jeter son dévolu sur d’éventuels concurrents dans des opérations qui, au passage, seront très coûteuses en emplois et promettent donc d’aggraver les tendances déjà calamiteuses du chômage.

L’addition des opérations « quoi qu’il en coûte » pour le sauvetage du capital sera ainsi présentée aux salariés et aux citoyens. Très rapidement quand il s’agira d’imposer des restructurations dans une entreprise ou à plus longue échéance quand il faudra rembourser les emprunts ou autres « bonds » souscrits massivement par les États sur… les marchés financiers.

Pour faire face aux crises, pandémique et économique, des ressources considérables sont nécessaires. Les autorités états-uniennes et européennes n’ont certes pas manqué de le repérer. Mais pour laisser les clés, les pleins pouvoirs et le carnet de chèques au capital, comme dans la gestion de la crise de 2008.

Le problème sanitaire global auquel est confrontée l’humanité réclame une tout autre approche. Il faut mettre des moyens décuplés certes, mais au service de la santé, de la survie de l’espèce et du bien commun. La crise a d’un seul coup donné beaucoup de crédit à la création monétaire pour financer les économies et les États. La méthode, considérée encore il y a peu de temps comme totalement hétérodoxe, est désormais devenue une sorte de référence sans appel. La question est de savoir pour qui et comment elle doit être développée ? Pour shooter les marchés financiers et leur dangereuse gonflette ou pour investir dans la santé et les biens communs dont l’humanité a besoin.

La Bourse ne cerne les investissements qu’en fonction de leur retour plus ou moins rapide sous forme de profits. La gestion de  l’intérêt du plus grand nombre est un critère auquel elle est totalement étrangère, si ce n’est hostile. On ne peut donc plus lui confier les investissements utiles aux populations.  Surtout dans une période d’urgence où s’impose la nécessité d’une action globale et synchronisée contre la pandémie et alors que frappent tout juste derrière les défis du changement climatique, de la sécurisation des emplois et du développement de tous les êtres humains.

La création monétaire peut devenir un vecteur d’émancipation de la tutelle financière des Bourses. Le pays sans doute le plus inattendu, en l’espèce, le Royaume Uni du très libéral Boris Johnson en a fait l’expérience à son corps défendant en ayant recours à un financement direct partiel, faute vraisemblablement d’avoir pu trouver de nouveaux souscripteurs à des titres du trésor britannique. On a ainsi inauguré outre manche un financement direct de l’Etat qui allégera d’autant le fardeau de la dette pour le contribuable britannique. Londres jure qu’il ne s’agit que d’une « solution provisoire » et ne se sert certes de cet argent bon marché que pour continuer de mener des politiques publics favorables au capital. Il n’empêche un tabou a été franchi très concrètement.

En Europe, un autre type de financement des états, adossé à la création monétaire de la BCE, pourrait être rapidement mis en œuvre ( voir l’interview ci contre de Heinz Bierbaum, président du Parti de la gauche européenne). Les économistes communistes français préconisent, de longue date, une solution de ce type en y associant des nouveaux critères de sélectivité du crédit et de contrôle démocratique afin d’orienter réellement les investissements indispensables aux services publics et autres biens communs.

Publié dans économie, conjoncture, Europe | Laisser un commentaire

L’attentat de Karlsruhe contre la solidarité européenne

C’est sous l’influence d’un fort courant national-libéral dans le pays que la cour suprême allemande a mis à l’épreuve les rachats de dettes d’État par la BCE (une version abrégée de cet article a été publiée dans l’humanité du 7 mai 2020)

Le jugement de la cour constitutionnelle allemande sur la Banque Centrale Européenne (BCE) révèle l’ampleur du débat et du clivage au sein de la classe dirigeante allemande sur l’avenir de l’euro et de la solidarité européenne. Les juges de Karlsruhe ont mis en cause le bien-fondé d’achats de bons du trésor des pays les plus en difficulté par la BCE. Soit exactement l’un des procédés majeurs qu’a choisi d’intensifier la banque centrale pour faire face à l’urgence avec l’emballement de la crise économique provoquée par la pandémie du Covid 19.

La Cour n’a pas déclaré illégale la démarche de la BCE. Néanmoins elle a sommé la Bundesbank (la banque fédérale allemande) de présenter d’ici trois mois au Bundestag les documents prouvant le caractère approprié de ces rachats massifs d’obligations d’État. En l’état du rapport des forces politiques outre Rhin il semble que les mesures de la BCE ne puissent être totalement invalidées par les élus allemands – ce qui aurait signifié rien moins qu’une explosion de la zone euro. Mais là n’est pas l’essentiel : le jugement de Karlsruhe agit autant comme un instrument dissuasif pour « calmer » les ardeurs de la BCE que comme un argument au sein de la grande coalition, pour freiner toute velléité solidaire de Berlin.

Les deux auteurs de la plainte qui a conduit au jugement de la Cour se recrutent au sein d’un courant national-libéral qui n’a cessé de gagner du terrain dans la dernière période outre Rhin. L’un, Peter Gauweiler, ex-dirigeant de la CSU bavaroise, appartient à la mouvance conservatrice dominante quand l’autre, Bernd Lubke est cet économiste qui fut l’un des fondateurs, début 2013, de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d’extrême droite xénophobe et anti-euro.

Au centre de la confrontation le refus que l’Europe ne puisse se transformer en une « union de transferts ». Ce postulat dispose d’un haut degré d’adhésion jusque dans les cercles les plus « autorisés » du patronat, et cela même si les entreprises allemandes ont généralement beaucoup gagné de l’introduction de l’euro et entendent ne pas lâcher cet avantage, même s’il s’est relativisé, ces dernières années, les Etats-Unis et surtout la Chine étant devenus des partenaires désormais plus importants que ne l’est le reste de la zone euro pour les firmes allemandes.

L’explication de cette porosité entre les deux approches « euro-conformistes » et « national-libérale», beaucoup moins repérable jusqu’alors de ce côté ci du Rhin tient au fait que l’une et l’autre se retrouvent sur les logiques monétaristes, cœur de la référence du « modèle » ordo-libéra germanique.

D’ailleurs cette proximité n’a cessé de se confirmer tout au long de la décennie qui vient de s’écouler et notamment, de façon saisissante, durant la crise dite des dettes souveraines et le bras de fer entre Berlin et Athènes en 2015. Le ministre des finances allemand de l’époque et actuel président du Bundestag, Wolfgang Schäuble, a ainsi fait le forcing que l’on sait, pour obliger brutalement Athènes à un nouveau mémorendum d’austérité, en s’asseyant ostensiblement, déjà, sur la solidarité européenne. Généralement il fut alors considéré qu’il exerça un chantage au « grexit » alors qu’en fait il a rallié les autres partenaires de l’euro-groupe contre Athènes en les faisant chanter sur  un… «germanexit». Comme le confirmera l’un des protagonistes clé de ces évènements dramatiques, l’ex ministre des finances grec, Iannis Varoufakis. 

Ce 6 mai le très écouté et très conventionnel président de l’institut Ifo, l’économiste Clemens Füst, peu suspect d’euroscepticisme, a réagi en relevant que les pays de la zone euro seraient mieux inspirés d’adopter « des mesures de soutien via leur propre politique fiscale, plutôt que de se reposer sur la BCE. »

Le message est on ne peut plus clair : la BCE ne saurait libérer en aucune manière les pays de la zone euro de la sanction des marchés financiers, outil de discipline budgétaire clé. Pour y parvenir il faut continuer de garantir, s’inquiète Füst, que les achats d’obligations « ne violent pas l’interdiction du financement monétaire des États. »

L’attentat de Karlsruhe intervient alors qu’émerge le rôle central nouveau que pourrait jouer la BCE. Un accès à ses crédits à taux nuls pour les services publics des États-membres et les biens communs de l’Union (santé, climat, industrie) est posé de façon de plus en plus flagrante par le formidable aiguisement de la crise provoqué par la pandémie. Au point de susciter le contre-feu d’une classe dirigeante allemande dont une partie est prête à faire alliance avec les nationalistes et leurs complices européens, ces faussaires de la providence d’un retour aux vieilles monnaies nationales.

Publié dans Allemagne, Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

Comment l’Allemagne est parvenue à réduire les ravages du virus

Une bonne anticipation de la dimension du fléau, un dépistage massif appuyé sur l’industrie, le maintien d’une forte densité hospitalière sont le secret de ce pays qui déplore quatre fois moins de victimes du covid-19 que la France  

Quel est le secret de l’Allemagne ? Le pays affiche jusqu’ici et de très loin un bien meilleur bilan de la lutte contre la pandémie que ses grands voisins européens, en particulier la France et Royaume Uni. Berlin  et les dirigeants des 16 Länder ( états-régions) associés étroitement dans la gestion de la crise, estiment que la pandémie serait « sous contrôle » et ont lancé lundi 20 avril des premières mesures d’un dé-confinement qu’ils veulent « prudent et progressif » en autorisant la réouverture de tous les commerces de moins de 800 mètres carrés. 

L’Allemagne recensait ce 20 avril 4642 décès provoqués par le covid 19, soit 4 fois moins que la France pour un nombre d’infections prouvées sensiblement identique, aux alentours de 150.000 dans les deux pays. 

« Trois semaines d’avance sur ses voisins européens »

Alors que Paris se signalait par ses terribles atermoiements, l’alerte maximum allait être enclenchée par Berlin dès que les premiers cas de contaminations sont apparus en Bavière à la mi janvier. Le grand centre de recherche de l’hôpital de la Charité dans la capitale allemande a transmis alors à tous les laboratoires du pays les procédures de tests du covid 19.  L’Allemagne allait pouvoir monter en puissance très rapidement vers un recours massif au dépistage. Jusqu’à pratiquer aujourd’hui quelques 500.000 tests hebdomadaires. 

« L’Allemagne a pris, je crois, au moins trois semaines d’avance sur ses voisins européens  parce que nous avons beaucoup diagnostiqué, beaucoup testé », expliquait le 20 mars dernier Christian Drosten, directeur de l’Institut de virologie de la Charité, dans les colonnes de l’hebdomadaire Die Zeit.

Mais encore fallait-il que le pays dispose des moyens de cette réactivité. Pour fabriquer les tests nécessaires, les autorités allemandes vont pouvoir s’adosser sur un tissu industriel fort, détenant une maîtrise de la haute technologie. A l’inverse de Paris dont la politique s’est accommodée, voire s’est appliquée à encourager une terrible désindustrialisation hexagonale. Ce qui a sans doute contribué à un certain degré de résignation à gérer la pénurie d’équipements clé. 

Une entreprise berlinoise, TIB Molbiol va être sollicitée outre Rhin pour produire à grande échelle des tests dès février dernier. Et les hôpitaux allemands vont très vite passer commande de quelques 10.000 respirateurs auprès d’entreprises locales en prévision d’un éventuel afflux de patients dans leurs centres de soins intensifs. 

Une densité hospitalière relativement préservée

A côté de cet atout industriel, le maintien d’une densité hospitalière relativement forte constitue l’autre secret du bon comportement allemand face à la pandémie. Et cela en dépit du dit frein à la dette (règle d’or budgétaire inscrite dans la constitution) qui a conduit nombre de collectivités régionales à couper dans leurs dépenses de santé. Les urgences sont restées bien mieux équipées, l’Allemagne disposant selon les chiffres de l’OCDE, de 6,02 lits de soins aigus pour 1000 habitants contre 3,09 pour la France. Un état de fait qui a d’ailleurs conduit à de remarquables gestes de solidarité de plusieurs établissements allemands qui ont accueilli des patients français dans leurs services intensifs au plus fort de la pandémie quand les hôpitaux du grand Est étaient submergés.

Il y a cependant quelques ombres à cette gestion plutôt exemplaire. L’un des principaux sujets d’inquiétude porte sur l’accès aux soins des milieux populaires. Un système de couverture maladie à deux vitesses fait en effet cohabiter, depuis des années, les souscripteurs d’assurance privés issus des milieux les plus aisés avec les assurés des caisses légales (l’équivalent de la sécurité sociale). Et les mieux et les plus rapidement servis sont naturellement les premiers. En cas de nouvelle flambée de l’épidémie, des arbitrages insupportables pourraient prendre une dimension aussi obscène que criminelle.

Cette perspective sombre est d’autant moins à écarter que le patronat allemand mène une campagne de tous les instants pour une réouverture rapide de l’économie. Avec des répercussions peut être inévitables sur un retour de flamme du covid-19. 

Publié dans Allemagne, Europe | Laisser un commentaire

Etats-Unis: Le meilleur allié du covid 19 est dans le système

Les quartiers populaires de New York peuplés de nouveaux chômeurs et de personnes sans assurance maladie sont les premières proies du virus.  

Les Etats – Unis, devenus épicentre de la crise  mondiale du coronavirus, sont entrés dans une semaine terrible. Reprenant une métaphore guerrière très en vogue, l’administrateur fédéral des services de santé publique, Jerome Adams, évoque « un moment comme pearl harbour ». Alors que le bilan officiel s’approche désormais des 10.000 morts,  l’épidémiologiste, Anthony Fauci, conseiller de la  Maison-Blanche, reconnait : « nous avons du mal à contrôler » la pandémie. La ville et l’Etat de New York sont les territoires les plus touchés du pays, même si d’autres endroits entrent à leur tour dans une situation très critique, comme la Louisiane, l’Illinois ou le Michigan.

Les chiffres communiqués par les autorités sanitaires de la grosse pomme révèlent que  les quartiers les plus pauvres dans le Bronx, le Queen ou à Brooklyn, là où résident un grand nombre d’africains américains, de latinos ou d’immigrants récents, sont aussi les plus touchés par l’épidémie. Avec un record à plus de 1100 cas de contamination, repérés dans le seul quartier University Heights (Le Bronx). Par contre on recensait dimanche moins de 200 cas dans les centres de villégiatures aisés comme Park Slope à Brooklyn, ou SoHo à Manhattan.

La promiscuité ou la nécessité de prendre le métro dont les rames, plus rares, sont parfois bondées, pour ceux qui ne peuvent télé-travailler et se trouvent dans l’obligation de continuer d’exercer en ville leur activité professionnelle, constituent la part d’explication la plus immédiate à ces inégalités manifestes devant le covid 19 et la mort. Mais ce n’est là d’évidence que la partie visible de l’iceberg des causes systémiques de la propagation du coronavirus à New York et aux Etats–Unis. 

L’absence de couverture santé des plus démunis est un allié fantastique du virus. Elle conduit les non titulaires d’une coûteuse assurance privée sur la maladie dont le nombre est évalué à 30 millions, à ne se rendre à l’hôpital qu’à l’extrême limite des souffrances endurées. Et donc à constituer autant de relais de la contamination. 

La crise économique et financière, jumelle de la crise sanitaire, en est un autre facteur aggravant. Depuis la mi mars près de 10 millions de salariés ont perdu leur emploi en vertu d’un code du travail très « probusiness » qui permet au patronat de se séparer à bon compte de ses personnels pour éponger immédiatement une partie de ses pertes.

Interrogée par l’humanité l’universitaire new- yorkaise, Johanna Fernandez, est formelle sur l’origine du gigantesque « New York mess » (merdier new yorkais): « on s’attarde sur l’irresponsabilité de la gestion de Trump. Mais c’est bien plus profond. C’est toute une organisation de la société qui est en cause. » Elle ajoute à l’absence de couverture maladie et au chômage, la submersion d’un système de santé dominé par le privé et son principe de «maximisation des profits». Lequel a conduit les hôpitaux à fonctionner en flux tendu et donc à manquer aujourd’hui de personnels soignants comme de matériels « aussi essentiels que les respirateurs. » 

Andrew Cuomo, le gouverneur démocrate de l’Etat de New-York, est présenté, ces jours ci, par nombre de media dominants comme une sorte de résistant face à l’impéritie de la Maison-Blanche. Mais il fut, relève Johanna Fernandez,  l’initiateur d’un vaste plan d’austérité pour l’Etat de New York, « associé à des coupes sombres dans… le budget de la santé.  » Ce qui illustre la terrible co-responsabilité pour le désastre humain en cours de l’establishment démocrate dont Cuomo, ancien ministre de Bill Clinton, est un pilier.

Publié dans économie, Etats-Unis, présidentielle 2016 | Laisser un commentaire

Les Etats-Unis, épicentre des crises sanitaire et financière

Pénalisée par son propre modèle de société la première puissance mondiale a pris le peloton de tête des pays les plus touchés par la pandémie. Son plan de relance, obsédé par le rétablissement de Wall street, s’annonce incapable de contrer la dépression économique qui menace. 

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est img_20200302_0939111-copie.jpg

Les Etats-Unis sont devenus l’épicentre des crises – sanitaire et financière – qui ravagent la planète. Wall street s’est écroulée perdant près d’un tiers de sa valeur en l’espace d’un mois et le pays est devenu le plus touché au monde par l’extension de la pandémie. Le plus préoccupant est que cette exacerbation des deux crises sur le territoire des Etats-Unis se voit accélérée par le modèle de société états-unien lui même. Le système est mu par des logiques dévastatrices pour les patients et les personnes placées au front dans le combat contre le fléau du coronavirus. Des logiques qui compromettent aussi les efforts engagés pour redresser l’économie réelle, quand l’essentiel des super-investissements décidés est dévoué au rétablissement de Wall Street.

New York, la ville monde confinée, désertée, est frappée de plein fouet. Toutes les tares d’un système de santé parmi les plus chers et les plus inégalitaires des pays développés resurgissent.Des centaines de milliers de New Yorkais – ils sont prés de 30 millions à l’échelle de tout le pays – ne possèdent aucune couverture maladie. Ceux là hésitent à se rendre chez le médecin même quand surgissent les premiers symptômes du covid 19 et ils n’entrent bien souvent à l’hôpital que lorsque leur état s’est fortement dégradé. Ils savent que le montant de la facture risque de les précipiter illico dans une situation de faillite personnel. 

L’expérience de Danni Askini, une jeune femme de Boston, non assurée qui souffrant de symptômes de plus en plus aigus, décida de passer outre ses réticences pour se faire soigner à l’hôpital, a fait le tour du pays. La facture de quelques jours de prise en charge hospitalière pour la réalisation du test au covid 19 qui s’est avéré positif, se monte à 34.927,43 dollars (environ 31. 500 euros). « Qui pourrait se permettre le luxe d’honorer une telle facture médicale. Elle s’est vu reprocher sa légèreté et de ne pas avoir souscrit à temps une assurance medicaid, censée fournir une couverture low cost aux plus démunis.

3,3 millions de chômeurs supplémentaires en une semaine 

Même quand vous faites partie de cette majorité de citoyens dument assurés les frais d’hospitalisation restent élevés. Car les compagnies pratiquent des franchises, comme pour une vulgaire assurance auto. Une étude réalisée par la fondation Kaiser (recherches sur la famille) pointe que cette franchise s’élève en moyenne à 1.655 dollars (environ 1380 euros).  Pour beaucoup une raison supplémentaire de ne pas se précipiter pour se faire diagnostiquer. Ce qui est naturellement une aubaine pour la diffusion du virus. 

Et franchir aujourd’hui le seuil d’un hôpital new-yorkais n’est pas vraiment une délivrance.  Car la règle du flux tendu qui s’applique à l‘hôpital, comme aux secteurs économiques à la recherche de la rentabilité financière maximum, n’a pas conduit les hôpitaux à se doter de réserves stratégiques suffisantes, notamment en masques ou en respirateurs. 

Les témoignages affluent des personnels soignants de la grosse pomme à bout. Une doctoresse du Elmhurst hospital center dans le queen, un quartier qui accueille une population plutôt démunie et immigrée, confie au New York Times : « c’est apocalyptique. Lits, instruments, équipements, on maque de tout ». Une photo de soignants couverts de sacs poubelles en guise de protections a fait le tour des rédactions. Un navire hôpital de la marine est attendu dans les prochains jours. « Mais il en faudrait au moins trois » relèvent les médecins. 

La dégradation de la situation sanitaire va de paire avec celle de l’économie. Pour des raisons là aussi systémiques. On a déploré vendredi dernier 3,3 millions de chômeurs supplémentaires en l’espace de seulement une semaine. Dans un pays où nombre de salariés travaillent sans filet dans dans la plus grande précarité les destructions d’emploi sont très rapides. Au point que Steve Mnuchin , le secrétaire au trésor lui même, envisage ouvertement désormais un taux de chômage à 20%. Et le plus souvent, en même temps qu’ils sortent de l’emploi les salariés perdent leur … assurance santé, généralement incluse dans leur contrat de travail.  

Implanté au cœur du maelström sanitaire new yorkais Wall street bénéficie d’une sollicitude extrême. Tout est fait pour empêcher un nouvel effondrement de la place financière. Le plan « historique » de Donald Trump à 2000 milliards de dollars (1860 milliards d’euros) adopté à la fin de la semaine passée avec les démocrates du congrès en vertu d’une démarche d’union sacrée, est dévoué à doper le capital quitte à le placer sous perfusion permanente.

Les modalités même d’organisation du plan dit de relance de l’administration Trump ne laissent aucun doute sur ses véritables priorités. Ainsi le géant des fonds dit d’investissements BlackRock a-t-il reçu mandat de la réserve fédéral (FED) pour gérer une partie des rachats de titres boursiers émis par les entreprises ou les banques. Les masses d’argent colossales créées et mises à disposition par la banque centrale sont destinées à sauver la mise des agioteurs qui ont parié sur l’essor de Wall street. Comme les traders de… BlackRock qui ont fait des Fonds Indiciels cotés ( ETF)  l’un de leurs produits de placements  phares. Caractéristique de ces ETF : ils sont indexés directement sur l’évolution des cours de la bourse. On na encore un souvenir ému de l’implication de BlackRock dans la réforme française des retraites. Il va pouvoir cette fois s’auto-administrer les fortifiants de la FED.      

Seule Wall street est en station intensive  

Le plan Trump lâche certes quelques dizaines de milliards au système de santé au bord de l’étouffement. Mais sans rien préciser de son contenu. Il prévoit bien de prolonger l’indemnité chômage d’un trimestre. Mais cette générosité pour les plus démunis apparaît dérisoire quand on sait que la durée légale maximale d’indemnisation est le plus souvent réduite aujourd’hui à…12 semaines. 

Quant au versement d’un crédit d’impôt de 1200 dollars (un peu plus de 1000) euros) aux contribuables des classes moyennes, il est destiné au moins autant à maintenir un niveau élevé de la consommation qu’à voler au secours de salariés ou de retraités dont le pouvoir d’achat est frappé plus ou moins directement par l’effondrement des cours de la bourse.

Pour l’administration Trump il s’agit de gagner du temps. En attendant un redémarrage de l’économie le plus rapide possible. Tel que l’a souhaité ouvertement le locataire de la Maison Blanche en estimant qu’un retour à la normal serait « envisageable » d’ici la mi-avril et les fêtes de Pâques. « Un plongeon dans la dépression » a – t – il cru bon de justifier, serait finalement, « bien plus coûteux en vie. »  

«Let them die » (laissez les mourir) clament les plus jusqu’au boutiste de cette école faussement darwinienne et jusqu’au- boutiste qui a cours dans l’entourage du président. Il vaudrait mieux laisser les personnes âgées ou fragiles mourir que de prolonger la paralysie de l’économie.

L’obsession du rétablissement de Wall street envisage ainsi des «solutions» qui n’ont pas peur de franchir les seuils plus redoutables d’inhumanité, alors qu’une . Alors qu’un vrai traitement des crises jumelles, sanitaire et financière, implique aux Etats-Unis comme ailleurs des ruptures radicales avec l’ordre dominant. S’il a mis sa campagne en stand by Bernie Sanders, le candidat à la candidature démocrate à la présidentielle de novembre, insiste sur le besoin d’instaurer ici et maintenant « la garantie d’un congés maladie et de dépistages gratuits.»

Publié dans économie, Etats-Unis Trump | Laisser un commentaire

Putsch droite-ultradroite contre Die Linke en Thuringe

 

Le cordon sanitaire contre les néo-nationalistes (AfD) a sauté à Erfurt. Soutenu par la CDU, un dirigeant libéral, Thomas Kemmerich,  évince par la grâce de l’AfD le ministre-président de gauche avant d’être contraint à la démission. AfD.

Une bombe a explosé ce 5 février au beau milieu de l’arène politique allemande. Un certain Thomas Kemmerich, dirigeant local du parti libéral, venait de se faire élire ministre-président en Thuringe avec les voix rassemblées de la CDU (droite) et de l’AfD (extrême droite) contre le ministre-président sortant, Bodo Ramelow (Die Linke). Pour la première fois dans l’histoire politique du pays depuis la guerre, le chef d’un exécutif régional était élu par la grâce des néonationalistes. Une odeur exécrable émanant de la République de Weimar s’est aussitôt diffusée dans tous les interstices de la République fédérale.

Bodo Ramelow et Die Linke avaient été les grands vainqueurs de l’élection régionale d’octobre (voir notre édition du 28 octobre 2019), recueillant quelque 31 % des suffrages (+ 2,8 %). Cependant, l’AfD était arrivée en seconde position (23,4 %). La coalition de gauche sortante n’était plus majoritaire compte tenu des scores trop faibles des partenaires de Die Linke (seulement 8,2 % pour le SPD et 5,2 % pour les Verts). À droite, la CDU (21,75 %) et le FDP de Kemmerich, entré d’un souffle dans le Parlement avec tout juste 5 % des voix, ne pouvaient espérer constituer une majorité qu’avec le soutien tacite ou explicite des quelque 22 députés de l’AfD. Si la tentation de s’allier à l’extrême droite est ouvertement exprimée depuis longtemps dans certains milieux, le lancement d’une véritable coalition tenait toujours du tabou pour les directions nationales de la CDU comme du FDP.

Vers un scrutin anticipé

Cette situation avait donné la possibilité à Bodo Ramelow de continuer depuis l’automne à gérer le Land avec une coalition minoritaire. Cet état de fait aurait dû être prolongé officiellement mercredi avec sa réélection au poste de ministre-président. C’était sans compter sur la rupture du cordon sanitaire effiloché. Une digue, et non des moindres, vient d’être franchie. En Thuringe, le dirigeant de l’AfD, Björn Höcke, s’applique en effet à rétablir, avec la plus grande ostentation, le nationalisme allemand jusque dans sa version « IIIe Reich » quand il dénonce, par exemple, « la honte » qu’aurait constituée l’érection d’un monument à l’Holocauste juif au cœur de Berlin. Le personnage est si nauséeux qu’un tribunal allemand auprès duquel il avait imprudemment plaidé la diffamation a estimé qu’il pouvait être publiquement qualifié de « fasciste ».

Parodiant les libéraux, partenaires d’Emmanuel Macron au sein du Parlement européen, Die Linke a fait circuler jeudi avec beaucoup d’échos sur les réseaux sociaux une affiche-slogan aux couleurs jaunes du parti lançant : « Plutôt gouverner avec les fascistes que de ne pas gouverner. » Mais la capacité du nouveau ministre-président à gérer effectivement la Thuringe a tourné rapidement court. Les offres faites aux Verts et au SPD pour qu’ils se rallient à une très grande coalition gouvernementale avec les deux formations de droite n’ont pas pu aboutir. Compte tenu du tollé et des multiples manifestations provoquées par les conditions d’accès au pouvoir du dirigeant libéral. La seule issue, c’est l’organisation « le plus vite possible » de nouvelles élections, plaidait le coprésident de Die Linke, Bernd Riexinger, rejoint sur ce point par Angela Merkel. Sous pression, Kemmerich annonçait dans l’après-midi du 6 février qu’il jetait l’éponge, ouvrant effectivement la voie à un scrutin anticipé.

L’affaire promet de secouer pour longtemps le spectre politique. La grande coalition en sort ébranlée. La nouvelle direction du SPD évoque « un coup monté » et exige des explications. Au FDP, les pitoyables circonvolutions initiales de Christian Lindner, le chef du parti, ont alimenté le trouble. Il a dit rejeter une alliance avec l’AfD mais s’estimer impuissant face à « ceux qui se prononcent pour notre candidat dans un vote secret ».

Au sein de la CDU, la présidente, Annegret Kramp-Karrenbauer, toujours plus contestée dans la course à la succession de Merkel, se voit reprochée d’avoir « perdu le contrôle ». Les tiraillements avec les courants nationalistes menacent de redoubler. Et si la chancelière a souligné jeudi que la manœuvre droite-ultradroite était « impardonnable », des pointures du groupe CDU au Bundestag n’ont pas hésité à se féliciter bruyamment d’une « victoire de la raison » et des valeurs conservatrices.

Bruno Odent

Publié dans Allemagne, extrême droite | Laisser un commentaire

Des millions de seniors allemands propulsés dans la pauvreté

Les réformes des retraites instaurées voilà plus de 15 ans ont grevé le système par répartition, faisant fondre le montant des pensions. Au point que l’indigence des retraités est devenue outre Rhin l’un des sujets les plus sensibles du débat public.

USA« Je me fais un sang d’encre. Je ne dors plus la nuit.» Inge qui travaille encore pour quelques mois dans une société spécialisée de matériel paramédical, s’apprête à prendre sa retraite. « J’ai plein de projets et je sais que je ne manquerai pas d’activités diverses dans le domaine politique ou culturel», précise-t-elle pour bien indiquer que ce n’est pas du blues classique du nouveau retraité dont elle souffre. Non l’angoisse d’Inge Vogel tient au brusque décrochage de son niveau de vie quand elle touchera ses premières pensions. A l’aube de sa cessation d’activité, Inge (66 ans) touche un salaire correct, environ 2500 euros par mois. Ce revenu va être réduit de plus de la moitié, compte tenu de l’évolution outre Rhin du taux de remplacement (la différence entre le dernier salaire net et le montant de la première pension). Ce qui va ramener Inge à moins de 1200 euros, soit tout juste au dessus du niveau du salaire minimum. « Et je ne suis pas la plus à plaindre, lâche la bientôt ex salariée qui précise : « Imaginez quelqu’un payé aujourd’hui 1500 euros net, ce n’est pas malheureusement une rémunération exceptionnellement basse ici, il ne va plus percevoir qu’un peu plus de 700 euros par mois pour ses vieux jours.»  Et l’ex assistante médicale ne mentionne même pas le cas de ses compatriotes innombrables qui ne toucheront pas le taux plein car elles n’auront pas accompli les exigibles 45 à 47 annuités.»

L’extension de la pauvreté chez les seniors et la perspective généralisée de retraites peau de chagrin provoquent un tel traumatisme dans la société allemande qu’elles sont devenues l’un des thème numéro un du débat public.

Les réformes lancées en 2002 et 2005 par l’ex chancelier Gerhard Schröder furent présentées comme « le seul moyen de sauvegarder» le système et singulièrement la retraite de base par répartition dont l’écrasante majorité des allemands demeure aujourd’hui redevable.

Encouragement fiscal à souscrire des assurances privés, renforcement de la compétitivité d’entreprises écrasées de « charges sociales », instauration d’un index dit de « durabilité» permettant de faire évoluer la valeur du point sur lequel est calculé le montant des retraites versées par les caisses légales ( gesetzliche Kassen) par répartition, hausse de l’âge de départ à taux plein, porté de 65 à 67 ans, la panoplie des mesures adoptées par le gouvernement SPD/Verts de l’époque ressemble à s’y méprendre à celle avancée aujourd’hui par Emmanuel Macron pour justifier sa réforme. Jusqu’aux éléments de langage sur « la nécessité absolue de moderniser le système.

Pour se faire une idée des effets pratiques à moyen terme de la réforme des retraites macronienne, il suffit ainsi de jeter un œil de l’autre côté de la frontière, sur les évolutions allemandes. Le bilan social de ces transformations, plus de quinze ans après leur entrée en vigueur , est dévastateur.

La part des retraités allemands précipités sous le seuil de pauvreté a explosé. 16,8% des seniors sont touchés aujourd’hui. Un retraité allemand sur deux – soit quelque 8,6 millions de personnes – doit survivre avec une pension inférieure à 800 euros par mois. Une enquête prospective publiée en septembre dernier par l’institut de recherche économique de Berlin (DIW) montre que plus d’un retraité sur cinq (21,6%) sera misérable à l’horizon 2039. Et cette estimation est sans doute très optimiste puisque les auteurs de l’étude ont choisi de se baser sur la poursuite bon an mal an de la conjoncture économique favorable de ces dernières années ( avec un taux de chômage réduit).

L’introduction d’une retraite par capitalisation dite Riester, du nom d’un ministre du travail du gouvernement de l’époque, présentée comme le « troisième pilier » du « modèle » germanique a profondément ébranlé le système de base par répartition. Les placements mobilisant l’épargne des citoyens les plus aisés, attirés par d’alléchantes incitations fiscales, ont mécaniquement asséché les ressources des caisses légales qui organisent le financement solidaire des retraites. Le manque à gagner sera d’autant plus conséquent qu’une partie des fonds potentiellement disponibles a déjà été drainée vers les retraites « maison » des entreprises, ce « second pilier » du système qui repose lui aussi sur la capitalisation. Introduit de longue date, il ne bénéficie qu’à une minorité de salariés appartenant aux plus grands groupes, seuls à espérer pouvoir toucher une rente complémentaire digne de ce nom.

La grande coalition a du bricoler des pare-feu en catastrophe pour éviter un emballement de la terrible mécanique enclenchée par les réformes. Le gouvernement fédéral a ainsi suspendu d’ici à 2025 la poursuite de la dépréciation de la valeur du point de la retraite par répartition. Alors que le taux de remplacement a dégringolé de 10% au cours des dix dernières années, les autorités ont décidé d’enrayer au moins provisoirement le phénomène en le bloquant au niveau actuel (48%) jusqu’à cette date.

 

Les travailleurs pauvres grossissent le flot des retraités miséreux.

 

CDU et SPD se sont aussi mis laborieusement d’accord sur l’introduction d’une retraite plancher ( Grundrente), une revalorisation des pensions les plus modestes soutenue par l’état pour qu’elles atteignent le niveau des … minima sociaux ( de 600 à 900 euros par mois). La mesure est censée éviter à nombre de retraités pauvres de prendre le chemin humiliant du bureau d’aide sociale pour toucher le complément de revenu qui leur permette d’accéder au minimum vital. Beaucoup préfèrent en effet effectuer n’importe quel petit boulot plutôt que d’avoir à mendier une aide.

Là encore les chiffres des études les plus récentes sont aussi éloquents qu’effarants : plus d’un million de seniors, souvent âgés de plus de 70 ans, sont contraints aujourd’hui d’exercer des « minis jobs » pour survivre. Soit une hausse d’environ 40% sur dix ans. On les voit de plus en plus fréquemment dans les rues allemandes, ombres furtives qui distribuent des prospectus publicitaires, portent des journaux à domicile ou ramassent à la sauvette des canettes de verre ou de plastique à la terrasse des cafés dans l’espoir de récupérer des consignes, pratiquées sur ces produits outre Rhin, un maximum de centimes.

La pauvreté qui se répand si massivement chez les seniors allemands n’est pas sans lien avec l’extrême précarité imposée à de nombreux salariés par les lois Hartz de dérégulation du marché du travail. Lancées au même moment que les réformes des retraites , elles ont été présentées de la même façon qu’elles comme une étape majeure nécessaire à l’acquisition de l’indispensable compétitivité (financière) des firmes allemandes. Les travailleurs pauvres , ou ceux dont la carrière a été entrecoupée de longues périodes de travaux sous-rémunérés et le plus souvent exonérés de cotisations sociales, contribuent évidemment à faire grossir le flot des retraités miséreux. Là encore, le parallèle avec la logique macronienne est frappant. L’aménagement aux forceps du code du travail décidé au début du quinquennat accroit la précarité.

Les effets contre-productifs des réformes antisociales engagées outre Rhin au début de l décennie 2000 deviennent de plus en plus manifestes. L’apparition d’une société cloisonnée, devenue très inégalitaire, où « l’ascenseur social ne fonctionne plus » , est dénoncée régulièrement dans les travaux de plusieurs économistes. Un handicap profond qui n’est pas sans lien avec l’entrée en stagnation, depuis quelques mois, de la première économie de la zone euro.

 

Bruno Odent

Publié dans Allemagne, économie, Europe | Laisser un commentaire