L’inflation, métastase de la tumeur boursière

L’exubérance financière menace les équilibres économiques. Elle contribue à aggraver les difficultés de secteurs sous ou mal financés, exacerbant les pénuries qui risquent de faire exploser les prix et… de précipiter le monde vers un krach géant. ( publié in l’humanité du 27 mai 2021)

Emballement financier d’un côté, pénurie de productions élémentaires de l’autre. L’écart phénoménal, le gouffre, entre exubérance boursière et résultats de l’économie réelle est à l’origine des redoutables départs d’inflation constatés ces jours-ci sur les marchés occidentaux : 4,2 % de hausse des prix enregistrée aux États-Unis en avril. L’évolution reste certes mieux maîtrisée dans la zone euro (+ 1,6 %), mais les signes annonciateurs d’une prochaine flambée des prix sont tout aussi prégnants.

Ce sont les choix de la financiarisation pratiquée avant et amplifiée pendant la pandémie qui ont nourri ce scénario noir. La capitalisation financière mondiale a pulvérisé tous les records, à plus de 100 000 milliards de dollars (80 000 milliards d’euros) à la fin de l’année 2020. Par contraste saisissant, le PIB, les richesses produites par l’économie, s’élevait, lui, à seulement 84 000 milliards de dollars (68 000 milliards d’euros). Soit 4 000 milliards de dollars de moins que l’année précédente. En raison de la récession la plus forte jamais enregistrée dans l’histoire en 2020 au plus fort de la pandémie.

Un indicateur de Wall Street établissait que la capitalisation boursière avait franchi le cap des 200 % du PIB des États-Unis, un niveau jamais atteint y compris en 2007 lors du gonflement d’une autre enflure financière, prélude à la crise dite des subprimes, alimentée par une spéculation immobilière délirante aux États-Unis. De quoi nourrir l’inquiétude des plus lucides des « investisseurs ».

La machine à allouer les ressources est devenue folle

L’indice Dow Jones n’a cessé d’inscrire de nouveaux records à son tableau de bord depuis le début de l’année. Il dépasse désormais les points culminants atteints avant le krach de 2007-2008 autour des 34 000 points. Il avait, dès l’été 2020, refait le retard enregistré au moment de la dégringolade financière provoquée par l’expansion de la pandémie au printemps précédent. Le CAC 40 a retrouvé un peu plus tard ses niveaux d’antan, avant de franchir récemment la barre des 6 300 points, pulvérisant, lui aussi, le niveau surgonflé atteint peu avant le cataclysme des subprimes en 2008.

La finance s’est shootée aux plans dits de relance actionnés « quoi qu’il en coûte » en Europe, mais surtout à une échelle bien plus impressionnante aux États-Unis par les administrations Trump puis Biden. Les marchés ont bénéficié d’une profusion de crédits gratuits ou même bonifiés distribués via des opérations dites de « quantitative easing », une facilité quantitative qui revient à tourner à fond le levier de commande de la planche à billets. Problème : cette création monétaire fut exclusivement réservée aux gros opérateurs boursiers. Sans aucune sélectivité sur l’utilisation de l’argent. Classiquement, ceux-là l’ont utilisée pour stimuler les plus forts retours sur investissement, alimentant la spéculation ou une discrimination financière décuplée.

La machine à allouer les ressources est devenue folle. De quoi nourrir, en bonne partie, manques et pénuries à l’origine des flambées actuelles des prix. Les investisseurs privilégiés ont tout misé sur les profiteurs de la crise que sont les Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) ou ces leaders de l’industrie pharmaceutique détenteurs de licences de vaccins anti-Covid 19.

L’action Tesla est passée en deux ans de 55 à 880 dollars

Rien ou presque de ces mannes n’a « ruisselé » jusqu’à des secteurs sans doute moins pointus, mais au moins aussi importants pour les équilibres globaux. Rien ou presque pour ces productions de base, intermédiaires indispensables dans les chaînes de fabrication comme les puces électroniques, les produits semi-finis, tels le verre ou les matériaux de construction. Rien ou presque pour le développement des services publics alors même que la pandémie en relevait tant l’urgence.

Cette politique financière sélective fait surgir des déséquilibres intenables. L’argent coule à flots vers un capitalisme vert (sic) dont les grosses berlines électriques d’Elon Musk sont une sorte de symbolique quintessence. L’action Tesla est passée en deux ans de 55 à 880 dollars, une augmentation de près de… 1 600 %. Selon une logique spéculative inversement proportionnelle à la qualité écologique d’automobiles et de batteries dont la fabrication réclame de très grosses quantités d’énergie comme de terres rares et affiche donc, à y regarder de plus près, des bilans carbone exécrables.

Jusqu’au moment où cette giga-arnaque écolo sera percée à jour et la valeur des titres Tesla se dégonflera. Comme se sont dégonflées les baudruches de ladite bulle Internet à la fin des années 1990. Le mode même de financement du système est en cause. À l’autre bout de la chaîne, des productions de secteurs entiers sont sous-financées. Résultat : nombre de marchandises, d’ingrédients essentiels à la production se font rares et donc chers. La pénurie a pris des dimensions très spectaculaires conduisant à des blocages récurrents sur les chaînes de production de plusieurs constructeurs automobiles dépourvus de semi-conducteurs.

Des firmes survalorisées, d’autres boudées par les « investisseurs »

La Banque centrale européenne (BCE) elle-même relève dans un rapport rendu public le 19 mai (1) les craintes de voir ce piège systémique se refermer. La montée en flèche des prix « sur les marchés des actions ou de l’immobilier, pointe-t-elle, fait courir une menace de “correction brutale” en raison de la dégradation des bilans des entreprises ».

Des firmes survalorisées, d’autres boudées par les « investisseurs ». Ces déséquilibres, déjà palpables avant la crise sanitaire, se sont exacerbés avec elle dans des proportions inouïes. La financiarisation a ainsi ouvert des opportunités renforcées à des prises de contrôle par fusion-acquisition. Depuis début 2021, on assiste à une ruée sur ce type d’opérations très néfastes à l’emploi et à la diversité des productions. En France, la prise de contrôle de Suez par Veolia est à mettre au compte de cette curée.

Une profusion de Spac (Special Purpose Acquisition Company), véhicule ultraspéculatif dévoué uniquement à la prise de contrôle d’entreprises tierces, a été créée. Sorte de chèque en blanc donné sur les marchés boursiers aux traders qui parient sur la prédation de telle ou telle entreprise, ils sont devenus l’outil spéculatif le plus branché de Wall Street. Avec une ascension fulgurante depuis le début de l’année.

Le moment de l’explosion en vol de ce vaisseau boursier intercontinental ne cesse de se rapprocher. La retentissante chute libre des bitcoins en est l’un des derniers signes annonciateurs. Ces monnaies numériques sans régulation dont rêve le petit monde des milliardaires libertariens aux États-Unis étaient devenues le nec plus ultra des placements les plus lucratifs et/ou du blanchiment d’argent sale à très grande échelle. Après être grimpées au ciel, elles viennent de perdre, en une seule quinzaine, plus de la moitié de leur valeur. 

(1) Rapport semestriel dans lequel la BCE évoque les principaux risques pour la stabilité financière.

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Baerbock, l’écolo qui veut la place de Merkel

La dirigeante Verte, passée première dans la course à la succession de la chancelière, se présente en championne d’un libéralisme vert et d’un nouvel atlantisme ( article paru in l’humanité du 12 mai 2021)


Depuis qu’elle est devenue à la mi-avril la candidate des Verts allemands à la chancellerie, Annalena Baerbock semble irrésistiblement attirée vers les sommets. Dans quasiment toutes les enquêtes d’opinion, les écologistes (entre 24 % et 26 %) devancent en effet désormais les chrétiens-démocrates (CDU, entre 23 % et 25 %). Au moment où la campagne électorale pour l’élection du Bundestag du 26 septembre prend son plein essor, cela fait de cette femme de tout juste 40 ans l’une des favorites de la course à la succession d’Angela Merkel.

Simplicité, bonne connaissance des dossiers, sens de la repartie. Annalena Baerbock a pris appui sur ses qualités pour se hisser rapidement à la tête des Grünen. Elle est devenue leur coprésidente avec Robert Habeck en 2018, pour un mandat qui marquait l’achèvement de la mue des Grünen en faveur d’une ligne dite réaliste, de plus en plus écolo-libérale. Ex-championne de trampoline, elle sait jouer de son profil atypique parmi le personnel politique pour rebondir très haut. Jamais une femme aussi jeune, mère de deux enfants de 9 et 5 ans, n’a brigué les plus hautes fonctions.

La coqueluche de bon nombre de médias dominants

L’ex-étudiante de Sciences-Po, diplômée d’un master en droit international de la London School of Economics, fait encore l’effet d’une novice. Elle n’affiche pas la moindre expérience ministérielle. Pas même au sein des exécutifs des Länder, à la différence de ses principaux concurrents au poste suprême, d’Armin Laschet (CDU), ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Land le plus peuplé du pays, à Olaf Scholz (SPD), vice-chancelier et ministre fédéral des Finances. Mais, qu’importe ce handicap, elle en a fait un atout, surfant sur l’aspiration au changement, voire au « dégagisme » qu’inspire l’énorme discrédit des deux partis de la grande coalition au pouvoir.

Annalena Baerbock est devenue la coqueluche de bon nombre de médias dominants qui, rassurés d’évidence par son discours très recentré, en font l’incarnation d’un besoin de renouvellement et de rajeunissement. Le coprésident de son parti, Robert Habeck, qui s’est effacé devant elle sans heurts de la pole position des Verts pour la chancellerie, s’emploie à peaufiner son image de force tranquille : « Sa façon de travailler n’est pas si différente de celle d’Angela Merkel », assure-t-il, multipliant les allusions aux accords de gouvernement régionaux passés entre Verts et CDU, comme dans le Bade-Wurtemberg.

Une bonne partie de la classe dirigeante allemande semble déjà convaincue. Un sondage Civey publié fin avril et réalisé auprès de « l’élite économique » (le grand patronat) place Annalena Baerbock largement en tête des intentions de vote, à 26,5 % au sein de ces « happy few », devant le chef de file de la droite libérale (FDP) Christian Lindner (16,2 %), le candidat CDU Armin Laschet (14,3 %), et son homologue du SPD Olaf Scholz (10,5 %).

La candidate Verte s’est hissée en pole position à la suite des déchirements apparus au sein de la démocratie chrétienne. La longue bataille à laquelle se sont livrés les chefs de la CDU et de la CSU bavaroise, Armin Laschet et Markus Söder, pour l’accès au poste de candidat à la chancellerie, porte la marque d’un affrontement qui perdure entre ordo libéraux et nationaux-libéraux. Dans le Land de Thuringe, une majorité d’adhérents de la CDU vient ainsi de se prononcer pour la candidature de Hans-Georg Maassen contre l’avis de la direction. Le personnage, nationaliste assumé, partisan d’une alliance avec l’AfD (extrême droite), s’était illustré en septembre 2018 à Chemnitz, alors qu’il était encore chef du service des renseignements généraux (Verfassungschutz), en tentant de voler au secours des organisateurs d’une terrible ratonnade contre des migrants.

La campagne de la CDU durablement plombée

La campagne d’un Armin Laschet qui éprouve les pires difficultés à tenir ses troupes semble durablement plombée. Au point que la plongée de la CDU dans les sondages ne rend plus aussi improbable la possibilité d’une coalition de gauche (Verts-SPD-Die Linke) à l’issue du scrutin. Cependant, comme s’il voulait prévenir de toute ambiguïté, Robert Habeck ne s’est dit ouvert à cette option que si Die Linke savait « faire preuve de responsabilité gouvernementale en se reconnaissant clairement dans l’Otan ». Cette tirade du dirigeant du parti issu du mouvement pacifiste des années 1970-1980, qui fut à la pointe de la lutte contre le déploiement des missiles Pershing des États-Unis sur le territoire ouest-allemand, illustre l’ampleur de la mutation engagée par les Grünen. Elle a valu à Habeck une réponse cinglante de la coprésidente de Die Linke, Janine Wissler : « Je trouve difficilement compréhensible que la capacité à gouverner puisse se mesurer pour les Verts à la question d’une prétendue alliance de valeurs avec des pays comme la Turquie d’Erdogan. »

Annalena Baerbock est à la pointe de cet effort de normalisation atlantiste. Elle est la seule du spectre politique allemand à dénoncer avec beaucoup de virulence, à l’unisson de l’administration Biden, la mise en service du gazoduc Nord Stream  2, dont la construction est quasi achevée entre la Russie et l’Allemagne. Et elle souhaite une augmentation des dépenses pour la défense et l’armée afin de mettre Berlin en conformité avec les objectifs de l’alliance. « Si l’Occident, lance-t-elle, ne veut pas laisser le terrain à des pays comme la Chine ou la Russie, alors l’Europe doit prendre plus au sérieux son rôle de garant de la paix dans le monde. » De quoi combler Emmanuel Macron, en mal de convaincre ses partenaires de constituer une « Europe de la défense » pilotée par la France en complément de l’Otan.

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Nordstream II: pourquoi l’Allemagne s’accroche au gazoduc de la discorde

La sortie du nucléaire et un réseau électrique soumis aux logiques du privé ont maintenu outre Rhin à un haut niveau l’exploitation du lignite. Moins polluant, le gaz naturel russe doit éviter à l’Allemagne de rester la pire soufflerie de CO2 du continent.

L’Allemagne tient au gazoduc Nord Stream 2. Elle est l’objet de toutes les pressions pour abandonner le pipeline, achevé à 95 %, qui ouvrirait une voie de passage sous la mer Baltique et autoriserait un doublement des livraisons de gaz naturel russe. Les États-Unis de Donald Trump avaient lancé les hostilités, 

accusant Berlin de collusion avec l’ennemi russe et sanc- tionnant les sociétés européennes impliquées dans la pose des canalisations géantes. L’affaire Navalny est l’occasion, pour l’administration Biden, de hausser encore le ton pour exiger l’arrêt des travaux. Plusieurs pays européens comme la Pologne, vent debout de longue date contre ce projet qui contourne son territoire, enjoignent les autorités allemandes à couper les ponts avec Moscou. Même Paris, initialement favorable au gazoduc, dont le groupe Engie est l’un des financiers, a tourné casaque, se ralliant à Washington. Des pétitions antigazoduc circulent outre-Rhin. 

Et pourtant, Berlin s’accroche. Angela Merkel s’emploie à séparer le dossier « du
renforcement des sanctions » 
contre le régime de Vladimir Poutine de celui de Nord
Stream 2. « En dépit de toutes les différences, il demeure stratégique de rester en discussion avec la Russie sur beaucoup de questions », justifie la chancelière. Le mot est lâché, le gazoduc n’est pas seulement une bonne affaire pour les exportations russes, il revêt une importance géostratégique majeure pour l’Allemagne. 

Sortie progressive du charbon 

L’accès au gaz naturel russe est devenu une pièce cruciale de la politique énergétique allemande. Le pays est le plus gros pollueur européen en matière de production d’électricité. Il dépend de centrales au charbon et au lignite, véritables souffleries de CO2. Et l’arrêt définitif de l’exploitation du nucléaire, programmé d’ici à la fin de l’année 2022, menace d’envenimer la situation. Il représente en effet encore 10 % de la production électrique, début 2021. Son retrait promet donc de renforcer le poids des combustibles hautement carbonés. Or, le gaz naturel présente l’avantage d’émettre jusqu’à 40 % de moins de gaz à effet de serre que le lignite, qui reste la principale source d’énergie du pays. 

Confronté à une opinion publique de plus en plus sensible à la question climatique, aux mobilisations contre l’exten- sion des grandes mines à ciel ouvert de « houille brune » près de Cologne ou à l’est du pays, Berlin s’est engagé sur un programme de « sortie progressive du charbon d’ici à 2038 » et une réduction de 60 % de ses émissions de CO2 d’ici à 2030. Intenable, sans un recours massif au gaz naturel russe. 

Pour bien comprendre le dilemme, un simple coup d’œil sur les conséquences d’une actualité météorologique récente s’impose. La vague de froid qui a fait irruption dans la seconde semaine de février sur l’Allemagne (jusqu’à – 25 degrés Celsius en Thuringe) a provoqué une hausse importante de la demande d’électricité. Les centrales thermiques classiques au lignite et au charbon ont été sollicitées au maximum. Helida, la zone de haute pression, centrée alors sur la Scandinavie, à l’origine de ces conditions hivernales, somme toute assez classiques en cette pé- riode outre-Rhin, avait ligoté Eole, le dieu du Vent, et n’autorisait l’apparition que d’un très mièvre soleil. Les installations d’énergie renouvelable furent quasiment toutes placées en chômage technique. 

Peur du black-out 

Le maintien du réseau sous tension est de- venu, en l’espace de quelques heures, tota- lement tributaire des sources d’énergie les plus polluantes. Car, un équilibre doit être assuré en permanence entre l’offre et la demande de courant électrique. C’est une condition sans appel de la fourniture de courant. Sinon, se profilent des délestages massifs, des coupures importantes, voire un black-out. Un organisme berlinois, baptisé Agora Energiewende (Agora transition énergétique), ONG qui s’est spécialisée dans l’observation de l’évolution de la production d’électricité, a mis au point un relevé quotidien de l’utilisation des diffé- rentes sources d’énergie. Le 11 février, quelque 49,12 gigawatts, soit plus de 83 % du total de la production, sont fournis par des moyens « conventionnels » (nucléaire, lignite, charbon, gaz naturel), seul un peu moins de 9 % sont le fait d’éoliennes ou de barrages. Le solde est généré par le méthane de la biomasse, lui aussi très gros émetteur de CO2. 

En conséquence, relève Agora Energiewende, les émis- sions de gaz à effet de serre du réseau électrique ont frôlé alors l’un de leurs plus hauts, à 548 grammes par kilowatt/ heure. L’Allemagne, qui possède l’une des densités d’ins- tallation d’énergies renouvelables les plus fortes du Vieux Continent, affichait ce jour-là, terrible contradiction, l’une des pires performances européennes pour la pré- servation du climat. En moyenne annuelle, ce bilan carbone est, bien entendu, un peu moins calamiteux. Il dépasse cependant le seuil des 400 grammes de CO2 quotidien- nement rejetés dans l’atmosphère – contre 70 à 80 pour le réseau électrique français, qui bénéficie, il est vrai, d’un formidable atout pour le climat : une production nucléaire décarbonée à grande échelle. 

Forcing de Washington 

Avec la fin du recours à l’atome, décrétée il y a dix ans, par la chancelière allemande sous pression des Verts au lendemain de la catastrophe de Fukushima au Japon, un tiers de la production nationale d’électricité allait devoir être transférée progressivement vers d’autres sources. En vertu de la doxa ordolibérale, elle fut méthodiquement basculée vers les opérateurs les plus compétitifs. Les groupes privés qui ex- ploitent outre-Rhin toute la production d’électricité se sont rabattus sur les combustibles les moins coûteux : le charbon et le lignite. Une calamité pour l’environnement. 

Sous le feu des critiques, Berlin s’efforce de résoudre l’équa- tion en stimulant depuis quelque temps l’entrée en scène d’opérateurs du gaz naturel, cet hydrocarbure plus sobre en émissions de CO2. Seulement, pour sauver la face, climatique, le gouvernement doit accélérer le mouvement au moment où il s’apprête à tourner l’interrupteur de ses dernières centrales atomiques. D’où le besoin de gaz russe, en grande quantité et bon marché. D’où l’importance « stratégique », selon la chancelière, de Nord Stream 2. 

Le forcing de Washington contre le gazoduc n’obéit pas seulement à une offensive géopolitique visant à diaboliser Moscou pour restaurer l’hégémonie des États-Unis, en mobilisant l’Occident et « les démocraties » derrière eux. Quitte à réhabiliter la guerre froide. Il revêt indissocia- blement une dimension commerciale : il s’agit de vendre à l’Allemagne les surplus de gaz naturel obtenus par fracturation hydraulique en Amérique du Nord. Via une intensification des livraisons de méthaniers transatlan- tiques dans les grands ports allemands. Nettement plus cher, ce gaz états-unien n’apparaît pas franchement compatible avec les règles du marché allemand, libéralisé, de production d’électricité. Moins compétitif, il devrait s’effacer face à des opérateurs moins chers. Autrement dit : devant la poursuite de l’exploitation du charbon, du lignite ou (et) du méthane. 

Diffusion du modèle libéral 

À Garzweiler et Hambach, non loin de Cologne, autour des gigantesques périmètres d’exploitation de mines à ciel ouvert de houille brune, les expulsions de paysans et de villageois nécessaires à l’agrandissement des sites restent à l’ordre du jour. En dépit des manifestations. Et au grand dam d’ONG pro-climat, qui s’interrogent sur les véritables intentions des autorités. 

Le marché allemand de l’énergie, totalement tributaire de l’initiative privée, constitue en fait le plus redoutable piège pour l’environnement. Y compris en cas d’évolution favorable du bras de fer autour de Nord Stream 2 et d’arrivée sans trop d’entraves de flots de gaz russe bon marché. Car le gaz naturel à haute dose est, par définition, émetteur de CO2 à haute dose. 

Les effets secondaires de ce « modèle allemand » diffusent déjà dans toute l’Europe. Ses principes ordolibéraux ins- pirent largement le paquet dit énergie-climat de la Com- mission européenne qui vise en particulier à l’établissement d’un marché intérieur de l’énergie « décentralisé et intégré », qui permettrait « la libre circulation de l’énergie, sans barrière technique, ni réglementaire ». Une Bourse euro- péenne de l’électricité, installée à Leipzig, permet déjà à l’Allemagne d’inonder les réseaux de ses voisins de ses surplus de courant très carboné à des « prix de marché », pouvant donc s’écrouler jusqu’en zone négative – quand les éoliennes tournent et que les centrales thermiques restent en stand-by à haut niveau. Mais au seul profit des gros clients industriels qui auront dépêché des traders à Leipzig. Pour les particuliers, le prix explose, outre-Rhin, à plus de 30 centimes du kilowatt/heure, soit près du double du tarif réglementé d’EDF. Le projet Hercule de démantèlement de l’électricien public français s’inscrit dans cette libéralisation. 

L’Europe est le lieu de réplique pertinent pour refuser de céder aux pressions impérialistes contre Nord Stream 2. À condition de prendre le contre-pied de son logiciel libéral, en misant sur la coopération et les services publics. Il y va, de façon indissociable, du climat et du droit à l’énergie.

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Ces milliers de morts du covid 19 cachés par le gouverneur démocrate de l’état de New York

Andrew Cuomo a falsifié la comptabilité des victimes de la pandémie au profit de l’industrie des établissements médicalisés et autres maisons de retraite qui sont l’un de ses principaux sponsors politiques. 

Le scandale ne cesse de gonfler à New York. Le gouverneur de l’Etat, le démocrate Andrew Cuomo, a usé des pouvoirs que lui conférait l’état d’urgence, décrété sur place en mars dernier, au bénéfice des maisons de retraite et autres établissements médicalisés du grand New York (GNYHA). Cette industrie qui constitue l’un des secteurs les plus lucratifs du pays, figure aussi parmi ses principaux sponsors politiques. 

En vertu d’un mode de fonctionnement institutionnalisé de la vie politique qui  banalise les financements privés – entendez une permission de corrompre pour les business les mieux dotés – ce GNYHA a versé au profit du seul Cuomo quelques 2 millions de dollars, en plus des 450.000 destinés à arroser les législateurs de l’Etat en 2020.  Soit un chiffre en augmentation substantielle par rapport aux années précédentes. 

Cuomo a usé de ses pouvoirs exécutifs  d’urgence» pour adopter en avril 2020 une législation sur mesure garantissant l’immunité aux staffs des établissements de retraites médicalisés. Et il a durant la même période diminué de moitié ( soit près de 5000 décès) le nombre de victimes du covid 19 rapporté officiellement par l’Etat new yorkais dans ces établissements. 

Une procédure a été engagée par la procureure de New York, Letitia James qui souligne, selon un joli euphémisme,  que la loi d’immunité « pourrait avoir été utilisée pour soustraire des individus ou des entités à leurs responsabilités. » Et elle dénonce le décompte falsifié des morts du covid.

L’une des membres du cabinet de Cuomo, Melissa DiRosa, a reconnu la manipulation tout en tentant d’invoquer qu’elle aurait été « rendue nécessaire » par l’instrumentalisation redoutée qu’aurait alors pu faire… l’administration Trump de ce niveau trop élevé de décès au sein d’un Etat new yorkais qui cultivait alors une posture de contre-pouvoir. 

Le scandale grimpe en même temps que s’amplifie les divergences entre les jeunes élus démocrates de gauche qui ont surgi dans les derniers scrutins, et la majorité réputée «centriste» de la direction locale du parti de l’éléphant. Des voix comme celle de la sénatrice de l’Etat, Julia Salazar, s’élèvent pour réclamer la démission de Cuomo « un danger pour l’Etat et la démocratie.» Elle qui vota contre la loi garantissant l’immunité à la «  care industry » ( l’industrie du soin) fait remarquer qu’elle s’était fortement opposée aux politiques d’austérité du gouverneur qui s’était également distingué l’an dernier en réduisant les dotations d’Etat à medicaid ( l’aide médicale aux plus démunis). 

L’affaire jette un froid sur les ambitions présidentielles de Cuomo qui a réagi très brutalement en menaçant ouvertement de représailles Ron Kim, l’un des élus démocrates,  à l’origine des révélations. Célébré par une partie des media qui avaient fait de lui une sorte de héros de l’establishment new yorkais capable de résister à l’administration Trump et à sa calamiteuse gestion de la pandémie, Cuomo avait soigné son image de présidentiable en publiant un livre,  ‘American Crisis: Leadership Lessons from the COVID-19 Pandemic’ ( crise américaine : leçon de leadership de la pandémie de covid 19) tout à la gloire de son art de gouverner. Et il ne faisait pas mystère de se positionner en idéal successeur de Biden dans 4 ans.  

Pour en savoir plus sur les malversations du personnage, le plus souvent ignorées par une presse européenne très « bidenôlatre », on pourra lire l’enquête très détaillée du journaliste d’investigation David Sirota, parue dans le Guardian (1) 

Bruno Odent

(1) « Cuomo-gate: a Nixonian scandal is engulfing New York »  (Cuomo-gate : un scandale à la Nixon gonfle à New York) in The Guardian du 18.02.2021 

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Triste nouvelle, Biden annonce le « retour de l’Amérique »

En matière de politique extérieure, le président qui entame son mandat à la Maison-Blanche a promis un traitement plus multilatéral de dossiers cruciaux comme la santé et le climat. Un changement qui s’inscrit, hélas, dans une réhabilitation du « leadership » de l’hyperpuissance comme de son « usage approprié » de la force. (Décryptage in l’Humanité Dimanche du 15 au 21janvier).

Le monde va-t-il pouvoir souffler après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche ? L’heure est au soulagement pour la démocratie menacée au sein de la première puissance mondiale par un coup de force fasciste contre le Capitole. Et des motifs d’apaisement existent, nourris par le retour à une norme diplomatique plus « policée ». Ces changements programmés ne sauraient toutefois masquer les craintes suscitées par la cohérence géopolitique clairement interventionniste revendiquée par Joe Biden et son équipe.

Le plus gros émetteur de co2

La fin des cavaliers seuls trumpistes et le retour de Washington dans le concert multilatéral sur des dossiers essentiels aujourd’hui comme la santé ou le climat rassurent. On ne saurait concevoir en effet une mobilisation de la communauté internationale à la hauteur de ces défis si les États-Unis, qui sont aussi le plus gros émetteur de CO2 et le pays le plus touché par le Covid, persistaient à effectuer les bras d’honneur de « l’Amérique d’abord. »

Pour Joe Biden toutefois, ce multilatéralisme se conjugue forcément avec le plein exercice d’un « leadership » états-unien, considéré comme la garantie supérieure à la bonne marche du monde. L’Amérique se doit d’« être devant et (de) mener la marche », écrit-il dans son programme de politique étrangère, précisant qu’aucune autre nation « n’en aurait la capacité » parce qu’aucune ne serait bâtie sur « l’idée de liberté »(1). La démarche ne laisse pas augurer une désescalade dans des relations avec la Chine, qui se sont singulièrement envenimées durant le mandat Trump.

Un budget militaire historique de 750 milliards de dollars

Pis, on pourrait passer à l’exacerbation de tensions plus seulement commerciales mais politiques et/ou militaires. Avec l’achèvement du « pivot » du déploiement de la force du Pentagone, enclenché sous la présidence Obama, du Moyen-Orient vers l’Extrême-Orient. Repositionnée aux abords de la Chine, l’armada états-unienne disposera d’un budget qui vient d’être approuvé de façon bipartisane, crevant tous les plafonds historiques à 750 milliards de dollars.

La réhabilitation de l’interventionnisme est l’aspect le plus préoccupant de la « normalisation » géostratégique. Une plus grande implication des États-Unis dans les affaires du monde irait de pair avec un « usage approprié » de la force, en dépit des fiascos des terribles précédents afghan et irakien qui ont tant contribué à l’émergence de Daech. Le nouveau secrétaire d’État, Antony Blinken, est en pointe sur le sujet. Il n’a pas hésité à publier en 2019 une sorte de manifeste dans le « Washington Post » avec Robert Kagan, le chef de file des néoconservateurs du Nouveau Siècle américain. « Les erreurs commises en Irak et en Afghanistan, insistent le démocrate et le républicain, ne doivent pas nous conduire à désinvestir ce terrain, car la force est nécessaire et complémentaire d’une diplomatie effective ». Sans capacités à « projeter la puissance appropriée, aucune paix ne pourra être négociée, encore moins imposée » (2). Le message ne vaut pas seulement pour Pékin, il s’adresse à la planète entière, aux pays de l’ex-arrière-cour latino-américaine, comme à Moscou ou à l’Europe.

L’otan, « bras armé du monde libre »

Pour mettre en œuvre un tel déploiement de la puissance, des moyens considérables sont indispensables. D’où la volonté d’embarquer dans l’aventure des alliés qui consentent d’abord à mettre davantage la main à la poche. La pression sur les membres de l’Otan pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires jusqu’à 2 % de leur PIB d’ici à 2025 ne va donc pas se relâcher. Moins assortie d’un chantage comme sous Donald Trump, qui menaçait de retirer le prétendu « parapluie militaire » des États-Unis à tous ceux qui ne s’exécuteraient pas, elle devrait prendre une dimension plus globale. L’équipe Biden veut décliner un renforcement du lien avec ses alliés européens sur les plans autant sécuritaire et politique qu’économique en y incorporant la résurrection du traité de libre-échange transatlantique.

Le couple Blinken-Kagan plaidait dans le « Washington Post » pour une Otan bras armé du « monde libre », élargissant son champ d’action à l’ensemble du globe. (3) Reste à convaincre les « partenaires ». La nouvelle administration compte beaucoup sur Berlin, où les traditions atlantistes sont très ancrées. Même si les principaux clients des grands groupes exportateurs germaniques sont désormais… chinois. Ce qui pourrait alimenter d’intempestives contradictions. Quant à la France d’Emmanuel Macron, elle plaide pour une « Europe de la défense » « parfaitement complémentaire de l’Otan ». Difficile d’être mieux aligné sur les projets transatlantiques de Joe Biden.

(1) « Why America Must Lead Again » (Pourquoi l’Amérique doit diriger de nouveau). Les engagements de politique extérieure du président Biden.

(2) Blinken-Kagan : manifeste de politique étrangère alternative publié dans le « Washington Post » du 4 janvier 2019.

(3) Blinken-Kagan, ibid.

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ThyssenKrupp: Un géant du capitalisme rhénan au bord du vide

Frappé par la crise et la chute de la demande d?acier, le conglomérat mastodonte de la Ruhr est aussi miné par ses folles aventures financières. Une gabegie entamée au milieu des années 2000, dans la foulée des réformes libérales qui ont ébranlé l’ex-modèle industriel allemand. Récit d’une mise en pièces, qui menace l’emploi de 160.000 salariés à travers le monde.

ThyssenKrupp est à l’agonie. Issu de la fusion des deux empires Thyssen et Krupp dans les années 1990, le géant fut l’un des piliers de l’industrie germanique, emblème d’un capitalisme rhénan, champion de la production d?aciers de qualité et de la cogestion (Mitbestimmung), intégrant les représentants des salariés à ses choix stratégiques. Il n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même. À moins de 5 euros, le cours de son action a été quasiment ­divisé par 10 sur un peu plus de 5 ans, et il ne pèse plus que 3 milliards d’euros en capitalisation boursière.

Le groupe est fortement touché par la crise associée à la pandémie. La production d’acier a chuté et les perspectives pour 2021, si elles s’annoncent meilleures, ne sont guère encourageantes puisque, souligne l’institut Leibniz de recherche économique, «l’industrie automobile allemande va réduire le nombre des véhicules électriques fabriqués sur le sol national». Cependant, il ne faut pas s’y tromper, la dégringolade du Konzern a surtout des causes structurelles. Lesquelles sont intimement liées à une gestion marquée par une logique de plus en plus financière et de moins en moins industrielle.

Tout a commencé dans les années 2000, à l’époque où le chancelier Schröder impulsait des réformes libérales d’inspiration anglo-saxonne qui allaient faire muter le capitalisme allemand. Grisés par l’appel du grand large et sa promesse de rendements somptueux, les dirigeants du nouveau conglomérat ont décidé d’implanter deux sites sidérurgiques au Brésil. L’opération visait à inonder le marché états-unien d’aciers made by ThyssenKrupp. Mais l’affaire constitua très vite un fiasco retentissant. Les aménagements réalisés privilégiaient un «low cost» censé décupler les retombées financières. Cela a tourné au désastre industriel. Après une fuite détectée dans un des hauts-fourneaux à Rio de Janeiro, la production a dû être totalement arrêtée. Les dirigeants du groupe avaient investi 12 milliards d’euros, ils revendront finalement leurs usines déglinguées pour un peu plus de 2 milliards. Une lente descente aux enfers avait démarré.

Surendetté et contraint à «se replier» sur le territoire national, le groupe n’en continua pas moins de subir la pression des financiers et de leurs logiques. Priorité a été donnée aux segments réputés les plus rentables sur l’entretien et le développement des vieux sites sidérurgiques. Ce qui a aggravé de terrribles déséquilibres internes. Jusqu’à l’obliger à se séparer de certains fleurons pour tenter d’éponger ses pertes. En février dernier, ThyssenKrupp décidait ainsi de vendre sa division «ascenseurs», réputée florissante, au profit d?un consortium anglo-états-unien, Advent, Cinven, pour quelque 17,2 milliards d’euros.

Pour un répit qui ne sera que de très courte durée. Le Konzern a continué de s’enfoncer dans le rouge. Des vautours ont commencé à tournoyer au-dessus de la Ruhr, attirés par les restes du mastodonte brisé, en phase de démantèlement. Parmi eux, le groupe sidérurgique suédois SSAB se dit prêt à une fusion qui aurait l?avantage de dégager, dit-il, «500 millions d’euros par an de synergie». Seulement, dans le montage proposé, l’allemand deviendrait minoritaire. Suprême humiliation: l’ex-géant de l’industrie germanique se ferait avaler tout cru.

Une offre de fusion émanant de Liberty Steel, un autre des oiseaux de proie volant en cercles de plus en plus serrés au-dessus du malade, aurait des conséquences encore plus terribles. Elle induirait en effet des rationalisations des productions qui déboucheraient sur un massacre pour l’emploi. Le syndicat IG Metall s’y oppose. Il exige que l’État fédéral ou le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui englobe la Ruhr, entrent «provisoirement au capital du groupe». Il fait valoir «des critères qui ne soient plus ceux des aventuriers de la finance», pointe Ludwig Garner, membre du syndicat sur le site historique de Duisburg (18.000 salariés).

Le ministre fédéral de l’Économie, Peter Altmaier (CDU), et le ministre-président du Land, Armin Laschet, ont fait savoir qu’une nationalisation, «même provisoire», ne serait pas «à l’ordre du jour». Le seul soutien public envisagé prendrait la forme d’une subvention de 1 milliard d’euros destinée à aménager les installations pour les rendre moins polluantes afin qu’elles produisent à l’avenir «un acier plus vert». Le sous-investissement pour la rénovation d?installations vieillissantes n’a pas franchement préparé le terrain à ce tournant environnemental. La cogestion à l?allemande aurait pu offrir un moyen de peser dans le sens des emplois et du climat. «Mais nos représentants au conseil de surveillance, bien trop intégrés aux orientations financières dominantes, s’y sont systématiquement refusés», s’insurge Ludwig Garner, qui déplore collaboration de son syndicat à un vaste plan de 3.000 suppressions d’emplois.

L?accélération du démantèlement du groupe et des suppressions d’effectifs réduiraient certes la pollution au-dessus de la Ruhr. Mais pour laisser le champ libre à des producteurs asiatiques, chinois ou indiens qui pratiquent un dumping social et environnemental effréné. Miné par la finance et privé de ses défenses immunitaires publiques ou sociales, le mastodonte emblématique du capitalisme industriel rhénan est dangereusement poussé vers le vide.

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Evasion fiscale. L’arnaque à 427 milliards de dollars des champions du capital

Les experts de l’ONG Tax Justice Network ont tracé l’argent déposé dans les paradis fiscaux de par le monde. Ils dévoilent où et comment des milliers de milliards échappent aux États. États dont les services de santé enregistrent aujourd’hui les plus terribles difficultés à faire face à la pandémie… ( humanite.fr du 20.11.2020)

L’organisation Non Gouvernementale (ONG) Tax Justice Network (Réseau pour la justice fiscale) publie un rapport accablant sur le détournement massif de fonds organisé par les divers champions (multinationales, banques, grandes fortunes) du capital dans le monde. Ses experts ont passé aux cribles l’évasion fiscale pays par pays. Ils ont débusqué ses méthodes quasi institutionnalisées pour établir l’opacité autour de gigantesques flux financiers. Selon leur bilan quelque 427 milliards de dollars (385 milliards d’euros) seraient ainsi soustraits aux États.

L’addition prend aujourd’hui un goût particulièrement amer alors que les pouvoirs publics de par le monde souffrent de terribles retards d’investissements pour faire face à la pandémie de Covid-19 dans tous leurs services publics et singulièrement dans ceux de la santé.

Sans doute encore en-dessous de la réalité…

Tax Justice Network (TJN) souligne que ses recherches constituent une « première » pour tenter de lever le voile sur l’opacité d’un système global. L’ONG basée au Royaume Uni qui rassemble divers mouvements sociaux, des syndicalistes ou autres militants du développement a été lancé à l’initiative d’ATTAC au début des années 2000 pour se transformer à partir de 2013 en vaste réseau international indépendant en faveur de la justice fiscale.

Les chiffres publiés, aussi impressionnants soient-ils, sous-évaluent sans doute encore la réalité. Elles ont été recueillies en effet à partir de données officielles sur la base des déclarations des groupes multinationaux, des banques, publiés récemment par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Mais ces données datent déjà de 2016. Pour les particuliers, TJN a consulté des informations de dépôts bancaires disponibles auprès de la Banque des règlements internationaux (BRI) à partir de 2018.

L’équivalent du salaire annuel de 34 millions de soignants

Quoi qu’il en soit, le manque à gagner pour les finances publiques est colossal. Les experts de TJN ont calculé que les 427 milliards de dollars qui échappent à l’impôt, correspondent au salaire annuel de la bagatelle de 34 millions de soignants (infirmiers ou infirmières) dans les hôpitaux du monde. Leur rapport décortique comment les multinationales déplacent l’équivalent de 1 380 milliards de dollars de bénéfices non seulement vers les paradis fiscaux, mais aussi vers des pays riches qui ont mis au point leurs propres systèmes d’avantages fiscaux pour mieux drainer les capitaux vers leurs territoires.

Selon les évaluations de TJN quelque 184 milliards de dollars échapperaient au fisc en Europe et 95 milliards dans les pays d’Amérique du nord. Pour l’Amérique latine et l’Afrique les sommes sont moins considérables mais les pertes sont relativement bien plus lourdes puisqu’elles constituent, selon les calculs des auteurs du rapport, pas moins de 20,4 % des budgets santé de la première et 52,5 % de ses mêmes dépenses de soins pour la seconde.

Les systèmes « d’optimisation » des grandes puissances

Si les îles Caïmans (territoire d’outre mer du Royaume Uni) se taillent sans surprise la part du lion des évasions fiscales (16,5 %), le rapport des experts de TJN jette également une lumière crue sur les systèmes « d’optimisation » des grandes puissances. Le Royaume-Uni en capte ainsi 10 %. Dans l’UE les Pays-Bas en avalent 8,5 %, le Luxembourg 6,5 %.

Les États-Unis sont également en pointe avec 5,53 % de l’argent détourné de sa vocation publique par une énorme machine mise à disposition des champions de Wall street. Ainsi la monstrueuse société d’investissement BlackRock qui règne sur les places financières du pays et du monde et exerce ses activités à New York, dispose-t-elle de son siège social à Wilmington dans la capitale du paradis fiscal que constitue le micro-état du Delaware.

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La Tchéchénie, un pays violenté devenu la proie des démagogues et des islamistes


L’auteur de l’attentat de Conflants Sainte Honorine vient d’un peuple à qui a été infligé l’une des plus graves meurtrissures du moment. Un climat délétère s’est instauré dans cette république maintenue dans la fédération de Russie après deux guerres très meurtrières.


Tiré à hue et à dia dans le Caucase aux confins de la fédération de Russie et des ex-empires, perse puis ottoman, la Tchétchénie souffre de l’une des plus graves meurtrissures de l’histoire récente. La population tchétchène subit des affrontements, des agressions et des violences quasi permanentes depuis au moins trois décennies.
Ces conflits sont nés d’une aspiration à l’indépendance d’un peuple particulièrement malmené par le colonialisme russe. Jusque durant l’ère soviétique, un certain Joseph Staline organisant sa déportation massive vers la Sibérie en 1944, sous couvert qu’il aurait collaboré avec l’Allemagne nazie.
Au lendemain de l’écroulement de l’URSS la petite république caucasienne a connu deux guerres contre la Russie, d’abord de Boris Eltsine entre 1994 et 1996 puis de Vladimir Poutine entre 1999 et 2000. Des conflits d’une violence inouïe avec des dizaines de milliers de victimes civiles, laissant quasiment rasée la capitale Grozny.
Au sortir de la seconde guerre, Poutine qui cultiva le nationalisme grand russe en lançant à ses partisans qu’il éradiquerait jusqu’au dernier les opposants techétchènes en allant les chercher au besoin « jusque dans les chiottes » n’est en fait jamais réellement parvenu à réintégrer et à stabiliser le pays. Jusqu’à aujourd’hui. Des groupes tchétchènes radicalisés, proches d’abord des talibans afghans, puis d’al quaïda et enfin de l’Etat islamique continuent régulièrement de défrayer la chronique russo-techétchène.
Potentat protégé de Moscou, le Président de la république tchétchène en poste aujourd’hui, Ramzan Kadyrov, s’est hissé au pouvoir en 2007 par la manière forte. Populiste hors pair, il a choisi , lui aussi, d’instrumentaliser l’Islam pour conforter son pouvoir.Il prône une pratique traditionnelle de la religion musulmane alliée à une posture puritaine contre l’occident, « ses homosexuels et ses femmes dépravées ». Pas de quoi désarmer les jeunes têtes brûlés qui se sentent les vocations les plus folles et les plus barbares.

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Covid: une dévastation qui accuse tout un modèle

Les États-Unis ont franchi le cap des 200.000 morts dans la pandémie. Trump est sur la défensive. Mais Biden inquiète. ( paru in l’humanité du 21 septembre 2020)

Le sinistre cap des 200?000 morts du coronavirus vient d’être franchi aux États-Unis, de cette fin septembre selon plusieurs décomptes. Sans doute encore nettement sous-estimée par les chiffres officiels, cette ampleur des crises sanitaire et économique jette une lumière très crue sur la débâcle du système qui régit la première puissance mondiale. Les criminelles ségrégations sociales, produit d’une couverture santé livrée aux mains des poids lourds de la finance à Wall Street, apparaissent au grand jour. À quelques semaines de la présidentielle du 3 novembre, la question taraude l’opinion.

Donald Trump, sur la défensive sur ce dossier et accusé de laxisme, joue une fois de plus les matamores et proclame qu’un vaccin serait à disposition autour de la date de… l’élection. Mais son adversaire, Joe Biden, n’est guère beaucoup plus à l’aise sur ce sujet. Car il n?entend pas toucher davantage au système existant qu’en l’amendant à la marge.

De quoi nourrir l’inquiétude de l’aile la plus militante du parti démocrate, celle qui a appuyé Bernie Sanders et sa proposition phare d’instaurer une assurance-­santé publique universelle dont le besoin grandit au rythme des dégâts infligés par le Covid. Elle déplore l’absence d’engagement de son leader sur ce thème devenu ultrasensible. Et d’aucuns n’hésitent plus à le faire savoir dans l’entourage de Sanders, jusqu’à susciter un article publié le 12 septembre dans le Washington Post. Ils craignent que la prudence du candidat ne se retourne in fine contre sa crédibilité, y compris contre l’argument massue du «tout sauf Trump.»

La pandémie révèle les traits les plus insoutenables du modèle de société états-unien. Avant le Covid, plus de 30 millions de personnes ne possédaient déjà aucune couverture maladie. Leur nombre, entre-temps, s’est accru du flot de millions de nouveaux chômeurs. En vertu d’un Code du travail très «pro business» qui permet au patronat de se séparer à bon compte de ses personnels pour éponger immédiatement une partie de ses pertes. En même temps que leur emploi, les salariés ont perdu leur assurance-santé, élément le plus souvent du contrat de travail passé avec l’employeur.

Ces dizaines de millions de laissés-pour-compte ont constitué une proie de prédilection pour le virus. Ces citoyens-là retardent en effet le plus possible leur visite chez un médecin en dépit des symptômes les plus alarmants. Car ils savent que le montant de la facture risque de les précipiter dans une situation de faillite personnelle. Et ils n’entrent bien souvent à l’hôpital que dans un état très dégradé.

Le virus, allié à la misère structurelle qui touche les quartiers pauvres, ravage ainsi en premier lieu les «minorités». Les Africains américains et les Latinos sont touchés de manière totalement disproportionnée.  À Chicago, 72 % des victimes du coronavirus, recensées par l’agence publique de santé de la ville, sont des Africains-­Américains alors que ceux-ci ne représentent que 30 % de la population.

L’exacerbation des crises sanitaire et économique rend donc plus aigu que jamais le besoin de faire émerger un système universel capable de protéger toute la population. Et non uniquement ceux qui disposent de suffisamment de revenus pour souscrire une assurance privée. «Le projet de Sanders, Medicare for all (Medicare pour tous), n’a jamais été aussi important», relève pour l’Humanité, depuis Saint-Louis (Missouri), Tony Pecinovsky, syndicaliste et dirigeant d’une association pour la démocratisation de l’éducation. Pour preuve, ajoute-t-il, «?on constate ces jours-ci, en même temps que s’accentuent les souffrances et les peurs des populations à l’égard du Covid, une formidable montée de l’intérêt pour les acquis des systèmes publics de type européen.»

Avec Medicare for all, Sanders et ses partisans proposent d’étendre une disposition publique qui permet aux plus de 65 ans d’accéder à des soins, même s’ils ne possèdent pas d’assurance privée. Cette mesure inscrite en son temps dans la loi par l’administration Roosevelt était destinée à éviter à une majorité de retraités, condamnés à sombrer dans les difficultés financières, de ne plus pouvoir se faire soigner. Ardemment combattue par Wall Street, elle a été rejetée par Joe Biden, qui est allé jusqu’à déclarer, durant les débats des primaires démocrates, qu’élu président il y mettrait son veto si une majorité parlementaire venait à l’adopter.

Biden ne laisse toujours aucun doute aujourd’hui sur sa volonté de préserver le vieux système. Dans sa «plate-forme électorale», il concède simplement qu’il pourrait ramener l’âge d’éligibilité à Medicare de 65 à 60 ans. Soit au-dessus du seuil de 55 ans concédé sur le même dossier en 2016 par la candidate Hillary Clinton au candidat Sanders d’autrefois à la primaire démocrate.

Déjà lors de la convention du parti de l’âne en août, des voix s’étaient élevées contre la plateforme «centriste» de Biden. Vainqueur d’une primaire à la surprise générale sur le district de Saint-Louis/Ferguson (Missouri) et devenue candidate députée à la chambre des représentants, la progressiste africaine-américaine Cori Bush s’était alors exclamée: «Les miens sont en train de mourir. Je ne peux pas soutenir une plateforme qui n’inclut pas lassurance-santé pour tous, qui sauverait des vies. Des dizaines de milliers de vies.»

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BlackRock, le grand gourou de la finance aux commandes du « monde d’après »


Washington et Bruxelles lui ont confié des parts essentielles de leurs plans de crise . Le PDG de BlackRock, l’ancien trader Laurence D. Fink, inspirera désormais la politique de transition écologique en Europe. Aux États-Unis, il est chargé de gérer des milliards de prêts gratuits consentis à Wall Street. Publié in l’Humanité Dimanche du 23 au 29 juillet 2020.

Devenu le plus gros mastodonte de la planète capitaliste financiarisée, BlackRock possède autour de 6 600 milliards de dollars (5 800 milliards d’euros) d’actifs, soit environ deux fois et demie le total des richesses produites en un an (le PIB) par un pays comme la France. Le géant de Wall Street détient des morceaux de tout premier choix au sein des plus importantes multinationales comme des plus gros fonds de pension du monde anglo-saxon. Il pèse lourd au capital de mégafirmes américaines comme Apple, Walmart, Exxon… mais aussi d’une multitude de groupes, comme ceux qui figurent en haut du palmarès du CAC 40 à la Bourse de Paris.

Face à la menace qu’ont fait surgir les crises économique et sanitaire d’une brutale extension de l’incendie qui couvait sur la planète financière, c’est vers ce champion de la finance globalisée que se sont tournées les autorités états-uniennes et européennes pour tenter de circonscrire le sinistre.

Pompier pyromane

Le mégafonds, piloté par l’ex-trader Laurence Fink, a été chargé de gérer les centaines de milliards de prêts gratuits distribués depuis mars par la Réserve fédérale (FED), la banque centrale des États-Unis, pour éviter un effondrement boursier. Les titres des entreprises cotées peuvent ainsi, « quoi qu’il en coûte », trouver preneurs. Leurs cours sont dopés par la FED au moyen de l’argent public qu’elle a massivement créé. BlackRock, poids lourd privé de la gestion d’actifs, administre ainsi directement les piqûres publiques de stimulants sur des titres d’entreprises dont il est souvent lui-même propriétaire. On ne saurait décrire plus flagrant conflit d’intérêts.

Les Exchange Traded Funds ou ETF (fonds d’échanges commercialisés), l’un des produits de placement vedette de BlackRock, sont au centre de l’opération. Ils constituent des paris sur une évolution positive des indices boursiers. Autrement dit : l’épargne des entreprises, des fonds de pension et autres particuliers est mobilisée en spéculant sur une hausse ininterrompue des places financières. Le Covid-19 est venu jouer les trouble-fêtes en provoquant un brutal décrochage des marchés d’actions qui ont perdu, en mars, jusqu’à un tiers de leur valeur. Depuis lors, la FED et les stratèges de BlackRock font le forcing pour enrayer toute nouvelle dégringolade boursière par injection massive de liquidités gratuites. Ils ont l’œil rivé sur le retour à l’euphorie spéculative du monde… d’avant. Quand il s’agissait de drainer le maximum d’épargne et d’investissements pour gonfler les places financières, ce qui était synonyme du rendement maximal pour les ETF. Ce fut l’un des principaux carburants de la financiarisation de ces dernières années. C’est celui-là que les pompiers pyromanes de BlackRock s’emploient à déverser aujourd’hui sur les braises de la crise.

BlackRock s’était déjà fait connaître du grand public français dans ce forcing à la financiarisation. On se souvient de son irruption au beau milieu du débat sur la réforme des retraites portée par Emmanuel Macron. Les financiers new-yorkais louchaient sur le pactole de 312 milliards d’euros, encore inaccessibles parce que sécurisés pour les seniors par le système de retraite français par répartition. Il fallait induire une transformation profonde pour qu’au moins une partie de cette manne puisse être canalisée vers les marchés financiers. Ce qui promettait de gonfler les indices et donc le rendement des ETF.

Conflits d’intérêts

Déjà BlackRock avait pu bénéficier d’une énorme complicité publique, Paris sollicitant ses experts dans l’élaboration de la réforme et poussant même le zèle jusqu’à décorer de la ­Légion d’honneur Jean-François Cirelli, l’ex-PDG de GDF Suez, devenu représentant du mégafonds en France. Cette collusion ne s’arrête pas en Europe aux frontières de l’Hexagone. Outre-Rhin, Friedrich Merz, l’un des principaux prétendants chrétiens démocrates à la succession d’Angela Merkel à la chancellerie en 2021, fut pendant plus de huit ans le chef de BlackRock Germany. Et comme Washington, la Commission européenne a ouvert les portes au champion de la finance pour l’aider à gérer ce qu’elle présente sans rire comme l’après-crise.

L’instance présidée par ­Ursula von der Leyen a confié à BlackRock le dossier de la transition vers la finance verte. En avril, le mégafonds a été chargé très officiellement par Bruxelles de proposer des solutions pour développer la « finance durable » et, en tout premier lieu, intégrer « des critères écologiques » au système bancaire européen. Voilà Larry Fink, le champion de l’accumulation financière garantie la plus opaque, transformé en super-héros du capitalisme vert sur le Vieux Continent.

Les experts de BlackRock, orfèvres du lobbying qui a pignon sur rue à Bruxelles, vont pouvoir inspirer directement la politique européenne sur l’un des principaux défis du moment : le changement climatique. Le conflit d’intérêts là encore est aveuglant. Si BlackRock est chargé du dopage de Wall Street, il lui est demandé en Europe de donner la ligne sur la transition écologique dont la commission von der Leyen prétend faire son cheval de bataille. Signe particulier : le groupe est l’un des leaders des investissements dans les industries les plus émettrices de CO2.

Expert en lobbying

Omniprésent dans le capital des plus grosses majors états-uniennes, BlackRock est aussi le premier actionnaire de la compagnie pétrolière française Total. Il détient près de 10 milliards d’euros de la capitalisation boursière de la société française. Laquelle est, en même temps, aux avant-postes de l’offensive engagée pour dépecer EDF, le service public français de l’énergie, en profitant des dérégulations de… Paris et de Bruxelles. Une filiale du pétrolier, Total Direct Énergie, est devenue leader des fournisseurs dits alternatifs d’électricité en France. Elle a basé toute sa communication sur la livraison d’électricité dite verte, subventionnée par l’État. Appelé aux manettes de la transition écologique européenne, BlackRock va pouvoir continuer de s’employer à « verdir » l’image du premier pollueur français en participant au démantèlement de l’industrie nucléaire décarbonée qui constitue pourtant un atout incontestable du pays dans sa lutte pour réduire ses émissions de CO2. Au royaume du capital, Tartuffe a trouvé son maître.

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