Angela Merkel a-t-elle commencé à chanceller ?

Martin Schulz, son challenger du SPD, progresse en mettant le cap à gauche et  en dénonçant de façon inédite les réformes inscrites à l’agenda 2010 de l’ex chancelier SPD, Gerhard Schröder dont les trop fameuses lois Hartz.  Ce faisant il ouvre la perspective d’une coalition avec Die Linke et les Verts, capable de battre la chancelière sortante en septembre.

C’est la surprise de ce début de campagne de l’élection du Bundestag qui aura lieu en septembre prochain: le parti social démocrate (SPD) de Martin Schulz talonne désormais l’Union chrétienne démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel dans les sondages (environ 32% des voix pour les deux formations). Il y a quelques semaines encore le SPD dépassait tout juste la barre des 20% et semblait scotché durablement à ses plus bas niveaux historiques. Face à la nouvelle débâcle annoncée, le soldat Schulz, ex président du parlement européen, a enfilé rapidement le costume de pompier de service, « dégageant » au pied levé, un Sigmar Gabriel, vice chancelier de la grande coalition et ex ministre de l’économie du gouvernement Merkel, comme tête de liste pour l’élection du Bundestag. Et depuis lors la position du SPD ne cesse de s’améliorer.
Les medias se perdent en conjectures outre Rhin sur les secrets d’un « Schulzeffekt » ( effet Schulz). A y regarder de plus près la campagne du SPD n’a pas simplement changé de ton et de visage, elle a amorcé, sur le fond, un virage à gauche, inédit depuis au moins 20 ans. Un tabou semble avoir été brisé: les « réformes Schröder », considérées bien à tort comme des «acquis» pour l’économie allemande, et présentées donc comme inattaquables lors des campagnes des précédents scrutins de 2009 et 2013, sont désormais ouvertement contestées. Elles font même l’objet pour certaines de propositions alternatives. Qui vise le rétablissement de l’indemnisation de l’assurance chômage, supprimée par les lois Hartz, après un an, aux demandeurs d’emplois. Qui envisage des mesures pour réduire l’énorme secteur à bas salaire apparue depuis la fin des années 2000. Qui veut interdire l’abus des emplois à durées déterminées qui pullulent aujourd’hui jusqu’à constituer 40% des nouveaux contrats de travail.
C’est là qu’il faut chercher les vraies raisons de « l’effet Schulz »: les thèmes que développe le futur nouveau patron du SPD, répondent aux préoccupations de citoyens, assaillies de difficultés ou saisis par l’angoisse du déclassement dans une société de plus en plus inégalitaire ( L’Allemagne toujours plus inégalitaire : le cri d’alarme de Marcel Fratzscher.) Un salarié allemand sur cinq travaille aujourd’hui pour moins de 10 euros bruts de l’heure. Et souvent dans le cadre de temps partiels subis. La plupart de ces travailleurs pauvres se recrutent dans les services. Mais la multiplication de conventions «maisons» et le développement de l’«ubérisation» des contrats de travail ont commencé aussi de saper les positions des salariés de certains secteurs de l’industrie.
Le discours de Schulz s’est simplement mis à l’unisson de l’aspiration frustrée de la base du parti à plus de justice sociale. Il porte d’évidence la marque d’une dissidence ouverte du monde syndicale et de sa pression pour changer enfin le logiciel gouvernemental. On se souvient que le secrétaire national du DGB, Reiner Hoffmann, membre lui-même du SPD, n’hésita pas en 2015, à faire le voyage d’Athènes (en plein bras de fer avec Berlin) pour afficher sa solidarité avec Alexis Tsipras, dénonçant l’impasse que constitue «pour l’Allemagne et pour l’Europe» la soumission aux diktats austéritaires (Le chef du DGB dénonce le populisme anti-grec.)
D’aucuns expriment des doutes quant à la sincérité du soudain engagement à gauche de Martin Schulz, plutôt réputé jusqu’ici appartenir aux cercles droitiers du parti et dont la démarche progressiste fut, il est vrai, bien peu convaincante au parlement européen. Il n’empêche qu’en rompant avec les vieilles références schröderiennes, la nouvelle ligne de campagne a réveillé l’espoir et le courage des militants de terrain. Une dynamique semble lancée. Au point d’avoir fait tomber d’ultimes réticences internes à l’égard d’une coalition gouvernementale alternative SPD/ Verts/ Die Linke. Une alternative que sont même chargés de préparer des dirigeants des trois formations qui se rencontrent désormais régulièrement.
Un succès de ce rassemblement allemand à gauche ne fournirait-il pas de quoi faire sauter les plus solides verrous ordo-libéraux, au niveau national comme à celui de … l’Europe.

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