L’Europe, vers un modèle national-libéral ?

Critique du livre « Europe, état d’urgence » par Gäel de Santis, chef du service monde de l’humanité.

Dans Europe, état d’urgence, Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, dévoile comment « l’ordo-libéralisme » a été imposé aux autres pays européens, et combien à la fois cette doctrine nourrit et s’accommode du national-libéralisme d’un Viktor Orban ou d’une Marine Le Pen. Pour ce faire, il commence par déterminer quels sont les grands traits de l’ordo-libéralisme, doctrine née dans les années 1930 dans la tête d’économistes conservateurs allemands. L’ordo-libéralisme vise à préserver les mécanismes de marché du champ de la délibération démocratique, de la « révolte des masses ». Cela passe notamment par une politique monétaire indépendante, des mécanismes automatiques de réduction des déficits. L’objectif est de créer une économie ultracompétitive, où l’État n’est pas un acteur économique mais joue un rôle d’arbitre.

Le mérite de l’ouvrage est de montrer comment, à la faveur de la réunification allemande et de l’instauration de la monnaie unique, le modèle ordo-libéral s’est transformé et s’est imposé au vieux continent au point de voir sa logique désormais inscrite au cœur des traités européens. Derrière ce modèle en apparence neutre, se cachent les intérêts des Konzerne, ces entreprises devenues ultracompétitives grâce à la sous-traitance dans les pays de l’Est, l’écrasement des coûts salariaux après les réformes Schröder et la reconnaissance du made in Germany. Le second apport du livre, et c’est le plus important, est de montrer combien le national-libéralisme, censé se construire en contre-point du modèle ordo-libéral, en est le « prolongement royal ». L’auteur montre combien l’Alternative pour l’Allemagne, parti anti-euro et xénophobe, partage en fait la même vision monétariste que W. Schäuble, ministre des Finances d’Angela Merkel, qui a poussé les autres pays européens à adopter des politiques d’austérité. Il donne à voir d’autres exemples européens, notamment la Hongrie, où la droite ultraconservatrice au pouvoir, sous couvert de lutte contre l’establishment, se montre en réalité bon élève des canons libéraux. Enfin, le livre se penche sur les résistances en Grèce, en Espagne, au Portugal. Il appelle à s’appuyer sur les forces vives, les syndicats, qui, en Allemagne, luttent au cœur même du modèle ordo-libéral, en revendiquant de meilleurs salaires, en voulant restaurer des conventions collectives et en refusant le traité transatlantique.

Gaël de Santis      

 

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