Trump comme un vulgaire parrain

Si elle ne confirme pas les spéculations de conjuration avec la Russie, l’audition par le Sénat de James Comey, l’ex-directeur du FBI, révèle une terrifiante méthode de gouvernement.

Les médias états-uniens comparaient l’événement à un Super Bowl politique. Comme pour la finale du championnat de foot local, des millions de citoyens se sont précipités devant leur petit écran ou dans les bars qui s’étaient spécialement équipés pour l’occasion. Tout un pays a vécu jeudi 8 juin à l’heure de l’audition par le Sénat de l’ex-directeur du FBI, viré en mai dernier par Donald Trump. La police fédérale enquêtait sur une éventuelle ingérence russe dans la campagne présidentielle. D’où le soupçon que le policier aurait été en fait victime d’une tentative d’étouffer l’affaire de la part du président. D’autant que l’ex-conseiller à la sécurité de l’exécutif, Michael Flynn, avait été contraint de démissionner peu de temps auparavant pour avoir caché des liens pourtant avérés avec l’ambassade russe.

D’aucuns invoquaient une entrave flagrante à la justice qui pourrait conduire au lancement d’une procédure de destitution du président. Mais l’audition de James Comey s’est montrée bien plus accablante pour ce qu’elle révèle du mode de gouvernance de Donald Trump que pour l’éventuelle mise au jour d’une conjuration avec la Russie. Les déclarations de l’ex-directeur du FBI déchargent plutôt le président sur ce sujet. Dès le début, il a concédé que Trump n’avait « pas cherché à arrêter l’enquête du FBI ».

Par contre le témoignage du super-flic débarqué révèle par le menu le comportement terrifiant du président dans sa façon d’exercer le pouvoir. Trump va prendre Comey à part pour lui demander d’arrêter d’ennuyer le général Flynn – « lâchez-le, c’est un homme bien ». Et il s’est montré particulièrement directif au cours de plusieurs tête-à-tête avec l’ex-directeur du FBI. Avec une demande répétée : « dissiper l’ombre du nuage » que les soupçons et les fuites médiatiques provoqués par l’affaire russe contribuent à jeter sur son activité. Trump insiste de manière plus qu’ambiguë sur le besoin qu’il aurait d’avoir «la loyauté,  toute la loyauté » de son interlocuteur, qui fut nommé par Barack Obama.

C’est surtout la « méthode » du magnat de l’immobilier qui fait froid dans le dos. Lors d’un dîner à la Trump Tower fin janvier, tout juste avant d’être intronisé, le directeur du FBI convoqué s’aperçoit que le nouveau président veut créer avec lui « une espèce de relation de parrainage » pour lui faciliter son travail ou même sa carrière. « Cela m’a beaucoup troublé, souligne l’ex-chef de la police fédérale, vu le statut traditionnellement indépendant du FBI au sein du pouvoir exécutif. » Ainsi donc, le dirigeant de la première puissance mondiale affecte-t-il un comportement de chef qui renvoie bien davantage à la rouerie d’un quelconque « parrain » de gang mafieux qu’à la hauteur de vue minimale requise pour un homme d’État. Trump a d’ailleurs confirmé quelques jours plus tard que ce travers ne constituait en aucun cas un malheureux dérapage. Pour contrer les déclarations les plus dérangeantes, il puisait directement dans le vocabulaire du milieu traitant en Comey de « balance« .

 

« Je n’ai rien vu d’illégal »

Aussi lourdes cependant que soient ces révélations, l’enclenchement d’une procédure de destitution « pour entrave à la justice » paraît, pour l’heure, encore bien éloignée. D’abord parce que l’« impeachment » doit être formellement engagé par le Congrès où siège une forte majorité républicaine. « Je n’ai rien vu d’illégal », a plaidé Richard Burr, le président de la commission du renseignement du Sénat, qui interrogeait Comey. Ensuite parce que de nombreux responsables démocrates semblent persuadés qu’ils peuvent tirer meilleur parti pour les prochaines échéances électorales du maintien de Trump et de ses bourdes que de sa destitution.

 

Cet article a été publié dans Etats-Unis, présidentielle 2016, extrême droite. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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