Siemens enclenche la machine à broyer l’emploi

La direction du géant allemand a annoncé jeudi 16 novembre un plan de restructurations avec à la clé la suppression de près de 7 000 emplois. La nouvelle devrait résonner comme une alerte chez Alstom qui vient de passer sous sa coupe.

Siemens

Joe Kaeser, le très austère patron du groupe allemand Siemens, ne fait jamais dans la demi-mesure. Il entend achever la mutation du groupe qui fut le fleuron de feu le capitalisme rhénan en une machine à profit au rayonnement mondial privilégiant les rendements pour les actionnaires et les financiers. Ainsi a-t-il annoncé ce jeudi 16 novembre un vaste plan de restructuration qui devrait toucher principalement son secteur énergétique. Près de 7 000 suppressions d’emplois, pour la plupart en Allemagne sont à la clé. « Nous devons nous attaquer aux difficultés structurelles de certaines activités», a martelé Kaeser. Les secteurs «énergie» des turbines à gaz et des éoliennes sont visés mais aussi celui des locomotives qui appartient à sa branche transport. Cette restructuration fait planer une menace sur les trains d’Alstom sur lequel Siemens vient précisément de mettre la main avec la complicité du gouvernement d’Emmanuel Macron.

Les bourses de la planète ont aussitôt salué l’évènement

Et pourtant les résultats de Siemens sont dans le vert. Les communicants du groupe de Munich se répandent sur « une année record » : un bénéfice net de 6,2 milliards d’euros pour l’exercice 2016/2017, en hausse de 11 % sur un an, et 83 milliards de chiffre d’affaire. Insuffisant pour satisfaire les appétits du marché financier. Kaeser est donc passé à l’action soignant, au passage, une réputation, déjà largement honorée, d’impitoyable chasseur de coûts salariaux. Les bourses de la planète ont aussitôt salué l’évènement, le titre Siemens bondissant sur toutes les places. Le géant germanique avait déjà fait part début novembre de la suppression de 6 000 emplois au sein de sa filiale Siemens-Gamesa, numéro un mondial de l’énergie éolienne, en raison d’une baisse des ventes, provoquée par les redoutables dysfonctionnements du programme dit de transition énergétique germanique. Sur la liste des sites menacés se trouverait la fameuse usine de Berlin où est né le groupe, il y a un siècle, la « Dynamowerk ». Quelques 11 000 salariés travaillent encore aujourd’hui dans cette grande bâtisse de briques rouges. D’autres usines sont menacées, essentiellement à l’Est du pays, région déjà sinistrée par la désindustrialisation qui a suivi la réunification au début des années 1990.

Le caractère « irresponsable » du plan Kaeser

Brigitte Zyppries, la ministre de l’économie (SPD) du gouvernement de grande coalition qui gère les affaires courantes, avant l’hypothétique avènement d’un gouvernement de coalition entre chrétiens démocrates, libéraux et verts, ne cache pas son inquiétude. Dans une lettre au patron de Siemens, elle alerte sur les suites de cette brutale restructuration. « Elle peut nourrir, dit-elle, le mécontentement et les doutes qui favorisent les développements politiques auxquels on a assisté aux législatives.» Traduisez : la percée du parti d’extrême droite, Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui a réalisé des scores très importants dans les zones où se sont répandues le plus de souffrances sociales et a fait une entrée fracassante avec 94 députés dans le nouveau Bundestag.

Le syndicat IG Metall relève, pour sa part, le caractère « irresponsable » du plan Kaeser. Le syndicat s’est dit prêt à lancer un « combat de grande ampleur pour la sauvegarde des sites et de l’emploi ». Avec force manifestations devant les sites menacés et le recours à « des moyens de résistance créatifs » comme par exemple « le refus d’effectuer des heures supplémentaires ».

 

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