L’extrême droite allemande n’en demandait pas tant. L’ex égérie de la gauche populiste entend rompre en Saxe Anhalt le cordon sanitaire contre l’AfD.
par Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, ancien chef du service monde
Sarah Wagenknecht s’engage contre le cordon sanitaire à l’égard de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) – règle pourtant observée jusqu’à présent par tout l’arc démocratique allemand – et avance l’idée d’une éventuelle coalition avec l’extrême droite.
Épilogue d’une terrible dérive politique ou aboutissement logique scellant le rapprochement entre une ultra droite nationaliste et une « gauche » populiste souverainiste et dégagiste que l’ancienne dirigeante de Die Linke et présidente du groupe de ce parti au Bundestag, porte avec son mari, Oskar Lafontaine, ex chef du SPD ?
L’AfD pourrait en tirer le maximum de profits à la veille de l’élection régionale qui se profile le 6 septembre dans le Land de Saxe Anhalt. Créditée dans les sondages de 42% des suffrages (contre 21% pour la CDU du ministre- président CDU sortant, Sven Schulze), elle se voit ainsi encore davantage « légitimée. » L’AfD pourrait obtenir une majorité absolue de sièges dans le nouveau Landtag compte tenu des règles électorales et donc s’octroyer le poste de ministre-président de Saxe Anhalt. Un scénario qui déclencherait un séisme politique à l’échelle du pays tout entier et pourrait être fatal à la coalition CDU-CSU/SPD d’un chancelier Merz de plus en plus fragilisé.
En échec politique et éliminé du Bundestag Wagenknecht qui n’a pas réussi à dynamiter Die Linke, n’hésite pas à manier une sorte de va-tout des plus détestables. Créatrice du parti qui porte son nom ( l’Alliance Sahra Wagenknecht ou BSW) avait déjà tout misé pour s’installer durablement dans le paysage politique sur un discours très hostile aux migrants, présentés comme les responsables du délabrement de l’État social.
Faisant de ce discours anti-migrants la marque de fabrique de son parti, Wagenknecht et ses amis se sont alignés aux élections européennes de 2024 sur les revendications de l’italienne Giorgia Meloni, rejointe désormais par le parti populaire européen (droite ) et une partie du centre ( droit ou gauche) pour la création de dits « hotspots » extérieurs à l’UE ( comme en Albanie) afin d’y interner, dans l’attente d’une décision, tous les réfugiés demandeurs d’un asile européen.
Wagenknecht avait attiré l’attention médiatique dès 2017 en cherchant à créer un mouvement s’inspirant ouvertement du « modèle » de la France Insoumise. Incontestable vedette des talk shows des médias allemands, elle entendait subvertir Die Linke jusqu’à la faire disparaître. La création de sa formation BSW devait constituer le dernier clou dans le cercueil de Die Linke et assurer la promotion d’une « gauche » populiste souverainiste et « dégagiste » qui ambitionnait de siphonner une partie de l’électorat de l’AfD mais aussi des déçus de la gauche.
Cette démarche qui a failli briser complètement l’espoir d’une vraie alternative de gauche en Allemagne n’en constitua pas moins une sorte d’aubaine aux yeux d’un tribun français comme Jean Luc Mélenchon. Celui-ci cultiva à la fin de la dernière décennie un rapprochement avec le mouvement de Wagenknecht, qu’il a présenté comme « enfin une bonne nouvelle venue d’Allemagne » (1). Jusqu’à ce que le populo-dégagisme de l’ex partenaire proclamée s’affiche dans toute son indignité.
- (1) Le 5 juin 2018 sur le blog de Jean Luc Mélenchon, « le jour où une bonne nouvelle est venue d’Allemagne » https://share.google/LJY8x6OHPmvEwX33v

