Pourquoi cette tache brune sur le Bundestag?

Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, analyse dans notre interview un phénomène inédit depuis la création de la République Fédérale : les nationalistes de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) siègent en nombre…
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Lindner, en pôle position pour le ministère des finances allemand, ne lâche rien à Macron sur le « budget européen. »

CL_Leben-geniessen-1Christian Lindner, le chef de file et potentiel ministre des finances allemand, aime à se présenter comme un amooureux de la vie et du sport automobile.

 

Réputé hostile au projet européen d’Emmanuel Macron, le chef de file du parti libéral allemand (FDP), Christian Lindner n’en a pas moins évoqué, dans une interview accordée à Bild am Sonntag, les contours du «compromis» qu’il pourrait être amené à négocier lui même avec Paris. Celui qui, après la désignation de Wolfgang Schäuble comme futur président du Bundestag, fait figure de grand favori au poste de futur ministre des finances d’une toujours très hypothétique coalition entre la CDU d’Angela Merkel, le FDP et les Verts invoque des convergences sur la hausse des dépenses militaires, la surveillance des frontières, le droit d’asile, l’énergie et le numérique.

De quoi mettre en avant « non pas des lignes rouges » mais « nos horizons communs ,» a diplomatiquement argumenté Lindner en qualifiant la présence de Macron à l’Elysée de « coup de chance » (Glücksfall).

Le propos, devenu « tombé du ciel » en vertu d’une traduction probablement jupitérienne, a déclenché l’enthousiasme d’éditorialistes de l’hexagone, prompts à y voir l’avènement d’un «couple franco-allemand» plus harmonieux, voire carrément inspiré par Paris. On ne saurait mieux prendre ses désirs pour la réalité . Car la marche commune qu’envisage le potentiel ministre des finances de Berlin doit, relève-t-il explicitement, exclure tout «pot redistributif au sein de la zone euro ». Autrement dit: Lindner reste bien droit dans ses bottes monétaristes confirmant très explicitement son retentissant Nein à un éventuel budget de la zone euro défendu par Macron

 

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Pourquoi Berlin n’est pas prêt de céder aux incantations de Macron

merkel-1-400x267En difficulté pour former un gouvernement, Angela Merkel subit la pression des nationalistes comme elle est tributaire de forces monétaristes qui rejettent la moindre ébauche de solidarité européenne qualifiée d’« Union de transfert ».

Après le tremblement de terre politique qu’a constitué l’élection du Bundestag, Angela Merkel ne sera pas un partenaire facile pour Emmanuel Macron. Même dans l’hypothèse où elle trouve d’ici quelques semaines les moyens de former un gouvernement avec les libéraux (FDP) et les Verts, pour se hisser à nouveau dans le fauteuil de chancelière.

Parmi les propositions européennes formulées mardi soir par le président français, seule celle d’installer un superministre des Finances à la tête de la zone euro pourrait donner lieu à un éventuel compromis avec Berlin. Mais pas franchement dans le sens de l’ébauche d’une solidarité budgétaire entre États membres, vendue par le Français. Wolfgang Schäuble, l’actuel ministre des Finances allemand, fut en effet le premier à envisager une telle architecture pour « coiffer » son propre projet d’«Europe à plusieurs vitesses ». Moyennant quoi son super-ministre à lui se verrait surtout doté de pouvoirs coercitifs pour faire respecter par chacun la lettre des normes restrictives européennes, depuis celles définies par Maastricht et le pacte de stabilité jusqu’à la règle d’or (0,3 % de déficit structurel) du traité budgétaire adoptée en 2012. Tout au mieux le grand argentier allemand se dit-il prêt à assouplir les normes quand surgissent dans tel ou tel pays de grosses difficultés. Mais, à chaque fois, sous condition pour le bénéficiaire de cette « faveur » de s’engager dans des « réformes structurelles ». Entendez, comme en Grèce, des coupes à la hache dans ses dépenses publiques et sociales.

Et s’il n’est pas certain que Schäuble garde les manettes des finances, son successeur pourrait faire preuve d’une intransigeance plus forte encore quant au respect des dogmes ordo-libéraux, devenus référence européenne. Le parti libéral, seule formation à pouvoir prétendre briguer le poste, annonce qu’il est déterminé à appliquer une ligne Schäuble… XXL.

LOGIQUE MONÉTARISTE

Réagissant aux propositions Macron, son chef de file, Christian Lindner, a prévenu : « Un budget de la zone euro où l’argent atterrirait en France pour les dépenses publiques ou en Italie pour réparer les erreurs de Berlusconi représenterait une ligne rouge pour nous. »

Cette opposition catégorique du FDP à toute « Union de transfert » (rejetant la moindre péréquation vers les pays les plus pauvres), est au centre d’une formidable controverse au sein de la classe dirigeante allemande qui a débouché, il y a quatre ans, sur l’émergence d’une dissidence à l’origine de la création du parti nationaliste (AfD), celui-là même qui vient de faire une entrée en force dans le Bundestag, et dont le projet traduit, en fait, une ultime gradation de logiques monétaristes restrictives vers le national-libéralisme.

La CSU, l’aile très conservatrice du parti de la chancelière, qui a subi en Bavière d’importantes pertes au profit de l’AfD, n’est guère encline à faire la moindre concession sur son « flan droit », surtout pas sur le cadre européen. Les Grünen, les seuls à afficher quelques bienveillances macroniennes, apparaissent aussi isolés sur ce dossier qu’ils sont la plus petite force d’une éventuelle coalition gouvernementale. Quant au scénario d’un blocage sans appel des négociations qui conduirait à des élections anticipées, il est clair qu’il contribuerait à un raidissement « national » encore plus fort de la chancelière. Ce qui ramène les propositions européennes d’Emmanuel Macron à leur état brut : celui d’incantations.

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Allemagne : les lourds paradoxes d’un scrutin joué d’avance

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Un modèle allemand…d’imposture verte

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Des révélations sur l’entente des constructeurs automobiles pour mettre au point de vrais-faux moteurs diesels propres secouent la campagne de l’élection du Bundestag.

Le dieselgate n’en finit plus de rebondir outre-Rhin. Il y a deux ans, la direction de Volkswagen était prise en flagrant délit de faussaire masquant sciemment le niveau réel élevé, prohibé, des émissions polluantes de ses véhicules. Démasquée par un organisme états-unien de protection de l’environnement, elle devait reconnaître avoir installé sur ses moteurs diesels des logiciels truqueurs. Lesquels affichaient un respect impeccable des normes environnementales. Mais uniquement lors des contrôles initiaux d’homologation de ses berlines. Les rejets empoisonnés pour la qualité de l’air ou (et) facteurs de réchauffement climatique explosaient ensuite toutes les limites. L’affaire vient de prendre, cet été, une dimension encore plus redoutable, à la suite de révélations sur l’existence d’une vaste entente entre les cinq grands constructeurs, Volkswagen, Porsche, Audi, BMW et Daimler-Benz. Un cartel classique. Sauf qu’une part essentielle de son activité clandestine a été investie dans les techniques installées sur les moteurs diesels. Et celles-ci ont permis aux constructeurs de frauder ensemble les seuils environnementaux légaux et de pouvoir jouer d’un marketing « vert » tout en… polluant sans entrave.

Le scandale est d’autant plus retentissant qu’il émane de documents fournis en 2016 par deux des constructeurs, VW et Daimler, à l’Office allemand de lutte contre les cartels et à un organisme de contrôle européen selon une procédure d’« autodénonciation ». Laquelle présente l’avantage pour les groupes incriminés qui se savaient déjà objets d’enquêtes officielles d’échapper à des amendes très lourdes en cas de condamnation. Dans ces dossiers qu’est parvenu à se procurer le magazine Der Spiegel (1), on découvre comment dès 2006 le « cercle des 5 », comme il se qualifiait lui-même dans ses échanges secrets, avait mis au point un logiciel permettant de limiter la consommation du liquide adBlue, censé contrer par catalyse les émissions très toxiques d’oxydes d’azote (NOx).

L’installation de gros réservoirs du précieux liquide, indispensable à un fonctionnement vraiment efficace, est jugée incompatible avec les objectifs de profits des cinq stars automobiles d’un capitalisme rhénan en pleine mutation. Le surcoût est évalué à plus de 1 500 euros par véhicule. Rédhibitoire. Le cercle des 5 met l’équipementier Bosch dans la boucle et parvient, grâce aux dernières avancées de la technologie numérique, à l’élaboration d’un dosage adBlue qui autorise le maintien de petits réservoirs en conformité avec les attentes des stratèges financiers : le liquide n’est injecté en quantité suffisante dans le moteur qu’au moment du contrôle initial. Sinon le dispositif fonctionne au minimum et donc au maximum pour les émissions empoisonnées.

L’affaire prend ainsi une dimension systémique. La tromperie concerne la quasi-totalité des berlines à moteur diesels produites depuis dix ans en Allemagne et donc… les consommateurs qui pensaient avoir acheté un véhicule « propre ». Diverses procédures judiciaires sont engagées par des associations de protection de l’environnement ou d’automobilistes blousés. Des collectivités menacent d’interdire le diesel sur leur territoire. Et l’addition s’annonce salée pour un secteur qui recense près d’un million de salariés. Les syndicats dénoncent « l’irresponsabilité et l’absence de transparence » des managers.

L’élection du Bundestag le 24 septembre prochain se profile et l’avenir de l’industrie automobile fait irruption dans le débat. Les autorités mettent en exergue un « sommet du diesel ». Il est convoqué début août. Mais il va accoucher d’une souris. Les constructeurs s’engagent à une simple « mise à niveau » des logiciels incriminés sur un peu plus de 5 millions de véhicules. Soit un traitement minimaliste, déjà engagé en Allemagne et en Europe par VW. De quoi limiter les coûts pour les groupes et leurs actionnaires. Sans vraiment régler les défis lourds que font surgir les émissions trop fortes de CO2 ou de gaz toxiques pour la santé et l’avenir de l’espèce humaine.

Les deux partis, associés au gouvernement au sein de la grande coalition, sont sur la défensive. Ils font programmer, à la hâte, un autre sommet du diesel en novembre. Après le scrutin. Leur embarras trahit cependant des compromissions accablantes. Pour la CDU d’Angela Merkel comme pour le SPD de son challenger, Martin Schulz. Les hommes du patronat de l’automobile occupent des postes clés au gouvernement avant de « pantoufler » au sommet de la hiérarchie des firmes. Et inversement. Ainsi Matthias Wissmann, très proche de la chancelière, ex-ministre des Transports, est-il aujourd’hui président de l’Union de l’industrie automobile (VDA) ; ainsi Sigmar Gabriel, le vice-chancelier SPD, ministre des Affaires étrangères, fut-il membre du conseil de surveillance de VW.

Le scandale jette une lumière crue sur un mode de gouvernance où les politiques valent par leur pragmatisme à faire valider une ligne définie en fait par des « experts » du patronat. Le philosophe Jürgen Habermas s’en inquiétait dès 2011 en accusant la chancelière de vouloir faire entrer son pays et l’Europe dans une ère « postdémocratique » (2). Le dieselgate vient confirmer l’imposture écologique d’un « modèle allemand » déjà accro par ailleurs au lignite et au charbon.

(1) Der Spiegel du 22 juillet 2017.

(2) Zur Verfassung Europas (De l’état de l’Europe), Jürgen Habermas, Suhrkamp Verlag, 2011.

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Une extrême droite allemande bien embusquée

Les nationalistes de l’AfD multiplient les « provocs » à un mois du scrutin du Bundestag. Ils chahutent les meetings de la chancelière et veulent la faire juger pour « haute trahison ».

L’extrême droite allemande donne de la voix à l’approche de l’élection du Bundestag du 24 septembre prochain. Plus d’un millier de plaintes visant la politique migratoire d’Angela Merkel ont été déposées devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe par des membres ou des proches de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Et des séances de chahuts sont soigneusement organisées par la même formation nationaliste dans des meetings de la chancelière en campagne.

Ces initiatives visent à faire revenir la politique migratoire sur le devant de la scène. Devant la Cour suprême les sbires de l’ultradroite accusent carrément Merkel de « haute trahison » en ciblant sa décision, prise début septembre 2015, d’accueillir les réfugiés syriens fuyant la guerre. « Merkel dégage », braillent en cœur, dans un rassemblement électoral, des militants de choc de l’AfD dont certains affichent, comme dans la petite ville de Brandebourg-sur-la-Havel, des images de la chancelière affublée d’un voile islamique. Aussi spectaculaires soient-elles, ces tentatives ne paraissent cependant pas en mesure de faire vraiment bouger les lignes.

Sans surprise, une porte-parole de la Cour de Karlsruhe faisait savoir mercredi 30 août que les plaintes pour « haute trahison » n’avaient aucune chance d’aboutir. Quant aux invectives dans les meetings électoraux, elles ne constituent sans doute pas qu’un handicap pour la chancelière. En faisant front et en affichant donc un certain courage politique, celle-ci peut en effet conforter son image de politicienne centriste et humaine. Laquelle contribue à l’avance d’environ 15 points qu’elle affiche, dans les sondages, sur son principal adversaire, Martin Schulz, le candidat du Parti social-démocrate (SPD) (1).

Sur la question migratoire Angela Merkel, qui affichait en 2015 une position singulière parmi les dirigeants européens, s’est efforcée entre-temps de se rapprocher de leur « normalité » restrictive. Face à l’afflux de nouveaux migrants (autour de 1 million depuis 2015) elle a durci le droit d’asile, critiqué un « multiculturalisme incompatible avec la société allemande », accéléré les expulsions, conclu un accord sonnant et trébuchant avec Erdogan pour « fermer la route des Balkans ».

Ces gages de « sévérité » lui ont permis de ne pas se faire lâcher par les nationalistes de son propre camp, très présents au sein de la CSU bavaroise, tout en ne se déjugeant pas et en continuant à se montrer déterminée à répondre aux demandes anxieuses du patronat. Inquiet de la crise démographique dans laquelle est entré le pays, celui-ci milite en effet ouvertement pour l’organisation d’une « immigration sélective », attirant des forces qualifiées sur le sol allemand.

Il reste que l’AfD, crédité de 8 % à 10 % des intentions de vote par les sondages, pourrait – terrible première outre-Rhin depuis la guerre – faire entrer au moins une cinquantaine de députés dans le prochain Bundestag. Le parti est le produit d’une scission au sein de la droite sur des bases autant xénophobes qu’ultramonétaristes. Ce qui l’amène à rejeter l’euro, soupçonné d’imposer tôt ou tard à la « riche Allemagne » une « union de transferts ». Il faut mesurer à cette filiation la gravité de la menace que représente l’AfD. Bien davantage que dans ses provocations devant la cour suprême ou dans les meetings de la chancelière.

(1) Un sondage de Forsa publié mercredi 30 août donne 38 % à la CDU, 24 % au SPD et 9 % à l’AfD (pour 9 % à Die Linke, 8 % au FDP et 7 % aux Verts).

 

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Trump/Macron: tango de tous les dangers à Paris

Le président Français a mis les petits plats dans les grands en recevant Donald Trump sur les champs Elysées ce 14 juillet, alors même que le nationaliste de la Maison-Blanche représente un terrible danger pour la paix et le climat. La démarche n’est pas seulement indigne : elle révèle nombre de honteuses convergences. Réalisation : Abrahim Saravaki

 

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