Merkel se borde à droite en vue de la grande coalition

Si la chancelière a obtenu, sans surprise, le feu vert du congrès de la CDU à un gouvernement Merkel IV, elle a du donner des gages à une aile droite qui gagne en influence. 

Les délégués du congrès extraordinaire de la CDU ont validé lundi 26 février le contrat d’un nouveau gouvernement de grande coalition. Il ne reste ainsi plus qu’un ultime obstacle à l’intronisation d’un gouvernement Merkel IV, le vote des adhérents du SPD, prévu d’ici dimanche 3 mars. Si la décision n’a pas surpris, l’âpreté des débats internes et les « arrangements » auxquels a dû se résoudre la chancelière révèlent combien son parti est ébranlé par la crise politique postérieure aux législatives du 24 septembre.

Angela Merkel a vu les critiques de son aile droite se renforcer après le compromis gouvernemental passé avec les dirigeants du SPD. Ceux qui lui reprochent déjà sa politique migratoire « trop laxiste » se sont retrouvés pour dénoncer des concessions insupportables au SPD, comme le ministère des Finances, voire pour mettre en cause une politique trop recentrée, « social-démocratisée ».

Pour juguler la fronde, la cheffe de la CDU a dû offrir des postes à ses détracteurs internes. Jens Spahn, le plus ambitieux d’entre eux, devrait se voir ainsi propulser au ministère de la Santé. Merkel a déclaré que, si elle ne partageait pas sa ligne, il s’agissait là d’un moyen d’intégrer des « sensibilités plurielles ». Spahn (37 ans) n’hésite pas à afficher sa proximité idéologique et générationnelle avec le jeune chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui gouverne avec l’extrême droite.

Merkel a placé également sur orbite Annegret Kramp-Karrenbauer, qui devient la nouvelle secrétaire générale du parti. L’ex-ministre-présidente de la Sarre, qui fait figure de dauphine de la chancelière, affiche un profil « pragmatique ». Mais elle revendique aussi des positions réactionnaires sur le droit à l’avortement ou le mariage pour tous. De quoi rassurer les « frondeurs » du parti au prix de l’orchestration d’un vrai virage à droite de la CDU.

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Olaf Scholz, un clone de Schröder prêt de devenir ministre des finances

Le grand argentier SPD annoncé d’un cabinet Merkel IV, fut l’ordonnateur des réformes de l’ex-chancelier et inscrit le changement dans la continuité de Schäuble.

dpa-schroeder4-jpgGerhard Schröder est venu épaulé son ami ,Olaf Scholz, pour son élection à la mairie de Hambourg

Il incarne la plus grosse prise du Parti social-démocrate allemand (SPD) dans l’accord conclu le 7 février avec les chrétiens-démocrates (CDU et CSU) en vue de former un nouveau gouvernement de grande coalition. Pour assurer sa réélection pour un quatrième mandat à la chancellerie, Angela Merkel a dû lâcher le ministère des Finances. Et c’est lui, Olaf Scholz (59 ans), jusqu’alors maire de Hambourg, qui hérite du maroquin qu’occupa pendant huit ans Wolfgang Schäuble. Signe du poids du poste au sein de l’exécutif allemand, Scholz s’est vu simultanément promu dans la fonction de vice-chancelier.

L’homme sera-t-il porteur d’une politique allemande qui s’éloigne un peu des canons austéritaires et impulse enfin une certaine solidarité européenne ? D’aucuns font mine d’y croire à Paris. La personnalité du nouveau grand argentier devrait pourtant inciter à la plus élémentaire prudence, voire au plus grand doute. Olaf Scholz fut en effet rien moins que le grand ordonnateur de « l’agenda 2010 », ce calendrier de réformes antisociales de Gerhard Schröder. L’ex-chancelier, qui présidait alors le SPD, le chargea entre 2002 et 2004 du secrétariat général du parti. Avec pour mission de lui faire accepter la secousse du missile Hartz sur le code et le marché du travail germanique. Alors qu’au sein même du SPD, le bien-fondé des réformes est aujourd’hui de plus en plus ouvertement critiqué, lui, Scholz, n’a aucun état d’âme et ne jure que par la poursuite de ce bon vieux cap.

Entre 2007 et 2009, alors qu’il était ministre du Travail du premier gouvernement de grande coalition d’Angela Merkel, il s’était déjà montré inflexible à toute réévaluation des allocations minimales Hartz IV alors que montait la colère dans le pays, où apparaissait un volant jamais vu de travailleurs pauvres et de précaires. Mieux, il fut alors l’un des promoteurs du passage à la retraite à… 67 ans.

Il n’a pas dévié de cette ligne dans la fonction de maire de Hambourg, qu’il occupait depuis 2011. Il a d’ailleurs conquis la ville avec l’appui ostensible de l’ex-chancelier Schröder, et accessoirement de son carnet d’adresses. C’est ainsi qu’il recruta Frank Horch, une sommité du monde patronal national, passé par Krupp puis Thyssen avant d’officier à la tête de Blohm + Voss, un géant de la construction navale. Un « coup de maître », selon l’hebdomadaire hambourgeois Die Zeit, qui lui a permis d’aspirer une bonne partie de l’électorat de la CDU locale, réduite depuis lors à de très basses eaux. Horch, de son côté, sévit jusqu’à aujourd’hui au rang de ministre de l’Économie de la cité-État.

L’équilibre budgétaire reste un « objectif intouchable »

Quant à l’héritage de Wolfgang Schäuble, le nouveau ministre ne manque pas une occasion de montrer qu’il sera préservé. Interrogé pour savoir s’il considérait l’équilibre budgétaire, le « schwarze Null » (léger excédent à tout prix), selon l’expression fétiche de l’ex-grand argentier devenu président du Bundestag, comme un « objectif intouchable », Scholz acquiesce sans hésiter : « Oui, nous sommes pour des finances publiques solides. » (1). Ce ralliement à une implacable discipline budgétaire devrait limiter l’ampleur d’une éventuelle politique allemande de relance que l’on se plaît pourtant si fortement à envisager du côté de l’Élysée en y voyant la source d’une nouvelle dynamique européenne et française.

D’autant que le maire de Hambourg avait apporté, il y a moins d’un an, à la toute fin du mandat de la précédente grande coalition, toutes les preuves de sa convergence « austéritaire » avec l’ancien détenteur du portefeuille. Schäuble et Scholz ont piloté ensemble une réforme constitutionnelle, votée en juin 2017 par une majorité des 3/5 du Bundestag, qui a débouché sur la suppression de la péréquation entre Länder riches et pauvres (Länderfinanzausgleich). Les États-régions les plus opulents, comme la Bavière, la Hesse ou le Bade-Wurtemberg, s’estimaient floués et pénalisés dans la gestion de leurs finances publiques. Ils présentaient leurs versements aux régions en difficulté comme une sorte de prime aux effets pervers puisqu’elle les dissuaderait d’assainir leurs comptes.

Défendant la primauté du principe de compétition, Wolfgang Schäuble a accédé aux revendications de Munich, Stuttgart et Francfort, les capitales les plus cossues. Une grosse prime annuelle versée par l’État fédéral est prévue pour aider les régions les moins bien loties en lieu et place de l’ancienne péréquation. Olaf Scholz, qui était le négociateur principal des Länder, a rejoint Schäuble et accepté ce changement de paradigme. Résultat : la compétition interrégionale va pouvoir désormais primer sur la solidarité, et les Länder indigents et moins « disciplinés » pourront se voir contester par l’État fédéral le financement de certains projets. Schäuble, secondé par… Scholz, a pu ainsi mettre en place un outil de contrôle et de rétorsion ordolibérale supplémentaire.

Cette centralisation à vocation disciplinaire est d’autant plus douloureuse que les Länder vont, de surcroît, devoir respecter un « frein à la dette » (Schulden Bremse) – inscrit, lui aussi, désormais dans la Constitution et exact pendant de la règle d’or du traité budgétaire européen – qui leur interdit tout nouvel endettement à partir de 2019. Seul un vote négatif des adhérents du SPD à la fin de ce mois pourrait encore empêcher Olaf Scholz de sévir.

(1) Olaf Scholz au magazine Der Spiegel du 10 février

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Merkel et Schulz naufragés de la grande coalition à perpétuité

La chancelière et le chef de file des sociaux-démocrates, qui sont parvenus à s’accorder sur un nouveau contrat de gouvernement, sortent très affaiblis de cette négociation. Leurs partis respectifs sont déchirés, par une opération qui reste à valider d’ici début mars par les adhérents du SPD.

-Seehofer-Merkel-Schulz

 

Après une très longue dernière nuit de tractations, les partis chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, chrétien-social bavarois (CSU) de Horst Seehofer et social-démocrate (SPD) de Martin Schulz sont parvenus mercredi 7 février à se mettre d’accord sur un nouveau contrat de gouvernement de grande coalition (GroKo). La voie se dégage ainsi pour une nouvelle intronisation de la chancelière sortante. Il faudra néanmoins encore attendre au minimum trois semaines et le résultat de la consultation des adhérents du SPD sur ledit contrat pour qu’un gouvernement Merkel IV puisse enfin être formé début mars, plus de cinq mois après l’élection du Bundestag. Ce douloureux accouchement pour une pérennisation vaille que vaille d’une trajectoire ordo-libérale allemande et européenne à bout de souffle laisse en fait les deux grands partis au bord du déchirement.

« Adhérez pour dire non »

C’est vrai pour le SPD, où les opposants qui considèrent la poursuite d’une grande coalition comme suicidaire pour leur parti, ont jeté toutes leurs forces dans la bataille (voir notre édition du 6 février). Mobilisés à fond contre la ratification du contrat gouvernemental, les jeunes socialistes (Jusos), rejoints par des dirigeants régionaux du parti, ont carrément lancé une campagne d’adhésion au SPD sur un thème sans équivoque : « Adhérez pour dire non ». Avec quelques succès puisque plus de 20 000 nouveaux membres sont venus grossir les rangs du parti, qui en comptait jusqu’alors environ 440 000.

Martin Schulz et la direction du SPD ne sont donc pas tout à fait au bout de leurs angoisses. Les timides formules obtenues de la CDU/CSU pour améliorer un système d’assurance-maladie aujourd’hui ouvertement discriminatoire pour les patients des caisses publiques ou pour lutter contre la prolifération des contrats de travail précaires n’apparaissent pas franchement à la hauteur des engagements significatifs que réclamait la base du parti sur ces dossiers.  Discrédité par le tête à queue politique qui l’a conduit à désavouer durant des semaines la GroKo avant de décider de l’adouber, Schulz a du sacrifier son poste pour tenter d' »amortir » la colère des militants. Avec l’espoir qu’Andrea Nahles , chef de file  du groupe SPD au Bundestag qui doit le remplacer à la tête du parti, puisse se montrer plus crédible dans la campagne fébrile entamée par la direction pour faire approuver le contrat de gouvernement par une majorité d’adhérents du parti.

Mais Angela Merkel sort aussi très affaiblie de l’épreuve et de ces semaines de crise politique inédite pour la République fédérale. Totalement tributaire d’un accord avec le SPD pour rester en poste, elle a dû lâcher du lest à un Schulz sous pression et donc à la recherche d’inflexions symboliques. Le SPD fait un carton plein de maroquins ministériels. Il va conserver les Affaires étrangères (poste avec lequel devrait pouvoir se consoler Schulz d’avoir lâché les rênes du SPD), l’Environnement et le Travail. Mais surtout il fait tomber le ministère des Finances dans sa besace. Le président du SPD y voit la raison d’annoncer quelques « bougés » sur le dossier européen. Comme le ralliement de Berlin à un budget d’investissement de la zone euro. Ce qui laisserait augurer un rapprochement avec le président français, Emmanuel Macron, alors que l’ancien titulaire du poste, Wolfgang Schäuble (CDU), y semblait plutôt hostile. Toutefois, la personnalité très libérale-conformiste du futur ministre des Finances, Olaf Scholz, maire SPD de Hambourg, ne laisse pas envisager non plus de rupture vraiment franche sur ce dossier.

Cette concession au SPD risque de mettre la chancelière en porte-à-faux dans son propre parti. Une aile droitière conteste déjà ouvertement sa politique, estimant qu’elle s’est trop recentrée, « sociale-démocratisée ». Plusieurs jeunes loups chrétiens-démocrates, comme le secrétaire général du parti, Peter Tauber (44 ans) ou Jens Spahn (37 ans), aujourd’hui secrétaire d’État aux Finances, sont en embuscade. Ils affichent un conservatisme assumé en politique et une orthodoxie monétariste décomplexée en économie qui les rapprochent des positions du chef de file du parti libéral, Christian Lindner, voire, si on les pousse au bout de leurs logiques, du national-libéralisme de l’extrême droite (AfD). Cette mouvance louche ostensiblement sur l’alliance droite-ultradroite qui démarre dans l’Autriche voisine.

 

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Dieselgate: les cobayes des faussaires de l’automobile allemande

 

Pour prouver l’absence de nocivité des émissions… truquées de leurs véhicules, les Volkswagen, Daimler et autre BMW les ont expérimenté en les faisant inhaler à des singes et des êtres humains.

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Le scandale du diesel resurgit, ces jours ci, outre-Rhin après des révélations plus accablantes les unes que les autres. Les trois plus grands groupes automobiles allemands ont fait réaliser des tests sur des singes et des êtres humains pour prouver la faible toxicité des émissions de leurs véhicules. Volkswagen, Daimler (Mercedes-Benz) et BMW ont mis en place une structure pseudoscientifique dont le seul objectif était de démontrer le faible impact sur le vivant des émissions de leurs véhicules. On sait déjà que ceux-là étaient vendus dans le monde entier comme « propres » après homologation grâce à… l’installation de logiciels truqueurs.

Au cœur du dispositif, on trouve le Centre européen de recherche sur l’environnement et la santé dans le secteur du transport (EUGT), dissous seulement depuis six mois. La couverture était impeccable pour conduire les opérations de lobbying les plus efficaces et dévouées à prouver l’absence de nocivité des gaz sortants des pots d’échappement sous contrôle des logiciels faussaires. La Süddeutsche Zeitung et plusieurs chaînes de télévision publique allemandes avancent que l’EUGT est allé jusqu’à faire pression sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS), auteur d’un rapport jugé excessif sur les dangers cancérigènes de ces émissions.

Des singes forcés à inhaler les gaz d’échappement

Le centre EUGT a fait réaliser une étude sur des cobayes humains (19 hommes et 6 femmes) exposés aux émissions d’oxyde d’azote (NOx) dans l’un des départements de la clinique universitaire d’Aix-la-Chapelle. Les rapports ne relevaient opportunément aucune incidence significative sur les « fonctions corporelles » des 25 sujets sains testés. Dans cette même optique, le groupe Volkswagen avait fait réaliser auparavant, selon le New York Times, des expériences sur des singes aux États-Unis : ces derniers avaient été enfermés dans une cage en verre où ils inhalaient les émissions « contrôlées » d’une « beetle » (coccinelle nouvelle mouture) avant d’être exposés, pour comparaison, à celles d’un vieux pick-up américain.

Ces expérimentations ont soulevé un immense émoi en Allemagne. En effet, même s’il faut se garder bien sûr de les mettre sur un même plan, elles ne sont pas sans faire resurgir les plus sinistres épisodes de l’histoire. Sur la défensive, le groupe VW a présenté ses excuses en laissant entendre, en toute mauvaise foi, que la responsabilité des faits incomberait au « mauvais comportement de quelques-uns ». Suivant une stratégie analogue, la direction de Daimler se dit « écœurée ». Angela Merkel et son gouvernement ont de leur côté condamné les tests, déclarant qu’ils « ne peuvent être en aucun cas justifiés sur le plan éthique ».

Problème : l’influence du lobby automobile jusque dans les plus hautes sphères du pays est patente. Et dans l’affaire des cobayes de l’EUGT, elle est incarnée par le toxicologue Helmut Greim, qui a dirigé le « conseil scientifique » de l’organisation. Professeur à l’université de Munich, il est décrit par l’ONG Lobbycontrol comme un homme lige, « depuis des décennies », de l’industrie automobile. Il fut rien de moins que l’un des « experts » sollicités par la commission d’enquête fédérale sur le… dieselgate du gouvernement de grande coalition. Suite à ce même dieselgate, Matthias Müller, nommé à la tête du groupe VW, avait promis la transparence et un « changement de culture ». La promesse était d’évidence intenable. L’ex-fleuron du capitalisme rhénan est pris en étau par des demandes de rendements financiers toujours plus élevés. De moins en moins compatibles avec les exigences environnementales.

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La messe de la grande coalition allemande n’est pas encore dite…

Merkel et Schulz veulent gouverner ensemble. Mais le contenu du texte  d’orientation gouvernementale sur lequel ils se sont mis d’accord irrite une partie de plus en plus large de la base et même désormais de nombreux dirigeants régionaux du SPD, alors que le parti est appelé à trancher en congrès dimanche 21 janvier.

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Le Parti chrétien-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel, son allié bavarois chrétien social (CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) de Martin Schulz se sont entendus dans la matinée du 12 janvier, après une longue nuit de tractations, sur un accord de principe pour le lancement d’un nouveau gouvernement de grande coalition. La messe paraît cependant encore loin d’être dite pour l’avènement d’un gouvernement Merkel IV. Les trois partis doivent désormais ­ratifier le texte définissant les priorités du futur cabinet. Et si le passage devant les instances de la CDU/CSU doit constituer une formalité, un haut degré d’incertitude demeure autour de la décision finale du SPD, qui doit être prise à l’occasion d’un congrès extraordinaire, ce dimanche 21 janvier, à Bonn.

Défiance populaire

Le projet d’orientation gouvernementale adopté par les trois partis n’a pas vraiment permis de rassurer une base sociale-démocrate qui craint qu’une nouvelle grande coalition ne se traduise par un approfondissement de la défiance populaire à l’égard du SPD, qui a atteint déjà le score le plus faible de son histoire lors de l’élection du Bundestag, le 24 septembre 2017 (20,5 %). Martin Schulz, le leader du SPD, a beau invoquer un certain nombre d’engagements des futures « nouvelles » autorités sur l’éducation et la formation ou sur l’augmentation du pouvoir d’achat des plus défavorisés, le compte n’y est pas aux yeux de nombreux adhérents du parti.

Quelques allégements d’impôts sont bien envisagés. Quelques améliorations sont bien enregistrées sur le dossier des « petites retraites ». Mais, dans le même temps, la suppression de l’impôt de solidarité (destiné au financement des charges de la réunification) bénéficiera surtout aux plus riches, ceux qui l’acquittaient.

Plus grave, alors que le SPD réclamait des mesures fortes pour soigner un système d’assurance-maladie devenu totalement inégalitaire, la seule concession faite par la CDU sur ce point est d’en revenir à des cotisations maladie paritaires (le salarié est soumis aujourd’hui à un prélèvement plus élevé que son patron). Ce relâchement du dogme de la profitabilité de l’entreprise est sans doute notable. Mais il ne permettra pas de remettre en cause l’émergence d’un système de soins à deux vitesses au détriment des assurés des caisses légales (publiques), contraints de supporter des délais d’attente à rallonge, face à ceux qui peuvent s’acheter une couverture privée. Dans un pays qui connut jadis l’un des systèmes de protection sociale les plus égalitaires, la question est devenue ultrasensible. Et le durcissement de la politique migratoire concédé à la CDU accroît encore le désarroi des militants.

Martin Schulz a décidé d’entamer un tour d’Allemagne pour convaincre les adhérents sceptiques avant le congrès extraordinaire. Sa tâche s’annonce rude. La distance de nombreux militants qui étaient déjà peu convaincus se transforme en hostilité franche. Le SPD du Land de Saxe-­Anhalt comme celui de la cité-état de Berlin se sont ainsi prononcés contre le renouvellement de la grande coalition. Et si le leader des jeunes socialistes, Kevin Kühnert, apparaissait isolé parmi les figures de la direction du parti comme opposant à une nouvelle aventure gouvernementale avec Merkel, il est rejoint désormais par plusieurs personnalités régionales de poids. Ainsi Michael Müller, le bourgmestre SPD de la cité-État de ­Berlin et président du Bundesrat, la Chambre haute du Parlement, se dit-il « très critique ». Face aux défis du moment, lance-t-il, « la même coalition pour la même politique n’est pas une réponse adéquate ».

Bruno Odent

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Quand IG Metall revendique un droit à la semaine de 28 heures

Tensions sociales maximales dans la métallurgie allemande à l’entame de négociations collectives. S’appuyant sur une bonne conjoncture le syndicat entend contrer les effets de la dérégulation entamée durant la précédente décennie en exigeant rien moins que les salariés puissent accéder au pilotage de la flexibilité.

IGMetall

Les négociations pour le renouvellement des accords tarifaires dans la métallurgie allemande interviennent dans un climat de tension exacerbée, provoquée par les revendications inédites du syndicat IG Metall pour un droit des salariés à une réduction du temps de travail. Le syndicat réclame une hausse des rémunérations de 6 % pour les salariés de la branche sur la période (environ deux ans) sur laquelle doit courir la prochaine convention collective. Mais c’est d’évidence beaucoup moins cette demande que l’éventuelle introduction d’un droit des salariés aux 28 heures qui alimente un formidable bras de fer avec le patronat. Au point que l’amorce d’un conflit de grande ampleur, tel qu’en a connu la branche dans les périodes les plus fortes de son histoire, est dans tous les esprits. Dès lundi 8 janvier, plusieurs dizaines d’entreprises ont débrayé dans tout le pays. Dans le Land très industriel de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, on a compté jusqu’à 70 000 salariés qui ont manifesté leur détermination en participant à des grèves d’avertissement (Warnstreik).

47 % des salariés du secteur exclus des accords tarifaires de branche

Le mouvement, qui promet de monter en puissance dans les prochains jours, revêt des enjeux majeurs. Il peut en effet avoir comme conséquence un premier coup d’arrêt à la dérégulation, façon réformes antisociales lancées durant la dernière décennie par l’ex-chancelier Schröder. Alors que près de la moitié des salariés du secteur (47 %) sont désormais, de fait, exclus des accords tarifaires de branche puisqu’ils sont tributaires de contrats plus ou moins précaires (intérim, temps partiel subi, etc.), les dirigeants du syndicat sont déterminés à s’appuyer sur une conjoncture économique plutôt bonne et l’émergence d’une certaine pénurie de main-d’œuvre pour reprendre rien moins que la main sur la flexibilité. Les dérégulations sociales de ces dernières années sont en effet à l’origine d’un affaiblissement concomitant des syndicats.

Les revendications d’IG Metall sur les 28 heures permettraient aux salariés d’opter, pendant une période allant jusqu’à deux ans, pour une réduction de leur temps de travail. Si une perte de rémunération est concédée, celle-ci serait en partie compensée par une prime annuelle de 750 à 2 400 euros, versée par la partie patronale pour les travailleurs qui ont un enfant, un parent à charge, ou pour ceux qui connaissent des conditions de travail pénibles (3 x 8). Surtout, à la fin de leur période à temps partiel, les salariés se verraient « garantir un droit à réintégrer un emploi et un salaire à taux plein ». IG Metall ne fait pas mystère qu’il compte sur cette disposition pour permettre une (ré)intégration des plus précaires, en poussant à l’extension « du quota des employés de plein droit », selon les mots de Jörg Hofmann, le président d’IG Metall.

De quoi déclencher la furie du patronat. S’il dénonce, sans surprise, la prime compensatoire versée à certains des éventuels candidats aux 28 heures – « C’est plus d’argent pour ne rien faire », hurle, le chef de l’organisation patronale Gesamtmetall –, il est surtout inquiet de la création d’une échelle qui permette à une partie du personnel de se hisser hors de la précarité, en s’appuyant sur ce droit garantissant la réintégration dans un emploi plein et entier. Arc-bouté sur son pouvoir à manipuler un immense volant de précaires, Gesamtmetall a lancé une procédure juridique contre la revendication du syndicat IG Metall, en plaidant, sans rire, qu’elle introduirait « une discrimination » puisque certains salariés en contrat à 28 heures seraient « mieux payés que d’autres pour effectuer une tâche identique ».

Alors que le démarrage effectif des négociations tarifaires est prévu pour le 11 janvier, la direction d’IG Metall ne cache pas qu’elle s’attend à de « rudes affrontements », compte tenu de la taille d’un enjeu qui, on l’aura compris, dépasse les frontières de la branche. L’un de ses membres, Roman Zitzelsberger, laissait entendre lundi 8 janvier que le syndicat se préparait à un mouvement de longue haleine, qui ne saurait se résoudre « en se bornant à des grèves d’avertissement». Mais avec des grèves pleines et entières, pour commencer à contrer le résultat des dérégulations héritées de la décennie passée et devenues la référence obligée d’un contre-modèleeuropéen.

 

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Les racines pangermanistes assumées de l’ultra-droite autrichienne

 

Heinz-Christian Strache, son chef, comme les cadres les plus influents du parti libéral  (FPÖ, extrême droite) , sont quasiment tous passés par l’école de corporations étudiantes dévouées à une culture nationaliste grand-allemande.

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Page officielle de la corporation (Buschenschaft) viennoise, Olympia.

L’ultra droite autrichienne possède des racines pangermanistes, voire nazies, qu’elle n’a jamais vraiment reniées. Simplement, ses dirigeants sont passés maîtres dans l’art d’en user, tout en les camouflant, pour mieux banaliser la formation. Le Parti libéral (FPÖ) ne s’est pas « recentré » avec le temps comme ont pu le faire d’autres formations européennes plongeant leurs racines dans la mouvance brune. Il s’est, à l’inverse, plutôt « durci » après le décès de Jörg Haider, ce tribun lisse et bronzé si unanimement rejeté jadis par toute l’Europe et qui amena, déjà, le FPÖ, à participer aux affaires avec les conservateurs de l’ÖVP au début des années 2000. Son successeur, Heinz-Christian Strache, a pris la relève en radicalisant les positions du parti : de ses engagements libéraux à sa haine des migrants, sans jamais se départir de ses principes nationaux-allemands fondamentaux.

Les corporations étudiantes (Burschenschaften), qui sont des lieux de diffusion de la culture pangermaniste, constituent la véritable pépinière du parti. Dans ces endroits secrets, hérités du monde médiéval, une élite mâle et « biologiquement pure » devait faire montre de courage et de capacité à diriger en défendant son honneur dans d’épiques combats à l’épée, dont les traces balafrées étaient arborées comme autant de signes de gloire. Nombre de cadres du FPÖ sont passés par là et affichent toujours des liens avec cet univers brun.

Parmi le staff chargé par le FPÖ de conduire les longues négociations qui ont débouché sur l’accord de coalition avec l’ÖVP de Sebastian Kurz, près de la moitié (34 sur 71) appartient à de telles corporations nationales-allemandes, selon une enquête menée par le magazine autrichien Profil.

Axel Kassegger, l’un des chefs négociateurs du FPÖ, a participé à l’été 2015 à une réunion de « camarades » qu’il a conclue d’un vibrant : « Heil Deutsche Burschenschaften ! » (Vivent les corporations allemandes !). Autre poids lourd du FPÖ, le député Wolfgang Zanger, affirma, il y a une dizaine d’années, face caméra de l’ORF, la télévision publique autrichienne : « Il y a eu de bons côtés au national-socialisme. Seulement, on ne les entend plus aujourd’hui. » Zanger négociait l’accord gouvernemental ÖVP/FPÖ au sein du sous-groupe « administration et constitution. »

Le chef, Heinz-Chritian Strache, est lui-même un familier de ce milieu. S’il n’a pas été à l’université, il a fréquenté assidûment, au milieu des années 1980, une Schülerverbindung, association corporatiste lycéenne, baptisée Vandalia. Il a, quelque temps plus tard, pris sous son aile un jeune et nouvel adepte comme « garde du corps », selon le jargon de société secrète propre à ces organisations. Et il se déplaça jadis pour tenir un discours célébrant « les héros » à un rassemblement national des corporations étudiantes.

Norbert Nemeth, dirigeant du groupe parlementaire du FPÖ, qui figurait également dans l’équipe des chefs-négociateurs du contrat de coalition avec l’ÖVP, a fait ses classes au sein de la corporation Olympia (notre photo). Lui qui critiqua, jadis, ouvertement, les lois de la République autrichienne sanctionnant la banalisation et la négation de l’Holocauste écrit toujours régulièrement dans Die Aula, sorte d’organe théorique de l’extrême droite corporatiste dans lequel les messages identitaires, la xénophobie, l’antisémisme, le revanchisme et la théorie du complot tiennent une place de plus en plus importante.

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