Le croisé nazi de l’armée allemande provoque un scandale d’Etat

L’arrestation d’un officier d’extrême droite qui préparait un super-attentat outre Rhin en le maquillant en acte terroriste djihadiste, vire au scandale d’État quand l’enquête dévoile l’étendue de l’influence brune dans l’armée fédérale.

Illkirch

l’officier présumé terroriste appartenait à la brigade franco-allemande basée à Illkirch en Alsace

Il a vingt-huit ans. Il était Oberleutnant (premier lieutenant) de l’armée allemande. Il est au cœur d’un scandale qui n’en finit pas de rebondir outre-Rhin au point de prendre la dimension d’une véritable affaire d’État. Tout a ­commencé après l’arrestation de l’ancien gradé pour projet d’attentat terroriste fin avril. Depuis lors les informations diffusées sur Franco A., tel que le nomme l’enquête diligentée par le parquet fédéral, prennent une dimension proprement effrayante. Elles révèlent l’ampleur et le caractère machiavélique du projet criminel pour lequel l’officier a détourné des caisses de l’armée contenant quelque 1 000 munitions destinées à des pistolets et autres armes automatiques. Elles font aussi apparaître peu à peu l’étendue de la propagation d’une sous-culture d’extrême droite, glorifiant l’ex-Wehrmacht du régime nazi au sein de la Bundeswehr, l’armée fédérale.

L’homme a réussi à se faire passer pour un migrant syrien

Franco A. s’était camouflé, sous une fausse identité, dans la peau d’un… réfugié. Et c’est depuis un centre de demandeurs d’asile où il était installé depuis plusieurs mois dans le sud du pays qu’il comptait passer à l’acte. Avec un souci évident : donner aux exactions qu’il s’apprêtait à commettre la signature d’une attaque terroriste venue de migrants liés à la mouvance djihadiste. Dans son viseur : des personnalités de premier plan. Sur une liste noire retrouvée sur l’un des deux autres soldats complices, arrêtés également entre-temps, figurent Joachim Gauck, l’ex-président de la ­République fédérale, Heiko Maas, le ministre de la Justice SPD en exercice dans le cabinet d’Angela ­Merkel, Anne Helm, une députée Die Linke de la cité-État de Berlin, et Claudia Roth, une ex-dirigeante des Verts.

Le terroriste présumé appartenait à la fameuse brigade franco-allemande, unité militaire binationale, créée en 1989 sous l’égide du Président Mitterrand et du chancelier Kohl. Il était basé au sein du Jägerbataillon 291 (bataillon de chasseurs 291) à la caserne Leclerc de la ville alsacienne d’Illkirch. Lors d’une perquisition dans sa chambre, des armes ­fétiches de l’ex-Wehrmacht, avec des croix gammées gravées bien en évidence, ont été découvertes. La polémique enfle autour de la complaisance dont il a bénéficié au sein de la hiérarchie militaire. L’homme possédait en effet des antécédents qui n’auraient dû laisser aucun doute sur sa nostalgie pour l’armée du Reich et sur sa volonté de s’engager en « croisé » de l’Occident.

Les premiers signes indiscutables de la radicalisation de Franco A. étaient apparus il y a quatre ans, au cours d’un passage en formation au sein de la célèbre académie militaire de Saint-Cyr, en France. L’ex-étudiant avait alors rédigé un mémoire de maîtrise de 140 pages qui ne laissaient aucun doute sur sa « vision du monde ». Son titre : « Transformation politique et stratégie de subversion ». Il y évoque le lent « génocide » de sociétés occidentales qui, à cause de « l’immigration massive », seraient « sur la voie du déclin ». L’un des formateurs français de Saint-Cyr a rédigé une lettre pour alerter les responsables de la Bundeswehr. Celle-ci est restée sans aucune suite. Car le jeune homme a plaidé que, « pris par le temps », il avait sans doute abusé de quelques « raccourcis ». Ce qui a suffi pour que le conseiller juridique de la Bundeswehr ne décrète ni sanction ni poursuite à son endroit.

La ministre de la Défense, Ursula Von der Leyen, est sur les charbons ardents. Elle s’est rendue à Illkirch toute séance tenante le 3 mai, annulant un déplacement prévu aux États-Unis. Elle promet de faire « toute la lumière », proclame qu’il ne peut y avoir « aucune filiation traditionnelle entre la Bundeswehr et la Wehrmacht » et jure de nettoyer les écuries d’Augias. Elle a limogé le général Walter Spindler, responsable de la formation au sein de la Bundeswehr. Mais, tout en mettant soigneusement en scène ce qu’elle présente comme son combat « sans concession » contre le laxisme des cadres de l’armée, elle fait mine d’oublier qu’elle est, elle-même, ministre depuis… quatre ans.

Des casques de l’armée du IIIe Reich exposés en face de la cantine

Résultat : la polémique continue d’enfler; d’autant que les révélations sur l’étendue des pratiques de glorification de l’ex-­Wehrmacht au sein de la Bundeswehr se multiplient. Comme à la caserne Fürstenberg, cette autre base de la brigade franco-allemande à Donaueschingen, où une vitrine exposait, jusqu’à la semaine dernière, des casques de l’armée du Reich juste en face de la cantine. L’un d’eux a même été ­estampillé d’un ironique « dénazifié », souligne un journaliste du magazine Der Spiegel venu enquêter sur place. Le scandale ne quitte plus la une de la presse. Au point que la chancelière, Angela Merkel, a dû monter au créneau pour ­défendre sa ministre, l’une des figures de la CDU souvent présentée comme favorite pour lui succéder au poste suprême.

Anne Helm, la jeune députée de Die Linke élue depuis décembre dernier au Parlement (Landtag) de la cité-État de Berlin, ne figure pas par hasard sur la liste cible des terroristes. En tant que Femen, elle avait participé en 2014 à une action seins nus, pour dénoncer le traditionnel rassemblement de la droite ultra à Dresde à l’occasion de l’anniversaire du bombardement de la ville par l’aviation états-unienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Beatrix Von Storch, la vice-présidente de la formation d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), l’avait alors dénoncée publiquement, l’accusant d’avoir un comportement… « honteux ».

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Le putsch des ultras parmi les ultranationalistes allemands

Les partisans d’une ligne nationale-monétariste dure s’imposent au congrès de Cologne de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) les 22 et 23 avril, marginalisant la figure dirigeante du parti, Frauke Petry. Deux tenant de l’aile radicale, Alexander Gauland et Alice Weidel, sont désignés tête de liste de l’AfD pour l’élection du Bundestag de septembre. 

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Petry et Meuthen , les deux co-dirigeants de l’AfD ne cachent plus leurs dissenssions  

 

Frauke Petry, la chef de file de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), était favorable à une opération de séduction de l’extrême droite allemande dans l’espoir de mieux lui faire passer le cap du prochain scrutin du Bundestag. Elle avançait la nécessité d’un processus de « banalisation-normalisation », selon le « modèle » mis en œuvre par Marine Le Pen de ce côté-ci du Rhin. Elle a dû s’incliner lors du congrès préélectoral de l’AfD, qui se tenait ces 22 et 23 avril à Cologne,  devant une coalition des tendances les plus ultras du parti. Les délégués ont ainsi refusé d’examiner la motion présentée par leur dirigeante pour « une voie réaliste vers un grand parti populaire ». Petry, qui aurait dû, en toute logique, devenir la tête de liste de l’AfD pour les législatives de septembre, avait déjà dû annoncer qu’elle y renoncerait avant même le démarrage des travaux du congrès. Les partisans d’une ligne alliant ultranationalisme et ultramonétarisme ont réussi à prendre la tête des opérations.

La liste de l’AfD à l’élection du Bundestag sera conduite par un duo, formé par Alexander Gauland, un « identitaire » pur et dur, ex-vétéran de la CDU, et l’économiste Alice Weidel, une des croisées du combat pour la sortie de l’euro. Le programme électoral adopté par les délégués prend une tonalité toujours plus xénophobe. Il se prononce pour un quota minimal annuel de reconduites à la frontière, contre le regroupement familial, et revendique son islamophobie, déclarant : « L’islam n’appartient pas à l’Allemagne. » Il prétend stopper « la tendance à l’auto-dissolution des Allemands » (sic).

Jörg Meuthen, chef de file de l’AfD dans le Bade-Wurtemberg, qui codirige le parti aux côtés de Petry, apparaît comme le nouvel homme fort de l’AfD. Il incarne parfaitement sa double « radicalisation », nationaliste et libérale. Professeur d’économie à l’université de Kehl, il a présenté, il y a quelques semaines, un projet d’éclatement de la zone euro. Il prévoit de chasser de la monnaie unique « tous les pays qui ne peuvent pas suivre », comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal mais aussi la France. Pour conserver au sein d’un «euro du Nord» les pays de l’ex-zone mark comme l’Autriche, les Pays-Bas et la Finlande.

Le même Jörg Meuthen, devenu député du Bade-Wurtemberg, avait défrayé la chronique en s’en prenant à la subvention versée chaque année par le Land pour l’entretien du mémorial du camp de Gurs, en France, où quelque 6 500 juifs ont été déportés à partir de 1940. Et il avait apporté un soutien remarqué à Björn Höcke, dirigeant de l’AfD dans le Land de Thuringe, qui avait, lui, déclenché un tollé en déplorant que le peuple allemand soit le seul au monde à « avoir planté dans le cœur de sa capitale un monument de la honte », en allusion au mémorial de l’holocauste, installé près de la porte de Brandebourg à Berlin.

Divisions internes et nouveau coup de barre à droite pourraient bloquer in extremis l’entrée de l’AfD dans le Bundestag, qui paraissait acquise il y a quelques jours encore. Même s’il faut se souvenir que, ironie du sort, Frauke Petry avait ravi le pouvoir début 2015 à Bernd Lucke, le fondateur de l’AfD, après un autre putsch dont la caractéristique fut de s’appuyer sur le mécontentement des… ultras.

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Le SPD et Die Linke prêts à s’unir pour déboulonner Angela Merkel ?

C’est la possibilité d’un rassemblement de la Gauche allemande afin de déboulonner la grande coalition chère à Angela Merkel qui constitue l’enjeu clé de l’élection de ce dimanche au parlement du Land de la Sarre. Selon Oskar Lafontaine, l’orientation actuelle du SPD « ouvre la voie d’un compromis entre les deux partis ». Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, analyse dans cette vidéo l’émergence du « phénomène » Martin Schulz. En mettant le cap à gauche, le nouveau chef de file du parti social-démocrate allemand (SPD) a en effet ouvert la possibilité d’une coalition inédite avec Die linke et les verts pour l’élection du Bundestag de septembre. Le scrutin sarrois va faire figure de premier test. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Angela Merkel a-t-elle commencé à chanceller ?

Martin Schulz, son challenger du SPD, progresse en mettant le cap à gauche et  en dénonçant de façon inédite les réformes inscrites à l’agenda 2010 de l’ex chancelier SPD, Gerhard Schröder dont les trop fameuses lois Hartz.  Ce faisant il ouvre la perspective d’une coalition avec Die Linke et les Verts, capable de battre la chancelière sortante en septembre.

C’est la surprise de ce début de campagne de l’élection du Bundestag qui aura lieu en septembre prochain: le parti social démocrate (SPD) de Martin Schulz talonne désormais l’Union chrétienne démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel dans les sondages (environ 32% des voix pour les deux formations). Il y a quelques semaines encore le SPD dépassait tout juste la barre des 20% et semblait scotché durablement à ses plus bas niveaux historiques. Face à la nouvelle débâcle annoncée, le soldat Schulz, ex président du parlement européen, a enfilé rapidement le costume de pompier de service, « dégageant » au pied levé, un Sigmar Gabriel, vice chancelier de la grande coalition et ex ministre de l’économie du gouvernement Merkel, comme tête de liste pour l’élection du Bundestag. Et depuis lors la position du SPD ne cesse de s’améliorer.
Les medias se perdent en conjectures outre Rhin sur les secrets d’un « Schulzeffekt » ( effet Schulz). A y regarder de plus près la campagne du SPD n’a pas simplement changé de ton et de visage, elle a amorcé, sur le fond, un virage à gauche, inédit depuis au moins 20 ans. Un tabou semble avoir été brisé: les « réformes Schröder », considérées bien à tort comme des «acquis» pour l’économie allemande, et présentées donc comme inattaquables lors des campagnes des précédents scrutins de 2009 et 2013, sont désormais ouvertement contestées. Elles font même l’objet pour certaines de propositions alternatives. Qui vise le rétablissement de l’indemnisation de l’assurance chômage, supprimée par les lois Hartz, après un an, aux demandeurs d’emplois. Qui envisage des mesures pour réduire l’énorme secteur à bas salaire apparue depuis la fin des années 2000. Qui veut interdire l’abus des emplois à durées déterminées qui pullulent aujourd’hui jusqu’à constituer 40% des nouveaux contrats de travail.
C’est là qu’il faut chercher les vraies raisons de « l’effet Schulz »: les thèmes que développe le futur nouveau patron du SPD, répondent aux préoccupations de citoyens, assaillies de difficultés ou saisis par l’angoisse du déclassement dans une société de plus en plus inégalitaire ( L’Allemagne toujours plus inégalitaire : le cri d’alarme de Marcel Fratzscher.) Un salarié allemand sur cinq travaille aujourd’hui pour moins de 10 euros bruts de l’heure. Et souvent dans le cadre de temps partiels subis. La plupart de ces travailleurs pauvres se recrutent dans les services. Mais la multiplication de conventions «maisons» et le développement de l’«ubérisation» des contrats de travail ont commencé aussi de saper les positions des salariés de certains secteurs de l’industrie.
Le discours de Schulz s’est simplement mis à l’unisson de l’aspiration frustrée de la base du parti à plus de justice sociale. Il porte d’évidence la marque d’une dissidence ouverte du monde syndicale et de sa pression pour changer enfin le logiciel gouvernemental. On se souvient que le secrétaire national du DGB, Reiner Hoffmann, membre lui-même du SPD, n’hésita pas en 2015, à faire le voyage d’Athènes (en plein bras de fer avec Berlin) pour afficher sa solidarité avec Alexis Tsipras, dénonçant l’impasse que constitue «pour l’Allemagne et pour l’Europe» la soumission aux diktats austéritaires (Le chef du DGB dénonce le populisme anti-grec.)
D’aucuns expriment des doutes quant à la sincérité du soudain engagement à gauche de Martin Schulz, plutôt réputé jusqu’ici appartenir aux cercles droitiers du parti et dont la démarche progressiste fut, il est vrai, bien peu convaincante au parlement européen. Il n’empêche qu’en rompant avec les vieilles références schröderiennes, la nouvelle ligne de campagne a réveillé l’espoir et le courage des militants de terrain. Une dynamique semble lancée. Au point d’avoir fait tomber d’ultimes réticences internes à l’égard d’une coalition gouvernementale alternative SPD/ Verts/ Die Linke. Une alternative que sont même chargés de préparer des dirigeants des trois formations qui se rencontrent désormais régulièrement.
Un succès de ce rassemblement allemand à gauche ne fournirait-il pas de quoi faire sauter les plus solides verrous ordo-libéraux, au niveau national comme à celui de … l’Europe.

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Trump déroule sa feuille de route nationaliste devant le congrès

 

Pour son premier discours sur l’état de l’Union, le nouveau Président a voulu se présenter dans le costume qui sied à la fonction. Cette posture le rend encore plus inquiétant. Avec la solennité conforme dans un discours aux « normes » il a présenté en effet ses grands choix politiques et économiques, cherchant à banaliser les ruptures annoncées pour assurer 2981448-nous-capitole-le-lieu-oa-le-congra-s-se-ra-unitou réassurer une domination écrasante des Etats-Unis. La démarche qui s’appuie sur une hausse « historique » des dépenses militaires est fondée sur la conviction des stratèges d’extrême droite de la Maison-Blanche que c’est la puissance qui fait le droit. 

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche s’est présenté mardi soir devant le Congrès sous son jour le plus inquiétant en endossant résolument le costume présidentiel. Il semble en effet en passe d’avoir réussi un premier examen de passage stratégique consistant à se banaliser pour mieux promouvoir son projet d’ultra-droite. Dans son premier discours sur l’état de l’Union devant les parlementaires – sénateurs et représentants au grand complet –, les juges de la Cour suprême et les membres de son cabinet solennellement réunis au Capitole, Donald Trump a choisi en effet d’adopter un ton plus conforme à l’exercice, comme aux attentes de la classe dirigeante états-unienne, des grands partenaires occidentaux et des médias. Sans rien lâcher sur la brutalité et les ruptures induites par sa feuille de route nationaliste. Après le temps des tweets intempestifs et autres oukases racistes à l’emporte-pièce contre les musulmans, viendrait celui du sérieux dans la façon d’aborder les dossiers pour mieux passer à la phase pratique.

Le 45e président n’a pas omis de souligner le bien-fondé de l’Otan

Le nouveau président a patiemment décliné devant le Congrès tous les thèmes d’un projet destiné à faire commencer « un nouveau chapitre de la grandeur américaine ». Il veut que les États-Unis puissent jouer de leur force à tous les niveaux. Et reconquérir ce qu’il présente comme des positions perdues ces dernières années. À ce chapitre il déplore un déficit commercial qui, l’an dernier, aurait atteint, affirme-t-il, « 800 milliards de dollars » (780 milliards d’euros). Trump y voit la conséquence de relations internationales « déloyales ». D’où, justifie-t-il, son offensive contre les traités de libre-échange transpacifique ou nord-américain (Alena). Qu’on ne s’y méprenne pas cependant : « Je crois fermement au libre-échange », a lancé le président oligarque, avant d’ajouter sans broncher : « mais je crois aussi au commerce équitable ».

Pour rétablir « l’équité » il veut déployer tous les moyens dont dispose l’hyperpuissance. Quitte à déclencher une guerre commerciale, et ce, au prix de graves tensions avec Pékin dont il a de nouveau fustigé le rôle : « Nous avons abandonné 60 000 usines à la Chine depuis qu’elle a rejoint l’Organisation mondiale du commerce », a-t-il martelé en faisant clairement comprendre que sa conception, à lui, du libre-échange passait par un recentrage autour d’accords bilatéraux avec les États-Unis. Y compris en Europe, où l’équipe Trump appuie les forces nationalistes du Vieux Continent et pointe les avantages qu’elle compte tirer d’une dislocation de l’UE, qu’elle appelle ouvertement de ses vœux (voir l’Humanité du 27 février).

Pour faire triompher le nouvel ordre politique et économique mondial désiré, le président ne cache pas sa volonté de se servir de la force armée, au moins comme une monnaie d’échange et bien davantage en tout cas que ne l’a déjà fait le pays par le passé. Il a réitéré sa proposition d’une hausse « historique » du budget militaire en 2018 à 54 milliards de dollars (51 milliards d’euros). Soit une augmentation jamais vue en temps de paix de 9 % des crédits alloués au Pentagone. Pour financer cette débauche de dépenses militaires, des coupes sévères sont programmées dans les autres budgets. En conformité avec l’idéologie de « l’Amérique d’abord » – « Je suis le président des États-Unis, pas du monde », a ironisé Trump –, le budget de l’aide au développement (Usaid) est tout particulièrement visé. La nouvelle administration entend également réaliser des économies en se débarrassant de l’Obamacare dont le nouveau locataire de la Maison-Blanche a confirmé à la tribune du Congrès « l’abrogation et le remplacement prochains ».

Cependant, tout à son exercice de séduction par la banalisation de son propos de commandant en chef, le 45e président des États-Unis n’a pas omis de souligner le bien-fondé du pacte atlantique après avoir émis, il y a quelques semaines, à son sujet des remarques aussi acerbes que dubitatives : « Nous soutenons avec force l’Otan », a-t-il déclaré. Tout en relevant qu’il le faisait d’autant plus volontiers que les capitales européennes avaient commencé, à l’instar de Berlin et de Paris, de s’aligner, après « nos discussions très fortes et franches », dans la course aux armements qu’il impulse et dont il veut partager les fardeaux. Les gouvernants français et allemands n’ont-ils pas fait part récemment de leur volonté d’augmenter leurs budgets de la défense au moins jusqu’à concurrence de 2 % de leurs PIB ?

Trump avance, comme une autre arme, destinée à donner aux firmes états-uniennes les moyens de reconquérir les positions perdues, un vaste programme de baisses d’impôts. Il doit, dit-il, « permettre à nos entreprises de concurrencer n’importe qui et de prospérer n’importe où ». Pour stimuler la croissance le président veut accorder également une ristourne fiscale aux classes moyennes, sans qu’il se montre cependant plus précis sur la forme ni l’ampleur qu’il compte lui donner. Surtout, il avance un programme de grands travaux pour un montant global de quelque 1 000 milliards de dollars dont le financement serait assuré par des partenariats public-privé.

Les migrants plus que jamais dans la mire 

L’immigration est le seul point sur lequel Trump, tout à son effort de « normalisation présidentielle », a bien voulu amender légèrement son discours. S’il a encore confirmé la construction du mur avec le Mexique, il invoque la mise en place d’un système « basé sur le mérite » qui laisserait ouverte la porte du pays aux migrants les plus qualifiés. On peut y voir une concession aux géants de la Silicon Valley qui attirent beaucoup d’étrangers très qualifiés jusque dans leurs unités californiennes. Leurs patrons ne s’étaient-ils pas inquiétés publiquement des conséquences d’une fermeture des frontières ?

La nuance n’infléchit en rien la conception générale de la politique migratoire de la nouvelle administration. Pour preuve de son formatage dévoué à « l’Amérique d’abord » de l’extrême droite, Donald Trump a annoncé devant le Congrès la création d’un drôle de bureau des victimes de l’immigration. Voice, tel est son nom, pour « Victims of Immigration Crime Engagement », institutionnalise l’amalgame entre migrants et criminels au prétexte de donner « une voix à ceux qui sont ignorés par les médias et réduits au silence par les intérêts particuliers ». Vous avez dit : un président « banal » ?

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L’auteur du carnage de Québec sous l’empire des « arguments » nationalistes des Trump et Le Pen

 

L’auteur présumé de l’attentat qui a fait six morts dans une mosquée, un étudiant en sciences politiques de l’université Laval,  affichait son admiration pour le président des États-Unis et la candidate du FN à la présidentielle françaiselavalUne partie de l’université Laval à Québec

Les progrès de l’enquête réalisée par la police québécoise à la suite du carnage perpétré dans la mosquée du quartier Sainte-Foy à Québec permettent désormais de cerner le profil du tueur présumé qui a été arrêté. Alexandre Bissonnette, le jeune homme de 27 ans qui a vidé le chargeur de son arme d’assaut AK-47 sur 11 fidèles réunis dans le lieu de culte, en tuant six et infligeant à cinq autres des blessures extrêmement graves, se situe ouvertement dans la mouvance d’extrême droite. Il a été mis en examen pour homicide avec préméditation et tentative d’homicide. Les policiers, qui avaient retenu initialement l’hypothèse de deux agresseurs, évoquent désormais la piste d’un « loup solitaire ». Ils ne précisent pas toutefois si Bissonnette a agi en petit soldat isolé en mission ou s’il a bénéficié de l’aide d’individus ou d’un groupe pour perpétrer son crime et se procurer l’arme utilisée pour le massacre, prohibée au Canada.

Quoi qu’il en soit, le terroriste présumé n’est pas un inconnu à Québec. Étudiant en science politique discret et introverti, il fréquentait l’université Laval où il était bien connu de membres d’associations ou de militants progressistes avec qui il s’était fréquemment heurté. Le Journal de Montréal rapporte les déclarations à la police d’un homme qui connaissait l’assassin. Il le présente comme « très à droite, ultranationaliste et suprémaciste blanc. ». D’autres témoignages illustrent combien ces crimes racistes antimusulmans doivent à un certain climat général qui s’est instauré sous l’influence de la montée du nationalisme et du populisme aux États-Unis voisins ; mais aussi venue d’horizons plus lointains, français, en conséquence de la francophonie de la Belle Province. Un collectif Bienvenue aux réfugiés – Ville de Québec explique ainsi qu’Alexandre Bissonnette était « malheureusement connu de plusieurs militants de la cité pour ses prises de position identitaires, pro-Le Pen et antiféministes à l’université Laval et sur les réseaux sociaux ».

La piste d’un homme qui se sentirait investi d’une mission dans la « guerre de civilisations », à laquelle font régulièrement référence les leaders des partis d’extrême droite, est également explorée. Selon le chercheur Martin Geoffroy, spécialiste de l’extrémisme, interrogé par le Journal de Montréal, les acteurs de cette mouvance « ne supportent pas le vivre-ensemble, la tolérance auxquels on est habitué. Ils veulent mettre ça à terre et instaurer des gouvernements radicaux » pour déclencher « une guerre mondiale entre chrétiens et musulmans ».

La crainte que ce type d’action meurtrière, dont le Canada paraissait jusqu’alors épargné, ne se reproduise dans le pays ou dans le monde avec la montée des nationalismes est d’autant plus forte que Donald Trump multiplie les provocations xénophobes depuis son arrivée au pouvoir, comme cet oukase interdisant l’accès au pays de ressortissants de sept pays musulmans (l’Humanité du 30 janvier). De quoi déclencher des envies d’agir pour les membres du fan-club fasciste, qu’ils soient des esprits faibles, isolés et dérangés ou qu’ils appartiennent à des groupes dûment organisés. Un danger pour la démocratie et la paix qu’ont bien saisi les manifestants antiracistes, de plus en plus nombreux hier encore à se rassembler dans les rues des États-Unis. Un danger qu’il faut écarter en France en évitant que le cauchemar nationaliste, devenu réalité aux États-Unis, ne gagne l’Hexagone.

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Résistances au bannissement raciste, dernier oukase de Donald Trump

trumpetatsunismanifdecret_0Le décret Trump interdisant l’accès des États-Unis à tous les ressortissants de sept pays musulmans soulève une indignation mondiale et se heurte à de fortes résistances locales.

Le dernier en date des décrets anti-immigration que Donald Trump a dégainés à la fin de la semaine dernière suscite indignation et résistances. Le texte, qui prétend organiser « la protection de la nation contre l’entrée des terroristes étrangers aux États-Unis », interdit purement et simplement l’accès du territoire états-unien aux ressortissants de sept pays musulmans (Irak, Iran, Yémen, Libye, Syrie, Soudan et Somalie).

Après la validation de la construction d’un mur anti-migrants le long de la frontière mexicaine, ce nouvel oukase de la Maison-Blanche a été mis en application immédiatement. Ce qui a provoqué une certaine pagaille dans les aéroports, des dizaines de passagers originaires des pays incriminés se voyant refoulés alors qu’ils disposaient de tous les documents légaux indispensables à leur voyage. En Ubu roi, aussi  inflexible que taraudé d’idées fixes, Donald Trump montre ainsi sa détermination à faire de ses diatribes de campagne xénophobes un mode de gouvernement. On ne saurait définir si l’opération a été décidée au risque de – ou en raison du désir de – provoquer ses concitoyens les plus attachés au respect de la démocratie et le reste du monde.

Mobilisation des défenseurs des droits de l’homme

Aux États-Unis, cette politique du bannissement mise en œuvre par le nouveau locataire de la Maison-Blanche a soulevé une réaction immédiate de défenseurs des droits de l’homme, d’associations progressistes et de simples citoyens inquiets. Plusieurs centaines d’entre eux se sont organisés spontanément pour manifester devant les grands aéroports. L’une des principales associations pour la défense des libertés civiles (l’Aclu) a réussi à entamer illico une procédure juridique contre le décret, et donc à ­empêcher certaines des expulsions déjà engagées.

Après une audition d’urgence, samedi soir, l’Aclu a pu en effet à obtenir qu’une juge fédérale, Ann Donnelly, reconnaisse le besoin d’examiner la conformité du décret Trump avec les garanties inscrites dans la Constitution états-unienne. Le 5e amendement du texte fondamental stipule que toute remise en cause d’un statut (des migrants ou des voyageurs), considéré jusqu’alors comme légal, ne peut être décidée arbitrairement par le gouvernement et nécessite donc une décision judiciaire. Après la décision de la juge, les manifestants anti-racistes disposent de quelques semaines avant l’examen de l’appel qu’ont aussitôt formulé les sbires du Président.

Les défenseurs des droits de l’homme ont lancé le signal de la mobilisation après l’interpellation de deux Irakiens, vendredi soir, à l’aéroport J.-F. Kennedy à New York. Celle-ci mettait brusquement en lumière le caractère aussi insupportable qu’absurde des décisions présidentielles, puisque les deux hommes inquiétés détenaient des visas d’immigration en bonne et due forme et avaient été associés au… gouvernement états-unien en Irak. Dans le reste du monde, cette gouvernance par l’arbitraire xénophobe a suscité aussi de nombreuses ­réactions de colère.

La France s’est dite inquiète

Interrogée par l’AFP, une jeune Iranienne, empêchée samedi soir de s’envoler pour les États-Unis, s’interrogeait : « Ils ont un problème avec les musulmans, mais pourquoi n’ont-ils pas interdit les ressortissants d’autres pays comme les Émirats arabes unis, le Qatar ou l’Arabie saoudite ? » Cette candidate à l’immigration avait obtenu sa carte verte (permis de séjour officiel aux États-Unis) en octobre après quatorze ans d’attente.

De nombreuses personnalités étrangères soulignent, à juste titre, combien la décision de Trump va avoir l’effet inverse de son objectif proclamé de lutte contre le terrorisme. Téhéran a haussé le plus le ton. Chacun se souvient naturellement, dans la capitale iranienne, des déclarations incendiaires du candidat Trump se faisant fort d’annihiler l’accord sur le nucléaire conclu par la précédente administration. Négocié et signé, outre les Etats-Unis,  par cinq autres grandes puissances ( Chine, Russie, Allemagne, France et  Royaume Uni), il instaurait un processus de détente historique dans une région où l’Iran joue désormais un rôle clé dans le combat contre l’Etat Islamique.

En Europe, la chancelière allemande, Angela Merkel, a jugé « pas justifiées » les restrictions systématiques à l’immigration des musulmans et déploré « de placer sous une suspicion ­généralisée des gens en fonction de leur origine ou de leur croyance ». Pour sa part, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, s’est dit « très inquiet » d’une mesure qui remet en cause, de fait, les « accords ­internationaux sur les droits de réfugiés ».

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