Quand IG Metall revendique un droit à la semaine de 28 heures

Tensions sociales maximales dans la métallurgie allemande à l’entame de négociations collectives. S’appuyant sur une bonne conjoncture le syndicat entend contrer les effets de la dérégulation entamée durant la précédente décennie en exigeant rien moins que les salariés puissent accéder au pilotage de la flexibilité.

IGMetall

Les négociations pour le renouvellement des accords tarifaires dans la métallurgie allemande interviennent dans un climat de tension exacerbée, provoquée par les revendications inédites du syndicat IG Metall pour un droit des salariés à une réduction du temps de travail. Le syndicat réclame une hausse des rémunérations de 6 % pour les salariés de la branche sur la période (environ deux ans) sur laquelle doit courir la prochaine convention collective. Mais c’est d’évidence beaucoup moins cette demande que l’éventuelle introduction d’un droit des salariés aux 28 heures qui alimente un formidable bras de fer avec le patronat. Au point que l’amorce d’un conflit de grande ampleur, tel qu’en a connu la branche dans les périodes les plus fortes de son histoire, est dans tous les esprits. Dès lundi 8 janvier, plusieurs dizaines d’entreprises ont débrayé dans tout le pays. Dans le Land très industriel de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, on a compté jusqu’à 70 000 salariés qui ont manifesté leur détermination en participant à des grèves d’avertissement (Warnstreik).

47 % des salariés du secteur exclus des accords tarifaires de branche

Le mouvement, qui promet de monter en puissance dans les prochains jours, revêt des enjeux majeurs. Il peut en effet avoir comme conséquence un premier coup d’arrêt à la dérégulation, façon réformes antisociales lancées durant la dernière décennie par l’ex-chancelier Schröder. Alors que près de la moitié des salariés du secteur (47 %) sont désormais, de fait, exclus des accords tarifaires de branche puisqu’ils sont tributaires de contrats plus ou moins précaires (intérim, temps partiel subi, etc.), les dirigeants du syndicat sont déterminés à s’appuyer sur une conjoncture économique plutôt bonne et l’émergence d’une certaine pénurie de main-d’œuvre pour reprendre rien moins que la main sur la flexibilité. Les dérégulations sociales de ces dernières années sont en effet à l’origine d’un affaiblissement concomitant des syndicats.

Les revendications d’IG Metall sur les 28 heures permettraient aux salariés d’opter, pendant une période allant jusqu’à deux ans, pour une réduction de leur temps de travail. Si une perte de rémunération est concédée, celle-ci serait en partie compensée par une prime annuelle de 750 à 2 400 euros, versée par la partie patronale pour les travailleurs qui ont un enfant, un parent à charge, ou pour ceux qui connaissent des conditions de travail pénibles (3 x 8). Surtout, à la fin de leur période à temps partiel, les salariés se verraient « garantir un droit à réintégrer un emploi et un salaire à taux plein ». IG Metall ne fait pas mystère qu’il compte sur cette disposition pour permettre une (ré)intégration des plus précaires, en poussant à l’extension « du quota des employés de plein droit », selon les mots de Jörg Hofmann, le président d’IG Metall.

De quoi déclencher la furie du patronat. S’il dénonce, sans surprise, la prime compensatoire versée à certains des éventuels candidats aux 28 heures – « C’est plus d’argent pour ne rien faire », hurle, le chef de l’organisation patronale Gesamtmetall –, il est surtout inquiet de la création d’une échelle qui permette à une partie du personnel de se hisser hors de la précarité, en s’appuyant sur ce droit garantissant la réintégration dans un emploi plein et entier. Arc-bouté sur son pouvoir à manipuler un immense volant de précaires, Gesamtmetall a lancé une procédure juridique contre la revendication du syndicat IG Metall, en plaidant, sans rire, qu’elle introduirait « une discrimination » puisque certains salariés en contrat à 28 heures seraient « mieux payés que d’autres pour effectuer une tâche identique ».

Alors que le démarrage effectif des négociations tarifaires est prévu pour le 11 janvier, la direction d’IG Metall ne cache pas qu’elle s’attend à de « rudes affrontements », compte tenu de la taille d’un enjeu qui, on l’aura compris, dépasse les frontières de la branche. L’un de ses membres, Roman Zitzelsberger, laissait entendre lundi 8 janvier que le syndicat se préparait à un mouvement de longue haleine, qui ne saurait se résoudre « en se bornant à des grèves d’avertissement». Mais avec des grèves pleines et entières, pour commencer à contrer le résultat des dérégulations héritées de la décennie passée et devenues la référence obligée d’un contre-modèleeuropéen.

 

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Les racines pangermanistes assumées de l’ultra-droite autrichienne

 

Heinz-Christian Strache, son chef, comme les cadres les plus influents du parti libéral  (FPÖ, extrême droite) , sont quasiment tous passés par l’école de corporations étudiantes dévouées à une culture nationaliste grand-allemande.

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Page officielle de la corporation (Buschenschaft) viennoise, Olympia.

L’ultra droite autrichienne possède des racines pangermanistes, voire nazies, qu’elle n’a jamais vraiment reniées. Simplement, ses dirigeants sont passés maîtres dans l’art d’en user, tout en les camouflant, pour mieux banaliser la formation. Le Parti libéral (FPÖ) ne s’est pas « recentré » avec le temps comme ont pu le faire d’autres formations européennes plongeant leurs racines dans la mouvance brune. Il s’est, à l’inverse, plutôt « durci » après le décès de Jörg Haider, ce tribun lisse et bronzé si unanimement rejeté jadis par toute l’Europe et qui amena, déjà, le FPÖ, à participer aux affaires avec les conservateurs de l’ÖVP au début des années 2000. Son successeur, Heinz-Christian Strache, a pris la relève en radicalisant les positions du parti : de ses engagements libéraux à sa haine des migrants, sans jamais se départir de ses principes nationaux-allemands fondamentaux.

Les corporations étudiantes (Burschenschaften), qui sont des lieux de diffusion de la culture pangermaniste, constituent la véritable pépinière du parti. Dans ces endroits secrets, hérités du monde médiéval, une élite mâle et « biologiquement pure » devait faire montre de courage et de capacité à diriger en défendant son honneur dans d’épiques combats à l’épée, dont les traces balafrées étaient arborées comme autant de signes de gloire. Nombre de cadres du FPÖ sont passés par là et affichent toujours des liens avec cet univers brun.

Parmi le staff chargé par le FPÖ de conduire les longues négociations qui ont débouché sur l’accord de coalition avec l’ÖVP de Sebastian Kurz, près de la moitié (34 sur 71) appartient à de telles corporations nationales-allemandes, selon une enquête menée par le magazine autrichien Profil.

Axel Kassegger, l’un des chefs négociateurs du FPÖ, a participé à l’été 2015 à une réunion de « camarades » qu’il a conclue d’un vibrant : « Heil Deutsche Burschenschaften ! » (Vivent les corporations allemandes !). Autre poids lourd du FPÖ, le député Wolfgang Zanger, affirma, il y a une dizaine d’années, face caméra de l’ORF, la télévision publique autrichienne : « Il y a eu de bons côtés au national-socialisme. Seulement, on ne les entend plus aujourd’hui. » Zanger négociait l’accord gouvernemental ÖVP/FPÖ au sein du sous-groupe « administration et constitution. »

Le chef, Heinz-Chritian Strache, est lui-même un familier de ce milieu. S’il n’a pas été à l’université, il a fréquenté assidûment, au milieu des années 1980, une Schülerverbindung, association corporatiste lycéenne, baptisée Vandalia. Il a, quelque temps plus tard, pris sous son aile un jeune et nouvel adepte comme « garde du corps », selon le jargon de société secrète propre à ces organisations. Et il se déplaça jadis pour tenir un discours célébrant « les héros » à un rassemblement national des corporations étudiantes.

Norbert Nemeth, dirigeant du groupe parlementaire du FPÖ, qui figurait également dans l’équipe des chefs-négociateurs du contrat de coalition avec l’ÖVP, a fait ses classes au sein de la corporation Olympia (notre photo). Lui qui critiqua, jadis, ouvertement, les lois de la République autrichienne sanctionnant la banalisation et la négation de l’Holocauste écrit toujours régulièrement dans Die Aula, sorte d’organe théorique de l’extrême droite corporatiste dans lequel les messages identitaires, la xénophobie, l’antisémisme, le revanchisme et la théorie du complot tiennent une place de plus en plus importante.

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Le glyphosate empoisonne la crise politique allemande

La décision de faire pencher la balance européenne en faveur de l’herbicide nourrit la défiance entre CDU et SPD  alors que la tentative de rafistolage d’une  nouvelle grande coalition – ultime carte d’Angela Merkel pour former un gouvernement après l’échec des négociations entre CDU, libéraux et verts -démarre ce jeudi 30 novembre, sous l’égide du président de la république fédérale ( in l’humanité du 29.11.2017). 

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Monsanto et les lobbies de l’agro-industrie respirent après le revirement surprise du Conseil européen, qui a décidé de réautoriser pour cinq ans le glyphosate. La décision de ce lundi 27 novembre a pu être prise à une majorité qualifiée – jusque-là introuvable tant le fameux désherbant se heurtait à des oppositions ou des réticences manifestes au sein de l’instance exécutive de l’UE. En votant pour alors qu’il s’abstenait dans les précédentes réunions au sommet des ministres de l’Agriculture, Berlin est le principal responsable de l’évolution du rapport de forces. Il permet une prolongation in extremis du produit, dont la licence dans l’UE expirait dans moins de trois semaines.

Bayer, le géant de l’industrie chimique allemande, est le grand bénéficiaire de ce tour de force. Le groupe, champion du monde de la fabrication des pesticides, doit finaliser en effet d’ici janvier prochain la prise de contrôle de Monsanto, champion du monde des semences. Ce qui donnerait lieu à l’émergence d’un titan mondial qui dominerait tous les marchés de l’agrochimie. Le gouvernement allemand a-t-il agi sous influence ? La polémique enfle outre-Rhin, où plusieurs enquêtes accablantes viennent de révéler une extrême porosité entre le grand patronat et le gouvernement de grande coalition. Et l’affaire pèse, au plus mauvais moment, sur la crise politique née de la difficulté d’Angela Merkel à former un nouveau gouvernement, plus de deux mois après l’élection du Bundestag, à la suite de l’échec des négociations entre CDU, Verts et libéraux (FDP).

Le ministre de l’Agriculture dit avoir agit de sa propre initiative

La ministre en exercice de l’Environnement, Barbara Hendricks (SPD), s’insurge en effet de ne pas « avoir été informée » par son collègue de l’Agriculture, Christian Schmidt (CSU), sur une décision « aussi lourde de conséquences ». Elle reste, elle, opposée à une ré-autorisation du glyphosate, arguant du principe de précaution après que plusieurs études ont révélé le caractère « potentiellement cancérigène » de l’herbicide. Le conservateur bavarois plaide avoir donné son feu vert en échange de « garanties réglementaires » sur l’utilisation du produit. « J’ai agi de ma propre initiative » sans en référer en haut lieu, expliquait-il sans rire, ce mardi  29 novembre, en indiquant qu’un avis de la chancellerie sur le sujet ne lui semblait « pas indispensable ».

Aussi peu convaincant et redoutable qu’il puisse paraître, cet aveu est s’apparente d’évidence à un douteux arrangement destiné à sauver les apparences pour Angela Merkel en lui permettant de conserver, vaille que vaille, un minimum de crédibilité dirigeante à la veille de l’entame, demain, de discussions de la dernière chance entre la CDU et le SPD. Sous l’égide du président de la République, Frank-Walter Steinmeier, il s’agit de tenter de reconduire une grande coalition et d’éviter une élection anticipée qui pourrait prolonger pendant de longs mois la période d’incertitude sans véritable gouvernement.

Nombre de dirigeants du SPD s’indignent. La chancelière n’aurait pas « ses propres gens sous contrôle », a fait mine de s’alarmer la numéro deux du parti et présidente du groupe social-démocrate au Bundestag, Andrea Nahles. Elle dénonce une décision qui constitue « une rupture de confiance » au sein du gouvernement. Puis, interrogée sur les conséquences d’une telle attitude sur les pourparlers à venir entre les deux partis, elle déplore : « Nous considérons cela comme un très lourd fardeau. » Avant de souhaiter que l’on quitte dans les discussions à venir « cette ligne qui est un appel au crash ».

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Crise politique majeure à Berlin, au cœur du modèle ordo-libéral européen

 

L’échec des négociations entre chrétiens-démocrates, libéraux et Verts trahit la profondeur du malaise au sein de toute une société et rend le passage par des élections anticipées au début de l’année prochaine quasi imparable ( in l’humanité du 21.11.2017).

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Au milieu de l’été dernier, elle était encore présentée comme une chancelière indéboulonnable, à la tête d’un pays dont la stabilité et les structures ordo-libérales faisaient forcément référence pour l’Europe tout entière. Cette légende a définitivement éclaté dans la nuit de dimanche à lundi après l’échec des négociations pour la formation d’un gouvernement entre chrétiens-démocrates (CDU), chrétiens-sociaux bavarois (CSU), libéraux (FDP) et Verts.

Les signes annonciateurs de la gravité de la crise étaient déjà perceptibles au lendemain de l’élection du Bundestag il y a deux mois (voir l’Humanité du 25 septembre). Les deux partis de la grande coalition gouvernementale sortante affichaient, l’un et l’autre, des plus-bas historiques. La CDU d’Angela Merkel arrivait certes toujours en tête (32,9 %), mais plongeait de plus de 8 points. Son partenaire social-démocrate était encore plus sévèrement sanctionné. Il franchissait tout juste la barre des 20 % et perdait 5 points. Les deux partis qui comptabilisaient ensemble, il y a peu de temps encore, plus de 75 % des voix sur l’échiquier politique du pays, ne dépassent plus ensemble que de quelques points la majorité absolue des élus du Bundestag. Mesurant l’ampleur du désastre, le SPD de Martin Schulz proclamait aussitôt que les électeurs avaient « voté contre la grande coalition » et que son parti en tirait les conséquences en se retirant dans l’opposition.

Une alternative impraticable

Il ne restait donc plus qu’une seule option à la chancelière sortante pour former un gouvernement Merkel IV : la constitution d’une coalition dite Jamaïque, inédite au plan national, associant les couleurs emblématiques de la CDU (noir), du FDP (jaune) et des Verts, identiques à celle de la République caribéenne. Cette alternative vient de se révéler impraticable en dépit de jours et de nuits de discussions exploratoires. Le jeune et ambitieux dirigeant du FDP, Christian Lindner, a pris l’initiative d’interrompre brutalement la recherche fébrile d’un compromis. Il est apparu devant les caméras peu avant minuit, dimanche, pour décréter laconiquement qu’il valait mieux « ne pas gouverner que de mal gouverner ». Au cœur du clash, trois principales pommes de discorde : l’immigration, l’environnement et l’énergie.

Un retour du droit des réfugiés au regroupement familial après son abandon, il y a quelques mois, par le gouvernement de grande coalition (CDU-SPD) sortant, était réclamé par les Verts. Mais la CSU bavaroise et puis, dans le dernier round de négociations, semble-t-il, surtout le FDP ont placé la barre si haut que tout compromis est apparu inaccessible. Un blocage identique s’est produit sur la question du climat et du nombre de centrales à charbon qu’il faudrait fermer pour que l’Allemagne, qui voit progresser sensiblement de nouveau ses émissions de gaz à effet de serre, puisse respecter les engagements pris à la COP21.

De terribles contradictions

Cette dispute débordait largement sur les enjeux énergétiques alors que l’Allemagne, qui aura abandonné définitivement le nucléaire en 2021, se trouve confrontée à de terribles contradictions : pour relayer l’éolien et le solaire dans les périodes peu venteuses ou ensoleillées, le pays a besoin en effet d’un solide socle de centrales classiques (afin d’éviter tout potentiel black-out). Les Verts revendiquent l’arrêt d’au moins dix centrales « carbonées » et leur remplacement par des unités au gaz plus coûteuses. Quand le lignite et le charbon (près de 50 % de la production d’électricité aujourd’hui) apparaissent toujours incontournables à Angela Merkel comme au FDP pour rester compétitifs sur un marché de l’électricité libéralisé.

Sur d’autres dossiers, un large consensus s’était pourtant fait jour. Ainsi, les trois partis s’étaient-ils exprimés en faveur d’une restriction des dépenses publiques en s’accordant sur le « strict respect de l’équilibre budgétaire ». Même « harmonie » revendiquée sur la poursuite du processus de réformes libérales, engagées depuis le début de la dernière décennie par l’ex-chancelier Schröder. Encouragés par ces consensus, les promoteurs de l’alliance Jamaïque s’appuyaient également sur des expériences gouvernementales au niveau des Länder. Les trois partis n’avaient-ils pas su trouver, relevaient-ils, des compromis pour s’associer aux affaires, comme dans le Bade Wurtemberg (Verts-CDU) ou dans le Schleswig-Holstein (CDU-FDP-Verts) ?

L’échec de l’alliance tient donc moins à un défaut de bonne volonté qu’à la profondeur du malaise engendré par les ordonnances libérales : l’explosion de la précarité, du nombre de travailleurs pauvres et des inégalités, dans une société qui apparaît de plus en plus cloisonnée, « l’ascenseur social » de feu le système rhénan souffrant de pannes récurrentes. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’Allemagne est ainsi rattrapée, après ses partenaires européens, par une formidable crise de confiance : les « grands » partis politiques sont discrédités, les excroissances nationalistes se développent.

Les ultras de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) sont entrés en force dans le Bundestag avec quelque 94 députés en surfant sur ce malaise. C’est dans les zones les plus touchées par la mal-vie que leur parti réalise ses meilleurs scores sur un credo national-libéral combinant la vindicte xénophobe et l’exigence de sortie de l’euro afin de combattre l’avènement d’une « union de transfert » (traduisez : de toute solidarité au sein de l’Union européenne) (voir ci contre).

L’AfD pourrait sortir encore renforcée d’un scrutin anticipé au début de 2018 selon le scénario qui apparaît désormais le plus probable. Les négociateurs du FDP, qui ont joué d’évidence la surenchère sur les restrictions à l’immigration, semblent, eux, déjà en campagne, sans doute persuadés que cette carte populiste pourrait leur permettre de retrouver la dynamique de leur bon résultat de septembre (11 %) dans une nouvelle élection. À la différence des Verts dont la position semble plus inconfortable. Mais surtout d’une Angela Merkel qui sort un peu plus affaiblie de ces négociations marathon alors qu’elle enregistrait déjà une nette chute de popularité dans l’opinion. Ce qui n’a toutefois pas empêché le bureau national de la CDU de lui renouveler sa confiance lundi 20 novembre.

En attendant, le jeu est entre les mains du président de la République, Frank-Walter Steinmeier (SPD), qui a le pouvoir de convoquer de nouvelles élections. Il a lancé un processus de consultation des partis. Certes il les a exhortés encore à faire preuve « de responsabilité avec le mandat que leur ont confié les électeurs » en septembre. Mais on voit mal comment il pourrait parvenir à piloter une conciliation miracle pour former un gouvernement à la dernière minute. D’autant que Martin Schulz, le chef du SPD, s’est montré intraitable : « Nous n’entrerons pas dans une grande coalition », a-t-il déclaré. Et d’ajouter que de nouvelles élections seraient « la bonne voie » tout en laissant ouverte la réponse à la question de son éventuelle reconduction comme chef de file du SPD lors de ce scrutin. Katja Kipping, coprésidente de Die Linke, s’est prononcée, elle aussi, pour un scrutin anticipé, « seule voie démocratiquement praticable ». Il sera, a-t-elle précisé, le moyen de « montrer que le système Merkel n’est pas capable de rassembler une majorité ».

 

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Siemens enclenche la machine à broyer l’emploi

La direction du géant allemand a annoncé jeudi 16 novembre un plan de restructurations avec à la clé la suppression de près de 7 000 emplois. La nouvelle devrait résonner comme une alerte chez Alstom qui vient de passer sous sa coupe.

Siemens

Joe Kaeser, le très austère patron du groupe allemand Siemens, ne fait jamais dans la demi-mesure. Il entend achever la mutation du groupe qui fut le fleuron de feu le capitalisme rhénan en une machine à profit au rayonnement mondial privilégiant les rendements pour les actionnaires et les financiers. Ainsi a-t-il annoncé ce jeudi 16 novembre un vaste plan de restructuration qui devrait toucher principalement son secteur énergétique. Près de 7 000 suppressions d’emplois, pour la plupart en Allemagne sont à la clé. « Nous devons nous attaquer aux difficultés structurelles de certaines activités», a martelé Kaeser. Les secteurs «énergie» des turbines à gaz et des éoliennes sont visés mais aussi celui des locomotives qui appartient à sa branche transport. Cette restructuration fait planer une menace sur les trains d’Alstom sur lequel Siemens vient précisément de mettre la main avec la complicité du gouvernement d’Emmanuel Macron.

Les bourses de la planète ont aussitôt salué l’évènement

Et pourtant les résultats de Siemens sont dans le vert. Les communicants du groupe de Munich se répandent sur « une année record » : un bénéfice net de 6,2 milliards d’euros pour l’exercice 2016/2017, en hausse de 11 % sur un an, et 83 milliards de chiffre d’affaire. Insuffisant pour satisfaire les appétits du marché financier. Kaeser est donc passé à l’action soignant, au passage, une réputation, déjà largement honorée, d’impitoyable chasseur de coûts salariaux. Les bourses de la planète ont aussitôt salué l’évènement, le titre Siemens bondissant sur toutes les places. Le géant germanique avait déjà fait part début novembre de la suppression de 6 000 emplois au sein de sa filiale Siemens-Gamesa, numéro un mondial de l’énergie éolienne, en raison d’une baisse des ventes, provoquée par les redoutables dysfonctionnements du programme dit de transition énergétique germanique. Sur la liste des sites menacés se trouverait la fameuse usine de Berlin où est né le groupe, il y a un siècle, la « Dynamowerk ». Quelques 11 000 salariés travaillent encore aujourd’hui dans cette grande bâtisse de briques rouges. D’autres usines sont menacées, essentiellement à l’Est du pays, région déjà sinistrée par la désindustrialisation qui a suivi la réunification au début des années 1990.

Le caractère « irresponsable » du plan Kaeser

Brigitte Zyppries, la ministre de l’économie (SPD) du gouvernement de grande coalition qui gère les affaires courantes, avant l’hypothétique avènement d’un gouvernement de coalition entre chrétiens démocrates, libéraux et verts, ne cache pas son inquiétude. Dans une lettre au patron de Siemens, elle alerte sur les suites de cette brutale restructuration. « Elle peut nourrir, dit-elle, le mécontentement et les doutes qui favorisent les développements politiques auxquels on a assisté aux législatives.» Traduisez : la percée du parti d’extrême droite, Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui a réalisé des scores très importants dans les zones où se sont répandues le plus de souffrances sociales et a fait une entrée fracassante avec 94 députés dans le nouveau Bundestag.

Le syndicat IG Metall relève, pour sa part, le caractère « irresponsable » du plan Kaeser. Le syndicat s’est dit prêt à lancer un « combat de grande ampleur pour la sauvegarde des sites et de l’emploi ». Avec force manifestations devant les sites menacés et le recours à « des moyens de résistance créatifs » comme par exemple « le refus d’effectuer des heures supplémentaires ».

 

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IG Metall veut un droit à la semaine de 28 heures

Le syndicat de la métallurgie négocie les accords de branche 2018. Il revendique 6 % de hausse de salaires et une réduction optionnelle du temps de travail.

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« Autodéterminé le temps de travail entre la vie professionnelle et la vie privée » revendiquent les syndicalistes d’IG Metall

 

L’automne social s’annonce chaud outre-Rhin. Le syndicat de la métallurgie (IG Metall) se lance dans les négociations sur les accords tarifaires de branche (l’équivalent de nos conventions collectives) en revendiquant une hausse de 6 % des rémunérations et un droit à une réduction provisoire du temps de travail pour les salariés qui le désirent. L’opération ne vise rien moins qu’une appropriation de la flexibilité par les travailleurs. Le syndicat veut que l’initiative du recours à cet instrument chéri du patronat soit retournée en leur faveur. « Les travailleurs, souligne Jörg Hofmann, le président d’IG Metall, entendent autodéterminer leur temps de travail et non plus le subir comme une contrainte extérieure. »

le bras de fer s’annonce extrêmement rude

Le syndicat veut introduire un droit pour tous les salariés de la branche (plus de 3 millions de personnes) à opter « pendant une période allant jusqu’à deux ans pour une réduction de la semaine de travail à 28 heures ». Ceux qui choisiraient cette option perdraient autant de salaire que d’heures non travaillées. Mais les salariés ayant des enfants ou des proches parents à charge ou étant confronté&s à des conditions de travail pénibles, comme par exemple un fonctionnement en trois-huit avec horaires réguliers de nuit, les salariés obtiendraient, selon les revendications syndicales, une prime allant de 750 à 2 400 euros par an pour compenser la perte de revenu.

IG Metall confirme une nouvelle fois avec 6% de hausse des rémunérations revendiquées cette année, la fin de la « modération salariale sur laquelle les syndicats se sont alignés jusqu’au milieu des années 2010. Et avec la revendication de la semaine de 28 heures il revendique une « adaptabilité du travail avec la vie familiale » qui est d’évidence destinée à reconquérir des positions perdues, ces dernières années, sous les effets des contre-réformes du marché du travail. Celles ci ont fait exploser le nombre d’intérimaires, de contrats précaires et de travailleurs à temps partiel relégués massivement hors des accords tarifaires (conventions collectives). Le faible niveau du chômage et le manque de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur ont créé une situation plus favorable. Et IG Metall entend bien s’en saisir pour enrayer le phénomène massif de précarisation des salariés.

L’accord de branche qu’il négocie inclut un droit au retour aux 35 heures réglementaires pour les salariés ayant opté pour la réduction de leur temps de travail. Cela créerait un précédent puisque jusqu’alors la partie patronale s’oppose farouchement à tout passage du temps partiel vers le temps plein. Sous couvert qu’il porterait atteinte à la flexibilité. L’adoption d’un tel dispositif pourrait non seulement enrayer le phénomène de fuite hors des conventions collectives mais il devrait constituer un outil, relèvent les syndicalistes, permettant peu à peu d’ouvrir la voie à un processus de (ré)intégration des salariés précaires dans leur champ. Soit un objectif devenu central pour des syndicats affaiblis par les déréglementations anti-sociales impulsées depuis l’époque de l’ex-chancelier Schröder.

Signe de l’acuité de l’enjeu, le bras de fer s’annonce extrêmement rude avec le patronat de la métallurgie. Leur organisation menace de quitter massivement les organismes de négociation de branche ou de délocaliser la production à l’étranger. « Qui doit faire le boulot, si le temps de travail est encore réduit? », hurle le chef de Gesamtmetall ( patronat de la métallurgie), qui s’étrangle : « Plus d’argent pour ne rien faire, cela se fera sans nous. »

Mais les revendications d’IG Metall rencontrent un écho très favorable parmi les plus jeunes salariés, contraints souvent à subir la précarité d’un temps partiel pour s’occuper de leurs enfants en bas âge ou veiller sur des parents âgés. D’autant que les familles subissent de plus en plus fortement le manque endémique d’investissements du pays dans les personnels soignants ou d’encadrement de la petite enfance. Frank Sell, l’un des négociateurs d’IG Metall à Stuttgart, estime le temps venu d’une nouvelle ère pour, dit-il, jouant avec les mots, « plus de liberté (Freiheit) pour le temps libre (Freizeit) ».

 

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Pourquoi cette tache brune sur le Bundestag?

Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, analyse dans notre interview un phénomène inédit depuis la création de la République Fédérale : les nationalistes de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) siègent en nombre…
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