Déflation: la BCE saisie d’un vent de panique

Il souffle comme un vent de panique sur la Banque centrale européenne (BCE) face à la montée du péril déflationniste, cet enchaînement qui se traduit par une baisse des prix et des salaires et débouche immanquablement sur une nouvelle récession. Lors de la réunion du conseil des gouverneurs jeudi 4 septembre à Francfort qui devait en rester à un statu quo selon la plupart des observateurs, la BCE a décidé de baisser finalement une nouvelle fois son principal taux directeur le ramenant à 0,05%, après l’avoir déjà abaissé de 0,25% à 0,15% en juin.

La BCE perçoit « les risques entourant les perspectives économiques de la zone euro comme orientées à la baisse », a souligné Mario Draghi, son président. Les services de l’institut d’émission européen ont revu effectivement, une fois encore, à la baisse leurs prévisions. La croissance de la zone euro se limiterait ainsi à 0,9% en 2014. Et les anticipations concernant l’inflation ont été ramenées à 0,6% (contre 0,7% en juin) après le très mauvais chiffre de la progression des prix du mois d’août (0,3% en rythme annuel).
« La perte de dynamisme économique, a précisé Draghi, pourrait décourager l’investissement privé et des risques géopolitiques accrus pourraient avoir de nouvelles répercussions négatives sur la confiance des ménages et des entreprises». Si le ralentissement des économies de la zone euro se confirme, l’invocation de la crise ukrainienne – « les risques géopolitiques accrus » du président de la BCE – ne feront illusion pour personne quand on sait que la Russie ne représente que 3% des exportations de l’Allemagne, son principal partenaire dans la zone euro.
En fait l’économie de la zone cale parce qu’elle est étouffée par les restrictions budgétaires et les réformes structurelles, visant à diminuer les dépenses publiques et les « coûts salariaux ». Même l’Allemagne dont le « modèle » monétariste et restrictif sert de référence à Bruxelles et au conseil européen, est touchée. La croissance s’est contractée outre Rhin de 0,2% au second trimestre et les prix progressent désormais de moins de 1% en rythme annuel.
Draghi a annoncé une batterie de nouvelles mesures « non conventionnelles » pour essayer d’assouplir des conditions d’accès au crédit qui apparaissent de plus en plus difficiles, singulièrement dans les pays d’Europe du sud. Il s’agirait de programmes d’achats de titres adossés à des actifs (Asset Backed Securities, ABS) et d’achats d’obligations sécurisées qui doivent entrer en vigueur à partir du 2 octobre, à l’issue du prochain conseil des gouverneurs. Selon des sources proches du dossier, citées par l’agence reuters, ces programmes pourraient se dérouler sur trois ans et porter sur 500 milliards d’euros.
Draghi a annoncé que les décisions de la BCE avaient été prises « avec une majorité confortable ». Ce qui semble indiquer que le représentant de la Bundesbank (Buba) ne s’est pas associé aux mesures. Celles-ci sont pourtant encore très loin de remettre en question la doxa austéritaire qui asphyxie la zone euro. Les mesures annoncées visent en effet une nouvelle fois à s’aligner sur les demandes des marchés financiers et n’organisent en rien une sélectivité du crédit afin qu’il permette de financer l’emploi, la formation, les services publics ou la protection de l’environnement. Des investissements cruciaux pour les populations des sociétés européennes.

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