L’Allemagne passe tout au bord de la récession.

A 0,1% de croissance au 3ème trimestre la „locomotive“ allemande s’est quasiment figée sur place. Il faut enfin savoir remettre en cause radicalement l’alignement désastreux de la France et de l’Europe sur son « modèle » ordo-libéral.


La croissance a quasiment stagné outre Rhin au 3ème trimestre avec seulement 0,1% de progression du PIB par rapport au trimestre précédent selon les estimations de l’office des statistiques fédérales (Destatis). Les chiffres officiels communiqués le 14 novembre par l’office des statistiques fédérales (Destatis) confirment ainsi que l’Allemagne se situe dans une période de croissance quasi nulle. Elle fait une nouvelle fois moins bien que la France (0,3% au 3ème trimestre). Ce qui ne manque pas naturellement d‘illustrer l’ampleur du ralentissement qui touche son économie. Elle flirte avec une récession – formalisée d’un point de vue technique par deux trimestres consécutifs de croissance négative. Car l’activité s’était contractée au second trimestre (-0,1% selon le chiffre corrigé de -0,2% par Destatis).
C’est une poussée relative de la consommation, en bonne partie provoquée par les gains de pouvoir d’achat obtenus par les salariés qui ont pu arracher, depuis l’an dernier, avec leurs syndicats des accords tarifaires (conventions collectives) impliquant de sensibles hausses de salaires, qui permettent à l’Allemagne d’éviter la récession. Ironie du sort: la sortie de certaines catégories de travailleurs de la „modération salariale“ tant recherchée par le „modèle Schröder“ et tant adulée de ce côté ci du Rhin, a permis de d’éviter, de justesse, une plongée en zone rouge. Une donne à méditer pour les nombreux fournisseurs du prêt à penser économique de ce côté ci du Rhin, pour qui le seul critère de compétitivité se situe dans la baisse du „coût du travail“ et des charges fiscales et sociales patronales.

L’Allemagne connait en fait une période de croissance molle, voire de quasi stagnation, depuis plus de deux ans (0,7% en 2012, 0,4% en 2013). Et 2014 – autour de 1% selon les prévisions des principaux instituts de conjoncture – ne se hissera que très légèrement au dessus de ces poussifs niveaux antérieurs. De quoi méditer quelques enseignements pour la France et la zone euro pour qui le modèle ordo-libérale de Berlin reste LA référence incontournable.

Car c’est en ingurgitant les potions déflationistes de son „modèle“ sur le plan des salaires, des dépenses publiques et sociales que l’Allemagne s’est empoisonnée. Les dégâts de la précarisation orchestrée contre une grande partie des salariés et les coupes dans les retraites (à cause de la privatisation partielle du système) continuent – avec l’irruption des phénomènes de pauvreté au travail et de misère des seniors – de peser très lourd sur le marché intérieur. Même si les syndicats bien qu’affaiblis, ont commencé, on l’a vu, de relever la tête de façon salutaire, l’amélioration du pouvoir d’achat est encore bien trop limitée à certains secteurs pour apporter la dynamique qui serait nécessaire au recul enregistré sur l’autre front de l’économie, celui des exportations. Un recul d’autant plus dommageable que le „modèle“ est fondé sur le tout à l’export.

Sur ce terrain des ventes à l’étranger l’Allemagne est piégée par l‘effet boomerang de ses propres normes, celle là même qu’elle s’est évertué à transférer au reste de la zone euro. Près de 40% des clients des firmes allemandes se situent en effet toujours dans cette zone euro (la France restant son premier partenaire commercial). Or les plans d’austérités, les pactes de fer monétaristes, imposés par Berlin à ses partenaires, les ont asphyxiés. Du coup les débouchés des Konzerne se réduisent sur le continent européen.

Les groupes germaniques ont bien mis en oeuvre une impressionnante diversification de leur clientèle, profitant de la montée en puissance des BRICS ( émergents). Mais celle ci montre désormais ses limites quand les pays en question connaissent net ralentissement de leur activité. Et surtout quand ils cherchent à fabriquer eux même les biens d’équipement, les automobiles ou les machines outils sophistiquées que leur fournissait jusqu’alors l’Allemagne. Comme le prouve, entre autres, la récente décision de la Chine de fabriquer avec la Russie un avion gros porteur, concurrent direct d’Airbus.

Le dogme monétariste de la „règle d’or“ (interdiction de tout déficit structurel) provoque d’autres effets pervers. Berlin qui a intégré cette règle dans sa constitution en 2009 vient d’annoncer fièrement un budget à l’équilibre dès 2015. Mais le sous-investissement dans les infrastructures publiques (chemin de fer, routes, écoles, universités, équipements culturels) est devenu manifeste. Au point de rendre le „lieu de production allemand“ beaucoup moins attrayant.

A cela s’ajoute un sous-investissement privé, celui des Konzerne, qui préfèrent les placements financiers ou sur d’autres marchés ( notamment outre atlantique) compte tenu de la financiarisation du système, provoquée par l’autre volet – moins connu que son pendant anti-social – des réformes de structure imposées en son temps par Gerhard Schröder. Ce qui rend aujourd’hui totalement méconnaissable le système rhénan de l’ex république fédérale. L‘ancien système dit de „banque industrie“ qui avait tant contribué à l’aménagement industriel ouest-allemand, c‘est à dire ce lien étroit entre les grandes banques présentes dans le capital des groupes industriels – qu‘elles fournissaient, sur le long terme en crédits bon marché – a disparu corps et biens. Et les normes anglosaxonnes greffées sur l’économie après le „big bang“ imposé par le chancelier SPD „ami des patrons“ ont provoqué une financiarisation phénomènale dont le système bancaire, infesté de créances pourries déplacées vers des „band banks“ (banques dépotoirs sous garantie publique) – ne s’est toujours pas remis. Il est plus que temps pour l’Europe comme pour … l’Allemagne de rompre radicalement avec ce funeste « modèle ».

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