La cour européenne au secours de la… « préférence nationale »

Les juges de Luxembourg donnent des ailes aux extrêmes droites du continent en tranchant en faveur d’un Jobcenter allemand ayant refusé une aide de 391 euros à une citoyenne roumaine accusée d’être venue outre-Rhin dans le seul but de profiter des largesses de l’État providence.

La Cour européenne de justice (CEJ) n’hésite pas à voler au secours de l’extrême droite européenne en campagne contre le tourisme social (sic). Les juges européens viennent en effet de rendre un arrêt accordant à un pays membre le droit de ne «pas verser de prestations à des immigrants inactifs» venus d’autres pays de l’UE et qui ne se rendraient sur leur territoire que dans le but de toucher l’aide sociale. La Cour arbitrait un litige entre une citoyenne roumaine et le Jobcenter (équivalent de nos agences de Pôle emploi) de Leipzig, qui refusait à celle-ci et à son enfant en bas âge l’aide versée aux chômeurs de longue durée.

Ce drôle de verdict fait des Européens les plus démunis, venus de pays en difficulté, comme la Bulgarie ou la Roumanie, des citoyens de seconde zone à qui l’on interdit, de fait, la liberté de circulation au sein de l’UE. Il constitue une aubaine pour les forces nationalistes européennes, qui surfent sur la «préférence nationale». En France, les réactions les plus enthousiastes venaient d’ailleurs, hier, du Front national. La Cour, jubilait ainsi Louis Aliot, vice-président du FN, «valide un type bien précis de priorité nationale» et reconnaît la «charge déraisonnable du traitement social de l’immigration».

La décision a pour origine une campagne engagée au début du printemps dernier outre-Rhin par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) (extrême droite) puis les chrétiens sociaux bavarois (CSU), dans la perspective des élections européennes. C’est à cette occasion, en effet, qu’est apparu l’étrange concept de «tourisme social», repris sans distance depuis mardi, après le verdict de la cour, par nombre de médias hexagonaux. Une agit-prop, au plus mauvais sens du terme, puisqu’elle disqualifie d’emblée les immigrés comme des individus mus uniquement par la volonté d’aller écrémer les systèmes sociaux des pays partenaires plus développés.

Les forces nationalistes allemandes cherchaient, avant les élections européennes du 25 mai dernier, à capitaliser sur le profond malaise social qui s’est répandu dans un pays devenu un des champions de la précarité et des travailleurs pauvres en Europe. La dénonciation de ce «tourisme social», qui, déclarait la CSU, amène «les communes jusqu’aux limites de leurs capacités financières à honorer leurs prestations», présentait l’avantage de livrer, une fois de plus, les immigrés en bouc émissaire.

L’aide refusée à la citoyenne roumaine par le Jobcenter de Leipzig se monte à 391 euros par mois (pour elle, plus éventuellement quelques euros pour son enfant). Soit le montant des sommes versées aux chômeurs de longue durée en vertu de la loi Hartz IV. Comment prétendre sérieusement que cette prestation constituerait une menace pour les équilibres des comptes sociaux puisque, d’après les statistiques officielles, les étrangers originaires d’un autre pays de l’UE ne représentent pas plus de 5% de l’ensemble des chômeurs en Allemagne.

Cette représentation volontairement erronée de la réalité n’a pas suscité de mises au point dans le landerneau européen. Le premier ministre britannique, David Cameron, affichait au contraire sa satisfaction. «Cette décision ne fait que souligner ce que nous disons depuis longtemps : la liberté de circulation n’est pas un droit absolu», commentait son secrétaire d’État au Travail, Iain Duncan Smith.

En France, le verdict de la Cour a été accueilli par une approbation toute consensuelle, de l’UMP au PS. «Ce jugement me semble un jugement qui dit des choses justes», a osé le président du groupe PS à l’Assemblée nationale française, Bruno Le Roux, sur les ondes de France Info. Simplement, nuançait-il, il faudrait «éviter qu’il y ait la moindre stigmatisation», notamment contre les Roms.

Outre-Rhin, les partis de gouvernement se sont mis également au diapason pour se féliciter du verdict. Dans ce concert, seule Katja Kipping, coprésidente de Die Linke, a immédiatement réagi pour dénoncer «le procès intenté aux immigrés.»
Une élévation partout en Europe des standards sociaux et des niveaux de vie paraît constituer la seule réponse crédible au risque de grossissement des flux migratoires au sein de l’UE. Il faudrait pour cela mettre enfin en route, comme le souligne Katja Kipping «une Europe sociale qui mériterait ce nom».

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