Première en Thuringe , où Die Linke gouverne

Élu ministre-président à la tête d’une coalition avec les sociaux-démocrates et les Verts, Bodo Ramelow devient le premier dirigeant d’un parti situé sur la gauche du SPD à accéder à la tête d’un Land.

L’intronisation vendredi dernier d’un ministre-président membre de Die Linke en Thuringe revêtait une dimension qui dépassait largement les frontières de ce Land d’Allemagne orientale. D’abord parce que Bodo Ramelow, le dirigeant local de Die Linke, réussit ainsi une première à la suite de l’élection du Land (État-région) du 14 septembre, où son parti est arrivé largement en tête de la gauche avec plus de 28% des voix (voir encadré). Jamais de toute l’histoire de la République fédérale le parlement d’un Land n’avait élu à sa tête un membre d’un parti situé sur la gauche de la social-démocratie.

À l’occasion d’une visite à l’Assemblée nationale française le 1er décembre dernier, Gregor Gysi anticipait la portée de l’événement : «Si l’on m’avait dit, il y a vingt-cinq ans (à l’aube de la réunification – NDLR), qu’un jour la Thuringe, où l’ex-PDS ne totalisait alors que 5% des voix, serait dirigée par Die Linke, j’aurais pris cela pour une aimable galéjade.» Le président du groupe des députés de Die Linke au Bundestag faisait remarquer cependant, dans sa rencontre avec la presse française à l’invitation d’André Chassaigne (PCF/Front de gauche), que si le moment peut faire date il est «sans doute beaucoup trop tôt» pour considérer que l’on assiste au début de la fin d’un ostracisme systématique à l’égard de sa formation.

Jusqu’au dernier moment on aura assisté à des tentatives acharnées pour empêcher l’élection de Ramelow, qui ne dispose que d’une majorité d’un seul siège dans la nouvelle assemblée. Comme cette manif aux accents anticommunistes primaires sous les fenêtres du parlement à Erfurt, à la veille du vote. La droite chrétienne-démocrate (CDU), qui dirigeait sans interruption le Land depuis 1990, en était la principale initiatrice. Et pour parvenir à ses fins, le dirigeant de la CDU locale, Mike Mohring, n’a pas hésité, en dépit du discours officiel de son parti bannissant tout contact avec l’extrême droite, à entamer des tractations concrètes avec l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), selon les révélations du magazine Der Spiegel daté de ce lundi.

Dans son discours d’investiture, Bodo Ramelow a mis l’accent sur «la réconciliation et le fair-play», soulignant que ceux-ci sont «une des clés de l’efficacité» pour la nouvelle coalition et plus généralement le moyen de «désamorcer la montée de la défiance à l’égard des partis politiques», dont la percée de l’extrême droite en Thuringe est précisément un signe préoccupant.

Un plan très ambitieux de formation, avec la création de plusieurs centaines d’emplois de professeurs, fait partie du programme de gouvernement de la coalition. Mais la marge de manœuvre est étroite. Pas seulement en termes de majorité, car le SPD a exigé un strict respect du «frein à la dette» (règle d’or) dans la gestion des affaires régionales (engagement des collectivités à ne plus souscrire aucun emprunt pour combler un éventuel déficit budgétaire). Une contrainte d’autant plus lourde que l’économie tourne au ralenti. Ce qui tarit les rentrées fiscales du Land.

Le SPD apparaît, de plus, tiraillé entre deux stratégies : la première consisterait à préparer, à partir de la Thuringe et d’une «normalisation» de Die Linke, une relève à gauche capable de battre Merkel à Berlin. Mais cette option reste contestée. Ainsi le président du SPD en personne, Sigmar Gabriel, ne fait pas mystère de lui préférer une orientation «centriste» dans l’espoir de séduire une partie de l’électorat de la chancelière.

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