Un scrutin législatif grec à enjeu continental

La victoire de Syriza aux législatives anticipées du 25 janvier pourrait être l’amorce d’un tournant dont le besoin se fait de plus en plus sentir dans une Europe minée par les ravages de la doxa austéritaire. Pour les progressistes européens, la campagne va donc déborder largement du cadre grec.

Les électeurs grecs sont l’objet de toutes les sollicitudes européennes. La pression monte alors que la courte campagne des élections anticipées du 25 janvier n’est pas même encore vraiment lancée dans le pays. Alors que le ton monte à Bruxelles, Berlin ou Paris pour dissuader les grecs de porter leur choix sur Siriza, le parti de la gauche radicale est donnée majoritaire par les sondages à près de 30% des suffrages et avec 3 points d’avance sur la Nouvelle Démocratie (ND), la formation de droite du Premier ministre sortant Antonis Samaras. Après le FMI, qui a suspendu aussitôt lundi ses versements à la Grèce en… attendant le résultat du scrutin, l’un des principaux mercenaires des marchés financiers, l’agence de notation Fitch, sonnait hier le tocsin affirmant: « Le risque d’une dégradation de la solvabilité de la Grèce a augmenté. » Quant à Antonis Samaras, il affirmait que l’enjeu du scrutin était ni plus ni moins «le maintien du pays dans l’Europe» et confirmait ainsi qu’il ferait de la peur du chaos son principal, sinon son seul argument électoral, compte tenu du désastreux bilan de son gouvernement de grande coalition avec les socialistes du Pasok.

Ce tintamarre polyglotte souligne combien ce qui va se jouer en Grèce dépasse les frontières du pays. Rarement une élection nationale aura eu un enjeu aussi continental. Les gardiens du modèle ordo-libéral l’ont bien compris. Tel le ministre des finances allemands, Wolfgang Schäuble, qui s’en va répétant depuis deux jours que les réformes austéritaires supportés par les grecs sont «sans-aucune-alternative». Mais leur insupportable immixion dans le débat électoral, trahit aussi une fébrilité toute défensive, alimentée par l’absence de résultats notoires des «purges» recommandées depuis trois ans, de sommet en sommet, à La Grèce , puis à l’ensemble des pays de la zone euro, France comprise. Toute une politique européenne ne risque-t-elle pas d’être disqualifiée démocratiquement sous les applaudissements d’une bonne partie de ces européens qui n’en peuvent plus de l’austérité ? Et en tout cas pour tous ceux qui combattent la précarité, les bas salaires, les coupes dans les dépenses publiques et sociales? Du même coup, l’espoir d’une alternative radicale pourrait se renforcer, posant le besoin, comme jamais, d’une refondation de la construction européenne.

«Une victoire de Syriza», relève Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche Européenne, «serait la première pierre d’une solution commune et de progrès pour les européens qui souffrent». Des forces considérables peuvent être mises en marche pour faire valoir une telle issue et exiger l’amorce d’un véritable tournant en Europe. Dénonçant «le chantage exercé par la finance et ses serviteurs politiques» sur les électeurs grecs, l’association Attac pointait, hier, combien les mobilisations sociales qui se développent en Belgique, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Slovénie et ailleurs «montrent que le peuple grec n’est pas seul en Europe à vouloir prendre un autre chemin.» Y compris outre Rhin, le «modèle allemand» de précarisation et de modération salariale, si souvent présenté en référence «incontournable» pour les états-membres, est extrêmement impopulaire, et combattu de plus en plus ouvertement par les syndicats alors que devrait se confirmer au dernier trimestre la stagnation de la première économie de la zone euro.

Le besoin d’amorcer un tournant radical émerge de manière d’autant plus forte que grandit la menace de déflation (baisse des prix et des salaires), pure dérivé des politiques auustéritaires. Le calendrier électoral grec va venir ainsi percuter celui de la Banque Centrale Européenne (BCE). Au menu de la réunion du 22 janvier de l’institut d’émission: de nouvelles mesures «non conventionnelles» pour tenter de relancer l’activité, en panne. Mario Draghi, son président, ne fait plus mystère des préparatifs engagés dans ce sens. Tant l’urgence est manifeste. Le crédit a reculé de 0,9% le mois dernier, faisait savoir hier la BCE, après une contraction de 1,1% le mois précédent. La BCE pourrait, après avoir abaissé ses taux d’intérêt à 0,05%, envisager des achats massifs d’emprunts d’Etats, comme le fait de longue date la réserve fédérale, la banque centrale états-unienne.

Cette rupture annoncée de l’institut de Francfort avec l’orthodoxie monétariste vient illustrer la pertinence des propositions alternatives développées par de nombreuses forces progressistes européennes et en France, de longue date, par le PCF et le Front de gauche. Il s’agirait de mobiliser la politique monétaire non plus au service des marchés financiers mais de l’emploi, de la formation ou de l’investissement dans des services publics. Qu’ils soient «anciens», quand ils sont exsangues comme aujourd’hui, ou nouveaux, pour faire face, par exemple, aux immenses défis environementaux. Pour éviter que ce crédit gratuit ne soit détourné par la spéculation, des politiques sélectives vers des investissements publiquement et socialement utiles seront décisives.

De quoi alimenter des luttes et aussi… une solidarité européenne concrète avec un gouvernement anti-austéritaire grec. Quand Syriza prévoit, entre autres, dans son programme de «créer 300.000 emplois dans le secteur public, privé et dans l’économie solidaire» ou entend assurer «électricité, nourriture et soins gratuits pour les plus pauvres».

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