Dette: Athènes fait un pas, Berlin un bras d’honneur

L’offre de compromis hellène pour prolonger le plan d’assistance financière européen est bien accueillie par la Commission. L’Allemagne s’entête dans le refus. Réunion décisive de l’Eurogroupe ce vendredi.

Le gouvernement d’Alexis Tsipras a fait un pas considérable pour parvenir à une conciliation avec ses bailleurs de fonds de l’Eurogroupe. Menacé d’être totalement privé de vivres par l’échéance d’un prêt européen dès le 28février, il a adressé jeudi une lettre au président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, dans laquelle il sollicite le prolongement de six mois de l’assistance financière du mécanisme européen de stabilité (MES) pour éviter la faillite et faire face à ses obligations tout en s’engageant à honorer les dettes déjà contractées et à respecter les objectifs macroéconomiques fixés par les précédents programmes. La lettre, au ton et au contenu extrêmement modérés, semblait avoir toutes les qualités requises pour qu’un terrain d’entente puisse être trouvé au sein de l’Eurogroupe dont une nouvelle réunion a été programmée aussitôt par Dijsselbloem et fixée dans l’après-midi de ce vendredi 20 février. Au point que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, lui-même, réagissait en déclarant que la missive des autorités grecques constituait « un signal positif » et ouvrait « la voie à un compromis».

C’était sans compter sur l’intransigeance de Berlin qui a fait savoir très vite qu’il refusait la demande déposée par Athènes. Celle-ci « ne serait pas une solution substantielle » et ne répondrait pas « aux critères » fixés par l’Eurogroupe, a déclaré Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand. Inflexible, il campe sur une poursuite de l’application stricte des mesures austéritaires inscrites dans les mémorandums et dénonce une demande qui ne viserait qu’à obtenir un «simple crédit relais.»

Les six objectifs du texte de l’accord proposé par Athènes pour prolonger le soutien financier européen avaient pourtant de quoi rassurer le plus obtus des créanciers. Le gouvernement Tsipras s’y engage à ce que «toute nouvelle mesure» décidée par lui soit «fondée». Dans le délai de six mois, il veut négocier un nouveau «pacte de croissance avec l’UE et le FMI». Il assure ses partenaires qu’il se dispensera de toute «action unilatérale» pouvant mettre en cause «les objectifs budgétaires, de relance économique et de stabilité fiscale». Et il s’engage même sur un chemin qu’il refusait jusqu’alors de fouler en donnant son accord à une supervision de la troïka (UE, BCE, FMI) «pour la durée de la prolongation du plan d’assistance financière».

Si le jusqu’au-boutisme de Wolfgang Schäuble illustre la volonté de Berlin de ne tolérer aucune alternative à la stricte application d’un «modèle» ordo-libéral germanique dont les normes ont été «copiées-collées» au niveau de l’Europe, il ne paraît plus assuré d’être suivi par une majorité au sein de l’Eurogroupe. Comme l’indique la réaction initiale très favorable de la Commission européenne à la lettre d’Athènes.

De surcroît Schäuble, qui apparaît plus isolé au niveau européen, l’est devenu aussi dans son propre pays. Sigmar Gabriel, ministre de l’Économie (SPD) du gouvernement Merkel, s’est montré hier bien plus ouvert à l’offre d’Athènes. Celle-ci «est un premier pas dans la bonne direction», a-t-il déclaré ajoutant qu’on devrait l’utiliser «comme base de discussion pour des négociations».

La responsabilité de Paris pour faire basculer le rapport de forces à Bruxelles et porter une solidarité concrète avec le peuple grec est donc décuplée. Alors qu’Athènes, piqué au vif par le refus de Schäuble, faisait savoir jeudi que l’Eurogroupe n’aurait que «deux possibilités» : «se prononcer pour ou contre la lettre qui lui a été transmise», Paris doit enfin se décider à sortir du bois. Il y va non seulement d’une assistance élémentaire au peuple grec en danger, mais aussi du projet européen menacé.

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