Après le Brexit, comment échapper au national-libéralisme

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La préservation des privilèges de la City de Londres dans le marché unique ne ferait qu’aggraver le délitement de l’UE alors qu’une Europe solidaire est plus nécessaire que jamais. Les 80 milliards de crédits mensuels à taux nuls de la BCE, déversés aujourd’hui sur les marchés, doivent aller aux peuples.

Le Brexit a provoqué, vendredi dernier, un début de panique sur les Bourses et l’effondrement de la livre sterling. Les grandes places européennes ont perdu entre 6 % et 10 % en une seule séance. Les traders britanniques se sont inquiétés d’une mise en cause des privilèges dont bénéficie la City dans le système européen. La place britannique a pu jouer un rôle de paradis fiscal et financier parfaitement intégré au grand marché européen. De nombreuses multinationales états-uniennes se sont saisies de cette aubaine pour installer leurs sièges sociaux au Royaume-Uni. Que se passerait-il si, à la suite du référendum, ce statut était abandonné ? Ne va-t-on pas assister à une délocalisation de certains opérateurs vers les places financières du continent ? JP Morgan, un des géants états-uniens du secteur financier, n’a-t-il pas alimenté l’inquiétude en faisant savoir qu’il laissait ouverte une telle option ?

L’affaire est prise très au sérieux par les dirigeants britanniques qui n’ont de cesse depuis vendredi de plaider une transition négociée, « en douceur », avec préservation de la position de la City. Qu’il s’agisse du premier ministre démissionnaire, David Cameron, de son probable successeur, le nationaliste ultralibéral Boris Johnson ou même du maire de Londres, le travailliste Sadiq Khan, tous insistent sur le caractère « essentiel de rester partie prenante du marché unique ».

Sur des marchés très volatils, l’effet de surprise provoqué par la victoire du Brexit n’a pu qu’amplifier ces réactions. À y regarder de plus près, toutefois, les causes des turbulences, qui ne se limitent pas à Londres mais affectent au moins autant Francfort et Paris, sont bien plus profondes. Tout l’édifice économique et financier de l’Europe est en cause. D’où les soutiens affichés aux traders britanniques angoissés. Et ceux-là ne sont pas venus que des leaders des campagnes du « Bremain » (maintien dans l’UE) ou du Brexit (sortie) à l’intérieur mais aussi de… Berlin. Angela Merkel avance ainsi une démarche très ostensiblement accommodante plaidant qu’il faut « laisser le temps nécessaire » à des négociations avec les dirigeants britanniques « dans un bon climat de coopération ». Les ponts entre le « modèle » allemand et le national-libéralisme de David Cameron ou de Boris Johnson apparaissent ainsi très crûment.

Sur tout le continent, c’est le renforcement continu des carcans de l’ordo-libéralisme, si fortement inspiré par Berlin en position hégémonique et fondé sur les principes de compétitivité, de concurrence de tous contre tous, qui pousse l’Europe dans les bras des forces nationalistes. Si les champions du Brexit usent de xénophobie et ciblent la liberté de circulation des migrants venus de l’est de l’UE, ils entendent, coûte que coûte préserver, le libre déplacement des capitaux et les privilèges de la place boursière britannique.

Une vraie refondation de l’Europe et de la zone euro est pourtant incompatible avec ces choix. De Grèce en Espagne, jusqu’en France, avec le mouvement contre le torpillage du Code du travail, et en Allemagne, où les syndicats dénoncent de plus en plus ouvertement les impasses austéritaires, des forces de plus en plus nombreuses ont commencé de s’affirmer en faveur d’une vraie alternative. Un combat décisif peut s’engager avec les peuples.

Pour répondre à l’urgence, il faudrait commencer par changer d’affectation les quelque 80 milliards d’euros déversés tous les mois sur les marchés financiers par la Banque centrale européenne (BCE). La mesure s’est avérée incapable de tirer la zone euro de la léthargie. Les crédits gratuits (aux taux nuls, de la BCE) pourraient être « réorientés » vers de gros investissements indispensables partout en Europe au développement et à la mise en place de nouveaux services publics (formation, santé, recherche, lutte contre le réchauffement climatique). « Ce ne sont pas les marchés, ce sont les peuples qui doivent décider de l’utilisation de ces euros », soulignent, en France, les économistes communistes s’appuyant sur le débat qui monte en Europe en faveur d’une autre utilisation de l’argent créé par la BCE. Cela suppose de ne plus garrotter la démocratie mais d’impliquer comme jamais citoyens et salariés en leur donnant de « nouveaux pouvoirs ». Il y va de la régression nationaliste ou de l’émergence d’une « autre Europe » solidaire.

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