Krach-ements sur l’immobilier britannique

cityimmoL’angoisse des traders face aux incertitudes sur la future relation de la City avec le marché unique européen nourrit un mouvement de retrait qui menace de faire éclater une méga-bulle immobilière à Londres.

article paru dans l’humanité des 8,9,et 10 juillet

L’armée de grues qui hérissent aujourd’hui le paysage de la City et du centre de Londres va-t-elle être contrainte de sonner une soudaine retraite ? L’évolution de l’immobilier déclenche en tout cas les pires inquiétudes dans les salles des marchés. La bulle financière apparue, ces dernières années, a commencé en effet de se dégonfler à vive allure face aux incertitudes qui entourent la période post-Brexit.

Forts de la « dynamique » affichée par la City, première place financière de la planète, et d’une demande très forte de logements et surtout de bureaux ou de commerces, les prix ont explosé à Londres dépassant de 54 % le niveau record déjà atteint avant le krach financier de 2007-2008. Ce fut une aubaine pour tous les poids lourds de la Bourse (banques, assurances, fonds de pensions états-uniens, etc.), assurés d’un retour très lucratif sur investissements.

Seulement quand la tendance se retourne comme aujourd’hui, la chute promet d’être au moins aussi vertigineuse que ne le fut la montée antérieure au paradis rentier. L’événement suscite des accès de panique. Hier encore, plusieurs fonds immobiliers ont annoncé une dévalorisation de 15 % de la valeur de leurs propriétés. Depuis le début de la semaine, six groupes financiers, assaillis de demandes de retraits par leurs clients, ont expliqué qu’ils étaient incapables d’y répondre et ont fait part de la « suspension » de leur activité.

La ruée vers l’or de la City est ébranlée par les angoisses que soulèvent les rumeurs de départs de sièges de multinationales du centre de la capitale britannique et le flou qui entoure par essence le débouché des marchandages entamés sur les futures conditions d’accès de la place financière britannique au marché unique européen. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur que va prendre le phénomène et donc la dimension systémique qu’il pourra revêtir, on peut craindre de terribles enchaînements.

Un effondrement de l’immobilier au Royaume-Uni affecterait jusqu’aux particuliers des classes moyennes très endettés, précisément parce qu’ils ont souscrit des emprunts immobiliers, convaincus qu’ils réalisaient là un placement à toute épreuve en profitant de la hausse spectaculaire et continue du prix de la pierre (10 % par an depuis 2008). S’appuyant sur cet « effet richesse », ils ont pu souscrire d’autres emprunts pour des achats supplémentaires bien au-delà des moyens que leur laissaient espérer leurs revenus salariaux. Leur endettement est ainsi évalué à 130 % de ces revenus. Si la chute de la valeur de leurs biens continuait de s’accentuer, ces ménages se retrouveraient vite en situation délicate et seraient contraints de réduire leur standing de vie et donc leur consommation. De quoi provoquer un écroulement de la demande sur le marché intérieur qui pourrait précipiter à terme le Royaume-Uni vers la récession.

La banque centrale d’Angleterre tente de colmater les fuites

De plus, le retrait des plus gros investisseurs de l’ex-eldorado londonien accentuerait le déficit déjà considérable des comptes extérieurs du pays. Le déséquilibre de la balance commerciale, avec des importations devenues largement excédentaires sous l’effet de la désindustrialisation de ces dernières décennies, était déjà imparfaitement compensé par le flux des placements financiers et autres investissements immobiliers vers le centre de Londres. Un tarissement de cette source ferait plonger la livre sterling et donc le pouvoir d’achat des citoyens britanniques, alimentant encore des tendances récessives.

La banque centrale d’Angleterre tente de colmater les fuites en inondant les marchés de liquidités. Jusqu’à quand et pour quel effet à terme ? Ce début de crise systémique illustre en effet les limites des logiques d’intervention de toutes les grandes banques centrales de la planète capitaliste. Celles-ci inondent les marchés financiers de liquidités bon marché pour tenter de sortir l’activité de la léthargie. En vain. La Banque centrale européenne déverse ainsi chaque mois quelque 80 milliards d’euros de crédits à taux nuls, captés par de gros opérateurs boursiers. Loin de se servir de ces crédits pour financer l’économie réelle, ils confisquent cet argent gratuit pour des opérations spéculatives, considérées comme bien plus lucratives. Ce qui alimente la formation de bulles financières – comme celle qui a commencé d’éclater au cœur de Londres. Il est plus que temps de rendre aux peuples d’Europe la maîtrise de cet argent gratuit pour financer enfin l’emploi et le développement.

 

 

 

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