Londres engage une partie de poker fiscal pour sauver la City

 

Le chancelier de l’Échiquier met sur la table un abaissement à 15 % du taux de l’impôt sur les sociétés pour accentuer encore les attributs paradisiaques de la place londonienne. En contrepoint : chasse aux migrants et austérité renforcée pour les habitants des quartiers défavorisés.

Le gouvernement Cameron et son chancelier de l’Échiquier, George Osborne, ont engagé la partie de poker sur les moyens qu’ils entendent déployer pour préserver la place de la City londonienne dans le processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. En joueur averti, le ministre des Finances a fait savoir qu’il aurait dans sa manche un panel de cartes maîtresses grâce au joker du dumping fiscal. Dans une interview au Financial Times de lundi, il a ainsi évoqué une réduction du taux de l’impôt sur les sociétés (IS) de 20 % à 15 %. L’annonce se veut plus conséquente encore que celle qu’il avait formulée en mars (taux d’IS ramené à 17 % d’ici 2020). George Osborne, partisan du « Bremain » (maintien dans l’UE), qui quittera la direction du pays avec David Cameron à l’automne, laisse entendre que la mesure pourrait entrer rapidement en vigueur sans toutefois apporter aucune autre précision.

Avec un taux d’impôt sur les sociétés de 15 %, la place de Londres, aujourd’hui déjà vice-championne d’Europe de la fiscalité light sur les capitaux, se rapprocherait du niveau du paradis irlandais des « investisseurs » (12,5 % d’IS). La manœuvre est un signal à l’attention des marchés financiers destiné à afficher la détermination de Londres à maintenir l’attractivité de la City après qu’un certain nombre de multinationales comme Vodafone ou les banques états-uniennes Goldmann Sachs et Morgan Stanley ont fait part de leur intention de déménager le siège de leurs représentations européennes vers la zone euro.

Depuis le Brexit, les places de Dublin, Paris, Francfort et même Luxembourg se sont lancées ouvertement dans une course de vitesse pour se présenter comme les mieux à même de remplacer Londres dans le rôle de grande place financière de l’UE. Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France, n’a pas hésité à lancer un « Welcome to Paris region » aux déçus de la City et à revendiquer du gouvernement Hollande un traitement fiscal à la hauteur de cette démonstration d’hospitalité. Un même lobying est engagé par le ministre-président du Land de Hesse (la région de Francfort). La place financière allemande (Deutsche Börse) semble toutefois posséder une longueur d’avance sur Paris, puisqu’elle avait déjà entamé un processus de fusion avec la bourse britannique (London Stock Exchange, LSE). Simplement, disent les promoteurs de ce mégamariage, le siège de la nouvelle entité, dont 54 % sont entre les mains d’actionnaires de la Deutsche Börse, ne devrait plus être implanté à Londres, comme prévu initialement, mais à Francfort.

La classe dirigeante britannique veut préserver la position de la City

Si la classe dirigeante britannique était divisée sur la sortie ou le maintien dans l’UE, elle ne fait qu’un bloc quand il s’agit de préserver la position de la City. L’accès au grand marché européen est décisif pour que ses traders puissent continuer d’y vendre sans entraves leurs produits financiers les plus sophistiqués. La moindre autorisation administrative à l’entrée du marché unique pourrait altérer la fluidité de ces opérations et faire fondre la notoriété de la première place financière de la planète. Le poker fiscal engagé par George Osborne avertit des intentions britanniques.

Les migrants venus des autres pays de l’UE, tout comme les électeurs des quartiers déshérités d’Angleterre ou du pays de Galles qui ont émis un vote sanction contre les politiques d’austérité de David Cameron ou de l’UE, n’ont rien de bon à attendre de ces tractations. Unis sur la liberté de circulation des capitaux, les dirigeants conservateurs divergent sur le degré d’entraves qu’ils voudraient mettre à la libre circulation des personnes, singulièrement celle des migrants d’Europe de l’Est. Theresa May et Andrea Leadsom, les deux « dames de fer » favorites de la course à la succession de Cameron au poste de premier ministre, ne se différencient ainsi que sur les mesures discriminatoires qu’elles voudraient voir adopter pour dissuader les nouveaux arrivants potentiels ou pour chasser ceux qui sont déjà sur le sol du Royaume-Uni. Quant aux nouveaux cadeaux fiscaux envisagés par George Osborne, ils coûteraient la bagatelle de 4 milliards de livres par an au budget britannique. Pour compenser, le futur gouvernement conservateur ne manquerait pas de déclencher une nouvelle campagne d’austérité draconienne. Autrement dit : l’addition de la facture pour le maintien de l’attractivité de la City sera présentée aux pauvres, ceux-là même qui ont voté majoritairement pour le Brexit.

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