Quand Barroso va à la soupe chez Goldman Sachs

 

L’ex-président de la Commission, nommé à la direction du siège de la banque états-unienne sur le Vieux Continent, sera l’un des hommes liges du compromis post-Brexit entre Londres et Bruxelles. Il alimente ainsi consciencieusement ces forces  centrifuges national-libérales qui minent l’UE. Comme il le fit jadis déjà en installant avec les chefs d’état,  un carcan austéritaire sur la zone euro.2013341_goldman-sachs-recrute-jose-manuel-barroso-web-tete-0211111894539

Président de la Commission européenne pendant dix ans (de 2004 à 2014), José Manuel Barroso vient de se négocier à 60 ans un emploi senior très haut de gamme : il intègre le fleuron des banques de Wall Street, Goldman Sachs (GS), dont il va rejoindre le siège européen installé à Londres, en tant que président non exécutif et conseiller. À un moment clé pour la banque d’affaires qui cherche à affiner sa stratégie sur le Vieux Continent pour s’adapter au Brexit. Barroso commença sa carrière à l’extrême gauche comme chef de file des étudiants maoïstes à l’université de Lisbonne avant de bifurquer à droite toute pour intégrer le PSD, ce qui l’a conduit jusqu’au poste de premier ministre portugais en 2002 avant qu’il ne devienne deux ans plus tard, sur proposition de Tony Blair, l’homme du consensus entre les chefs d’État européens pour présider la Commission.

Jouant de la faconde très décontractée qu’il affectionnait dans ses sommets avec les « grands » de la planète – qu’il s’agisse des Conseils européens, des G8, G20 ou autres réunions de l’OMC –, il a présenté son nouveau job comme une sorte de consécration toute naturelle : « Évidemment, a-t-il fait observer dans le Financial Times, je connais bien l’Union européenne et relativement bien aussi le contexte britannique. Si mes conseils peuvent être utiles dans de pareilles circonstances, je suis prêt à aider. » Toujours dans les starting-blocks, le scout Barroso…

« Governement Sachs » à la manoeuvre

Le numéro un mondial de la banque d’affaires a fait de l’acquisition de l’influence la plus haut placée dans le monde politique l’une des règles de base de son fonctionnement global. Nombre de personnalités clés du Vieux Continent en vue, dont l’actuel président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, ou l’ex-président du Conseil italien Mario Monti ou encore l’ancien chef économiste de la BCE, Otmar Issing, ont fait leurs classes chez Goldman Sachs. Aux États-Unis, quasiment tous les secrétaires d’État au Trésor ou aux Finances de ces dernières décennies sont passés par des stages à la direction de GS. Au point que le poids lourd de Wall Street est très souvent rebaptisé du sobriquet de « government Sachs », le lieu où s’exerce le véritable pouvoir. Et même après le krach déclenché par les crédits pourris (subprimes) pour les petits accédants états-uniens à la propriété en 2007-2008 (une des spécialités de GS de l’époque), le champion de la financiarisation a pu continuer de jouer de ses relations pour s’affranchir des quelques velléités de réglementation de la Maison-Blanche.

Sans doute, les nouveaux patrons de José Manuel Barroso ont-ils toutes les raisons de lui retourner l’ascenseur pour les bons et loyaux services fournis durant la période où il fut président de la commission, à une époque où l’anglo-saxonisation des critères de fonctionnement de l’Union européenne (UE) n’a cessé de se renforcer. L’ex-commissaire européen n’a-t-il pas contribué à l’instauration d’un cadre hypercontraignant au service des marchés financiers ? Mais son recrutement par la banque états-unienne va bien au-delà du « pantouflage » que l’on évoque ici ou là en s’indignant parfois de l’absence de scrupules de l’ex-patron de la Commission. Goldman Sachs veut s’assurer ici et maintenant des services d’un Européen d’influence alors qu’ont déjà démarré les négociations du compromis sur les futures relations de la City avec le Marché unique européen.

Tout comme la politique de José Manuel Barroso, en tant que président de la Commission, a contribué au glissement de l’UE vers une sorte de pilotage économique libéral automatique permettant de s’affranchir toujours davantage des peuples et des votes des citoyens, sa promotion chez Goldman Sachs ravit les forces centrifuges qui menacent aujourd’hui l’UE dans son existence même. Il faudrait ainsi s’accommoder une nouvelle fois de l’atlantisme de l’ex-dirigeant portugais qui avait été à l’initiative en juin 2003 avec son ami Tony Blair du sommet des Açores au cours duquel Portugal, Espagne et Grande-Bretagne avaient appuyé George W. Bush et sa guerre en Irak.

Ainsi Barroso est bien pire qu’un dangereux « biftécard », il est l’un de ceux qui ont mis en musique les politiques libérales qui renforcent partout les souffrances populaires, nourrissent la défiance des populations à l’égard des « élites » et ouvrent les brèches dans lesquelles veulent s’engouffrer partout, à la suite du Brexit, les nationaux-libéraux en embuscade. Et en pleine cohérence atlantiste.

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