Les raisons de la nouvelle poussée nationaliste à Berlin

Les partis de la grande coalition, CDU et SPD,  affichent une nouvelle fois de sévères reculs dans le scrutin du 18 septembre dans la capitale allemande. L’extrême droite xénophobe et anti-euro fait ,à plus de 14%, une nouvelle entrée en force dans le parlement de la cité-État. Les causes profondes du malaise vont bien au delà de la politique migratoire. Elément réconfortant cependant : Die Linke réussit une belle progression en se hissant en troisième position dans la ville.

Berlin s’ajoute à la série noire des élections qui enregistrent l’une après l’autre, outre-Rhin, une poussée de l’extrême droite. En phase avec les anticipations les plus pessimistes des sondages, l’AfD ( ultra droite) réalise quelques 14,2% des voix dans la capitale et fait ainsi une entrée en force dans son Parlement. Une nouvelle fois, les partis de la grande coalition, au pouvoir ensemble au sein du gouvernement fédéral (CDU/SPD), comme ils l’étaient dans l’exécutif de la cité-État subissent de lourdes pertes. Le SPD perd près de 7 points , passant de 28,3 % en 2011 à 21,6%. Et le parti de la chancelière décroche lui aussi comme en Mecklembourg-Poméranie, quinze jours auparavant. Il est à 17,6 % (contre 23,3 % en 2011). Si le bourgmestre sortant Michael Müller (SPD),paraît assuré d’être reconduit dans ses fonctions, il va devoir chercher d’autres partenaires. Compte tenu de leurs contre-performances les partis de la grande coalition sont en effet très loin d’atteindre le seuil de la majorité dans le Landtag berlinois.

Merkel sous pression de son aile droite

Ce mauvais résultat devrait être utilisé une nouvelle fois par la CSU bavaroise et l’aile droite de la CDU pour exiger de la chancelière qu’elle durcisse toujours davantage sa politique migratoire. Si celle-ci a réduit le regroupement familial, accéléré le nombre d’expulsions, promu une nouvelle loi beaucoup plus restrictive sur l’asile, elle a jusqu’ici refusé de céder sur le principe du bien-fondé d’un accueil «sans limites» des personnes « pouvant faire la preuve de leur qualité de réfugiées». Au grand dam de Horst Seehofer, le patron de la CSU et de plusieurs dirigeants chrétiens démocrates qui veulent plafonner l’entrée des réfugiés.

Ces surenchères sécuritaires ou (et) anti-migrants émanant des rangs mêmes des formations qui soutiennent la chancelière,peuvent nourrir les plus grosses inquiétudes. Non seulement l’obsession à singer l’ultra droite s’est avérée jusqu’ici incapable de couper l’herbe sous ses pieds, mais elles lui fournit, à chaque fois, l’occasion de s’installer toujours mieux dans le paysage politique en banalisant ses thèmes de prédilection. Ainsi l’AfD ne manquera-t-elle sans doute pas d’instrumentaliser l’idée lancée , il y a quelques jours, par le très conservateur ministre de l’intérieur, Lothar de Maizière, qui consisterait à priver de nationalité les terroristes allemands binationaux. Soit une mesure qui ouvrirait la porte à un retour à un droit du sang pur jus dont l’Allemagne avait su se débarrasser, il y a près de quinze ans.

Seul élément encourageant dans le résultat de ce 18 septembre: Die Linke ne subit plus, comme en Mecklembourg-Poméranie et dans d’autres scrutins au printemps, une hémorragie analogue à celle des « grands » partis. À l’inverse, elle progresse même de près de 4 points, passant à 15,6 % ( contre 11,7% en 2011). Cette bonne performance comme le maintien des Verts, qui enregistraient eux 15,3 % (- 2,4%)  à un haut niveau, pourraient ouvrir la voie à une coalition de type «gauche plurielle» à Berlin entre le SPD, Die Linke, 3ème force politique dans la capitale , et les Verts. Et ce changement de cap berlinois pourrait donner le signal à des rapprochements en faveur d’une alliance du même type à l’échelon fédéral, idée avec laquelle flirte une partie de la direction du SPD en vue de  l’élection du Bundestag dans un an.

Les médias dominants analysent généralement la poussée de l’AfD comme une conséquence quasi mécanique de la politique migratoire « trop généreuse » déclenchée par la chancelière, il y a exactement un an. La xénophobie du parti d’extrême droite ne fait pas de doute. À Berlin, il a osé ainsi proclamer sur l’une de ses grandes affiches de campagne : « Mon dealer marocain voit sa vie complètement financée par l’État. Il y a quelque chose de pourri en Allemagne, c’est pourquoi je vote l’Alternative (l’AfD – NDLR). » Toutefois, il ne faut pas s’y tromper : l’AfD prospère fondamentalement sur le malaise politique et social qui s’est répandu dans la société. Les migrants sont livrés en boucs émissaires à la colère populaire accumulée depuis des années, alimentée dans le fond par les réformes anti-sociales initiées par Gerhard Schröder et poursuivies par celle qui lui a succédé à la chancellerie. L’AfD réalise d’ailleurs ses meilleurs scores dans les zones où cette « mal-vie » est la plus prégnante.

Selon toutes les études réalisées après le dernier scrutin de Mecklembourg-Poméranie, début septembre, ou ceux de trois autres Länder où les nationalistes avaient déjà percé au printemps, c’est à chaque fois parmi les ouvriers, les jeunes précaires, les titulaires de jobs sous-payés que se recrutent massivement les électeurs de l’extrême droite.  « Abstentionnistes » des scrutins passés ils se sont mobilisés fortement pour l’AfD. La participation électorale s’améliore de 5 à 10 points à Berlin et dans les scrutins précédents. Et à chaque fois les nationalistes en sont les grands bénéficiaires. Nombre d’électeurs voient d’abord dans l’AfD «un moyen de faire entendre leur protestation», souligne le politologue berlinois, Claus Leggewie.  D’autant que les citoyens précarisés ont subi de surcroît la dégradation des services publics de la capitale, avec des transports en commun qui souffrent d’avaries chroniques ou des écoles et des collèges, souvent délabrés.

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