L’Autriche saturée d’électricité sale

braunkohle-cottbus-lacomaVienne s’insurge contre l’exportation des « surplus » d’électricité « low cost » produits dans les centrales au charbon et au lignite allemandes, qui ruinent les investissements dans ses… énergies renouvelables.

«Trop c’est trop. » Le ministre de l’Environnement autrichien, Andrä Rupprechter, tape du poing sur la table. Il revendique des règles nouvelles pénalisant les énergies polluantes pour que l’Allemagne cesse d’inonder ses voisins de ses surplus d’électricité à très haute teneur en carbone. Car ces exportations massives de courant bon marché rendent impraticables les investissements de la République alpine dans l’énergie renouvelable. Comme le prouve le gel de ce projet très innovant de barrage qui permettrait d’utiliser l’énergie produite aux heures de faible consommation pour actionner des pompes faisant remonter les réserves d’eau. Soit une manière ingénieuse de stocker l’électricité pour répondre plus tard à de fortes demandes sur le réseau.

Rupprechter entend constituer une « alliance énergétique » avec d’autres riverains de l’Allemagne qui subissent ces exportations massives au sein du marché européen libéralisé de l’électricité. Il revendique une taxation des centrales germaniques au charbon ou au lignite à l’échelle européenne. Sans plus prendre de précaution à l’égard d’Angela Merkel, qui vend, elle, « le tournant énergétique » allemand comme un « modèle écologique », si efficace qu’il contribuerait à l’excédent commercial du pays.

Formidables surproductions

En fait, le problème du « tournant » germanique – destiné à accompagner l’abandon progressif du nucléaire – réside dans le cadre qui le contraint, celui de l’ordolibéralisme. L’État y joue seulement un rôle d’arbitre et laisse aux marchés le dernier mot sur la régulation du système. Résultat : les énergies du moment les plus compétitives, mais aussi les plus polluantes, le charbon et le lignite, exploité outre-Rhin dans de gigantesques mines à ciel ouvert, ont pris une place considérable en contrepoint de la montée en puissance de l’éolien et du solaire. Et il faut savoir que ces énergies renouvelables ont été stimulés par des financements EEG (1) prélevés directement sur la facture des usagers ordinaires alors que nombre d’entreprises en sont totalement ou partiellement  exemptées afin de… « préserver leur compétitivité ».

C’est ce montage qui génère de formidables surproductions. Car les centrales thermiques classiques, qui doivent fournir une production d’électricité suffisante pour garantir l’approvisionnement du réseau en cas d’absence de vent et/ou de soleil, fonctionnent aussi à plein quand les éoliennes turbinent et les cellules photovoltaïques scintillent. Berlin s’étant opportunément démené pour enclencher la libéralisation du marché de l’électricité à l’échelle du continent, les réseaux des pays voisins doivent absorber les exportations de ces surplus sur leurs réseaux.

Dans les périodes météorologiques propices, la surproduction peut faire plonger le cours du térawatt heure à la bourse européenne de l’électricité de Leipzig à des niveaux particulièrement bas, voire leur faire atteindre des prix… négatifs. Autrement dit: l’acquéreur d’électricité qui reçoit de l’argent quand il passe une commande. C’est tout bénéfice pour les gros fournisseurs et consommateurs d’électricité, seuls autorisés à faire leurs achats à ce niveau. Et, on l’aura compris, pour les grands groupes allemands, déjà exonérés de l’EEG.

« La direction prise par le tournant énergétique allemand n’est pas la bonne », dénonce Andrä Rupprechter. Les faits effectivement sont accablants : l’Allemagne, plus gros émetteur de CO2 en Europe (voir encadré), inonde ses voisins d’électricité sale et bon marché, ce qui les empêche de promouvoir leurs énergies vertes.

(1) la taxe est prélevée automatiquement sur les factures d’électricité des « clients » ordinaires des fournisseurs au nom de la loi sur l’énergie renouvelable EEG (Erneuerbare Energien Gesetz)

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