L’abstention, ultime inconnue de la présidentielle états-unienne

Après le dernier débat télévisé de Las Vegas, Hillary Clinton reste ultrafavorite. Seule inconnue : la mobilisation des électorats face au désolant niveau des échanges.

À trois semaines de la présidentielle, les jeux paraissent faits. Hillary Clinton, qui a neutralisé Donald Trump dans le dernier débat télévisé de la présidentielle, devrait, au moins, avoir maintenu sa nette avance dans les sondages, en particulier dans ces « Swing States » (« États bascules » qui, à chaque scrutin, font la différence en vacillant dans le camp démocrate ou républicain). La seule inconnue tient au niveau de l’abstention. Généralement élevé aux États-Unis, il pourrait battre des records le 8 novembre en raison de la piètre qualité des arguments échangés par les deux protagonistes, qui se sont le plus souvent limités à la critique, voire aux insultes. Plus encore que souvent en pareille circonstance – compte tenu d’un système réduisant la finale de l’élection à un duel entre tribuns des deux partis qui écrasent la scène politique –, « les électeurs de la présidentielle vont devoir aller voter en se bouchant le nez », soulignait récemment l’historien spécialiste des États-Unis André Kaspi sur les ondes de France Inter.

L’ampleur des refus de participer au vote dans l’un ou l’autre camp pourrait ainsi s’avérer décisive. Dans l’équipe d’Hillary Clinton, on craint que les bons sondages et les multiples commentaires donnant déjà les clés de la Maison-Blanche à l’ex-secrétaire d’État n’aient un effet démobilisateur. Barack Obama lui-même a donné de sa personne à plusieurs reprises en prévenant que le « résultat n’était pas acquis » qu’il pourrait être « serré » et qu’il fallait donc « aller voter ».

Les Africains-Américains ont vu « leur niveau de vie chuter »

Paradoxalement, c’est au sein de la communauté africaine-américaine, qui paraît la plus acquise à Hillary Clinton, que les craintes d’abstention sont les plus fortes. La déception y est à la mesure des immenses espoirs qu’avait suscités l’élection du premier président noir des États-Unis en 2008. Les Africains-Américains, qui furent, de loin, les principales ­victimes du krach des subprimes, attendaient au moins un recul des discriminations et plus de justice sociale. « Ils ont vu leur niveau de vie chuter et ils se font trouer la peau par des policiers racistes qui ne sont même pas sanctionnés », s’emporte John Parker, du mouvement Black Lives Matter (les vies des Noirs sont importantes) à New York. Et ce « ressenti-là », précise-t-il aussitôt, est un « formidable handicap pour tous ceux qui, comme nous, considèrent qu’il faut absolument faire barrage à Trump ».

Le degré de mobilisation pour l’ex-secrétaire d’État de ceux qui avaient soutenu Bernie Sanders lors de la primaire démocrate constitue une autre inconnue du même type. Malgré son engagement loyal aux côtés d’Hillary Clinton et sa conviction réitérée qu’il n’y aurait « rien de pire que Trump » pour les États-Unis et le monde, il n’est pas sûr que l’appel du candidat « socialiste » soit entendu de tous. Et de ce point de vue, les choix ­politiciens d’Hillary Clinton, qui multiplie les appels du pied à un électorat conservateur traditionnel, censé être effrayé par les ­débordements de Trump et qui oublie les propositions progressistes inspirées de ­Sanders, peuvent s’avérer contre-productifs. Comme les liens privilégiés de l’ex-« première dame » avec Wall Street, qui transpirent si fort dans de premières indiscrétions sur la composition de son futur cabinet.

Donald Trump se présente en victime du système

Favori pour le poste de secrétaire au Trésor, Lawrence Fink n’est autre que le PDG du groupe BlackRock (géant de la finance internationale). Sa promotion paraît si assurée qu’elle a provoqué une mise en garde solennelle d’Elizabeth Warren, autre figure de l’aile gauche du Parti démocrate. « Nous ne laisserons pas, a-t-elle prévenu la candidate Clinton, Citigroup, Morgan Stanley ou BlackRock choisir qui gère l’économie dans ce pays et qui peut ainsi capturer notre gouvernement. »

La faculté de stimuler l’abstention n’est ­cependant pas propre au clan Clinton. Donald Trump, qui aurait besoin d’une mobilisation exceptionnelle de ses électeurs s’il veut espérer créer la surprise le 8 novembre, fait étalage aussi de redoutables capacités démobilisatrices. Il a, lui, entamé la dernière ligne droite de la campagne en jouant une étrange carte ­complotiste. Il se présente en victime d’un système qui truquerait « d’avance les élections », laissant même entendre à Las Vegas qu’il pourrait « ne pas reconnaître le résultat » au soir du scrutin. Mais, dès lors, « quel intérêt y aurait-il à se mobiliser pour lui ? » s’étrangle-t-on au sein d’un staff républicain qui semble toujours plus résigné à la défaite.

Cet article a été publié dans Etats-Unis, présidentielle 2016. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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