Clinton ou Trump: Retour d’arrogance programmé en politique étrangère

Une Hillary Clinton plus interventionniste que Barack Obama et sensible aux sirènes des faucons démocrates fait face, pour l’élection présidentielle du 8 novembre, à un Donald Trump qui veut démultiplier la puissance militaire des États-Unis.

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Le monde pourrait bien regretter la période Obama. Même si la légende d’un président des États-Unis pacifiste, si complaisamment entretenue par l’attribution d’un prix Nobel en 2009, a vécu après huit années où les ingérences de l’hyperpuissance n’ont pas franchement faibli. Il reste que le caractère contre-productif, voire empoisonné, des débordements antérieurs, et singulièrement l’invasion de l’Irak, fut au moins pris en compte dans la politique étrangère de l’administration qui s’achève. Les engagements de politique extérieure des deux candidats au poste de « commandant en chef » de la première armée au monde, ne laissent, eux, guère de doute sur leur volonté de rejouer davantage de la force pour conforter ou « rétablir le leadership » des États-Unis. L’accès au poste suprême d’une personnalité aussi impulsive qu’un Donald Trump, l’homme de l’extrême droite nationaliste, capable de se laisser emporter par de soudains accès de « colère », fait craindre le pire en cas de crise internationale aiguë. Mais la menace n’est pas moindre si l’on examine le programme de l’ultrafavorite des sondages. Hillary Clinton est imprégnée de la conviction que les États-Unis doivent mieux s’acquitter de « leur mission » à faire respecter « la liberté et la sécurité à l’échelle planétaire ». Une position qui pourrait entraîner rapidement de très funestes développements sur le dossier syrien.

De l’huile sur le feu syrien ?

« Lorsque j’étais ministre des affaires étrangères, j’étais pour une zone de non-survol (no flying zone) au-dessus de la Syrie et je le suis encore aujourd’hui », vient de déclarer l’ex-secrétaire d’État. Il s’agirait d’empêcher les bombardements qui, il est vrai, coûtent la vie à de nombreux civils d’Alep. Mais pour que personne ne doute de la visée véritable d’une telle mesure, Clinton ajoute aussitôt : « Nous avons besoin d’un levier contre les Russes. » On ne saurait mieux envisager une confrontation directe avec Moscou (engagé dans le ciel syrien aux côtés des forces du régime contre l’« État islamique » et certains groupes de la rébellion). La candidate affiche une proximité inquiétante avec les « liberal hawks » (faucons libéraux), souligne l’ex-diplomate français, Hubert Védrine, en précisant que ce « puissant courant démocrate » est « le symétrique des néoconservateurs dans le camp républicain ». Un penchant pour les aventures militaires confirmé par la relation très étroite de l’ex-première dame avec Madeleine Albright, un de ces « faucons » de haut vol, qui fut, de sinistre mémoire internationale, secrétaire d’État durant le second mandat de son mari, Bill.

Étonnant aléa de la controverse électorale : en s’appuyant sur les arguments syriens d’Hillary Clinton pour en démontrer le caractère irresponsable et donc « indigne d’un vrai commandant en chef », son adversaire Donald Trump a pu se payer le luxe d’enfiler, lui, des habits de colombe, prévenant qu’une zone de non-survol en Syrie serait « synonyme d’une troisième guerre mondiale ». Car, pointe-t-il, « la Russie est un pays où les bombes nucléaires fonctionnent ».

Il ne faut pas s’y tromper cependant. Derrière un certain tropisme pro-Poutine, commun à de si nombreux tribuns nationalistes et populistes des deux côtés de l’Atlantique – sans doute séduits par « l’exemple » que suscite à leurs yeux le locataire du Kremlin, capable de diriger son État d’une poigne de fer –, Trump ne saurait cacher le fond d’un programme qui constitue, au moins autant que celui de son adversaire, une bombe à retardement pour la paix mondiale.

Retour au soutien inconditionnel à Israël

D’abord parce que le candidat républicain est prêt, lui aussi, à jeter de l’huile sur le feu moyen-oriental en s’en prenant à l’Iran, pourtant un des acteurs incontournables d’un règlement dans la région. Le milliardaire nationaliste a juré de démanteler « l’accord catastrophique » passé entre Téhéran et les grandes puissances sur le nucléaire. Devant l’Aipac (the American Israel Public Affairs Committee), puissant lobby pro-israélien, il a dénoncé la distance prise, ces dernières années, par Barack Obama avec le gouvernement de droite/extrême droite de Benyamin Nétanyahou comme « la pire chose qui soit jamais arrivée à Israël ». Moins abrupte, Hillary Clinton veut néanmoins balayer, elle aussi, les quelques frictions apparues avec Tel-Aviv et renouer plus ostensiblement avec les dirigeants israéliens actuels. Aucune critique de la colonisation israélienne ne figure ainsi dans la plateforme électorale du Parti démocrate, en dépit des demandes insistantes du camp Sanders, lors de la convention du parti en juillet dernier.

Accord sur l’expansion des dépenses militaires

Une autre convergence, de fait, entre les deux candidats, porte sur l’expansion des dépenses militaires. L’analyse si convenue d’un Donald Trump, présenté comme un « isolationniste », partisan d’un repli sur « l’Amérique d’abord », ne résiste pas à un examen sérieux de son programme sur le sujet. Oncle Donald entend augmenter l’armée des États-Unis de 50 000 hommes, créer 13 bataillons de marines supplémentaires, augmenter très sensiblement le nombre de navires et d’avions de combat. Il veut accélérer le redéploiement géostratégique, déjà entamé, vers l’Asie du Sud-Est avec présence militaire états-unienne « renforcée dans et autour du sud de la mer de Chine ».

Hillary Clinton n’avance aucun chiffre portant sur un éventuel agrandissement du format de l’armée. Mais elle veut lever les règles du « séquestre budgétaire » (norme couperet limitant automatiquement les dépenses publiques). Et elle insiste tout particulièrement sur la nécessité d’augmenter les enveloppes « destinées à la défense ». Une manière de planifier une nouvelle diarrhée de dépenses militaires. Et cela malgré la dette publique du pays qui crève, au même moment, tous les plafonds. La candidate démocrate veut aussi une montée en puissance des États-Unis en Asie du Sud-Est.

Ainsi les différences d’approche entre les deux candidats ne portent-elles pas sur le bien-fondé de l’effort militaire gigantesque à programmer mais sur la méthode qu’il conviendrait d’appliquer pour le mettre en œuvre. Hillary Clinton insiste sur « un renforcement des alliances », en Europe au sein de l’Otan et en Asie/Pacifique avec la Corée du Sud et le Japon. Quand Donald Trump affiche, lui, beaucoup de défiance à leur égard. Le milliardaire nationaliste reproche ouvertement aux États membres de ces alliances de ne « pas payer ce qu’ils doivent » et donc de bénéficier à trop bon compte du « parapluie » militaire états-unien. Il s’en remet à une logique très libérale : il veut investir pour faire enfler une armada déjà considérable. Mais comme cela va coûter très cher, il estime qu’il va falloir faire payer davantage les alliés. Quitte à les menacer de ne pas intervenir s’ils ne s’exécutaient pas.

L’empire version Trump soigne l’expansion de sa force armée. Avec un double objectif : celui d’acquérir les moyens de se projeter partout où le nécessitent les intérêts présumés de « l’Amérique d’abord ». Et moins classiquement celui de brandir ce monstre de puissance pour le vendre, le cas échéant, à des alliés en mal de garantie sécuritaire. Comme un super-service de… mercenaires.

Cet article a été publié dans Etats-Unis, présidentielle 2016. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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