Trump déroule sa feuille de route nationaliste devant le congrès

 

Pour son premier discours sur l’état de l’Union, le nouveau Président a voulu se présenter dans le costume qui sied à la fonction. Cette posture le rend encore plus inquiétant. Avec la solennité conforme dans un discours aux « normes » il a présenté en effet ses grands choix politiques et économiques, cherchant à banaliser les ruptures annoncées pour assurer 2981448-nous-capitole-le-lieu-oa-le-congra-s-se-ra-unitou réassurer une domination écrasante des Etats-Unis. La démarche qui s’appuie sur une hausse « historique » des dépenses militaires est fondée sur la conviction des stratèges d’extrême droite de la Maison-Blanche que c’est la puissance qui fait le droit. 

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche s’est présenté mardi soir devant le Congrès sous son jour le plus inquiétant en endossant résolument le costume présidentiel. Il semble en effet en passe d’avoir réussi un premier examen de passage stratégique consistant à se banaliser pour mieux promouvoir son projet d’ultra-droite. Dans son premier discours sur l’état de l’Union devant les parlementaires – sénateurs et représentants au grand complet –, les juges de la Cour suprême et les membres de son cabinet solennellement réunis au Capitole, Donald Trump a choisi en effet d’adopter un ton plus conforme à l’exercice, comme aux attentes de la classe dirigeante états-unienne, des grands partenaires occidentaux et des médias. Sans rien lâcher sur la brutalité et les ruptures induites par sa feuille de route nationaliste. Après le temps des tweets intempestifs et autres oukases racistes à l’emporte-pièce contre les musulmans, viendrait celui du sérieux dans la façon d’aborder les dossiers pour mieux passer à la phase pratique.

Le 45e président n’a pas omis de souligner le bien-fondé de l’Otan

Le nouveau président a patiemment décliné devant le Congrès tous les thèmes d’un projet destiné à faire commencer « un nouveau chapitre de la grandeur américaine ». Il veut que les États-Unis puissent jouer de leur force à tous les niveaux. Et reconquérir ce qu’il présente comme des positions perdues ces dernières années. À ce chapitre il déplore un déficit commercial qui, l’an dernier, aurait atteint, affirme-t-il, « 800 milliards de dollars » (780 milliards d’euros). Trump y voit la conséquence de relations internationales « déloyales ». D’où, justifie-t-il, son offensive contre les traités de libre-échange transpacifique ou nord-américain (Alena). Qu’on ne s’y méprenne pas cependant : « Je crois fermement au libre-échange », a lancé le président oligarque, avant d’ajouter sans broncher : « mais je crois aussi au commerce équitable ».

Pour rétablir « l’équité » il veut déployer tous les moyens dont dispose l’hyperpuissance. Quitte à déclencher une guerre commerciale, et ce, au prix de graves tensions avec Pékin dont il a de nouveau fustigé le rôle : « Nous avons abandonné 60 000 usines à la Chine depuis qu’elle a rejoint l’Organisation mondiale du commerce », a-t-il martelé en faisant clairement comprendre que sa conception, à lui, du libre-échange passait par un recentrage autour d’accords bilatéraux avec les États-Unis. Y compris en Europe, où l’équipe Trump appuie les forces nationalistes du Vieux Continent et pointe les avantages qu’elle compte tirer d’une dislocation de l’UE, qu’elle appelle ouvertement de ses vœux (voir l’Humanité du 27 février).

Pour faire triompher le nouvel ordre politique et économique mondial désiré, le président ne cache pas sa volonté de se servir de la force armée, au moins comme une monnaie d’échange et bien davantage en tout cas que ne l’a déjà fait le pays par le passé. Il a réitéré sa proposition d’une hausse « historique » du budget militaire en 2018 à 54 milliards de dollars (51 milliards d’euros). Soit une augmentation jamais vue en temps de paix de 9 % des crédits alloués au Pentagone. Pour financer cette débauche de dépenses militaires, des coupes sévères sont programmées dans les autres budgets. En conformité avec l’idéologie de « l’Amérique d’abord » – « Je suis le président des États-Unis, pas du monde », a ironisé Trump –, le budget de l’aide au développement (Usaid) est tout particulièrement visé. La nouvelle administration entend également réaliser des économies en se débarrassant de l’Obamacare dont le nouveau locataire de la Maison-Blanche a confirmé à la tribune du Congrès « l’abrogation et le remplacement prochains ».

Cependant, tout à son exercice de séduction par la banalisation de son propos de commandant en chef, le 45e président des États-Unis n’a pas omis de souligner le bien-fondé du pacte atlantique après avoir émis, il y a quelques semaines, à son sujet des remarques aussi acerbes que dubitatives : « Nous soutenons avec force l’Otan », a-t-il déclaré. Tout en relevant qu’il le faisait d’autant plus volontiers que les capitales européennes avaient commencé, à l’instar de Berlin et de Paris, de s’aligner, après « nos discussions très fortes et franches », dans la course aux armements qu’il impulse et dont il veut partager les fardeaux. Les gouvernants français et allemands n’ont-ils pas fait part récemment de leur volonté d’augmenter leurs budgets de la défense au moins jusqu’à concurrence de 2 % de leurs PIB ?

Trump avance, comme une autre arme, destinée à donner aux firmes états-uniennes les moyens de reconquérir les positions perdues, un vaste programme de baisses d’impôts. Il doit, dit-il, « permettre à nos entreprises de concurrencer n’importe qui et de prospérer n’importe où ». Pour stimuler la croissance le président veut accorder également une ristourne fiscale aux classes moyennes, sans qu’il se montre cependant plus précis sur la forme ni l’ampleur qu’il compte lui donner. Surtout, il avance un programme de grands travaux pour un montant global de quelque 1 000 milliards de dollars dont le financement serait assuré par des partenariats public-privé.

Les migrants plus que jamais dans la mire 

L’immigration est le seul point sur lequel Trump, tout à son effort de « normalisation présidentielle », a bien voulu amender légèrement son discours. S’il a encore confirmé la construction du mur avec le Mexique, il invoque la mise en place d’un système « basé sur le mérite » qui laisserait ouverte la porte du pays aux migrants les plus qualifiés. On peut y voir une concession aux géants de la Silicon Valley qui attirent beaucoup d’étrangers très qualifiés jusque dans leurs unités californiennes. Leurs patrons ne s’étaient-ils pas inquiétés publiquement des conséquences d’une fermeture des frontières ?

La nuance n’infléchit en rien la conception générale de la politique migratoire de la nouvelle administration. Pour preuve de son formatage dévoué à « l’Amérique d’abord » de l’extrême droite, Donald Trump a annoncé devant le Congrès la création d’un drôle de bureau des victimes de l’immigration. Voice, tel est son nom, pour « Victims of Immigration Crime Engagement », institutionnalise l’amalgame entre migrants et criminels au prétexte de donner « une voix à ceux qui sont ignorés par les médias et réduits au silence par les intérêts particuliers ». Vous avez dit : un président « banal » ?

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