Le croisé nazi de l’armée allemande provoque un scandale d’Etat

L’arrestation d’un officier d’extrême droite qui préparait un super-attentat outre Rhin en le maquillant en acte terroriste djihadiste, vire au scandale d’État quand l’enquête dévoile l’étendue de l’influence brune dans l’armée fédérale.

Illkirch

l’officier présumé terroriste appartenait à la brigade franco-allemande basée à Illkirch en Alsace

Il a vingt-huit ans. Il était Oberleutnant (premier lieutenant) de l’armée allemande. Il est au cœur d’un scandale qui n’en finit pas de rebondir outre-Rhin au point de prendre la dimension d’une véritable affaire d’État. Tout a ­commencé après l’arrestation de l’ancien gradé pour projet d’attentat terroriste fin avril. Depuis lors les informations diffusées sur Franco A., tel que le nomme l’enquête diligentée par le parquet fédéral, prennent une dimension proprement effrayante. Elles révèlent l’ampleur et le caractère machiavélique du projet criminel pour lequel l’officier a détourné des caisses de l’armée contenant quelque 1 000 munitions destinées à des pistolets et autres armes automatiques. Elles font aussi apparaître peu à peu l’étendue de la propagation d’une sous-culture d’extrême droite, glorifiant l’ex-Wehrmacht du régime nazi au sein de la Bundeswehr, l’armée fédérale.

L’homme a réussi à se faire passer pour un migrant syrien

Franco A. s’était camouflé, sous une fausse identité, dans la peau d’un… réfugié. Et c’est depuis un centre de demandeurs d’asile où il était installé depuis plusieurs mois dans le sud du pays qu’il comptait passer à l’acte. Avec un souci évident : donner aux exactions qu’il s’apprêtait à commettre la signature d’une attaque terroriste venue de migrants liés à la mouvance djihadiste. Dans son viseur : des personnalités de premier plan. Sur une liste noire retrouvée sur l’un des deux autres soldats complices, arrêtés également entre-temps, figurent Joachim Gauck, l’ex-président de la ­République fédérale, Heiko Maas, le ministre de la Justice SPD en exercice dans le cabinet d’Angela ­Merkel, Anne Helm, une députée Die Linke de la cité-État de Berlin, et Claudia Roth, une ex-dirigeante des Verts.

Le terroriste présumé appartenait à la fameuse brigade franco-allemande, unité militaire binationale, créée en 1989 sous l’égide du Président Mitterrand et du chancelier Kohl. Il était basé au sein du Jägerbataillon 291 (bataillon de chasseurs 291) à la caserne Leclerc de la ville alsacienne d’Illkirch. Lors d’une perquisition dans sa chambre, des armes ­fétiches de l’ex-Wehrmacht, avec des croix gammées gravées bien en évidence, ont été découvertes. La polémique enfle autour de la complaisance dont il a bénéficié au sein de la hiérarchie militaire. L’homme possédait en effet des antécédents qui n’auraient dû laisser aucun doute sur sa nostalgie pour l’armée du Reich et sur sa volonté de s’engager en « croisé » de l’Occident.

Les premiers signes indiscutables de la radicalisation de Franco A. étaient apparus il y a quatre ans, au cours d’un passage en formation au sein de la célèbre académie militaire de Saint-Cyr, en France. L’ex-étudiant avait alors rédigé un mémoire de maîtrise de 140 pages qui ne laissaient aucun doute sur sa « vision du monde ». Son titre : « Transformation politique et stratégie de subversion ». Il y évoque le lent « génocide » de sociétés occidentales qui, à cause de « l’immigration massive », seraient « sur la voie du déclin ». L’un des formateurs français de Saint-Cyr a rédigé une lettre pour alerter les responsables de la Bundeswehr. Celle-ci est restée sans aucune suite. Car le jeune homme a plaidé que, « pris par le temps », il avait sans doute abusé de quelques « raccourcis ». Ce qui a suffi pour que le conseiller juridique de la Bundeswehr ne décrète ni sanction ni poursuite à son endroit.

La ministre de la Défense, Ursula Von der Leyen, est sur les charbons ardents. Elle s’est rendue à Illkirch toute séance tenante le 3 mai, annulant un déplacement prévu aux États-Unis. Elle promet de faire « toute la lumière », proclame qu’il ne peut y avoir « aucune filiation traditionnelle entre la Bundeswehr et la Wehrmacht » et jure de nettoyer les écuries d’Augias. Elle a limogé le général Walter Spindler, responsable de la formation au sein de la Bundeswehr. Mais, tout en mettant soigneusement en scène ce qu’elle présente comme son combat « sans concession » contre le laxisme des cadres de l’armée, elle fait mine d’oublier qu’elle est, elle-même, ministre depuis… quatre ans.

Des casques de l’armée du IIIe Reich exposés en face de la cantine

Résultat : la polémique continue d’enfler; d’autant que les révélations sur l’étendue des pratiques de glorification de l’ex-­Wehrmacht au sein de la Bundeswehr se multiplient. Comme à la caserne Fürstenberg, cette autre base de la brigade franco-allemande à Donaueschingen, où une vitrine exposait, jusqu’à la semaine dernière, des casques de l’armée du Reich juste en face de la cantine. L’un d’eux a même été ­estampillé d’un ironique « dénazifié », souligne un journaliste du magazine Der Spiegel venu enquêter sur place. Le scandale ne quitte plus la une de la presse. Au point que la chancelière, Angela Merkel, a dû monter au créneau pour ­défendre sa ministre, l’une des figures de la CDU souvent présentée comme favorite pour lui succéder au poste suprême.

Anne Helm, la jeune députée de Die Linke élue depuis décembre dernier au Parlement (Landtag) de la cité-État de Berlin, ne figure pas par hasard sur la liste cible des terroristes. En tant que Femen, elle avait participé en 2014 à une action seins nus, pour dénoncer le traditionnel rassemblement de la droite ultra à Dresde à l’occasion de l’anniversaire du bombardement de la ville par l’aviation états-unienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Beatrix Von Storch, la vice-présidente de la formation d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), l’avait alors dénoncée publiquement, l’accusant d’avoir un comportement… « honteux ».

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