Une extrême droite allemande bien embusquée

Les nationalistes de l’AfD multiplient les « provocs » à un mois du scrutin du Bundestag. Ils chahutent les meetings de la chancelière et veulent la faire juger pour « haute trahison ».

L’extrême droite allemande donne de la voix à l’approche de l’élection du Bundestag du 24 septembre prochain. Plus d’un millier de plaintes visant la politique migratoire d’Angela Merkel ont été déposées devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe par des membres ou des proches de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Et des séances de chahuts sont soigneusement organisées par la même formation nationaliste dans des meetings de la chancelière en campagne.

Ces initiatives visent à faire revenir la politique migratoire sur le devant de la scène. Devant la Cour suprême les sbires de l’ultradroite accusent carrément Merkel de « haute trahison » en ciblant sa décision, prise début septembre 2015, d’accueillir les réfugiés syriens fuyant la guerre. « Merkel dégage », braillent en cœur, dans un rassemblement électoral, des militants de choc de l’AfD dont certains affichent, comme dans la petite ville de Brandebourg-sur-la-Havel, des images de la chancelière affublée d’un voile islamique. Aussi spectaculaires soient-elles, ces tentatives ne paraissent cependant pas en mesure de faire vraiment bouger les lignes.

Sans surprise, une porte-parole de la Cour de Karlsruhe faisait savoir mercredi 30 août que les plaintes pour « haute trahison » n’avaient aucune chance d’aboutir. Quant aux invectives dans les meetings électoraux, elles ne constituent sans doute pas qu’un handicap pour la chancelière. En faisant front et en affichant donc un certain courage politique, celle-ci peut en effet conforter son image de politicienne centriste et humaine. Laquelle contribue à l’avance d’environ 15 points qu’elle affiche, dans les sondages, sur son principal adversaire, Martin Schulz, le candidat du Parti social-démocrate (SPD) (1).

Sur la question migratoire Angela Merkel, qui affichait en 2015 une position singulière parmi les dirigeants européens, s’est efforcée entre-temps de se rapprocher de leur « normalité » restrictive. Face à l’afflux de nouveaux migrants (autour de 1 million depuis 2015) elle a durci le droit d’asile, critiqué un « multiculturalisme incompatible avec la société allemande », accéléré les expulsions, conclu un accord sonnant et trébuchant avec Erdogan pour « fermer la route des Balkans ».

Ces gages de « sévérité » lui ont permis de ne pas se faire lâcher par les nationalistes de son propre camp, très présents au sein de la CSU bavaroise, tout en ne se déjugeant pas et en continuant à se montrer déterminée à répondre aux demandes anxieuses du patronat. Inquiet de la crise démographique dans laquelle est entré le pays, celui-ci milite en effet ouvertement pour l’organisation d’une « immigration sélective », attirant des forces qualifiées sur le sol allemand.

Il reste que l’AfD, crédité de 8 % à 10 % des intentions de vote par les sondages, pourrait – terrible première outre-Rhin depuis la guerre – faire entrer au moins une cinquantaine de députés dans le prochain Bundestag. Le parti est le produit d’une scission au sein de la droite sur des bases autant xénophobes qu’ultramonétaristes. Ce qui l’amène à rejeter l’euro, soupçonné d’imposer tôt ou tard à la « riche Allemagne » une « union de transferts ». Il faut mesurer à cette filiation la gravité de la menace que représente l’AfD. Bien davantage que dans ses provocations devant la cour suprême ou dans les meetings de la chancelière.

(1) Un sondage de Forsa publié mercredi 30 août donne 38 % à la CDU, 24 % au SPD et 9 % à l’AfD (pour 9 % à Die Linke, 8 % au FDP et 7 % aux Verts).

 

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