Un parfum de krach sur fond de spéculation et de nationalisme

D’Allemagne aux pays émergents en passant par les Etats-Unis, les signes d’un ralentissement de l’activité économique, prélude à de fortes perturbations, s’accumulent. 

La conjoncture donne des signes de grosse fatigue sur toute la planète. Des pays émergents aux zones les plus développées, personne n’échappe à un net ralentissement de l’activité. L’Europe, empêtrée dans ses dogmes austéritaires, est dans une position particulièrement critique.

Le retournement perçu est d’autant plus  alarmant qu’il touche l’Allemagne, le « moteur » de la  zone euro. Plusieurs instituts de prévisions économiques viennent d’y anticiper tour à tour un gros coup de frein. L’institut Ifo de Munich et le DIW de Berlin ont divisé par deux en quelques mois leurs prévisions de croissance pour l’année en cours (entre 0,6% et 1% contre 1,1 à 1,8% pronostiqués fin 2018). Le gouvernement allemand a du réviser lui-même ses anticipations à la baisse (0,7% contre 1,1% quelques semaines plus tôt).

La chute des débouchés vers les deux principaux marchés des industries exportatrices allemandes, l’Amérique du nord et le sud-est asiatique, est à l’origine ce gros accès de faiblesse. L’indice PMI qui mesure l’activité manufacturière a chuté en mars outre Rhin à 44,7 points. Un chiffre qui a surpris tous les analystes, car il enregistre en effet un véritable décrochage, nettement en dessous des 50 points mesurant un  simple maintien de la production. L’industrie automobile allemande est la plus touchée. Elle paye ainsi au prix fort les contrecoups du «dieselgate.» Soit le truquage technique sur les émissions de CO2 sur lequel se sont finalement entendus, de Volkswagen à Daimler, la quasi-totalité des groupes du secteur.

Cependant les déboires de l’industrie exportatrice germanique révèlent en creux la réalité d’une menace bien plus globale. Aux Etats-Unis qui paraissaient échapper à la morosité générale (avec près de 3% de croissance en 2018), les signes d’un retournement spectaculaire s’accumulent. Les risques de récession, mesurés selon un indicateur de la réserve fédérale, la banque centrale états-unienne, sont passés, entre octobre et décembre 2018 de 14,1% à 21,4%. Soit le plus haut niveau depuis l’été 2008, à la veille du… krach financier. Une évolution d’autant plus préoccupante qu’elle rejoint le diagnostic d’un autre indicateur technique: le niveau des taux d’intérêts à court terme dépasse celui des taux à long terme (placements réputés sûrs servant le financement d’investissements réputés solides). Or à chaque fois que le phénomène a été enregistré, durant les cinquante dernières années, « il a précédé une entrée des Etats-Unis en récession », soulignent les observateurs.

Le contrecoup de la décélération rapide de l’activité qui affecte la quasi-totalité des pays émergents commence ainsi à diffuser bien au-delà des limites de l’Argentine, de la Turquie, du Mexique ou des états rassemblés sous l’acronyme BRICS (Brésil, Russie Inde, Chine et Afrique du sud). Nombre d’entre eux sont déjà frappés par une récession. Et la dynamique de la croissance chinoise, si elle reste évaluée autour de 6%, paraît elle-même durement affectée.

D’autant que l’offensive national-libérale de Donald Trump alimente inquiétudes et incertitudes sur l’avenir  de certaines filières. Une spirale négative est enclenchée par la guerre commerciale de Washington avec l’instauration de droits de douane prohibitifs sur les produits made in China et les répliques de Pékin sur ceux made in USA.

Les dégâts du national-libéralisme sur l’activité mondiale se laissent également mesurer aux conséquences potentielles d’un Brexit «dur». Toutefois la menace la plus importante tient à l’émergence d’énormes bulles spéculatives sur les marchés financiers et dans leur immédiate proximité (ruées sur l’immobilier ou le foncier des grands espaces agricoles).

le phénomène a été favorisé par le recours massif des principales banques centrales occidentales à la planche à billets pour tenter d’enrayer le risque de déflation. Elles ont injecté depuis le début de la décennie des milliers de milliards de crédits gratuits pour tenter de booster leurs économies en crise.Cependant , octroyé strictement aux grands acteurs des marchés boursiers , cet argent facile a été massivement mobilisé au service  d’opérations spéculatives, dont beaucoup ressemblent à s’y méprendre à celles qui avaient si funestement conduit au krach de 2008.

Il est plus que temps d’arrêter la machine infernale. Non pour interdire ces crédits gratuits mais en réserver l’utilisation à des investissements pour le bien commun. Comme le proposent en Europe Ian Brossat et ses partenaires de la liste du PCF pour les européennes. Cette énorme ressource potentielle doit servir enfin aux combats d’intérêt général, pour les services publics, l’éducation , la formation ou la lutte contre le réchauffement climatique.

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