Draghi fébrile s’inquiète maintenant de l’euro fort

Pour la première fois lors des réunions dites de printemps du Fonds Monétaire international (FMI) et de la banque Mondiale à Washington le président de la Banque Centrale Européenne a reconnu, l’oeil figé sur le risque de déflation, l’effet désastreux d’une devise européenne surévaluée.

 

La surévaluation de l’euro qui caracole depuis le début du mois d’avril entre 1,38 et 1,4 dollars rend Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE), de plus en plus fébrile. Pour la première fois il a reconnu le 12 avril à Washington à l’occasion des réunions de printemps des institutions financières internationales ( FMI et Banque Mondiale) que le phénomène n’était pas signe de bonne santé de la zone euro mais pouvait lui porter au contraire des préjudices très graves, en accélérant la marche vers la déflation.

Le président de la BCE juge que la montée de la monnaie unique contribue à la langueur de la hausse des prix dans la zone euro ( seulement 0,5% en mars dernier contre 0,7% le mois précédent). D’après les calculs de ses services l’appréciation de la devise européenne depuis le début de l’année 2013 aurait contribué à réduire le taux d’inflation de 0,5 point.

La hausse de l’euro joue effectivement un rôle négatif pour l’activité en Europe et touche plus particulièrement les nombreuses entreprises françaises , spécialisées sur les production « moyenne gamme ». Le renchérissement de l’euro augmente en effet mécaniquement la valeur des marchandises sur les marchés à l’exportation. 

Cette critique des dégats occasionnés par un euro « anormalement fort » prend d’autant plus de relief qu’elle est tout à fait neuve. Jamais le banquier central en exercice ou ses prédécesseurs n’avaient fait la moindre allusion de ce type. Et cela pour une raison évidente: l’euro a été conçu comme une monnaie forte, destinée à attirer le maximum de capitaux sur les places financières du vieux continent. Berlin qui a largement inspiré ses règles de fonctionnements monétaristes, déduites pour l’essentiel de celles de la Bundesbank (Buba), s’est montré d’autant plus implacable sur ce terrain que les groupes exportateurs germaniques souffrent peu des travers de l’euro fort, voire même en tirent un avantage de compétitivité. 

Grâce à  » l’euro fort » ils peuvent en effet acquérir à très bon compte des entreprises dans leur « Hinterland » est-européen. Les pièces qu’ils peuvent facturer à vil prix en zlotys polonaises, couronnes tchèques ou forints hongrois, sont en effet importées puis montées et assemblées outre Rhin avant d’être exportées sur le marché mondial avec l’estampille « made in germany ». Du cousu main pour les champions du monde de l’exportation. 

Le président de la BCE a prévenu: « si nous voulons que la politique monétaire reste aussi accomodante qu’elle l’est aujourd’hui, une poursuite de l’appréciation du taux de change de l’euro pourrait nécessiter une action monétaire ».  Que Draghi en vienne à envisager de se doter de moyens pour réduire les dégats de « l’euro fort »  ne confirme pas seulement la réalité et l’ampleur de la menace de déflation. Cela souligne aussi l’urgence à changer radicalement les règles de fonctionnement de la monnaie unique. De quoi conforter les partisans d’une alternative sociale et solidaire à un système européen miné par des politiques austéritaires, déduites des logiques de… « l’euro fort ». Car la demande atone se situe au coeur des véritables menaces sur une Europe, économiquement, politiquement,et  socialement déstabilisée.

Au fur et à mesure de l’aiguisement des contradictions exprimées par Mario  Draghi, lui même, il convient  de répondre enfin à l’appel du neuf, en faveur d’une refondation de l’Europe. Une autre logique frappe à la porte avec d’autant plus d’insistance qu’on peut commencer à s’y atteler dès maintenant. Il ne faut plus hésiter à activer la planche à billet. Dans le sens du bien commun européen. C’est à dire en accordant des crédits avec des taux d’intérêts d’autant plus faibles qu’ils serviront des investissements porteurs d’emplois, de formation, de recherche ou d’une véritable protection de l’environnement.                     

 

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