Barack Obama et les démocrates subissent une méga sanction


Gagnant le Sénat aux élections de mi-mandat, les républicains prennent le contrôle de la totalité du Congrès et réduisent les marges de manœuvre de la Maison-Blanche. Ils profitent d’une forte abstention des électeurs démocrates déçus des promesses non tenues du président.

On s’attendait à des élections de mi-mandat difficiles pour Barack Obama. Les anticipations les plus pessimistes ont été dépassées mardi. Une vague républicaine a déferlé sur l’ensemble des scrutins. Après une campagne qui s’est beaucoup focalisée sur le bilan du président, ce mégavote sanction va réduire à des décisions réglementaires et à quelques décrets ses marges de manœuvre durant les deux dernières années de son mandat.

Toute l’attention était focalisée sur le Sénat, contrôlé jusqu’alors par les démocrates. Il a basculé très nettement dans l’escarcelle du parti de la dynastie Bush. Il y retrouve une majorité qu’il avait perdu depuis le scrutin de 2006 en s’octroyant au moins 52 sièges sur les 100 que compte la Chambre haute du Congrès (les résultats en suspens en Louisiane et dans l’Alaska ne modifieront pas cette donne et devraient même l’amplifier). Il s’empare de sièges tenus fermement jusqu’alors par les démocrates comme dans l’Iowa, le Colorado, la Virginie occidentale ou surtout l’Arkansas. Dans ce fief de Bill Clinton, le républicain Tom Cotton l’emporte avec 17 points d’avance sur le sortant démocrate Mark Pryor.

Les républicains font également carton plein à la Chambre des représentants qu’ils contrôlaient déjà dans la précédente législature. Ils y gagnent 12 sièges et s’assurent ainsi une très confortable majorité de 70 sièges. Et la razzia des républicains du Grand Old Party (grand vieux parti, GOP) ne s’arrête pas aux portes du Congrès. Le GOP qui détenait déjà une large majorité de gouverneurs conforte encore ses positions en raflant aux démocrates 3 des 36 sièges de gouverneurs renouvelables ce mardi. Il s’impose dans l’Illinois (terre de lancement d’Obama). Et surtout il gagne deux États de la côte Est, le Massachusetts et le Maryland, considérés comme des bastions du Parti démocrate.

C’est bien davantage en dénigrant la politique du président qu’en se montrant eux-mêmes porteurs d’alternative que les républicains sont parvenus à mobiliser leur électorat. Au cœur de leur «Obama Bashing» : les hésitations du président en politique étrangère, et notamment son refus d’intervenir en Syrie, présentées comme une faiblesse du commandant en chef qui décrédibiliserait l’hyperpuissance, les difficultés de la réforme de santé, systématiquement instrumentalisées pour mieux la rejeter, ou encore la moindre de ses tentatives de régulation de l’économie, présentée comme une entrave à un véritable retour au «dynamisme entrepreneurial».

Cependant cette campagne à coups d’arguments et de coûteux clips publicitaires télévisuels négatifs n’aurait sans doute pas débouché sur une telle déroute pour le président et son parti s’ils n’avaient pas échoué, de leur côté, à mobiliser l’électorat démocrate. Le GOP triomphe par défaut. C’est là sans doute le principal enseignement des scrutins : les soutiens traditionnels au parti de l’âne et bien plus encore l’appui de ces populations qui espéraient un changement et avaient fait basculer le résultat en faveur d’Obama aux présidentiels de 2008 et 2012 se sont évanouis. Les communautés latinos et africaines-américaines, qui ont pu voter jadis respectivement à plus de 65% et à près de 90% pour le président, ont vu leur situation se dégrader. Les populations noires continuent de subir de plein fouet les effets du krach de 2007-2008. Elles y ont souvent perdu leur logement et restent soumises à une précarité extrême. La réforme de l’immigration, qui devait permettre la régularisation de centaines de milliers de sans-papiers sur les 11 millions que comptent aujourd’hui les États-Unis, n’a toujours pas vu le jour. Pourtant qualifiée d’urgente, elle avait été promise par le président dès son premier mandat. D’où la colère et l’émergence d’un véritable «refus de vote» dans les milieux latinos.

La démobilisation de l’électorat démocrate illustre aussi ce qu’il en est réellement de l’actuelle « reprise états-unienne » (3,5% de croissance en rythme annuel au troisième trimestre après 4,6% au second). Non seulement les milieux les plus pauvres, mais aussi une partie des classes moyennes, qui constituent le vivier essentiel du parti de l’âne, n’ont toujours pas vu la couleur de ce retour de la croissance. Celui-ci a été confisqué par les plus riches dont les patrimoines se sont largement remis du trou d’air de la « grande récession » avec le nouvel envol de Wall Street qui a progressé de 176% depuis mars2009. Les salaires, eux, ont continué de stagner et les statistiques officielles relèvent que le pouvoir d’achat de la classe moyenne a chuté de 3% sur la même période postérieure au krach financier. Le constat est si manifeste que Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale en personne, en est venue à s’inquiéter récemment «des déséquilibres» provoqués par cette explosion des inégalités.

Si la victoire à plate couture des républicains révèle aussi un glissement à droite du spectre politique traditionnel, elle n’augure pas pour autant forcément leur engagement sur une voie royale pour la conquête de la Maison-Blanche dans deux ans. Car le GOP, pas épargné, lui non plus, par le désenchantement de l’opinion 
publique, apparaît toujours divisé, «handicapé» par une frange radicale et 
populiste qui s’est encore souvent distinguée en réalisant des scores flatteurs dans ces scrutins. Comme le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, réélu largement en dépit de ses déclarations anti-avortements (même en cas de viol) ou des dégâts occasionnés par son offensive contre les syndicats et ses coupes dans les services publics. Le nouveau président du Sénat, Mitch McConnell (Kentucky), s’est bien appliqué mardi à montrer un premier signe d’ouverture pour surmonter de trop intempestifs blocages avec l’exécutif. «Ce n’est pas, a-t-il déclaré, parce que nous avons un système bipartisan que cela signifie qu’il nous faut être en perpétuel conflit.» Une position que son collègue du Texas, Ted Cruz, s’est empressé de dénoncer dans le Washington Post, en déclarant qu’il s’opposerait au nouveau leader du Sénat s’il ne conduisait pas une «politique d’opposition totale» à Obama. Signe particulier : les sénateurs Cruz comme Walker sont sur la liste des potentiels candidats à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2016.

Le dilemme des républicains, incapables jusqu’alors de faire émerger une personnalité suffisamment «recentrée» pour avoir une chance de rassembler et donc de gagner la présidentielle, reste donc entier. Surtout s’il s’agit d’affronter une figure démocrate aussi charismatique qu’Hillary Clinton qui ne fait plus mystère de se porter candidate au poste suprême.

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