Merkel donne des gages à sa droite pour reprendre la main

Devant le congrès de son parti chrétien-démocrate, la chancelière dénonce le multiculturalisme, tout en campant sur les principes de l’accueil. 
À condition que ce dernier soit beaucoup plus sélectif et mieux réparti au sein de l’Union européenne.

Elle était très attendue, quand elle a pris la parole le 14 décembre à la tribune du congrès du parti chrétien-démocrate (CDU) à Karlsruhe. L’immigration, devenue le thème public numéro un outre-Rhin, y éclipse, en ce moment, les autres sujets. Et la chancelière, réputée favorable à un principe d’ouverture même relative sur ce terrain, a dû mobiliser toute son habileté tactique pour reprendre la main. Elle s’y est attachée en donnant les gages les plus ostensibles à une aile droite « identitaire » qui monte au créneau depuis des semaines et s’exprime jusqu’au sein du gouvernement fédéral contre un afflux de migrants qui serait « devenu insupportable ». Au même moment, elle a fait preuve toutefois d’une fermeté remarquée sur la nécessité de continuer à répondre à un « impératif humanitaire » pour accueillir les personnes qui fuient la guerre.

Selon les estimations officielles, Berlin devrait enregistrer autour d’un million de demandes d’asile en 2015. La progression est fulgurante par rapport à l’année précédente, même s’il faut la nuancer puisque ces chiffres n’intègrent pas le très haut pourcentage de refus au droit d’asile et ne correspondent donc pas au nombre de « nouveaux migrants » présents effectivement sur le sol allemand.

Une nouvelle loi durcit les conditions de l’octroi du droit d’asile

« Nous allons réduire de manière perceptible le flot de réfugiés ! » a lancé la chancelière et patronne de la CDU, saluée par un tonnerre d’applaudissements. Afin de rallier les réfractaires elle a veillé à « muscler » certains passages du texte discuté au congrès. « Une prolongation de l’actuel afflux (de réfugiés – NDLR) dépasserait, est-il souligné, le niveau supportable par l’État et la société, et cela même pour un pays comme l’Allemagne. » Et Angela Merkel de dénoncer devant un auditoire ravi, un « multiculturalisme » qui conduirait à «l’établissement de sociétés parallèles» et serait bien dès lors «un mensonge mortel».

La chancelière et son gouvernement sont déjà passés aux travaux pratiques pour réduire l’immigration. Ils ont fait adopter, il y a quelques semaines, une nouvelle loi qui durcit les conditions de l’octroi du droit d’asile, permet d’accélérer les procédures de reconduite aux frontières pour tous les «recalés» et limite la possibilité du regroupement familial, y compris pour les Syriens.

À Karlsruhe, Angela Merkel a de nouveau plaidé pour «une meilleure répartition européenne» des réfugiés, pointant l’importance d’un nouveau sommet prévu à la fin de la semaine à Bruxelles sur le sujet, tout en défendant les positions de principes qui l’avaient conduite à répondre aux demandes d’accueil des réfugiés syriens bloqués à la frontière hongroise. Reprenant son slogan «wir schaffen das» ( on va le faire), elle a insisté sur le bien-fondé d’une démarche qui place, dit-elle, l’UE et son pays devant «un défi historique».

Les valeurs chrétiennes d’amour du prochain, dont la chancelière, fille de pasteur, serait pétrie, sont régulièrement évoquées pour expliquer le fond de cette démarche, à l’origine des aigreurs de nombre de dirigeants… chrétiens-démocrates. Elles ne sont pas les seuls moteurs de cette politique d’ouverture relative à l’immigration. Les demandes express d’un patronat germanique, inquiet de l’extension de la crise démographique, qui peine à trouver une relève qualifiée dans nombre de ses entreprises, semblent avoir été bien plus déterminantes. Le profil moyen des immigrés syriens, dotés de qualifications élevées, n’est-il pas particulièrement attrayant ? Moyennant quelques cours de langue «il est possible d’intégrer rapidement un grand nombre de réfugiés dans le marché du travail», va répétant Ulrich Grillo, président de la Fédération des industries allemandes (BDI), principale organisation patronale du pays.

Berlin entend, de longue date, promouvoir une immigration sélective. Elle autoriserait strictement l’entrée du pays aux forces de travail «utiles» et se doterait donc des moyens d’expulser très rapidement ceux qui n’ont pas les qualifications requises, comme ces dizaines de milliers de migrants kosovars réexpédiés sans ménagement depuis le début de l’année vers le petit pays des Balkans. Angela Merkel veut affûter cette démarche. Ne représente-t-elle pas la possibilité de réaliser une sorte de synthèse avec son aile droite à qui elle concède déjà nombre de «garde-fous» contre un trop grand «afflux de migrants», en termes identitaires et (ou) budgétaires ?

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