La main de Trump dans la culotte de Ford ?

La décision du groupe automobile de ne pas investir dans une nouvelle usine au Mexique est célébrée comme une victoire du « made in USA ». Mais elle se déduit de la programmation de somptueux cadeaux fiscaux aux multinationales dont la logique est… destructrice pour l’emploi.

 

trump

La décision de Ford de renoncer à un investissement de 1,6 milliard de dollars (1,5 milliard d’euros) au Mexique est très souvent interprétée comme un coup de génie de Donald Trump qui, pas même entré en fonction et par la seule grâce de quelques tweets agressifs, aurait réussi à sauver des milliers d’emplois menacés de délocalisation. Si l’opportunisme communicant du président élu n’est hélas plus à démontrer, la réalité est, elle, bien différente de cette présentation à l’eau de rose à vocation très hexagonale.

Le PDG de Ford, Mark Fields, avait annoncé au printemps dernier la construction d’une usine qui devait employer 2 800 personnes à San Luis Potosi, au centre du Mexique, pour y fabriquer la Ford Focus. Il a fait brusquement machine arrière ce 3 janvier. Il affirme cependant que la production du modèle bas de gamme de la seconde firme automobile états-unienne sera quand même transférée de l’usine de Warren, dans le Michigan, vers Hermosillo, une usine Ford déjà existante au Mexique.

Les raisons du revirement tiennent d’abord à l’état du marché. Les ventes de petits modèles, comme la Ford Focus, se sont écroulées, à cause de l’essence bon marché. Déjà traditionnellement faible aux États-Unis, le prix du carburant s’est en effet réduit encore, ces derniers mois, sous l’effet de la chute des cours du brut. Et les consommateurs préfèrent d’évidence les grosses cylindrées, tels ces 4×4 et autres pick-up qui aujourd’hui encombrent si massivement les routes états-uniennes.

Mais la principale cause du suivisme du patron de Ford pour le « patriotisme économique » revendiqué si bruyamment par Donald Trump, tient aux cadeaux fiscaux annoncés par le milliardaire en faveur des multinationales états-uniennes. Pour justifier sa décision, Mark Fields a ainsi expliqué vouloir profiter du climat « pro business » que souhaite instaurer le futur locataire de la Maison-Blanche, en ramenant l’impôt sur les sociétés de 35 % à 15 %. « Nous pensons, a déclaré Fields, que ces réformes fiscales et réglementaires (à venir) sont d’une importance cruciale pour renforcer la compétitivité des États-Unis. »

Ces coupes sur les prélèvements des grandes entreprises vont être évidemment mécaniquement soustraites de budgets publics déjà fort mal lotis, et peser donc fortement sur… l’emploi. Le champion élu de l’ultradroite préfère d’évidence éluder la question. Comme il a promis à un électorat populaire blanc qui a si fortement souffert de la désindustrialisation de ce qu’il est convenu d’appeler la « rust belt » (la ceinture rouillée du nord du pays), sa crédibilité d’homme providentiel passe en effet par l’affichage d’une volonté de fer à « protéger » les travailleurs et à soutenir les déclassés. Dans un autre tweet accusateur, Trump menace General Motors d’une taxe dissuasive pour ses véhicules fabriqués au Mexique. Seulement, ces postures de défenseur intransigeant du « made in USA» s’accommodent bien mal des mesures concrètes avancées pour soutenir la finance et les multinationales. Wall Street s’envole. La patronne de General Motors, Mary Barra, figure parmi les conseillers du premier rang du futur président. La nouvelle administration est composée d’une kyrielle de milliardaires et de « Goldmann Sachs boys ». Carl Icahn y sera préposé à la dérégulation financière. Il est l’un des plus redoutables traders de la place états-unienne. C’est lui qui, en son temps, prit le contrôle de l’ex-compagnie TWA, et lui fit définitivement rendre gorge. Non sans en avoir tiré auparavant quelque 469 millions de dollars (420 millions d’euros). Saint Louis, la grande ville du Missouri, berceau de l’ex-compagnie, ne s’en est pas remise. Des milliers d’emplois ont disparu et ses cités avoisinantes comme Ferguson, un des plus célèbres théâtres des crimes commis par des policiers contre des Noirs, en sont sorties ghettoïsées et paupérisées.

Le choc de cette fuite en avant libérale et des « engagements » populistes pris par le président pour se faire élire risque de devenir de plus en plus dangereusement explosif au plan intérieur comme sur la scène internationale. Avec une agressivité concrète décuplée à l’égard du Mexique et des migrants latinos ou même avec des menaces bellicistes quand il s’agit de pourfendre la Chine et « ses méthodes de concurrence déloyale ».

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