Les racines pangermanistes assumées de l’ultra-droite autrichienne

 

Heinz-Christian Strache, son chef, comme les cadres les plus influents du parti libéral  (FPÖ, extrême droite) , sont quasiment tous passés par l’école de corporations étudiantes dévouées à une culture nationaliste grand-allemande.

olympia

Page officielle de la corporation (Buschenschaft) viennoise, Olympia.

L’ultra droite autrichienne possède des racines pangermanistes, voire nazies, qu’elle n’a jamais vraiment reniées. Simplement, ses dirigeants sont passés maîtres dans l’art d’en user, tout en les camouflant, pour mieux banaliser la formation. Le Parti libéral (FPÖ) ne s’est pas « recentré » avec le temps comme ont pu le faire d’autres formations européennes plongeant leurs racines dans la mouvance brune. Il s’est, à l’inverse, plutôt « durci » après le décès de Jörg Haider, ce tribun lisse et bronzé si unanimement rejeté jadis par toute l’Europe et qui amena, déjà, le FPÖ, à participer aux affaires avec les conservateurs de l’ÖVP au début des années 2000. Son successeur, Heinz-Christian Strache, a pris la relève en radicalisant les positions du parti : de ses engagements libéraux à sa haine des migrants, sans jamais se départir de ses principes nationaux-allemands fondamentaux.

Les corporations étudiantes (Burschenschaften), qui sont des lieux de diffusion de la culture pangermaniste, constituent la véritable pépinière du parti. Dans ces endroits secrets, hérités du monde médiéval, une élite mâle et « biologiquement pure » devait faire montre de courage et de capacité à diriger en défendant son honneur dans d’épiques combats à l’épée, dont les traces balafrées étaient arborées comme autant de signes de gloire. Nombre de cadres du FPÖ sont passés par là et affichent toujours des liens avec cet univers brun.

Parmi le staff chargé par le FPÖ de conduire les longues négociations qui ont débouché sur l’accord de coalition avec l’ÖVP de Sebastian Kurz, près de la moitié (34 sur 71) appartient à de telles corporations nationales-allemandes, selon une enquête menée par le magazine autrichien Profil.

Axel Kassegger, l’un des chefs négociateurs du FPÖ, a participé à l’été 2015 à une réunion de « camarades » qu’il a conclue d’un vibrant : « Heil Deutsche Burschenschaften ! » (Vivent les corporations allemandes !). Autre poids lourd du FPÖ, le député Wolfgang Zanger, affirma, il y a une dizaine d’années, face caméra de l’ORF, la télévision publique autrichienne : « Il y a eu de bons côtés au national-socialisme. Seulement, on ne les entend plus aujourd’hui. » Zanger négociait l’accord gouvernemental ÖVP/FPÖ au sein du sous-groupe « administration et constitution. »

Le chef, Heinz-Chritian Strache, est lui-même un familier de ce milieu. S’il n’a pas été à l’université, il a fréquenté assidûment, au milieu des années 1980, une Schülerverbindung, association corporatiste lycéenne, baptisée Vandalia. Il a, quelque temps plus tard, pris sous son aile un jeune et nouvel adepte comme « garde du corps », selon le jargon de société secrète propre à ces organisations. Et il se déplaça jadis pour tenir un discours célébrant « les héros » à un rassemblement national des corporations étudiantes.

Norbert Nemeth, dirigeant du groupe parlementaire du FPÖ, qui figurait également dans l’équipe des chefs-négociateurs du contrat de coalition avec l’ÖVP, a fait ses classes au sein de la corporation Olympia (notre photo). Lui qui critiqua, jadis, ouvertement, les lois de la République autrichienne sanctionnant la banalisation et la négation de l’Holocauste écrit toujours régulièrement dans Die Aula, sorte d’organe théorique de l’extrême droite corporatiste dans lequel les messages identitaires, la xénophobie, l’antisémisme, le revanchisme et la théorie du complot tiennent une place de plus en plus importante.

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