Quand IG Metall revendique un droit à la semaine de 28 heures

Tensions sociales maximales dans la métallurgie allemande à l’entame de négociations collectives. S’appuyant sur une bonne conjoncture le syndicat entend contrer les effets de la dérégulation entamée durant la précédente décennie en exigeant rien moins que les salariés puissent accéder au pilotage de la flexibilité.

IGMetall

Les négociations pour le renouvellement des accords tarifaires dans la métallurgie allemande interviennent dans un climat de tension exacerbée, provoquée par les revendications inédites du syndicat IG Metall pour un droit des salariés à une réduction du temps de travail. Le syndicat réclame une hausse des rémunérations de 6 % pour les salariés de la branche sur la période (environ deux ans) sur laquelle doit courir la prochaine convention collective. Mais c’est d’évidence beaucoup moins cette demande que l’éventuelle introduction d’un droit des salariés aux 28 heures qui alimente un formidable bras de fer avec le patronat. Au point que l’amorce d’un conflit de grande ampleur, tel qu’en a connu la branche dans les périodes les plus fortes de son histoire, est dans tous les esprits. Dès lundi 8 janvier, plusieurs dizaines d’entreprises ont débrayé dans tout le pays. Dans le Land très industriel de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, on a compté jusqu’à 70 000 salariés qui ont manifesté leur détermination en participant à des grèves d’avertissement (Warnstreik).

47 % des salariés du secteur exclus des accords tarifaires de branche

Le mouvement, qui promet de monter en puissance dans les prochains jours, revêt des enjeux majeurs. Il peut en effet avoir comme conséquence un premier coup d’arrêt à la dérégulation, façon réformes antisociales lancées durant la dernière décennie par l’ex-chancelier Schröder. Alors que près de la moitié des salariés du secteur (47 %) sont désormais, de fait, exclus des accords tarifaires de branche puisqu’ils sont tributaires de contrats plus ou moins précaires (intérim, temps partiel subi, etc.), les dirigeants du syndicat sont déterminés à s’appuyer sur une conjoncture économique plutôt bonne et l’émergence d’une certaine pénurie de main-d’œuvre pour reprendre rien moins que la main sur la flexibilité. Les dérégulations sociales de ces dernières années sont en effet à l’origine d’un affaiblissement concomitant des syndicats.

Les revendications d’IG Metall sur les 28 heures permettraient aux salariés d’opter, pendant une période allant jusqu’à deux ans, pour une réduction de leur temps de travail. Si une perte de rémunération est concédée, celle-ci serait en partie compensée par une prime annuelle de 750 à 2 400 euros, versée par la partie patronale pour les travailleurs qui ont un enfant, un parent à charge, ou pour ceux qui connaissent des conditions de travail pénibles (3 x 8). Surtout, à la fin de leur période à temps partiel, les salariés se verraient « garantir un droit à réintégrer un emploi et un salaire à taux plein ». IG Metall ne fait pas mystère qu’il compte sur cette disposition pour permettre une (ré)intégration des plus précaires, en poussant à l’extension « du quota des employés de plein droit », selon les mots de Jörg Hofmann, le président d’IG Metall.

De quoi déclencher la furie du patronat. S’il dénonce, sans surprise, la prime compensatoire versée à certains des éventuels candidats aux 28 heures – « C’est plus d’argent pour ne rien faire », hurle, le chef de l’organisation patronale Gesamtmetall –, il est surtout inquiet de la création d’une échelle qui permette à une partie du personnel de se hisser hors de la précarité, en s’appuyant sur ce droit garantissant la réintégration dans un emploi plein et entier. Arc-bouté sur son pouvoir à manipuler un immense volant de précaires, Gesamtmetall a lancé une procédure juridique contre la revendication du syndicat IG Metall, en plaidant, sans rire, qu’elle introduirait « une discrimination » puisque certains salariés en contrat à 28 heures seraient « mieux payés que d’autres pour effectuer une tâche identique ».

Alors que le démarrage effectif des négociations tarifaires est prévu pour le 11 janvier, la direction d’IG Metall ne cache pas qu’elle s’attend à de « rudes affrontements », compte tenu de la taille d’un enjeu qui, on l’aura compris, dépasse les frontières de la branche. L’un de ses membres, Roman Zitzelsberger, laissait entendre lundi 8 janvier que le syndicat se préparait à un mouvement de longue haleine, qui ne saurait se résoudre « en se bornant à des grèves d’avertissement». Mais avec des grèves pleines et entières, pour commencer à contrer le résultat des dérégulations héritées de la décennie passée et devenues la référence obligée d’un contre-modèleeuropéen.

 

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