Die Linke en bon ordre de bataille

Déjouant le piège populiste, le parti a réussi à asseoir sa position sur l’immigration. Lors de son congrès qui s’est terminé dimanche 10 juin il a réélu ses deux dirigeants, Katja Kipping et Bernd Riexinger.
2-format8

 

 

À Leipzig, où il a tenu son congrès ce week-end, le parti Die Linke a réussi à réaffirmer une ligne claire sur l’immigration après des mois de cacophonie interne. Katja Kipping et Bernd Riexinger, les deux coprésidents sortants du parti, bien que cibles d’une opération « dégagiste » connexe, ont été largement réélus avec respectivement 65 % et 74 % des voix des délégués.

Il incombait d’autant plus de trancher le débat que deux des personnalités les plus éminentes du parti, Sahra Wagenknecht (coprésidente du groupe Die Linke au Bundestag) et son mari, Oskar Lafontaine, sont à l’origine des dissensions. L’une et l’autre souhaitaient une « inflexion » de la position de Die Linke dans le sens d’une limitation de l’accès des réfugiés et des migrants sur le sol allemand, en arguant que l’ouverture momentanée des frontières par Angela Merkel en 2015 relevait d’une démarche néolibérale.

Wagenknecht et Lafontaine ont associé cette offensive à leur souhait de faire émerger outre-Rhin un nouveau mouvement. À l’heure où le SPD se fourvoie dans une nouvelle grande coalition, il s’agirait de surpasser les clivages à gauche sur le modèle de la France insoumise ou de Podemos. Le français Jean Luc Mélenchon leur a apporté un soutien ostensible.

La bataille d’idées fut particulièrement âpre. Oskar Lafontaine a fustigé encore à l’ouverture du congrès dans une interview au quotidien Tageszeitung « l’entêtement idéologique » des dirigeants de son parti, invoquant les conséquences « en termes de concurrence sur les salaires et de prix des loyers » qu’avait la venue d’étrangers « en grand nombre » en Allemagne. Et le couple Wagenknecht-Lafontaine reliait ouvertement une « inflexion » de la position du parti sur l’immigration à un changement de tête à sa direction – étape indispensable à la transformation de Die Linke avant sa future dilution au sein du mouvement de gauche à l’allemande qu’il appelait de ses vœux.

« Le congrès a tranché », a conclu Katja Kipping en pointant que la « ligne de solidarité avec les migrants et les réfugiés » était désormais « la seule ». Elle a défendu l’importance du débat d’une clarification qui va permettre de se tourner maintenant vers d’autres questions cruciales, « comme la paix ou la crise du logement accessible ».

En échec, Wagenknecht et Lafontaine continuent d’envisager la création d’un mouvement en septembre. Die Linke a confirmé ce week-end son rôle primordial au sein d’un paysage politique germanique si abîmé par les poussées identitaires (crucifix en Bavière) et nationaliste.

Cet article a été publié dans Allemagne, Europe. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s