Les berlinois mettent les requins de l’immobilier sur la défensive

Alors que progresse le processus d’adoption d’un référendum pour la municipalisation des logements de la capitale allemande, le débat sur le droit au logement et contre l’envolée des prix des loyers s’intensifient jusque dans le reste du pays. 

 

La lutte des locataires berlinois contre les requins de l’immobilier connaît un écho grandissant dans la capitale allemande et dans tout le pays. La majorité de gauche (SPD, Verts, Die Linke) du sénat de Berlin, l’exécutif de la cité-état, a décidé mardi 18 juin de lancer un projet de loi qui permettrait de geler les augmentations de loyers pendant une période de 5 ans. Trois jours auparavant les animateurs d’une association qui réclame un référendum pour municipaliser les logements de la ville sur lesquels des sociétés financières ont fait main basse (l’humanité du 29 avril), faisaient savoir qu’ils avaient franchi haut la main une première étape indispensable à l’organisation de cette consultation.

Aux yeux du maire SPD de Berlin, Michael Müller, le lancement d’une procédure destinée à geler les augmentations de loyer permettrait de répondre à la colère de ses administrés. Le bourgmestre qui est, à la différence de ses partenaires de Die Linke et de quelques élus Verts, pour le moins réservé sur une consultation référendaire, affiche ainsi une volonté d’agir qui puisse, espère-t-il, satisfaire en partie les berlinois et donc désamorcer leur détermination.

Le débat sur l’accès au logement est devenu central bien au delà des rives de la Spree. Pour un SPD traumatisé par le nouveau recul de plus de 10 points enregistré aux Européennes il interfère dans la discussion qui fait rage entre partisans d’une poursuite contre vents et marées de la Grande coalition et militants de plus en plus nombreux qui aspirent à un virage à gauche de leur parti, quitte à tourner le dos à l’alliance avec la chancelière Merkel. De quoi faire bouger les lignes quand le très modéré Thorsten Schäfer-Gümbel, un des membres du triumvirat chargé de la direction intérimaire du SPD, après la démission d’Andrea Nahles, n’hésite pas à rejoindre Die Linke au Bundestag sur une proposition de loi visant à plafonner toutes les augmentations de loyers au plan national.

L’infléchissement est naturellement surtout à mettre au compte de l’ampleur de la fronde des locataires. Les initiateurs de la demande de consultation référendaire dans le Land De Berlin pour que la ville se réapproprie ses logements, ont ainsi pu collecter quelques 77.000 signatures en l’espace de quelques semaines. Soit trois fois plus que légalement nécessaire pour se lancer dans la phase finale du processus conduisant à la convocation d’un référendum.

Pour satisfaire à cette ultime étape, engagé désormais officiellement par le ministre de l’intérieur de la cité état, il faut que 7% des citoyens inscrits sur les listes électorales – ce qui correspond à 170.000 personnes – apposent leur signature en faveur de la consultation. Un objectif qui paraît tout à fait accessible aux animateurs de « Deutsche Wohnen enteignen » (exproprier habitat allemand), l’association qui dénonce la prise de contrôle de dizaines de milliers de logements par un capital financier dont la seule boussole est la maximisation la plus rapide possible des profits.

Les loyers berlinois ont augmenté de 30% à 100 % en l’espace de 10 ans. Deutsche Wohnen (habitat allemand) qui possède plus de 110.000 logements à Berlin, est coté à la bourse de Francfort et agit sous le contrôle direct des plus redoutables spéculateurs de la planète, comme le groupe étatsunien Black Rock qui en détient une part suffisante pour imposer ses desiderata en matière de… retour rapide sur investissement.

L’association de citoyens berlinois en faveur du référendum relève que « Deutsche Wohnen et leurs semblables » se doivent de poursuivre une « stratégie de hausse des loyers à tout prix. » Car il leur faut, précise Jenny Stupka, sa porte-parole, « à la fois rembourser les crédits » qu’ils ont du souscrire pour acquérir leur patrimoine immobilier et « satisfaire la demande de bénéfices élevés de leurs actionnaires.» Elle fait observer combien ces logiques contredisent le droit d’accès à un logement digne pour tous. Et elle cite les articles de la constitution du Land ou de l’état fédéral qui prévoit « une prise de contrôle public » au cas où le respect du bien commun est violé par les acteurs privés.

Ce refus des logiques financières comme cette volonté d’écrire une nouvelle page de la démocratie instaure un bien troublant parallèle entre Berlin mobilisé pour le logement et Paris contre la privatisation de ses aéroports.

 

Bruno Odent

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