« Le besoin d’Europe n’a jamais été aussi grand »

Interview réalisée par Stéphane Sahuc publiée in l’Humanité Dimanche du Jeudi, 28 Février 2019

Pour le journaliste et essayiste Bruno Odent, la campagne des européennes, qui joue un affrontement entre « progressistes » autoproclamés et nationalistes, nouveaux avatars de l’ordolibéralisme au pouvoir, n’est qu’un miroir aux alouettes. Une autre Europe est nécessaire, rappelle-t-il.

 

À quelques semaines des élections européennes, le paysage politique du continent est inquiétant. Partout progressent des forces nationalistes, avec comme réponses toujours plus d’ordolibéralisme. Pour Bruno Odent, ce pseudo-antidote, brandi à Paris comme à Berlin, est un poison. L’enjeu est donc désormais de réussir à faire grandir un débat d’alternative.

Pourquoi affirmez-vous que l’Europe est menacée de dislocation ?

Bruno Odent. La montée de forces nationalistes ou d’extrême droite est devenue une donnée aussi manifeste que dangereuse sur l’ensemble du continent. Et on assiste à une contagion de plus en plus patente de la xénophobie, du repli identitaire dans les « grands » partis. L’Europe des traités et des règlements austéritaires à bout de souffle est à l’origine de cette dérive. Elle contribue à l’explosion des souffrances sociales et des inégalités. Elle alimente un malaise généralisé, un immense ressentiment populaire, qui crée un terrain de plus en plus favorable aux joueurs de flûte nationalistes. Leurs mouvements s’inscrivent dans une continuité, bien davantage qu’ils ne prennent le contre-pied du modèle dominant, celui de l’Europe ordolibérale. Ils en poussent plus loin les principes essentiels, la libre concurrence ou le monétarisme.

Les nationalistes ont dans leur collimateur ce qu’il reste de solidarité et de véritable coopération, déjà mises à mal par les diverses « réformes de structure » des États membres, si fortement recommandées par l’Union européenne. Ils les considèrent comme autant d’entraves insupportables, déloyales qui handicaperaient les performances de leurs firmes nationales. Ils ne combattent pas l’ordre libéral en crise pour un mythique retour à l’État-nation. Ils le consacrent, le poussent jusqu’à un stade suprême où concurrence et compétition mutent dans le chacun pour soi et l’exacerbation des rivalités. C’est ce national-libéralisme qui menace aujourd’hui l’Europe de dislocation. Donald Trump, qui en est l’un des principaux leaders mondiaux, ne s’y trompe pas. Il s’immisce ouvertement dans les affaires intérieures européennes et ne ménage pas son soutien à ses alliés nationalistes.

L’Europe serait tentée par « l’illibéralisme », affirme Emmanuel Macron…

Bruno Odent. Le néologisme macronien ne trompe plus personne. Il est un élément de propagande électorale, une description binaire qui ne correspond pas à la réalité européenne. Il s’agit de faire passer le président français pour un homme providentiel, sauveur de l’Europe et des libertés démocratiques. Mais la réalité européenne ne se laisse pas emprisonner dans ce schéma en noir et blanc. Elle se caractérise par une extension du national-libéralisme. Nombre de classes dirigeantes de différents pays de l’UE se sont laissé tenter, comme vous dites, par cette option. Elles pratiquent une politique économique d’une conformité à toute épreuve avec les canons du libéralisme et du monétarisme de Bruxelles, Berlin et Paris. La Hongrie de Viktor Orban et l’Italie de Matteo Salvini ont ainsi introduit une flat tax, un impôt proportionnel, et non plus progressif, qui accroît les inégalités et ravit les gros détenteurs de capitaux. En pleine cohérence avec l’autre volet de leur politique, autoritaire et nationaliste. Selon une logique simple : plus les mesures antisociales sont salées et plus la démocratie doit être placée sous surveillance, plus haut doit être brandie la démagogie populiste.

Macron se différencie-t-il de ces logiques-là ? Les mesures brutales et liberticides contre le droit de manifester, les restrictions des droits des migrants, voire ces drapeaux et autres couplets de « la Marseillaise » qu’on veut brandir dans les salles de classe, n’empruntent pas une pente franchement différente de celle qu’affectionnent les ténors nationalistes européens. La dérive est en marche. Le combat contre la politique de Macron est donc aussi un combat antinationaliste, et inversement. La vraie alternative à cette fuite en avant vers la consécration nationale-libérale du « modèle » dominant, c’est davantage de solidarité et de vraies coopérations européennes.

Donc, pour vous, point de salut hors l’Europe ?

Bruno Odent. Il n’y a point de salut dans une Europe morcelée par le national-libéralisme et avalée par une spirale mondiale impulsée par les Trump et autres Bolsonaro. On le voit bien à travers le cauchemar que constitue le Brexit nationaliste pour les salariés britanniques. Les réflexions alternatives du Parti travailliste de Jeremy Corbyn relèvent le degré d’interdépendance et le besoin de règles et de pouvoirs nouveaux permettant aux salariés d’agir au niveau national, comme à celui de l’UE, pour faire avancer leurs alternatives et mieux contester les diktats des marchés et des multinationales. Le besoin d’Europe n’a jamais été aussi grand.

Pourtant l’UE a fait la démonstration de son échec : migrants, climat, emploi… mais aussi sur l’idée de garantie de paix, qui est pourtant l’un de ses fondements affichés ?

Bruno Odent. L’UE telle qu’elle existe, alignée sur les règles de l’ordolibéralisme, c’est-à-dire les références d’un capitalisme allemand dominant, est menacée par une implosion nationale-libérale qui risque de se traduire par de très graves tensions internationales. Les dossiers que vous évoquez : l’immigration, le climat ou l’emploi – et je rajouterais les services publics et le développement de la protection sociale – sont autant de défis qu’elle est effectivement incapable de traiter. Ces questions ont atteint un degré de maturité inédit. Pour faire face, des transformations révolutionnaires sont nécessaires. On n’y parviendra pas en essayant de les accommoder avec un repli national.

Quand Macron ambitionne pour la France de lui faire prendre la tête d’une nouvelle armada européenne, il tourne dangereusement le dos au défi de sécurité et de paix qui ont constitué pourtant, vous avez raison, un des fondements de la construction de l’UE. Il veut augmenter le budget militaire jusqu’à 2 % du PIB de la France, comme le réclame Trump. Il s’inscrit dans la périlleuse course aux armements déclenchée par le président des États-Unis. Il joue la bombe atomique pour compenser les reculs de la puissance française provoqués par la désindustrialisation qu’alimente sa politique. Il faut mettre ce projet belliciste en échec et réactiver au contraire le dialogue initié avec la Russie dans le cadre d’un nouveau traité d’Helsinki.

Pour certains, l’une des solutions serait de sortir de l’euro…

Bruno Odent. Il faut bien avoir en tête ce que signifierait une sortie de l’euro dans une Europe et un environnement international ouverts, dominés par le principe de compétition. On assisterait à une avalanche de dévaluations, dites compétitives, des monnaies des pays dont les économies sont moins performantes à l’export que celle de l’Allemagne. Or, une dévaluation, c’est avant tout une amputation de la valeur du travail.

Dans un pays comme la France, de grandes firmes tournées vers l’export pourraient en bénéficier en vendant leurs productions moins cher. Mais les salariés verraient, eux, leur pouvoir d’achat sacrément amputé par l’augmentation mécanique des prix des produits importés, notamment ceux de l’énergie. Pour compenser, il faudrait augmenter sensiblement les salaires. Mais ces hausses viendraient aussitôt rogner l’avantage de compétitivité acquis par la dévaluation monétaire. En toute logique, la priorité serait donc donnée au déploiement d’un très sévère plan dit de rigueur.

Une sortie de l’euro ne mettrait pas fin à l’arbitraire austéritaire. Il le renforcerait. Comme l’ont montré, sans exception, les dix dévaluations du franc dans l’après-guerre par rapport au deutsche mark, dont la dernière, en 1986, sous la présidence Mitterrand. Aucune n’a diminué les écarts grandissants des performances de l’économie tricolore avec l’économie allemande. Un dumping monétaire est venu simplement s’ajouter aux dumpings social, salarial et fiscal.

Un « Euroexit » constitue le type même de la vraie-fausse solution. À l’inverse, un euro transformé peut offrir des potentiels considérables au développement des populations par la distribution massive de crédits à taux nuls. Un outil très accessible puisqu’il vient d’être actionné en grand par la BCE. Celle-ci a déversé quelque 2 600 milliards d’euros sur les marchés ces quatre dernières années, en dépit de la norme des traités, pour juguler la menace de déflation. Imagine-t-on le profit que pourraient tirer les citoyens de la mise en œuvre de cet outil monétaire-là pour le bien commun européen ? Pour combler de gigantesques déficits d’investissements publics qui apparaissent de façon si criante en France aujourd’hui, notamment à travers le mouvement des gilets jaunes.

Mais, concrètement, un pays comme la Grèce par exemple n’aurait-il pas eu intérêt à rompre avec l’UE ?

Bruno Odent. La Grèce aurait subi de plein fouet les enchaînements que je viens de décrire puisque ce pays est très dépendant des importations pour ses produits de consommation courante. Le retour à la drachme l’aurait livré à des plans d’austérité puissance dix. Il ne faut pas se méprendre sur la signification du coup de force orchestré en juillet 2015 par les dirigeants européens contre le peuple grec, qui venait de se prononcer par référendum contre les diktats austéritaires de l’UE. Il reposait sur un chantage : ou bien Athènes acceptait une nouvelle « aide » financière, assortie des mêmes insupportables conditions qu’auparavant ; ou bien ses « partenaires » la précipitaient dans les affres d’un « Grexit ». Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances de l’époque, a fait le forcing jusqu’au bout pour chasser la Grèce. Sur le plan intérieur, il entendait donner des gages à une classe dirigeante allemande très hostile à une Union dite de transfert, déterminée à empêcher qu’à terme l’Allemagne ne doive reverser une partie de ses excédents pour soutenir les pays les moins avancés. C’est dans ce débat interne très rude qu’en 2013 est née l’AfD (extrême droite), parti anti-euro, produit d’une scission ultramonétariste et xénophobe au sein des partis conservateurs.

Dans ce contexte Schäuble fera tout pour verrouiller ce qui pourrait conduire à « l’Union de transfert » honnie. Son chantage était autant adressé à Athènes qu’à l’ensemble des dirigeants européens : la moindre concession solidaire dans le traitement du dossier grec, et c’est l’Allemagne qui quitte l’euro, fallait-il entendre. Cette dimension essentielle du bras de fer autour du Grexit sera confirmée par un grand témoin, installé aux premières loges des discussions : l’ex-ministre des Finances grec Yanis Varoufakis (1).

Le Grexit n’était donc pas la solution mais le pire des remèdes. Et pour la Grèce, et pour l’Europe. Cédant à la logique monétariste implacable des nationaux-libéraux, elle aurait fermé toujours davantage la porte à une vraie solidarité européenne, qui demeure plus indispensable que jamais. Pour la Grèce comme pour tous les autres États membres, Allemagne bien comprise.

Entretien réalisé par Stéphane Sahuc

(1) « Conversations entre adultes, dans les coulisses secrètes de l’Europe », de Yanis Varoufakis. Éditions les Liens qui libèrent, 2017.

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États-Unis – Élections de mi-mandat : échec annoncé de Donald Trump ?

En vidéo ici une analyse des enjeux considérables des élections du 6 novembre aux Etats-Unis. Un test sur la capacité ou non du locataire de la Maison-Blanche à briguer , comme il le souhaite, un second mandat à la tête de l’hyperpuissance.
Réalisation : Abrahim Saravaki
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Gauche «debout», la méthode bancale de Sahra Wagenknecht

 

La figure de Die Linke qui lance outre Rhin le mouvement « Aufstehen » (debout), affiche une volonté de limiter l’afflux migratoire prétendument organisée par le néolibéralisme, prétendant qu’en surfant sur l’un de ses thèmes favoris elle pourra réduire l’influence de l’extrême droite. Fourvoiement. 

(Wagenknecht et son mari Oskar Lafontaine à l’origine de la création de « Aufstehen »Die Linke - Bundesparteitag

La coprésidente du groupe Die Linke au Bundestag, Sahra Wagenknecht, a commencé de lancer Aufstehen (debout), nom donné au mouvement qu’elle appelle de ses vœux pour, explique-t-elle, « ouvrir une perspective à gauche et contrer l’extrême droite » dans son pays. Un site Internet d’Aufstehen a été inauguré début août, avant un lancement effectif et une présentation solennelle le 4 septembre prochain, à la presse, avec les premières personnalités ralliées à l’initiative issues de Die Linke, des Verts et du SPD.

Wagenknecht, qui mène cette initiative avec son conjoint, Oskar Lafontaine, veut voir surgir outre-Rhin un mouvement du même type que la France insoumise. Et Jean-Luc Mélenchon lui accorde un soutien très marqué. Elle affirme chercher à ­rassembler les citoyens « déçus de la gauche » ou qui ont glissé vers l’AfD ­(extrême droite). Mais en proposant une « limitation de l’immigration » ou une « sortie coordonnée » de l’euro, elle contribue de fait à placer les thèmes de l’AfD au centre du débat public, où ils ont déjà pris une place considérable.

Mise en minorité dans Die Linke

Ses interventions contestant qu’une politique de frontières ouvertes soit « une politique de gauche » ou déplorant que les milliards dépensés en 2015 pour l’accueil des réfugiés auraient pu beaucoup mieux « aider les ­nécessiteux en Allemagne » ; ses réflexions assénant : « Plus de migrants économiques signifie plus de concurrence pour décrocher des jobs dans le secteur des bas salaires » ou estimant : « Le nombre de logements sociaux n’est pas non plus illimité » ont alimenté la controverse. Ce qui lui a valu d’être mise en minorité au congrès de Die Linke en juin (voir notre édition du 11 juin), le parti s’exprimant pour le maintien d’une ligne « claire et solidaire » avec les migrants.

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Angela Merkel signe avec ses nationalistes un pacte de tous les dangers

La chancelière a sauvé provisoirement son poste au prix de concessions terribles à son aile droitière et xénophobe. Celles ci vont aggraver une crise politique interne déjà aiguë et envenimer un climat européen déjà délétère.

GrenzeLe Le compromis passé par Angela Merkel dans la nuit du 2 au 3 juillet avec Horst Seehofer, son ministre de l’Intérieur et chef de file de la CSU bavaroise, lui a permis de sauver son poste à la tête de l’État allemand. Un formidable durcissement de la politique d’immigration est programmé, avec la création de centres fermés dits de transit aux frontières du pays avec l’Autriche. Les demandeurs d’asile qui ont déjà été enregistrés dans un autre pays de l’UE – c’est-à-dire l’immense majorité des intéressés – doivent y être internés avant qu’une « procédure rapide » ne soit enclenchée pour leur expulsion. Après des semaines d’intenses controverses et de menaces de faire éclater la grande coalition gouvernementale, cette signature d’un pacte entre partis chrétiens « frères » a bien moins l’allure d’un nouveau départ que d’un répit dans la crise politique qui taraude l’Allemagne depuis près d’un an, après l’élection du Bundestag.

Seehofer, qui réclamait un retour des contrôles à la frontière pour pouvoir renvoyer les migrants « non conformes », a eu beau jeu de fanfaronner qu’il avait « imposé ses vues sur tous les points ». Bernd Riexinger, coprésident de Die Linke, a réagi immédiatement en pointant que l’expression « centre de transit » n’était qu’un euphémisme du pouvoir pour caractériser que des êtres humains « doivent être massivement internés dans des camps ». « L’humanité, conclut-il, est menacée par cette coalition gouvernementale. » La chancelière s’abrite, elle, derrière l’accord passé au Conseil européen de Bruxelles des 28 et 29 juin pour tenter laborieusement de sauver la face. Elle avance que les « centres » s’inscrivent dans les mesures adoptées avec ses collègues de l’UE, pour plaider qu’elles constituent une « solution européenne. »

En fait, l’accommodement CDU-CSU est porteur de terribles effets boomerang sur la chancelière et les fragiles équilibres bricolés pour se maintenir au pouvoir. Ainsi, la course effrénée sur les positions de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite) est-elle censée contenir la progression de ce parti, notamment en Bavière où se profile l’élection du Parlement du Land, le 14 octobre prochain. Mais, en réalité, elle le banalise toujours davantage, sans même qu’il lui soit besoin de partir en campagne. Comme le prouvent toutes les enquêtes d’opinion qui le placent désormais au-dessus des 15 % au plan national.

Les mesures allemandes promettent aussi d’envenimer toujours davantage le climat européen. Elles prévoient en effet que les demandeurs d’asile « en infraction » soient renvoyés dans le pays par lequel ils sont entrés dans l’UE. Cependant, il faut qu’à cette fin un accord bilatéral existe avec ce pays. Sinon, prévoient les mesures CDU-CSU, les migrants seront expulsés vers l’État membre voisin, celui d’où ils ont franchi la frontière. En l’occurrence, ici, l’Autriche. D’où la réaction acerbe de Vienne, qui accuse Berlin de vouloir bafouer « le droit international ». « Nous expliquerons aux Allemands que nous n’accueillerons pas » les migrants expulsés, a prévenu Herbert Kickl, ministre de l’Intérieur autrichien et membre du FPÖ (extrême droite), associé au gouvernement du chancelier conservateur, Sebastian Kurz. Et, autre signe du risque de déclenchement d’une cascade de surenchères nationalistes : Vienne a annoncé dès hier son intention de créer à son tour des « centres de transit » à ses frontières sud avec l’Italie et la Slovénie.

Angela Merkel reste tributaire de la réaction de ses principaux partenaires, les sociaux-démocrates, au sein de la grande coalition. Mais, pour l’heure, il semble que ce soit le SPD, lui-même décrédibilisé, qu’elle place dans une position encore plus délicate. Andrea Nahles, la présidente du parti, s’est montrée plutôt ouverte à l’égard du compromis CDU-CSU, moyennant, dit-elle, « l’examen de quelques détails ». Tout plutôt qu’un clash, semble ainsi dire une direction du SPD qui veut à tout prix éviter des élections anticipées, synonymes d’une nouvelle débâcle annoncée par les sondages. Mais cette nouvelle allégeance « de raison » à Merkel risque de rouvrir les dissensions apparues au début de l’année sur le bien-fondé d’une nouvelle participation à la grande coalition. Plusieurs frondeurs du parti dénoncent en effet des mesures « inacceptables », qui vont « totalement dans le sens de l’extrême droite ».

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La Chine et l’Europe dans le viseur nationaliste de Trump

Déploiement de missiles commerciaux contre Pékin et immixtion dans les affaires de Berlin pour appuyer la fronde de l’aile nationale-libérale du gouvernement Merkel, tout sert la recherche d’un nouvel ordre mieux soumis à la domination US.

1-TrumpDonald Trump accentue son offensive pour bouleverser l’ordre mondial au profit de l’hyperpuissance. D’un côté, il brandit toujours plus ostensiblement la hache de la guerre commerciale contre Pékin. De l’autre, il s’immisce dans les affaires intérieures allemandes et européennes, en appuyant ouvertement les desseins du courant nationaliste et xénophobe présent au sein du gouvernement d’Angela Merkel.

Jusqu’où le président des États-Unis est-il prêt à pousser sa recherche d’un « deal » avec Pékin pour restaurer la suprématie de l’économie US ? Lundi 18 juin, il a demandé à son secrétaire d’État au commerce, Robert Lighthizer, d’identifier 200 milliards de dollars de biens chinois sur lesquels augmenter les droits de douane de 10 %. La mesure constitue une seconde salve d’artillerie commerciale. Le locataire de la Maison-Blanche en avait tiré une première vendredi 15 juin, en décrétant des droits de douane de 25 % sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises. Sous couvert de compenser « le vol de technologies et de propriété intellectuelle » par la Chine.

Pékin ayant décidé de riposter en taxant, à son tour, une liste de produits US, Trump s’est lancé dans la surenchère. Il laisse même entendre qu’il pourrait aller encore plus loin en appliquant des droits de douane supplémentaires sur la quasi-totalité des produits chinois importés aux États-Unis. Le ministère chinois du Commerce dénonce des « pratiques de pression extrême et de chantage », éloignées du « consensus auquel étaient parvenues les deux parties dans leur consultation ». Pékin ne restera donc pas l’arme au pied.

Pour Donald Trump, peu importe que cette escalade soit à hauts risques pour la stabilité économique et la paix mondiale, elle est partie intégrante d’une stratégie qu’il avance avec méthode et détermination. Il s’agit de réhabiliter ou de renforcer l’hégémonie des États-Unis. Y compris s’il faut bousculer ses « partenaires » occidentaux. Comme au récent G7, au Canada, ou en pesant de tout son poids dans le débat intérieur germanique sur l’immigration, comme il le fit aussi le 18 juin en appuyant ouvertement le ministre de l’Intérieur bavarois, Horst Seehofer, et sa volonté de fermer les frontières, contre la chancelière Angela Merkel.

Washington soutient la mouvance nationaliste et populiste en Europe

« Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants », a tweeté Trump en arguant qu’à cause de l’immigration « la criminalité en Allemagne » était « très en hausse ». Ce qui constitue une pure « fake news », au vu des chiffres statistiques officiels d’outre-Rhin, représente un bon moyen conjoncturel de défendre sa propre politique de fermeture de la frontière mexicaine. Fût-ce au prix d’enfermer des enfants de sans-papiers. Mais il ne faut pas s’y tromper : l’immixtion de Trump obéit à une démarche bien plus fondamentale qui vise à réordonner le monde sous la houlette des États-Unis et se rapproche donc de l’effet recherché par les missiles commerciaux déployés contre la Chine.

L’administration Trump soutient la mouvance nationaliste et populiste qui s’étend jusqu’en Italie et en Autriche et menace l’avenir de l’UE. Le calcul est simple : la recherche de deals bilatéraux serait bien plus commode avec des Européens ayant abandonné toute volonté de résister en même temps que toute velléité de coopération. Au multilatéralisme actuel pourrait se substituer des règlements internationaux bien mieux tributaires des directives de Washington,

Le nouvel ambassadeur des États-Unis en Allemagne, Richard Grenell, est un des missionnaires de cette stratégie trumpienne. « Je voudrais définitivement renforcer d’autres conservateurs en Europe », a-t-il déclaré dans une récente interview sur le site Internet de l’ultradroite états-unienne Breitbar. Il y fait l’éloge du chancelier autrichien, Sebastian Kurz, au pouvoir avec le parti d’extrême droite FPÖ. Surtout, Grenell fréquente assidûment toutes les initiatives de la mouvance droitière d’outre-Rhin. Il cultive ainsi un lien étroit avec Jens Spahn, ministre de la Santé et dirigeant du parti chrétien-démocrate de la chancelière. Signe particulier : Spahn se veut la tête pensante d’une alternative nationale-libérale, « sans tabou », y compris celui d’une alliance gouvernementale avec… l’AfD (extrême droite allemande).

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Die Linke en bon ordre de bataille

Déjouant le piège populiste, le parti a réussi à asseoir sa position sur l’immigration. Lors de son congrès qui s’est terminé dimanche 10 juin il a réélu ses deux dirigeants, Katja Kipping et Bernd Riexinger.
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À Leipzig, où il a tenu son congrès ce week-end, le parti Die Linke a réussi à réaffirmer une ligne claire sur l’immigration après des mois de cacophonie interne. Katja Kipping et Bernd Riexinger, les deux coprésidents sortants du parti, bien que cibles d’une opération « dégagiste » connexe, ont été largement réélus avec respectivement 65 % et 74 % des voix des délégués.

Il incombait d’autant plus de trancher le débat que deux des personnalités les plus éminentes du parti, Sahra Wagenknecht (coprésidente du groupe Die Linke au Bundestag) et son mari, Oskar Lafontaine, sont à l’origine des dissensions. L’une et l’autre souhaitaient une « inflexion » de la position de Die Linke dans le sens d’une limitation de l’accès des réfugiés et des migrants sur le sol allemand, en arguant que l’ouverture momentanée des frontières par Angela Merkel en 2015 relevait d’une démarche néolibérale.

Wagenknecht et Lafontaine ont associé cette offensive à leur souhait de faire émerger outre-Rhin un nouveau mouvement. À l’heure où le SPD se fourvoie dans une nouvelle grande coalition, il s’agirait de surpasser les clivages à gauche sur le modèle de la France insoumise ou de Podemos. Le français Jean Luc Mélenchon leur a apporté un soutien ostensible.

La bataille d’idées fut particulièrement âpre. Oskar Lafontaine a fustigé encore à l’ouverture du congrès dans une interview au quotidien Tageszeitung « l’entêtement idéologique » des dirigeants de son parti, invoquant les conséquences « en termes de concurrence sur les salaires et de prix des loyers » qu’avait la venue d’étrangers « en grand nombre » en Allemagne. Et le couple Wagenknecht-Lafontaine reliait ouvertement une « inflexion » de la position du parti sur l’immigration à un changement de tête à sa direction – étape indispensable à la transformation de Die Linke avant sa future dilution au sein du mouvement de gauche à l’allemande qu’il appelait de ses vœux.

« Le congrès a tranché », a conclu Katja Kipping en pointant que la « ligne de solidarité avec les migrants et les réfugiés » était désormais « la seule ». Elle a défendu l’importance du débat d’une clarification qui va permettre de se tourner maintenant vers d’autres questions cruciales, « comme la paix ou la crise du logement accessible ».

En échec, Wagenknecht et Lafontaine continuent d’envisager la création d’un mouvement en septembre. Die Linke a confirmé ce week-end son rôle primordial au sein d’un paysage politique germanique si abîmé par les poussées identitaires (crucifix en Bavière) et nationaliste.

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La sortie d’Athènes de l’austérité, un enjeu européen

Libéré de la tutelle de la troïka (UE, BCE, FMI) en août, Tsipras annonce un plan de relance en faveur des plus démunis. Une mobilisation des citoyens européens sur  des transformations radicales est indispensable avant qu’il ne soit trop tard. La BCE doit enfin accorder ses crédits à taux nul aux services publics grecs et aux autres, comme à tous les grands projets de développement durable dans l’UE. 

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Des manifestants grecs anti-austérité contre les mesures de la troïka interpellent l’opinion européenne et singulièrement française   

La Grèce va-t-elle enfin retrouver des marges de manœuvre après avoir été étranglée pendant une décennie par les mémorandums européens qui ont échangé l’octroi d’aides financières contre des mesures de super-austérité ? Alexis Tsipras veut y croire après la confirmation de la sortie de l’ultime plan d’aide pour le 20 août prochain. Saluant en cette fin mai devant le Parlement le retour de la Grèce à la normale – entendez la possibilité de se financer elle-même sur les marchés –, le premier ministre grec a présenté un plan de développement « pour le jour d’après » qui doit bénéficier d’abord « aux travailleurs, à ceux qui ont souffert » des mesures austéritaires imposées.

Pour éviter la faillite ou la promesse de chaos d’une sortie de l’euro, on se souvient comment la troïka (UE, BCE, FMI) s’est livrée à un chantage permanent, n’accordant son soutien à Athènes qu’au prix de privatisations et de coupes budgétaires. Le plan Tsipras entend l’en libérer progressivement. Il cible une relance par la lutte contre le chômage, la revalorisation du salaire minimal ou encore le rétablissement des conventions collectives. Il compte financer ses projets par la création d’une banque nationale de développement qui permettrait aux PME d’accéder au crédit. Il reste que ce « retour à la normale » dépendra pour beaucoup des autres acteurs de l’Union européenne. Et là, rien n’est vraiment joué tant sur le plan d’une indispensable réduction de la dette – Berlin continue d’y mettre d’insupportables conditions – que sur celui du financement des investissements.

Ainsi les propositions radicales pour un accès des services publics et autres projets de développement aux crédits à taux zéro de la Banque centrale européenne acquièrent-elles une pertinence supplémentaire. De quoi alimenter une bataille politique européenne majeure, cruciale pour la survie du pouvoir de gauche en Grèce, mais aussi pour le rassemblement des progressistes européens.

 

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Libéralisation du rail: l’imposture du « modèle allemand »

Si la réforme de la Deutsche Bahn, élevée au rang de modèle par les partisans de la casse de la SNCF, n’a pu déboucher sur sa privatisation et son introduction en bourse en raison du krach financier de 2008, elle a induit des dysfonctionnements très graves sur le réseau.

Lofuehrerstreik-BerlinGrève historique à la Deutsche Bahn en 2015 pour l’emploi et le service public

En Europe, alors que les privatisations thatchéro-blairistes font l’effet d’un repoussoir, la Deutsche Bahn, la société des chemins de fer allemands, aurait, elle, réussi sa réforme. Ce qui lui permettrait d’afficher des résultats « exemplaires » en termes d’utilisation du rail. Pour réussir la modernisation de la SNCF, il n’y aurait donc rien de plus simple : s’aligner sur elle, expliquent Emmanuel Macron et le gouvernement français. La ministre des Transports, Élisabeth Borne, le revendiquait le 15 mars dernier sur France Info : « Nous voulons une entreprise plus unifiée et réactive, où les managers ont des capacités de décision. Le modèle allemand avec une structure mieux intégrée répond bien à cet objectif. »

L’affirmation vaut ainsi que l’on s’intéresse à un vrai bilan de la réforme de la Deutsche Bahn. Et le moins qu’on puisse dire est que sa présentation par les autorités françaises heurte de plein fouet l’expérience des usagers allemands, confrontés à une multiplication des dysfonctionnements. La réalité qu’ils ont vécu, qu’ils vivent, c’est une dégradation notoire du service, avec un prix des billets en constante augmentation et parmi les plus élevés du continent, des retards chroniques – ils touchent selon plusieurs études concordantes près du tiers des trains de grandes lignes – ou même de ces accidents meurtriers qui ont bien trop souvent défrayé la chronique durant les deux dernières décennies outre-Rhin.

La réforme du rail de 1994 servit en fait de cadre à la fusion des deux ex-sociétés publiques des chemins de fer est et ouest-allemandes après la réunification. Elle visa à banaliser l’entreprise et le statut de ses personnels pour la transformer en une société par actions comme les autres. Mais la privatisation engagée il y a vingt-quatre ans, n’a jamais pu être menée à terme. L’État fédéral contrôle toujours aujourd’hui 100 % de la Deutsche Bahn (DB) et de ses filiales intégrées, DB Netz (réseau ferré), DB Cargo (marchandises), DB Regio (transport régional), etc.

Absence d’investissements sur le réseau secondaire

Le fiasco d’une libéralisation complète tient à deux raisons essentielles : la date choisie pour l’introduction en Bourse du géant, en 2008, a malencontreusement coïncidé avec le krach financier. « Les conditions ne sont pas propices à la vente de titres de l’entreprise sur les marchés », avait dû reconnaître, penaud, Peer Steinbrück, le ministre des Finances (SPD) du gouvernement Merkel I de grande coalition. L’autre raison de cet échec tient aux luttes des cheminots, en opposition frontale avec la recherche de l’optimisation des profits devenue règle d’or dans la gestion de la DB SA.

Les dégâts n’en sont pas moins déjà considérables, relèvent les syndicalistes et les usagers de l’Alliance chemin de fer pour tous (Bündnis Bahn für alle), ce regroupement d’organisations et d’associations de citoyens qui s’est mobilisé pour la défense du service public. « Le modèle allemand est une véritable imposture », expliquent-ils en substance en listant la multiplication de dysfonctionnements.

L’été dernier à Rastatt, la ligne Nord/Sud, la plus importante du pays, qui relie Karlsruhe à Bâle, a dû être coupée de juillet à octobre. En cause : l’effondrement partiel d’un tunnel en construction sous les voies. Le chantier doit permettre de délester un trafic parmi les plus denses d’Europe à cet endroit. Pour aller au plus vite et optimiser la profitabilité de l’investissement, on a sous-estimé volontairement de multiples paramètres de sécurité, en creusant directement sous les voies existantes. Résultat : les rails se sont enfoncés subitement de quelque 80 centimètres. La fermeture au trafic après qu’un accident a été évité de justesse a provoqué une immense pagaille. Un service de remplacement par bus a dû être mis en place pour les passagers des ICE (les TGV locaux). Quant aux très nombreux trains de fret qui passent par là, ils ont dû emprunter de longs itinéraires de substitution ou transférer sur des camions les containers ,empilés sur leurs wagons.

L’incident de Rastatt a mis ainsi en lumière l’absence d’investissements sur un réseau secondaire vétuste. Le maintien de nombreuses portions de lignes à voie unique, en dépit souvent d’une fréquentation importante compte tenu de la densité de la population, y a fait grimper les risques pour les passagers. Jusqu’à des accidents graves. En février 2016, deux trains affrétés par la compagnie privée Meridian se percutaient de plein fouet entre Rosenheim et Holzkirchen, en Bavière. Bilan : 10 morts et plus de 80 blessés. « Erreur humaine », conclura l’enquête après une intense controverse sur l’absence d’équipements, il est vrai très coûteux, permettant d’enclencher automatiquement un arrêt d’urgence en cas d’engagement de deux convois sur la ligne au même moment. De multiples études établissent une recrudescence des accidents ou quasi-accidents depuis le lancement de la réforme. Car si elle n’a pu entrer en Bourse en 2008 la DB, devenue entre-temps un des leaders mondiaux de la logistique et des transports, présent dans plus de 130 pays, n’en adopte pas moins des principes de gestion soumis à la rentabilité financière.

Jusqu’à l’absurde. En août 2013, les trains n’arrivent plus en gare de Mayence, capitale du Land de Rhénanie-Palatinat. La raison : en cette période de congés d’été, il n’y a plus suffisamment de conducteurs de locomotive, de personnels de bord et dans la gare pour assurer l’arrivée des trains. La circulation de plusieurs dizaines d’entre eux doit être tout simplement annulée. La direction de la DB répète comme un leitmotiv depuis 1994 qu’il faut « rendre le chemin de fer en capacité d’affronter les marchés financiers ». En conséquence de quoi quelque 150 000 emplois et l’ex-statut des cheminots ont été rayés de la carte.

A Berlin, ces nouvelles logiques entrepreneuriales vont plonger le RER local (la S-Bahn) dans le chaos entre 2009 et 2012. Dans sa course à la rentabilité, la filiale de la DB a licencié 900 de ses 3 800 salariés et engagé des économies drastiques en matière de maintenance. Les intervalles entre deux visites de révision à l’atelier s’étendent démesurément. Après un déraillement dans la station Südkreuz (37 blessés), une défaillance des freins est relevée par l’enquête post-accident. Quelque temps plus tard, un organisme de sûreté tire la sonnette d’alarme. Il pointe « des problèmes majeurs sur les cylindres de freins et les axes » de la majorité des voitures. Des centaines de trains doivent être annulés, remplacés au mieux par des services de bus. Il est conseillé de se rabattre sur le réseau du métro. Encore faut-il pouvoir rejoindre « une station terminus, dont le parking est vite saturé », dénonce un livre noir du rail publié en 2011. Des embouteillages automobiles monstres se forment régulièrement dans la capitale fédérale. Et le prix du ticket commence à grimper à une vitesse proportionnelle au nombre d’annulations de trajets ou de retards.

À l’été 2015, GDL remporte une victoire historique

Les syndicats, et singulièrement celui des conducteurs de locomotive (GDL), qui a fait irruption sur la scène publique dans la première moitié de la décennie, revendiquent, outre des revalorisations salariales, des investissements et des créations d’emplois. À l’été 2015, GDL remporte une victoire historique après des mois de conflit très âpre qui ont occasionné plusieurs périodes de paralysie du réseau. Classiquement, les grévistes sont accusés par les dirigeants de la grande coalition et une bonne partie de la presse de « prendre les voyageurs en otage ». Mais l’ampleur du mouvement et une certaine complicité des usagers, qui ont expérimenté à leurs dépens retards et dysfonctionnements chroniques, obligent la direction de la DB à céder. Elle doit signer un accord qui l’engage à embaucher quelque 300 conducteurs de locomotive supplémentaires et une centaine de personnels de bord. L’accord stipule aussi une réduction du temps de travail de 39 à 38 heures sans perte de salaire, qui vient d’entrer en vigueur en ce début d’année 2018.

Ces luttes, devenues autant d’actes de résistance, ont joué un rôle essentiel dans la préservation du service public en entravant la folle poursuite de la marche à la libéralisation. Les syndicalistes font valoir une conception alternative qui mise sur le développement des coopérations et non de la concurrence entre sociétés nationales pour moderniser les chemins de fer européens. Une forte délégation de cheminots allemands était présente dans la manifestation française du 22 mars. Illustration de l’importance à leurs yeux de la solidarité intereuropéenne pour relever ce défi et continuer le combat.

 

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Nouvelle Grande coalition ou drame de l’acharnement thérapeutique à Berlin

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Angela Merkel a été intronisée pour la 4e fois à la tête d’une grande coalition appelée au chevet d’un modèle ordo-libéral à bout de souffle.

Après six mois de crise politique, consécutive aux résultats de l’élection du Bundestag de septembre dernier, l’Allemagne s’est dotée mercredi 14 mars d’un nouveau gouvernement. La chambre basse du Parlement a élu pour la quatrième fois Angela Merkel chancelière, avant d’introniser son nouveau gouvernement de grande coalition entre chrétiens démocrates (CDU) , chrétiens sociaux (CSU) et sociaux-démocrates ( SPD). « Le temps est venu de se mettre au travail », s’est réjoui la chancelière. On ne cache pas son soulagement de Bruxelles à Paris de voir Berlin ainsi revenu à la case « normale ». Et Emmanuel Macron communique frénétiquement sur le grand retour du couple franco- allemand.

Cependant, présenter l’avènement de ce gouvernement Merkel IV comme la garantie d’un ressaisissement politique pour l’Allemagne et pour l’Europe apparaît pour le moins hasardeux. Rien que l’étroitesse du résultat du vote en faveur de l’intronisation d’Angela Merkel devrait pour le moins inciter à la prudence. La chancelière, déjà tributaire d’une majorité CDU/SPD rétrécie à 53 % des électeurs, n’a pas fait le plein des votes. Une trentaine de députés de son camp (CDU ou SPD) ont voté contre elle et elle n’a dépassé la majorité absolue que d’une dizaine de voix.

Vives tensions sur le nouvel exécutif

Ce résultat serré illustre l’importance des tensions sur le nouvel exécutif. Au SPD, on digère très mal les concessions de la direction du parti pour signer un contrat de gouvernement qui se refuse à traiter les souffrances sociales générées par l’explosion des inégalités. La chancelière a beau dire qu’il va falloir « mieux partager la prospérité », rien n’est envisagé contre les énormes discriminations qui pèsent sur les plus démunis confrontés à la précarité, à des retraites peau de chagrin ou à une assurance-maladie partiellement privatisée.

Au sein de la CDU s’affirme une contestation de la ligne « centriste » de la chancelière. Jens Spahn, l’un des jeunes loups candidat à la succession de Merkel devenu ministre de la santé, laisse entendre qu’il ne dédaignerait pas s’accorder avec une extrême droite dès aujourd’hui en embuscade au sein du Parlement, selon le contre-modèle pratiqué par le chancelier Kurz dans l’Autriche voisine. Un climat paraît d’autant plus favorable à ce genre de dérive que le nouveau cabinet a déjà annoncé des restrictions importantes du droit des migrants, que doit mettre en musique le nouveau ministre de l’Intérieur de la CSU bavaroise, l’ultra-conservateur Horst Seehofer. La GroKo (grande coalition), la troisième du genre sous Angela Merkel, produit ainsi elle-même les ingrédients empoisonnés qui la mettent à mal.

Quant aux convergences franco-allemandes espérées sur l’Europe, elles apparaissent promises à un sort concret du même acabit. Olaf Scholz, le très schrödérien ministre des Finances et vice-chancelier SPD, a déjà annoncé la couleur : pas question pour Berlin de transiger sur un budget européen d’investissement ou même sur ce « ministre des Finances » de la zone euro qu’appelle de ces vœux Emmanuel Macron, sans contrepartie drastique en matière de « rigueur ». Et Berlin de recommander même la création d’un Fonds monétaire européen, pour veiller au strict respect de la discipline budgétaire des états « partenaires ».

Ainsi l’espoir, le vrai pour l’Allemagne et pour l’Europe, se situe-t-il bien ailleurs. Il passe outre-Rhin par tout ce qui résiste aux ravages annoncés de la GroKo. Comme les luttes récentes engagées en faveur de fortes hausses de salaires dans la métallurgie et la fonction publique. Comme ces revendications de Die Linke visant à combler les immenses retards d’investissements publics accumulés et à instaurer une vraie solidarité européenne.

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