Bernd Riexinger, coprésident de Die Linke: « Le mur de l’austérité est aussi lézardé en Allemagne »

Dans une interview accordée à l’humanité le coprésident de Die Linke annonce le lancement d’une marche internationale sur le nouveau siège de la BCE à Francfort le 18 mars prochain. Pour soutenir le nouveau gouvernement grec et demandé une profonde réorientation de l’institution.

Comment avez-vous réagi à la décision de la BCE de couper les vivres à Athènes ?

Bernd Riexinger. Cette attaque de la BCE vise à préserver le cadre néolibéral de la politique européenne et elle appuie la politique de Mme Merkel, qui se montre la plus indomptable dans le refus de prendre en considération les légitimes revendications des autorités grecques. Mais elle trahit aussi une volonté de boucher fébrilement les lézardes apparues sur le mur du système néolibéral en Europe. Car on ne les observe pas seulement en Grèce, mais aussi de façon croissante en Espagne ou au Portugal. Et même peut-être en Italie, voire en France.

Mais ces lézardes n’apparaissent-elles pas en Allemagne également ?

Bernd Riexinger. vous avez raison. Le modèle dont la stabilité et l’efficacité sont tant célébrées à l’extérieur est à l’origine ici d’une formidable polarisation sociale. Sur le marché du travail une grande partie des salariés est totalement précarisée et le fossé entre riches et pauvres ne cesse de se creuser. De plus en plus de gens comprennent que c’est cette politique-là qui hypothèque l’avenir de l’Europe. Un appel a été lancé par des dirigeants syndicaux de tout premier plan, par notre parti, Die Linke, par des politiques situés à l’aile gauche du SPD et par de nombreux économistes pour exiger du gouvernement fédéral qu’il soutienne le gouvernement grec.
Quelles sont vos propositions immédiates ?

Bernd Riexinger. Il faut d’urgence mettre fin aux politiques d’austérité en Europe. On n’a jamais réussi à tirer un pays des difficultés en lui enfilant une camisole de force. Pour faire face, trois décisions s’imposent : un, le lancement d’un programme d’investissements pour l’avenir de l’Europe. D’abord en direction d’infrastructures publiques, partout mises à mal, y compris ici en Allemagne. Deux, une hausse des salaires. Elle doit permettre de sortir de la léthargie qui touche les marchés intérieurs, singulièrement le nôtre. Cela serait salutaire pour toute l’Europe. Car une demande supplémentaire pourrait ainsi être adressée aux pays partenaires de la zone euro. Et seraient réduits les déséquilibres intra-européens provoqués par les excédents allemands, produits d’une politique du tout-à-l’export. Trois, il faut renforcer les syndicats, et en particulier leurs droits. Cela signifie qu’il faut prendre l’exact contre-pied des réformes conduites depuis dix ans en Allemagne qui ont contribué à l’affaiblissement des syndicats en orchestrant un recul de leurs pouvoirs.
Comment comptez-vous déployer la solidarité avec le peuple grec ?

Bernd Riexinger. Nous sommes partie prenante ou le plus souvent même initiateurs de comités de solidarité qui sont en train d’émerger aux quatre coins du pays. Et le 18 mars prochain nous coorganisons une marche nationale sur la BCE à Francfort à l’occasion de l’inauguration des nouveaux locaux de l’institution. Nous y attendons plusieurs milliers de personnes. La BCE ne peut plus fonctionner de cette manière. Elle doit avoir un tout autre rôle.

Lequel ?

Bernd Riexinger. Elle vient de prendre la décision d’injecter quelque 1 100 milliards d’euros dans les marchés financiers et elle refuse son aide à l’un des États membres les plus en difficulté. Cela doit changer du tout au tout. Il faut que la BCE puisse soutenir de grands programmes d’investissements. Elle doit réorienter sa politique monétaire pour permettre un vrai développement économique et inscrire dans ses missions la lutte contre le chômage de masse.

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Le missile de Draghi contre les résistances à l’austérité

L’institut d’émission annonce qu’il va couper les vivres aux banques grecques parce qu’Athènes refuse de se conformer aux engagements du pouvoir précédent sous tutelle de la troïka et de tirer un trait sur 
ses promesses électorales et ses premières décisions anti-austérité.

Il est 22 heures, mercredi 4 février. Réuni à Francfort au 35e étage de l’Eurotower, qui abrite la Banque centrale européenne (BCE), un petit groupe d’hommes vient de décider d’ouvrir le feu sur le peuple grec. On imagine leurs mines solennelles et satisfaites, comme celles de généraux sortant du bunker qui leur sert de quartier général après y avoir pris des décisions lourdes de conséquences mortifères. Dans la nuit francfortoise, le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de «tout faire» pour sauver le vieux «modèle» austéritaire en capilotade. Au risque de précipiter l’Europe dans un terrible engrenage et de faire le jeu de forces centrifuges qui menacent le projet européen. En chef de guerre, Mario Draghi a déclenché le missile de sa propre main : face au programme anti-austérité de Syriza, la BCE coupe les vivres au secteur bancaire hellénique.

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L’arme que Mario Draghi, le président de la BCE, aimerait «de dissuasion massive» contre le peuple grec, consiste à suspendre le processus autorisant les banques du pays à se pourvoir en liquidités contre le rachat de bons du Trésor locaux par l’institut d’émission européen. Cette disposition d’urgence avait été prise dans le cadre du dernier plan dit de sauvetage européen pour maintenir la tête de l’économie grecque hors de l’eau. Seulement elle était associée à de très lourdes contreparties puisqu’il s’agissait pour Athènes de se conformer strictement à son engagement dans les superplans d’austérité, dont la mise en œuvre était étroitement surveillée par une troïka des bailleurs de fonds d’Athènes (UE, BCE, FMI). Désormais seule la banque centrale grecque sera autorisée à pratiquer et donc à garantir ces opérations d’urgence.

 10954545_10205928421519057_1888611373397292236_n-1 Quelle est la faute originelle qui valent ces foudres au peuple grec ? Il a fait preuve de la plus grande légèreté le 25 janvier dernier en votant massivement contre l’austérité, partant du constat de plus en plus manifeste que loin de soigner son économie, celle-ci l’empoisonne consciencieusement depuis plusieurs années. On imagine les sueurs froides au sein de l’état-major de la BCE comme chez les gardiens du temple «austéritaire» européens. L’exigence de refonte d’un système qui prend déjà l’eau de toutes parts ne risquait-elle pas d’émerger trop fort et de se propager dans l’espace de la zone euro ? Tant les opinions observent d’un œil plutôt favorable les premiers pas d’Alexis Tsipras, le nouveau chef d’État grec, et de son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, sur la scène européenne. Tout comme elles semblent apprécier leurs premières annonces conformes à l’engagement anti-austéritaire qui les a portés au pouvoir. La guerre de la BCE étant, comme l’autre, la prolongation de la politique par d’autres moyens, Mario Draghi entend bien signifier sur quelles conclusions doit chuter le compromis en cours de négociation autour d’un éventuel réaménagement de la dette d’Athènes : surtout ne déroger en aucun cas au cadre des mémorandums acceptés par le gouvernement grec sortant. Sinon la BCE fermera définitivement ce robinet à liquidités qu’elle s’apprête pourtant à ouvrir à fond pour répandre quelque 1 100 milliards d’euros sur les marchés financiers européens. «La Grèce ne cédera à aucun chantage», a aussitôt réagi Athènes en affichant sa détermination à poursuivre les négociations et en s’efforçant de rassurer sur sa capacité à fournir des liquidités à ses banques. Une solution que le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, a toutefois aussitôt relativisé en creux en indiquant laconiquement que son pays «ferait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter un dépôt de bilan.»

Un document du gouvernement allemand qui présente ses exigences

À Paris, le président Hollande s’est contenté, une nouvelle fois, de faire part formellement de son «respect pour le choix des électeurs grecs» sans pour autant désavouer le coup de force de la BCE. Tout au contraire. Celui-ci, a-t-il déclaré, «renvoie la responsabilité aux États européens. Et c’est légitime». Les principaux inspirateurs de l’attaque sont en poste à Berlin. Le climat glacial qui a préludé hier à la rencontre entre le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, et son homologue grec en a fourni une sorte d’illustration sans appel. À leur sortie, les deux hommes n’ont pu faire part que de leur totale divergence de vues. «Nous sommes tombés d’accord sur le fait que nous ne sommes pas d’accord», a relevé avec humour Yanis Varoufakis. Un document confidentiel émanant directement du gouvernement allemand et transmis à l’eurogroupe plaide résolument pour que les nouveaux dirigeants grecs tirent un trait sur leurs promesses électorales et la totalité des décisions annoncées depuis leur arrivée au pouvoir. Ce «papier» gouvernemental, que nous avons pu nous procurer via le quotidien autrichien Der Standard, souligne ainsi que «l’eurogroupe a besoin d’un engagement clair du gouvernement grec à réaliser des réformes importantes que les autorités précédentes avaient engagées avec l’argent de leurs bailleurs de fonds».

Et d’énumérer point par point le détail des conditions à la pérennité de «l’aide» fournie à Athènes :

– Une poursuite du rôle joué par l’UE, la BCE et le FMI (la troïka) «dans la supervision et le contrôle de la mise en application des réformes».

– « Une déclaration » engageant la Grèce à «honorer ses engagements» à l’égard de tous ses bailleurs de fonds (BCE, FMI, FESF) «comme ceux lui ayant prêté de 
l’argent sur un plan bilatéral».

– Athènes se doit dans le courant de cette année d’avoir «un budget avec un excédent primaire de 3%. Lequel devra atteindre 4,5% dans l’année qui vient».

– Le nombre d’employés de la fonction publique doit «comme prévu être réduit de 150 000 postes».

– Le salaire minimum doit être maintenu à son niveau. Et les pensions de retraites plus étroitement liées au niveau des cotisations.

– La privatisation des ports, des compagnies qui fournissent l’énergie et des logements «doit être poursuivie avec pour objectif de verser cette année 2,2 milliards d’euros dans les caisses de l’État».

– Enfin la Grèce doit prendre des mesures pour aligner peu à peu les prix régulés de l’électricité «pour les particuliers et les petites entreprises sur ceux du marché».

La chancelière, Angela Merkel, s’était déjà illustrée à l’occasion d’un précédent coup de force en 2011 contre les autorités grecques. En plein G20 de Cannes, elle était alors intervenue avec Nicolas Sarkozy pour convoquer George Papandréou, alors premier ministre grec, et lui conseiller de démissionner parce qu’il avait eu le mauvais goût de vouloir convoquer un référendum à l’issue incertaine (Papandréou sera remplacé pendant plusieurs mois à Athènes par un technicien, le banquier central Loukas Papademos). Interrogée sur la validité démocratique d’une telle démarche par une consœur de la radio publique allemande, elle s’était alors défendue en indiquant qu’il fallait faire en sorte que la démocratie soit «malgré tout aussi conforme au marché»…

Faire grandir la solidarité 
avec Syriza

Le missile envoyé mercredi par la BCE sur Athènes s’inscrit dans cette logique postdémocratique. Pour prévenir toute tentation de s’écarter de la doxa ordolibérale. Fondé sur la mise en concurrence des économies et des États, ce «modèle» porte en lui la résurgence des nationalismes. En premier lieu, en Allemagne où s’étalait hier à la une du quotidien populaire Bild (6millions d’exemplaires) un gros titre enjoignant aux Grecs de «payer leur crise eux-mêmes» et usant pour satisfaire la démonstration des raccourcis manipulateurs d’un «journalisme» de la démagogie, en s’appuyant sur une «une étude de la Bundesbank» qui prouverait que (sic) «les Grecs ont effectivement beaucoup plus d’argent que nous» (les Allemands – NDLR). Il ne faut pas s’y tromper, cependant la brutalité avec laquelle agissent Draghi, Merkel et les partisans de la doxa ordolibérale, trahit aussi leur crainte de l’évolution des rapports de forces européens. Ils peuvent être isolés. Même en Allemagne. À côté de Die Linke qui a réagi en dénonçant hier avec force la décision de la BCE, le mouvement syndical (DGB) s’est prononcé contre la poursuite des politiques austéritaires et affiche sa solidarité avec Syriza. Une solidarité qu’il faut faire grandir aux quatre coins de la zone euro. Le défi n’est pas mince. Il s’agit ni plus ni moins de se sauver pour sauver l’Europe.

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La vérité des prix sur la dette grecque

Dépendance aux marchés financiers et austérité ont fait gonfler l’ardoise jusqu’à l’insoutenable. 
La renégociation engagée par le gouvernement d’Alexis Tsipras, qui entame une tournée dans l’UE cette semaine, doit constituer un premier pas pour rompre avec ce modèle, poison pour la Grèce et l’Europe.

Le sort qu’il conviendrait de réserver à la dette grecque sera tout en haut de l’agenda européen cette semaine, alors que le nouveau ministre des Finances hellène, Yanis Varoufakis, effectue une tournée des capitales européennes entamée par Paris, où il a rencontré hier soir son homologue français. Objectif : réduire le poids devenu insoutenable d’une ardoise qui s’élève à 315 milliards d’euros, soit 175% du produit intérieur brut (PIB). La volonté d’alléger ce fardeau et les premières mesures d’Athènes, prenant le contre-pied des plans d’austérité dont l’application était étroitement surveillée jusqu’alors par une troïka (UE, BCE, FMI) qui n’est plus la bienvenue dans la capitale grecque, sont pour le moins mal accueillies par les gardiens du temple ordo-libéral européen. Ceux-là naviguent depuis une semaine entre amabilités d’usage à l’égard des nouveaux représentants d’Athènes au Conseil européen et avis de non-recevoir. «Pas question de réduire la dette !» ont déclaré Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, comme la chancelière allemande. Et l’Élysée, s’il entend afficher une posture plus «conciliante», n’en fait pas moins connaître son intransigeance «pour le respect des engagements pris».

Sur la défensive, compte tenu de la sympathie que pourrait susciter l’engagement anti-austérité du nouveau gouvernement grec au sein des opinions publiques, les membres du club de l’Europe austéritaire n’hésitent pas à brouiller les cartes, martelant que les revendications du gouvernement Tsipras seraient soit «illégitimes» soit même «injustes» pour les contribuables des pays bailleurs de fonds, à qui serait, selon eux, présentée l’addition d’un abandon de créances. Intox et populisme. Ces manœuvres ne résistent pas à l’examen de la vérité des prix sur l’ardoise grecque.6902076179_b5a9761411_b

Intox sur l’origine de la dette. Elle constituerait, font valoir les communicants du modèle dominant, un problème typiquement grec. Et d’appuyer la démonstration en zoomant en permanence sur ces terribles travers locaux : la difficulté à faire rentrer les impôts, l’absence de cadastre, le clientélisme et la corruption de la classe politique, ou encore le «maquillage des comptes publics» à l’entrée dans l’euro. Ces problèmes sont réels et figurent d’ailleurs en bonne place sur la pile de dossiers que doivent étudier les nouveaux responsables hellènes. Ils ne constituent pas pour autant la source essentielle du surendettement du pays.

Les difficultés d’Athènes n’auraient jamais été portées à un tel paroxysme sans le krach financier de 2007-2008. «Le minotaure global» (1), selon le titre de l’ouvrage de l’économiste critique Yanis Varoufakis, ministre des Finances depuis une semaine, a dévoré les ressources de l’État. Début 2009, avant de sombrer dans la récession, la Grèce est passée en l’espace de quelques semaines « d’un taux de croissance parmi les plus élevés d’Europe à quasiment zéro», relève ainsi Varoufakis.

Avec le krach, le monde de la finance, gavé de titres à hauts rendements spéculatifs dont les cours s’effondraient, était devenu incapable de rembourser ses dettes. Comme toute l’Europe, Athènes vole alors à son secours. La gigantesque dette privée qui menace son secteur bancaire et financier est socialisée. Mais les dogmes de Maastricht et des traités européens, brièvement mis entre parenthèses pour réaliser l’opération, reprendront bien vite du service. Ils sont présentés comme le seul moyen de «discipliner les États» pour s’assurer du remboursement effectif de l’ardoise colossale contractée auprès de leurs bailleurs de fonds privés, ceux-là mêmes qui venaient tout juste d’être… renfloués. Conséquence : toute la zone euro entre dans les turbulences et singulièrement ses membres les plus fragilisés. Il est alors décidé de placer Athènes sous tutelle d’une troïka composée de la Commission européenne (CE), de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI), qui n’accorde son aide au pays exsangue qu’en contrepartie de superplans d’austérité.

On connaît la suite : les mémorandums auxquels se sont soumis les gouvernements dits d’union nationale (droite et Parti socialiste), ont eu des effets ravageurs. Les salaires ont été amputés de 20 à 30%. Le pays s’appauvrit. D’où un terrible marasme qui va faire grimper toujours davantage une dette que les «purges» étaient censées faire diminuer. Loin de soigner le malade, les médicaments prescrits l’achèvent. La situation actuelle ne tient donc pas d’une faillite individuelle de la Grèce, comme l’affirment les communicants officiels, mais d’un échec collectif des dirigeants européens et de leur modèle austéritaire.

Des arguments nationalistes 
et anti-euro travaillent 
aujourd’hui l’opinion germanique

Arc-boutés en défense, les partisans de cette doxa se cabrent, n’hésitant pas aujourd’hui à jouer d’une dangereuse fibre populiste. En pointe sur le sujet, les dirigeants allemands affirment qu’en ne remboursant pas une partie de la dette, le nouveau pouvoir grec ferait les poches des contribuables de leur pays. «Ce qui ne va pas, c’est que ce sont ceux qui travaillent ailleurs qui paient. Je ne peux pas expliquer cela aux Allemands», s’emporte Sigmar Gabriel, ministre de l’Économie (SPD) du gouvernement Merkel, qui ne craint pas de se mettre ainsi à l’unisson des arguments ouvertement nationalistes et anti-euro qui travaillent aujourd’hui l’opinion germanique.

La réalité est pourtant loin d’épouser ces raccourcis démagogiques. Dans la panique en 2012, alors que le recouvrement de la dette grecque s’avérait déjà intenable, CE, BCE et FMI ont permis aux banques et autres investisseurs privés de sauver leurs meubles. Ces derniers ont pu se séparer de leurs titres hellènes à bon compte (à 50% de leur prix initial, alors qu’ils ne valaient quasiment plus rien sur le marché), transférant ainsi près de la totalité de la dette et de ses risques vers la sphère publique (européenne ou internationale).

Les créances grecques sont donc aujourd’hui entre des mains publiques, celles de la BCE, du FMI et, pour plus de 40%, du Fonds européen de stabilité financière (Fesf). L’Allemagne en détient à hauteur de 41 milliards d’euros, la France de 31 milliards (au prorata de leurs engagements au sein du Fesf). À cela s’ajoutent des prêts bilatéraux accordés à Athènes par Berlin et Paris en 2010 dans le cadre d’un premier dispositif dit de sauvetage. C’est là-dessus que s’appuient les dirigeants des deux principaux pays bailleurs de fonds pour justifier leur refus de couper dans l’ardoise grecque.

Mais les apparences sont très trompeuses. Le fisc allemand, par exemple, est objectivement un énorme «profiteur» de la crise grecque. Berlin a prêté en effet de l’argent à Athènes, à des taux certes très inférieurs à ceux, usuraires, du marché – ils ont atteint jusqu’à 18% pour les emprunts à dix ans en juin 2011 – mais bien au-dessus (entre 2 et 5%) de ceux auxquels il avait lui-même emprunté sur les marchés financiers pour alimenter le fonds de secours européen. Depuis près de deux ans, l’Allemagne se finance en effet sur les marchés à moins de 1,5%, et même à moins de 0,5% depuis l’automne dernier. Techniquement cette situation traduit un afflux de capitaux sur la place allemande. Autrement dit : une réduction du coût du capital emprunté par la puissance publique germanique. Au total, une étude sur ce thème réalisée par des économistes du groupe Allianz chiffre à 40 milliards d’euros les gains réalisés sur quatre ans par Berlin grâce à cette conjoncture ultrafavorable.

C’est là que se situe la plus grande faille d’un modèle européen placé sous la férule des marchés financiers : la mise en concurrence entre États s’est exacerbée dans la crise et c’est le plus fort, devenu le plus hégémonique, qui en tire les plus grands bénéfices. Voilà pourquoi les terribles déséquilibres intra-européens s’aggravent sous l’effet des purges de la troïka au lieu de se résorber. Voilà pourquoi ce modèle austéritaire alimente partout des dérives nationalistes. Très mauvais pour la Grèce, le programme d’austérité, relevait hier le ministre des Finances grecs en marge de sa visite à Paris, l’est aussi pour toute l’Europe.

(1) Yanis Varoufakis, The Global Minotaur, éditions Z, collection « Economic Controverses ».

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Plongée aux sources de Pegida

De Leipzig à Berlin en passant par le Land de Saxe, fief des Patriotes d’Europe 
contre l’islamisation de l’Occident (Pegida), nous avons traqué les véritables causes 
de l’irruption du nationalisme outre-Rhin.

Les démocrates allemands sont inquiets. Ils se mobilisent dans des contre-manifestations qui rassemblent bien davantage de participants que les défilés de Pegida ­(Patriotes d’Europe contre l’islamisation de l’Occident). Mais sans parvenir jusqu’ici à endiguer la poursuite de l’extension du mouvement. Son fondateur, Lutz Bachmann, un ex-braqueur passé maître dans la ­récupération des peurs, a certes dû démissionner après la divulgation d’une photo sur Facebook où il apparaissait déguisé en Hitler (notre édition du 23janvier). Mais les onze autres dirigeants du mouvement appellent à un nouveau rassemblement ce lundi soir dans les rues de Dresde. Le scandale permettra-t-il enfin d’enclencher une diminution de la fréquentation des défilés ?

En attendant, ceux qui ont peur aujourd’hui dans la capitale saxonne, ce sont les étrangers et les demandeurs d’asile. Ils demeurent claquemurés derrière les portes des foyers dans lesquels ils sont hébergés, terrorisés à l’idée d’une mauvaise rencontre dans les rues de la ville. Il y a quinze jours le corps de Khaled Bahray, un jeune Érythréen de vingt ans, a été retrouvé sans vie dans une cité, transpercé de plusieurs coups de couteau, non loin de l’endroit où il était hébergé. Le drame s’est produit alors que la manifestation du lundi 12 janvier (25 000 participants) venait tout juste de se terminer. La police a d’abord conclu à un décès accidentel avant de concéder «une erreur» et de lancer une enquête criminelle. Des associations de défense des droits de l’homme et des groupes antifascistes se sont aussitôt mobilisés pour exiger l’arrestation rapide du ou des coupables et «la transparence» sur les conclusions des investigations policières.

Comment en est-on arrivé là ? Comment a pu se cristalliser à Dresde l’effervescence nationaliste et xénophobe de ces rendez-vous hebdomadaires ? Le Land de Saxe présente certes des prédispositions redoutables. Le Parti national (NPD), d’obédience ouvertement néonazie, est parvenu à faire son entrée dans l’assemblée du Land à deux reprises, en 2004 et en 2009, franchissant à chaque fois la barre qualificative des 5%. Et s’il a échoué de peu (4,8%) au dernier scrutin régional (septembre 2014), c’est en grande partie à cause de l’émergence d’un concurrent d’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a rassemblé, lui, un électeur sur dix.

Mais ce terrible atavisme n’explique pas tout. Si les joueurs de flûte de l’extrême droite réussissent à entraîner derrière eux autant de citoyens «ordinaires», c’est bien que toute une société est taraudée par un immense malaise. «Les gens sont déboussolés, explique Kerstin Köditz, députée de Die Linke à l’assemblée du Land de Saxe, parce qu’ils se sentent trahis par les partis politiques traditionnels, les médias.» Tous ont peur. Les uns, dans les classes moyennes, de perdre leur position et d’être «déclassés», les autres, déjà précarisés, de perdre leur emploi ou leurs allocations sociales.

Une aubaine pour les animateurs de courants jusqu’alors réduits à une audience très marginale. À Dresde, l’intellectuel des thèses souverainistes et complotistes Jürgen Elsässer est de ceux-là. Rédacteur en chef d’un magazine, Compact, à la diffusion plutôt confidentielle, il a émergé, en l’espace de quelques semaines, comme l’une des têtes pensantes du mouvement. Il évite soigneusement de puiser dans l’habituelle boîte à slogans des têtes rasées du marigot brun. Il dénonce «les événements d’Irak et de Syrie» comme ne constituant rien de moins que «les prémices de la première guerre civile mondiale». Et passé maître dans l’exercice de la récupération la plus abjecte, il martèlera, aussitôt connus les attentats qui ont ensanglanté Paris : «la preuve que Pegida a raison».

Elsässer, qui a débuté sa carrière à l’extrême gauche, plaide une «transversalité» du credo nationaliste par-delà «le clivage gauche-droite». Lundi après lundi, il pourfend avec les autres animateurs de Pegida le «politiquement correct» des partis établis mais en s’efforçant de rester lui-même politiquement audible des foules qui descendent dans la rue. Celles-là, il le sait, ne s’identifient majoritairement pas aux tirades néonazies habituelles.

Cependant, ces précautions n’empêchent pas la présence la plus ostentatoire de groupuscules ouvertement néonazis dans les défilés du lundi. Comme ces groupes de «supporters» aux crânes rasés du club de foot local, le Dynamo Dresde, ces militants du NPD et jusqu’à ce Mouvement des citoyens du Reich, une poignée d’individus revendiquant le retour du Reich allemand dans ses frontières de… 1937. Une présence dont la masse des manifestants «ordinaires» semble s’accommoder sans état d’âme.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d’extrême droite anti-euro, auteur donc d’une percée (10%) aux ­récentes élections régionales, fonctionne comme une sorte de bras politique de ce mouvement extraparlementaire. Hans-Thomas Tillschneider, dirigeant saxon du parti, ne manque pas une manifestation. Frauke Petry, ex-chef d’entreprise, élue de l’assemblée du Land et cofondatrice de l’AfD, a invité les représentants de Pegida à une rencontre début janvier avec le tout nouveau groupe parlementaire du parti. La stratégie repose sur l’ambiguïté et le double langage. D’un côté on s’efforce, à la manière du Front national (FN) en France, de banaliser le parti sur l’échiquier en affichant l’image la plus républicaine possible. Quand de l’autre on ne ménage aucun effort pour apparaître comme le débouché politique naturel du mouvement nationaliste, anti-islam et anti-immigrants qui émerge. Pegida et l’AfD doivent beaucoup aux politiques conduites par les pouvoirs successifs. Les réformes de structure entamées par l’ex-chancelier Schröder et poursuivies par les gouvernements d’Angela Merkel ont ébranlé la société, fait exploser la précarité et alimenté un repli individualiste, largement déduit du discours qui fait de la compétitivité et du principe de concurrence entre tous l’une des normes clés du «modèle» germanique. L’identification aux performances d’une économie, célébrée à longueur de colonnes comme au-dessus du lot européen, conduit certains à se montrer agressifs envers les «autres», tous ceux qui ne sont pas dans les clous de la norme marchande et pourraient donc mettre en danger des équilibres acquis au prix de «lourds sacrifices». «Et cela, relève le sociologue berlinois Horst Kharst, alors que paradoxalement toutes les enquêtes d’opinion enregistrent une baisse des ressentiments contre les étrangers depuis vingt ans.»

Le lien entre l’ébranlement provoqué par le consensus ordolibéral des partis aujourd’hui réunis au sein de la grande coalition et l’émergence du mouvement Pegida s’incarne dans la figure d’un certain Thilo Sarrazin. L’homme bien mal nommé est l’auteur d’un brûlot antimusulman intitulé L’Allemagne se saborde (1). Les principaux protagonistes des manifestations du lundi à Dresde en ont tous fait leur livre de chevet. Publié en 2010, l’ouvrage, qui avance que les migrants renforcent (sic) «la bêtise qui rampe», plaide la préservation d’une intelligence et de normes allemandes supérieures. Il est devenu un best-seller (1,5 million d’exemplaires vendus).

Thilo Sarrazin n’est pas le premier démagogue venu. Économiste et membre encore aujourd’hui du SPD, en dépit des demandes d’expulsion de plusieurs sections de son parti, il a été ministre des Finances du Land de Berlin de 2002 à 2009 et surtout membre du directoire de la Bundesbank, dont il a dû démissionner en 2010 à la suite du tollé suscité par la parution de son livre. Le credo de l’économiste : une politique budgétaire et monétaire contraignante, gage d’une devise forte, comme garantie de l’expansion et de la domination de l’économie germanique. L’auteur opère, à sa manière, un transfert des logiques de fer du monétarisme sur la société. Les mêmes logiques conduisent Sarrazin à publier quelques mois plus tard L’Europe n’a pas besoin de l’euro (2), se faisant l’écho des positions d’une partie de la classe dirigeante allemande pour qui la faiblesse programmée de la devise européenne empêcherait les entreprises de poursuivre leur «conquête de l’Est». L’euro fort a permis en effet aux firmes allemandes de prendre le contrôle d’entreprises locales en Europe orientale, dont elles se servent comme d’une base de production de pièces détachées bon marché. Avant de les réimporter pour les assembler outre-Rhin en les estampillant d’un «made in Germany» ainsi très compétitif.

Le plaidoyer anti-euro de Sarrazin rejoint les préoccupations d’un Hans Olaf Henkel, ex-patron des patrons allemands, qui plaide pour un retour au mark ou la création d’un «euro du Nord» et qui a adhéré à… l’AfD. La boucle est ainsi bouclée. Les nationalismes anti-euro, identitaires ou xénophobes qui se rejoignent tous les lundis dans les rues de Dresde sont de terribles dérives des normes austéritaires mises en œuvre depuis plus d’une décennie en Allemagne et célébrées toujours, de ce côté-ci du Rhin et à Bruxelles, comme l’incontournable «modèle allemand».

(1) Deutschland schafft sich ab, de Thilo Sarrazin, Deutsche VerlagAnstalt, Munich, 2010. Une traduction française intitulée L’Allemagne disparaît a été publiée en 2013 par les éditions 
du Toucan.
(2) Europa braucht den Euro nicht, DVA Munich, 2012.

(2) Europa braucht den euro nicht , DVA Munich 2012

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BCE: superbanco à mille milliards pour les marchés

La BCE va lancer un vaste plan de rachats d’obligations du Trésor, pour faire face à la menace de déflation. Mais les politiques austéritaires à l’origine de la léthargie restent encouragées, et la Grèce en est écartée.

Face à une menace de plus en plus prégnante de déflation, la Banque centrale européenne a décidé, jeudi, de racheter à partir du mois de mars un total de plus de 1 000 milliards de titres de dettes d’États ou d’entreprises. L’ampleur de la campagne qui devrait s’étaler jusqu’en septembre 2016, au rythme de 60 milliards de rachats par mois, illustre à sa façon l’acuité des problèmes qui assaillent aujourd’hui la zone euro. Tout comme le choix de l’assouplissement quantitatif (recours massif à la planche à billets), pratiqué largement aux États-Unis ces trois dernières années, mais considéré longtemps comme un tabou par les gardiens de la doxa européenne.

Il est bien minuit moins cinq, a reconnu en substance Mario Draghi, le président de la BCE, lors de sa conférence de presse. Il a pointé «en premier lieu, des dynamiques d’inflation qui ont continué d’être plus faibles que prévu». Les prix dans la zone euro ont chuté de 0,2% au dernier trimestre et l’inflation se limite à 0,2% sur un an (contre un objectif inscrit dans les textes légèrement inférieur à 2%). Et «les mesures adoptées entre juin et septembre», soit une première tentative de déversements massifs de liquidités sur les marchés, n’ont pas tenu leurs promesses, a précisé M. Draghi. Le spectre de la déflation hantait donc toujours plus fort une zone euro en plein marasme avec une stagnation de la croissance pour tous les États membres, y compris pour la «locomotive» allemande.

L’austérité, origine du mal, 
reste prescrite

Si la gravité de l’affection implique effectivement le déclenchement d’un traitement exceptionnel, la guérison du malade paraît toujours bien loin d’être acquise. Car le diagnostic ignore la véritable origine de la menace déflationniste : les politiques austéritaires. Ce sont elles, en effet, qui réduisent la demande en écrasant les salaires et en rationnant les dépenses publiques. Les marges nouvelles espérées d’une baisse de la monnaie unique – qui a poursuivi sa chute hier, après l’annonce de la BCE, à moins d’1,15 dollar pour 1uro –, pour les industries exportatrices de la zone, auront du mal à compenser la poursuite annoncée de la léthargie sur les marchés intérieurs. Le président de la BCE n’en a pas moins plaidé, une fois encore, l’accélération «des réformes du marché du travail». Traduisez une flexibilisation maximale. Angela Merkel, qui plaide l’application sans faille de «réformes de structures» de ce type, avait d’ailleurs pris les devants depuis Davos, quelques minutes avant la conférence de presse de Mario Draghi, en martelant : «La décision de la BCE ne saurait nous écarter de ce chemin.»

L’intervention annoncée sert d’abord les marchés financiers. La BCE va acheter des titres déjà émis par les États ou les entreprises sur le marché secondaire. Ce qui va rendre les investisseurs totalement maîtres du jeu. Avec les très gros risques que cela induit. Ils pourront privilégier des choix de rentabilité dans des placements spéculatifs qui pourraient contribuer à la formation de nouvelles bulles financières. Alors qu’il faudrait permettre aux États et aux acteurs économiques d’accéder, grâce à la création monétaire de la BCE, à des crédits sélectifs en faveur de l’emploi, la formation, les services publics ou de la lutte contre le réchauffement climatique. Pour faire face aux besoins considérables des populations de la zone euro.

À l’inverse de cette logique constructive pour le projet européen, puisqu’elle permettrait aux pays les plus en difficulté d’avoir accès aux crédits bon marché indispensables pour se remettre à flot et se développer, les mesures adoptées par la BCE vont autoriser les marchés financiers à continuer de jouer les États les uns contre les autres. Les rachats de titres d’obligations du Trésor sont assortis, en effet, de conditions strictes. Ils ne pourront être réalisés que par les banques centrales nationales, à proportion de leur participation au capital de la BCE. L’essentiel du risque restera donc assumé par chaque pays. Il ne sera mutualisé qu’à hauteur de 20% seulement de la totalité du programme. On imagine le casse-tête qui s’annonce pour un pays comme la Grèce, dont la Banque centrale n’aura quasiment aucune latitude pour alléger son service de la dette (dont le taux vient de grimper à plus de 9%).

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La fièvre nationaliste grandit en Allemagne, la résistance aussi

Symptôme du malaise politique que produit le «modèle», les manifs des joueurs de flûte 
de l’extrême droite s’amplifient à Dresde. Ailleurs, les contre-manifestants accentuent la riposte.

Les manifestants qui ont défilé une nouvelle fois dans les rues de Dresde lundi soir à l’appel d’un mouvement baptisé Patriotes d’Europe contre l’islamisation de l’Occident (Pegida) étaient près de 20 000, plus nombreux encore que les semaines précédentes. Pegida parvient à prospérer sur l’immense malaise politique et identitaire que produit le «modèle allemand» de régression sociale. Différents groupuscules, crypto-bruns antilibéraux, identitaires ou même ouvertement néonazis, comme le NPD, parviennent, avec un succès croissant très préoccupant, à fédérer une sorte d’opposition extraparlementaire clamant «Nous sommes le peuple», comme lors des rassemblements qui ont précédé la chute du régime de l’ex-RDA. Ils jouent des peurs qui émergent dans une société ébranlée par les réformes antisociales et une immense défiance à l’égard des partis politiques traditionnels. Et si l’effroi suscité par la barbarie islamiste en Syrie est instrumentalisé, Pegida prospère surtout sur l’angoisse d’une population largement précarisée qui craint de se faire «voler» son emploi ou ses allocations sociales par les immigrés et les demandeurs d’asile. Certes globalement plus nombreux outre-Rhin, aujourd’hui ceux-là sont pourtant très rares dans un Land comme la Saxe, qui ne compte pas plus de 0,5% de migrants musulmans.

Les passerelles avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le parti d’extrême droite anti-euro qui a réalisé une percée à plus de 10% aux récentes élections régionales, sont de plus en plus notoires. Une sorte de sommet est ainsi prévue aujourd’hui à Dresde entre les principaux tribuns du mouvement et le groupe de l’AfD au Parlement de Saxe.

Pegida, qui cherche à étendre les mobilisations au-delà de son fief saxon à d’autres villes allemandes, semble en échec sur ce terrain-là. À Cologne, Rostock, Hambourg ou Berlin, les joueurs de flûte bruns n’ont pas rassemblé lundi plus de quelques centaines de personnes. À l’inverse, des contre-manifestations ont réuni beaucoup plus de monde. Signe que les résistances s’amplifient face aux dangers de cette poussée de fièvre nationaliste. Même Angela Markel a jugé nécessaire de monter au créneau, dénonçant «l’intolérance à l’égard de ceux qui n’ont pas la même couleur de peau ou la même religion», lors de la présentation de ses vœux à la nation. 
La démarche est louable. Le lien n’en est pas moins accablant entre l’exigence de fer dont fait preuve la chancelière dans la stricte application des ordonnances ordo-libérales par les partenaires de la zone euro et la montée du nationalisme en Allemagne, comme dans le reste de l’UE.

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Grèce: quand Berlin manie ouvertement le chantage

Angela Merkel laisse «fuiter» qu’elle serait prête à mettre Athènes à la porte de la zone euro si les Grecs votaient « mal ».

À moins de trois semaines des élections législatives anticipées, les pressions s’accentuent sur les électeurs grecs. C’est d’Allemagne qu’elles se sont fait sentir le plus fort ce week-end. Selon des informations obtenues par l’hebdomadaire Der Spiegel, la chancelière Angela Merkel laisse entendre que Berlin pourrait montrer la porte de la sortie de la zone euro à Athènes en cas de victoire de Syriza et ­d’engagement des nouvelles autorités grecques dans une politique anti-austéritaire. Le journal invoque des sources «proches du gouvernement» et souligne que la chancelière et son ministre des ­Finances, ­Wolfgang Schäuble, jusqu’alors hostiles à cette sortie grecque de l’euro ou «grexit», selon le terme consacré, n’hésiteraient plus à franchir le pas au cas où…

Ce «grexit» serait désormais jugé supportable, «en raison des progrès accomplis par la zone euro depuis le sommet de la crise en 2012». Si un porte-parole du gouvernement allemand s’est dit hier convaincu que la Grèce continuerait à «remplir ses obligations contractuelles envers la troïka», il s’est gardé de démentir les allégations du Spiegel, refusant simplement de les commenter.

Quoi qu’il en soit des intentions de Berlin, ces «fuites» viennent à point nommé alimenter la crainte du «chaos» sur laquelle le premier ministre grec sortant, Antonis Samaras (Nouvelle démocratie), s’appuie pour sauver les meubles de son gouvernement de coalition, associant droite et socialistes du Pasok dont le bilan, avec l’explosion des souffrances sociales, est parfaitement exécrable. Le chantage de l’exécutif germanique remplit d’aise l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), l’extrême droite anti-euro, son leader, Bernd Lucke, saluant aussitôt «une prise de conscience tardive» du pouvoir. Le nationalisme, en pleine ascension outre-Rhin comme 
dans de nombreux États membres, tire ainsi le plus grand profit de la débâcle du «modèle austéritaire».

L’orthodoxie ­monétariste empoisonne la zone euro au point de la rapprocher toujours plus du spectre de la déflation (chute des prix et des salaires). Ce qui pousse le président de la BCE, Mario Draghi, à ne plus faire mystère d’un recours à des mesures «non conventionnelles», comme celle d’un plan d’achats directs de titres de dette publique par l’institut d’émission, pour tenter de stimuler une zone euro en panne.

Alexis Tsipras, le dirigeant de ­Syriza, pointait ce week-end qu’il faudrait agir vite dans ce sens, contre la rigidité de Berlin et de la troïka. Et pour revendiquer qu’Athènes puisse très vite user d’un tel mécanisme, seul moyen de faire face à la «crise humanitaire» qui affecte le pays.

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Un scrutin législatif grec à enjeu continental

La victoire de Syriza aux législatives anticipées du 25 janvier pourrait être l’amorce d’un tournant dont le besoin se fait de plus en plus sentir dans une Europe minée par les ravages de la doxa austéritaire. Pour les progressistes européens, la campagne va donc déborder largement du cadre grec.

Les électeurs grecs sont l’objet de toutes les sollicitudes européennes. La pression monte alors que la courte campagne des élections anticipées du 25 janvier n’est pas même encore vraiment lancée dans le pays. Alors que le ton monte à Bruxelles, Berlin ou Paris pour dissuader les grecs de porter leur choix sur Siriza, le parti de la gauche radicale est donnée majoritaire par les sondages à près de 30% des suffrages et avec 3 points d’avance sur la Nouvelle Démocratie (ND), la formation de droite du Premier ministre sortant Antonis Samaras. Après le FMI, qui a suspendu aussitôt lundi ses versements à la Grèce en… attendant le résultat du scrutin, l’un des principaux mercenaires des marchés financiers, l’agence de notation Fitch, sonnait hier le tocsin affirmant: « Le risque d’une dégradation de la solvabilité de la Grèce a augmenté. » Quant à Antonis Samaras, il affirmait que l’enjeu du scrutin était ni plus ni moins «le maintien du pays dans l’Europe» et confirmait ainsi qu’il ferait de la peur du chaos son principal, sinon son seul argument électoral, compte tenu du désastreux bilan de son gouvernement de grande coalition avec les socialistes du Pasok.

Ce tintamarre polyglotte souligne combien ce qui va se jouer en Grèce dépasse les frontières du pays. Rarement une élection nationale aura eu un enjeu aussi continental. Les gardiens du modèle ordo-libéral l’ont bien compris. Tel le ministre des finances allemands, Wolfgang Schäuble, qui s’en va répétant depuis deux jours que les réformes austéritaires supportés par les grecs sont «sans-aucune-alternative». Mais leur insupportable immixion dans le débat électoral, trahit aussi une fébrilité toute défensive, alimentée par l’absence de résultats notoires des «purges» recommandées depuis trois ans, de sommet en sommet, à La Grèce , puis à l’ensemble des pays de la zone euro, France comprise. Toute une politique européenne ne risque-t-elle pas d’être disqualifiée démocratiquement sous les applaudissements d’une bonne partie de ces européens qui n’en peuvent plus de l’austérité ? Et en tout cas pour tous ceux qui combattent la précarité, les bas salaires, les coupes dans les dépenses publiques et sociales? Du même coup, l’espoir d’une alternative radicale pourrait se renforcer, posant le besoin, comme jamais, d’une refondation de la construction européenne.

«Une victoire de Syriza», relève Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche Européenne, «serait la première pierre d’une solution commune et de progrès pour les européens qui souffrent». Des forces considérables peuvent être mises en marche pour faire valoir une telle issue et exiger l’amorce d’un véritable tournant en Europe. Dénonçant «le chantage exercé par la finance et ses serviteurs politiques» sur les électeurs grecs, l’association Attac pointait, hier, combien les mobilisations sociales qui se développent en Belgique, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Slovénie et ailleurs «montrent que le peuple grec n’est pas seul en Europe à vouloir prendre un autre chemin.» Y compris outre Rhin, le «modèle allemand» de précarisation et de modération salariale, si souvent présenté en référence «incontournable» pour les états-membres, est extrêmement impopulaire, et combattu de plus en plus ouvertement par les syndicats alors que devrait se confirmer au dernier trimestre la stagnation de la première économie de la zone euro.

Le besoin d’amorcer un tournant radical émerge de manière d’autant plus forte que grandit la menace de déflation (baisse des prix et des salaires), pure dérivé des politiques auustéritaires. Le calendrier électoral grec va venir ainsi percuter celui de la Banque Centrale Européenne (BCE). Au menu de la réunion du 22 janvier de l’institut d’émission: de nouvelles mesures «non conventionnelles» pour tenter de relancer l’activité, en panne. Mario Draghi, son président, ne fait plus mystère des préparatifs engagés dans ce sens. Tant l’urgence est manifeste. Le crédit a reculé de 0,9% le mois dernier, faisait savoir hier la BCE, après une contraction de 1,1% le mois précédent. La BCE pourrait, après avoir abaissé ses taux d’intérêt à 0,05%, envisager des achats massifs d’emprunts d’Etats, comme le fait de longue date la réserve fédérale, la banque centrale états-unienne.

Cette rupture annoncée de l’institut de Francfort avec l’orthodoxie monétariste vient illustrer la pertinence des propositions alternatives développées par de nombreuses forces progressistes européennes et en France, de longue date, par le PCF et le Front de gauche. Il s’agirait de mobiliser la politique monétaire non plus au service des marchés financiers mais de l’emploi, de la formation ou de l’investissement dans des services publics. Qu’ils soient «anciens», quand ils sont exsangues comme aujourd’hui, ou nouveaux, pour faire face, par exemple, aux immenses défis environementaux. Pour éviter que ce crédit gratuit ne soit détourné par la spéculation, des politiques sélectives vers des investissements publiquement et socialement utiles seront décisives.

De quoi alimenter des luttes et aussi… une solidarité européenne concrète avec un gouvernement anti-austéritaire grec. Quand Syriza prévoit, entre autres, dans son programme de «créer 300.000 emplois dans le secteur public, privé et dans l’économie solidaire» ou entend assurer «électricité, nourriture et soins gratuits pour les plus pauvres».

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Nous sommes tous grecs

Le gouvernement Samaras a échoué à faire élire, ce 29 décembre, le président de la République hellénique par 
le Parlement. Les élections législatives anticipées, convoquées pour le 25 janvier prochain, pour lesquelles Syriza part favori, ouvrent une porte vers une autre politique pour la Grèce et toute la zone euro.

Aussitôt connu le résultat du troisième tour du vote de la Vouli (le Parlement) pour désigner le président de la République grecque, le premier ministre, Antonis Samaras, a annoncé le 29 décembre la convocation d’un scrutin législatif anticipé dès le 25 janvier prochain. L’échec au Parlement de cette sorte de pouvoir d’union nationale que constitue l’alliance entre les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND) et les socialistes du Pasok, révèle en fait une autre débâcle, celle des politiques austéritaires mises en œuvre ces dernières années sur des recommandations très particulières – car n’admettant aucune discussion — par la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et FMI). Ces bailleurs ne se sont engagés à prêter quelque 240 milliards d’euros à l’État grec surendetté – à l’origine, on s’en souvient, essentiellement à cause des répliques du séisme provoqué par le krach financier mondial de 2007-2008 – que pour exiger de lui des coupes à la hache dans les dépenses publiques ou les salaires et la privatisation de son patrimoine le plus précieux jusqu’à certains de ses rivages enchanteurs.

Résultat : en l’espace de trois ans, la Grèce a connu une incroyable régression avec un cortège de souffrances sociales que ses habitants pensaient définitivement attachées à d’autres temps. Selon une étude officielle, le salaire moyen dans le secteur privé est passé de 1 000 euros net par mois en 2009 avant le début de la crise à 817 euros en 2013, soit une ponction moyenne de 20% sur les rémunérations. Et cela pour les salariés qui ont eu la chance de ne pas venir allonger les files de chômeurs devant les agences pour l’emploi. Ils sont aujourd’hui plus de 25%. Et parmi eux figure plus de la moitié (52%) de la population la plus jeune (les moins de vingt-cinq ans). Les témoignages sur l’état déliquescent des services publics les plus essentiels, comme les hôpitaux ou les écoles, s’accumulent. D’où un désespoir qui pousse de plus en plus de jeunes Grecs, souvent parmi les mieux qualifiés, sur les routes de l’émigration vers l’Allemagne, l’Europe du Nord ou les États-Unis.

Alors que les inégalités se creusent, que les plus riches placent leur argent sous d’autres cieux souvent européens, que les meilleurs morceaux de l’ex-secteur public sont captés par des multinationales à base allemande ou française, le tissu économique local reste, dans son ensemble, enfermé dans d’inextricables difficultés. Et la dette publique continue d’exploser, atteignant aujourd’hui quelque 175% du PIB.

Antonis Samaras compte encore monter le ton sur le risque de chaos

Tout porterait donc à faire au moins amende honorable avec les «purges» imposées. À Bruxelles, Berlin et Paris, on n’en démord pourtant pas. «Le pays est sur la bonne voie», est venu, on s’en souvient, marteler à Athènes Pierre Moscovici, commissaire européen et ex-ministre français de l’Économie, quelques jours avant le scrutin présidentiel, dans l’espoir sans doute d’infléchir un résultat qui donnait déjà des sueurs froides aux gardiens de l’ordo-libéralisme européen. Bien que le scénario ait été déjà largement anticipé, les marchés financiers auxquels est si dévoué cet «ordre» libéral n’ont guère apprécié évidemment la perspective d’une victoire de Syriza. La Bourse d’Athènes a décroché de plus de 10% au moment de l’annonce des législatives anticipées. Et les autres places financières ont été très fébriles tout au long de la journée.

Ces mêmes marchés ont fait donner leurs bazookas électoraux : les taux d’intérêt des bons du Trésor grecs à dix ans ont grimpé à 9,55%, contre 8,5% la semaine dernière. Quant au FMI, il n’a pas hésité à aussitôt s’immiscer grossièrement dans le vote grec en déclarant qu’il suspendait «son aide» à Athènes «jusqu’à la constitution d’un nouveau gouvernement». Au diapason, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a fait part de ses «profondes réserves» à l’idée d’une arrivée au pouvoir de Syriza. Et Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, y est allé de sa mise en garde. «Les difficiles réformes (engagées par Athènes) ont porté leurs fruits», a-t-il martelé, avant d’ajouter sur un ton péremptoire : «Elles sont sans aucune alternative. (…) Les nouvelles élections ne changent rien aux accords passés avec le gouvernement grec.»

Le premier ministre sortant, Antonis Samaras, qui compte d’évidence monter encore le ton sur le risque de chaos que ferait courir au pays un succès de Syriza, sait ainsi combien il pourra bénéficier de l’appui de ses «partenaires» et des marchés pour dramatiser à souhait la courte campagne qui s’engage. Si les propositions de Tsipras sont présentées souvent comme autant de sacrilèges, elles se bornent pour l’heure à avancer un «allégement négocié de la dette» assorti d’un «plan de relance» avec un maintien du pays dans l’euro, soit une feuille de route de facture plutôt classique et donc ouverte au débat européen. Mais on ne veut pas en entendre parler à Bruxelles et dans les capitales européennes, tant on craint l’ouverture d’une brèche politique majeure. Tant l’exemple grec pourrait s’avérer contagieux.

C’est toute l’Europe 
qui est à la croisée des chemins

«Nous sommes tous grecs», avions-nous lancer ici même début 2011, au lendemain de l’annonce de la première salve d’austérité ordonnée au pays. La réflexion vaut encore davantage aujourd’hui. C’est toute l’Europe en effet qui est à la croisée des chemins, sommée de choisir. Ou bien avec le peuple grec, les autres peuples de la zone euro résistent et parviennent à imposer un changement de pied radical, ou bien les politiques austéritaires finiront par démanteler l’Europe elle-même. Au moment pourtant où coopération et solidarité européennes apparaissent plus indispensables que jamais.

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Le nationalisme prolifère sur 
le terreau du «modèle allemand» de régression sociale

Un mouvement « patriotique contre l’islamisation de l’Occident », dont l’un des centres névralgiques se situe à Dresde et qui agrège identitaires, néonazis ou membres du parti d’extrême droite anti-euro (AfD), parvient à mobiliser tous les lundis des milliers de personnes dans la rue.

L’Allemagne n’échappe pas aux accès de fièvre nationalistes et identitaires qui surgissent dans de si nombreux États membres sur fond de crise du modèle actuel de construction européenne. Dans plusieurs villes du pays, d’ouest en est, de Düsseldorf à Dresde en passant par Cologne et Rostock, des manifestations à l’appel d’un mouvement de Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (Pegida) prennent une ampleur de plus en plus préoccupante. «Nous sommes le peuple», scandent régulièrement les manifestants à l’occasion de ces rendez-vous convoqués symboliquement tous les lundis, comme ceux qui ébranlèrent, il y a vingt-cinq ans, le régime de l’ex-RDA. Les organisateurs, tous issus du marigot des groupuscules ouvertement racistes, anti-islam, néonazis et nostalgiques du Reich, ont trouvé là le moyen de sortir du périmètre étroit de leurs chapelles brunes respectives pour entraîner une partie de la population.

Dresde semble être devenue l’un des principaux épicentres du mouvement. Ils étaient 15 000 dans les rues de la capitale du Land de Saxe lundi dernier (soit 5 000 de plus que le lundi précédent). Le refus d’une Überfremdung (submersion étrangère), fondée sur la psychose d’être englouti par la culture, la religion des étrangers, est l’instrument privilégié de ces joueurs de flûte. Dans le défilé de Dresde, des croix peintes aux couleurs de l’Allemagne côtoient des slogans pour «la défense de l’âme occidentale de l’Europe», «chrétienne depuis l’Antiquité». Et les appels fusent pour barrer la route d’un islam repoussoir, soigneusement amalgamé à la barbarie de Daesh en Syrie et en Irak. «Nous vivons les prémices d’une guerre civile mondiale», hurle l’un des manifestants.

L’efficacité du maniement de ces peurs, présentant les immigrés comme une cinquième colonne dans une «guerre des civilisations» remise au goût du jour, ne tient pas à un afflux relatif de réfugiés ou de demandeurs d’asile. L’Allemagne, en pleine crise démographique, est certes l’un des États de l’UE qui accueillent le plus de migrants sur son territoire. Mais ces derniers ne constituent que 2,5% de la population du Land de Saxe. Et les musulmans en représentent seulement 0,1%. En fait les arguments xénophobes de Pegida font mouche auprès d’une partie de la population parce que celle-ci est massivement fragilisée par l’insécurité sociale. Ce qui alimente une crainte diffuse de se faire «voler par les immigrés» l’emploi ou les divers dispositifs d’allocations sociales. Le nationalisme prolifère ainsi sur le terreau du «modèle allemand» de régression sociale.

Si Pegida se présente sous les traits d’un rassemblement «extraparlementaire», le parti d’extrême droite anti-euro, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), est à la manœuvre en coulisse. Lui, qui a fait son entrée en juin au Parlement européen et vient de faire irruption avec plus de 10% des voix dans les parlements de Saxe, du Brandebourg et de Thuringe, participe, voire appelle aux rassemblements de Pegida. Comme Hans-Thomas Tillschneider, dirigeant saxon de l’AfD, co-instigateur d’une «plate-forme patriotique» sur Internet.

La chancelière Angela Merkel a réagi en déclarant que si le droit de manifester était constitutionnel, il n’y avait «pas de place pour la haine et la calomnie de personnes qui viennent d’autres pays». Le problème, c’est que depuis des mois l’aile bavaroise de son parti chrétien-démocrate, la CSU, mène campagne contre le «tourisme social» (sic) dont se rendraient coupables les étrangers. «Ceux qui trichent, à la porte» fut ainsi l’un de ses slogans vedettes de la campagne européenne de la CSU au printemps dernier.

Ce positionnement était censé contenir la concurrence exercée à droite par l’AfD. Résultat : le parti nationaliste progresse de scrutin en scrutin. L’Europe officielle a joué elle-même un très mauvais rôle dans ce dossier. La Cour européenne de justice a en effet conforté les chasseurs de «touristes sociaux» allemands. Par un jugement en faveur d’un office pour l’emploi germanique (l’Humanité du 13 novembre 2014), elle vient de couper largement l’accès à l’aide sociale des ressortissants étrangers venus d’autres pays de l’UE. Ce jugement a comblé d’aise les nationalistes partout en embuscade, leur revendication nauséabonde en faveur de la «préférence nationale» se trouvant, de fait, juridiquement validée. L’Europe et l’Allemagne ont besoin de changer radicalement de modèle.

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