Grèce: quand Berlin manie ouvertement le chantage

Angela Merkel laisse «fuiter» qu’elle serait prête à mettre Athènes à la porte de la zone euro si les Grecs votaient « mal ».

À moins de trois semaines des élections législatives anticipées, les pressions s’accentuent sur les électeurs grecs. C’est d’Allemagne qu’elles se sont fait sentir le plus fort ce week-end. Selon des informations obtenues par l’hebdomadaire Der Spiegel, la chancelière Angela Merkel laisse entendre que Berlin pourrait montrer la porte de la sortie de la zone euro à Athènes en cas de victoire de Syriza et ­d’engagement des nouvelles autorités grecques dans une politique anti-austéritaire. Le journal invoque des sources «proches du gouvernement» et souligne que la chancelière et son ministre des ­Finances, ­Wolfgang Schäuble, jusqu’alors hostiles à cette sortie grecque de l’euro ou «grexit», selon le terme consacré, n’hésiteraient plus à franchir le pas au cas où…

Ce «grexit» serait désormais jugé supportable, «en raison des progrès accomplis par la zone euro depuis le sommet de la crise en 2012». Si un porte-parole du gouvernement allemand s’est dit hier convaincu que la Grèce continuerait à «remplir ses obligations contractuelles envers la troïka», il s’est gardé de démentir les allégations du Spiegel, refusant simplement de les commenter.

Quoi qu’il en soit des intentions de Berlin, ces «fuites» viennent à point nommé alimenter la crainte du «chaos» sur laquelle le premier ministre grec sortant, Antonis Samaras (Nouvelle démocratie), s’appuie pour sauver les meubles de son gouvernement de coalition, associant droite et socialistes du Pasok dont le bilan, avec l’explosion des souffrances sociales, est parfaitement exécrable. Le chantage de l’exécutif germanique remplit d’aise l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), l’extrême droite anti-euro, son leader, Bernd Lucke, saluant aussitôt «une prise de conscience tardive» du pouvoir. Le nationalisme, en pleine ascension outre-Rhin comme 
dans de nombreux États membres, tire ainsi le plus grand profit de la débâcle du «modèle austéritaire».

L’orthodoxie ­monétariste empoisonne la zone euro au point de la rapprocher toujours plus du spectre de la déflation (chute des prix et des salaires). Ce qui pousse le président de la BCE, Mario Draghi, à ne plus faire mystère d’un recours à des mesures «non conventionnelles», comme celle d’un plan d’achats directs de titres de dette publique par l’institut d’émission, pour tenter de stimuler une zone euro en panne.

Alexis Tsipras, le dirigeant de ­Syriza, pointait ce week-end qu’il faudrait agir vite dans ce sens, contre la rigidité de Berlin et de la troïka. Et pour revendiquer qu’Athènes puisse très vite user d’un tel mécanisme, seul moyen de faire face à la «crise humanitaire» qui affecte le pays.

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Un scrutin législatif grec à enjeu continental

La victoire de Syriza aux législatives anticipées du 25 janvier pourrait être l’amorce d’un tournant dont le besoin se fait de plus en plus sentir dans une Europe minée par les ravages de la doxa austéritaire. Pour les progressistes européens, la campagne va donc déborder largement du cadre grec.

Les électeurs grecs sont l’objet de toutes les sollicitudes européennes. La pression monte alors que la courte campagne des élections anticipées du 25 janvier n’est pas même encore vraiment lancée dans le pays. Alors que le ton monte à Bruxelles, Berlin ou Paris pour dissuader les grecs de porter leur choix sur Siriza, le parti de la gauche radicale est donnée majoritaire par les sondages à près de 30% des suffrages et avec 3 points d’avance sur la Nouvelle Démocratie (ND), la formation de droite du Premier ministre sortant Antonis Samaras. Après le FMI, qui a suspendu aussitôt lundi ses versements à la Grèce en… attendant le résultat du scrutin, l’un des principaux mercenaires des marchés financiers, l’agence de notation Fitch, sonnait hier le tocsin affirmant: « Le risque d’une dégradation de la solvabilité de la Grèce a augmenté. » Quant à Antonis Samaras, il affirmait que l’enjeu du scrutin était ni plus ni moins «le maintien du pays dans l’Europe» et confirmait ainsi qu’il ferait de la peur du chaos son principal, sinon son seul argument électoral, compte tenu du désastreux bilan de son gouvernement de grande coalition avec les socialistes du Pasok.

Ce tintamarre polyglotte souligne combien ce qui va se jouer en Grèce dépasse les frontières du pays. Rarement une élection nationale aura eu un enjeu aussi continental. Les gardiens du modèle ordo-libéral l’ont bien compris. Tel le ministre des finances allemands, Wolfgang Schäuble, qui s’en va répétant depuis deux jours que les réformes austéritaires supportés par les grecs sont «sans-aucune-alternative». Mais leur insupportable immixion dans le débat électoral, trahit aussi une fébrilité toute défensive, alimentée par l’absence de résultats notoires des «purges» recommandées depuis trois ans, de sommet en sommet, à La Grèce , puis à l’ensemble des pays de la zone euro, France comprise. Toute une politique européenne ne risque-t-elle pas d’être disqualifiée démocratiquement sous les applaudissements d’une bonne partie de ces européens qui n’en peuvent plus de l’austérité ? Et en tout cas pour tous ceux qui combattent la précarité, les bas salaires, les coupes dans les dépenses publiques et sociales? Du même coup, l’espoir d’une alternative radicale pourrait se renforcer, posant le besoin, comme jamais, d’une refondation de la construction européenne.

«Une victoire de Syriza», relève Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche Européenne, «serait la première pierre d’une solution commune et de progrès pour les européens qui souffrent». Des forces considérables peuvent être mises en marche pour faire valoir une telle issue et exiger l’amorce d’un véritable tournant en Europe. Dénonçant «le chantage exercé par la finance et ses serviteurs politiques» sur les électeurs grecs, l’association Attac pointait, hier, combien les mobilisations sociales qui se développent en Belgique, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Slovénie et ailleurs «montrent que le peuple grec n’est pas seul en Europe à vouloir prendre un autre chemin.» Y compris outre Rhin, le «modèle allemand» de précarisation et de modération salariale, si souvent présenté en référence «incontournable» pour les états-membres, est extrêmement impopulaire, et combattu de plus en plus ouvertement par les syndicats alors que devrait se confirmer au dernier trimestre la stagnation de la première économie de la zone euro.

Le besoin d’amorcer un tournant radical émerge de manière d’autant plus forte que grandit la menace de déflation (baisse des prix et des salaires), pure dérivé des politiques auustéritaires. Le calendrier électoral grec va venir ainsi percuter celui de la Banque Centrale Européenne (BCE). Au menu de la réunion du 22 janvier de l’institut d’émission: de nouvelles mesures «non conventionnelles» pour tenter de relancer l’activité, en panne. Mario Draghi, son président, ne fait plus mystère des préparatifs engagés dans ce sens. Tant l’urgence est manifeste. Le crédit a reculé de 0,9% le mois dernier, faisait savoir hier la BCE, après une contraction de 1,1% le mois précédent. La BCE pourrait, après avoir abaissé ses taux d’intérêt à 0,05%, envisager des achats massifs d’emprunts d’Etats, comme le fait de longue date la réserve fédérale, la banque centrale états-unienne.

Cette rupture annoncée de l’institut de Francfort avec l’orthodoxie monétariste vient illustrer la pertinence des propositions alternatives développées par de nombreuses forces progressistes européennes et en France, de longue date, par le PCF et le Front de gauche. Il s’agirait de mobiliser la politique monétaire non plus au service des marchés financiers mais de l’emploi, de la formation ou de l’investissement dans des services publics. Qu’ils soient «anciens», quand ils sont exsangues comme aujourd’hui, ou nouveaux, pour faire face, par exemple, aux immenses défis environementaux. Pour éviter que ce crédit gratuit ne soit détourné par la spéculation, des politiques sélectives vers des investissements publiquement et socialement utiles seront décisives.

De quoi alimenter des luttes et aussi… une solidarité européenne concrète avec un gouvernement anti-austéritaire grec. Quand Syriza prévoit, entre autres, dans son programme de «créer 300.000 emplois dans le secteur public, privé et dans l’économie solidaire» ou entend assurer «électricité, nourriture et soins gratuits pour les plus pauvres».

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Nous sommes tous grecs

Le gouvernement Samaras a échoué à faire élire, ce 29 décembre, le président de la République hellénique par 
le Parlement. Les élections législatives anticipées, convoquées pour le 25 janvier prochain, pour lesquelles Syriza part favori, ouvrent une porte vers une autre politique pour la Grèce et toute la zone euro.

Aussitôt connu le résultat du troisième tour du vote de la Vouli (le Parlement) pour désigner le président de la République grecque, le premier ministre, Antonis Samaras, a annoncé le 29 décembre la convocation d’un scrutin législatif anticipé dès le 25 janvier prochain. L’échec au Parlement de cette sorte de pouvoir d’union nationale que constitue l’alliance entre les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND) et les socialistes du Pasok, révèle en fait une autre débâcle, celle des politiques austéritaires mises en œuvre ces dernières années sur des recommandations très particulières – car n’admettant aucune discussion — par la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et FMI). Ces bailleurs ne se sont engagés à prêter quelque 240 milliards d’euros à l’État grec surendetté – à l’origine, on s’en souvient, essentiellement à cause des répliques du séisme provoqué par le krach financier mondial de 2007-2008 – que pour exiger de lui des coupes à la hache dans les dépenses publiques ou les salaires et la privatisation de son patrimoine le plus précieux jusqu’à certains de ses rivages enchanteurs.

Résultat : en l’espace de trois ans, la Grèce a connu une incroyable régression avec un cortège de souffrances sociales que ses habitants pensaient définitivement attachées à d’autres temps. Selon une étude officielle, le salaire moyen dans le secteur privé est passé de 1 000 euros net par mois en 2009 avant le début de la crise à 817 euros en 2013, soit une ponction moyenne de 20% sur les rémunérations. Et cela pour les salariés qui ont eu la chance de ne pas venir allonger les files de chômeurs devant les agences pour l’emploi. Ils sont aujourd’hui plus de 25%. Et parmi eux figure plus de la moitié (52%) de la population la plus jeune (les moins de vingt-cinq ans). Les témoignages sur l’état déliquescent des services publics les plus essentiels, comme les hôpitaux ou les écoles, s’accumulent. D’où un désespoir qui pousse de plus en plus de jeunes Grecs, souvent parmi les mieux qualifiés, sur les routes de l’émigration vers l’Allemagne, l’Europe du Nord ou les États-Unis.

Alors que les inégalités se creusent, que les plus riches placent leur argent sous d’autres cieux souvent européens, que les meilleurs morceaux de l’ex-secteur public sont captés par des multinationales à base allemande ou française, le tissu économique local reste, dans son ensemble, enfermé dans d’inextricables difficultés. Et la dette publique continue d’exploser, atteignant aujourd’hui quelque 175% du PIB.

Antonis Samaras compte encore monter le ton sur le risque de chaos

Tout porterait donc à faire au moins amende honorable avec les «purges» imposées. À Bruxelles, Berlin et Paris, on n’en démord pourtant pas. «Le pays est sur la bonne voie», est venu, on s’en souvient, marteler à Athènes Pierre Moscovici, commissaire européen et ex-ministre français de l’Économie, quelques jours avant le scrutin présidentiel, dans l’espoir sans doute d’infléchir un résultat qui donnait déjà des sueurs froides aux gardiens de l’ordo-libéralisme européen. Bien que le scénario ait été déjà largement anticipé, les marchés financiers auxquels est si dévoué cet «ordre» libéral n’ont guère apprécié évidemment la perspective d’une victoire de Syriza. La Bourse d’Athènes a décroché de plus de 10% au moment de l’annonce des législatives anticipées. Et les autres places financières ont été très fébriles tout au long de la journée.

Ces mêmes marchés ont fait donner leurs bazookas électoraux : les taux d’intérêt des bons du Trésor grecs à dix ans ont grimpé à 9,55%, contre 8,5% la semaine dernière. Quant au FMI, il n’a pas hésité à aussitôt s’immiscer grossièrement dans le vote grec en déclarant qu’il suspendait «son aide» à Athènes «jusqu’à la constitution d’un nouveau gouvernement». Au diapason, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a fait part de ses «profondes réserves» à l’idée d’une arrivée au pouvoir de Syriza. Et Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, y est allé de sa mise en garde. «Les difficiles réformes (engagées par Athènes) ont porté leurs fruits», a-t-il martelé, avant d’ajouter sur un ton péremptoire : «Elles sont sans aucune alternative. (…) Les nouvelles élections ne changent rien aux accords passés avec le gouvernement grec.»

Le premier ministre sortant, Antonis Samaras, qui compte d’évidence monter encore le ton sur le risque de chaos que ferait courir au pays un succès de Syriza, sait ainsi combien il pourra bénéficier de l’appui de ses «partenaires» et des marchés pour dramatiser à souhait la courte campagne qui s’engage. Si les propositions de Tsipras sont présentées souvent comme autant de sacrilèges, elles se bornent pour l’heure à avancer un «allégement négocié de la dette» assorti d’un «plan de relance» avec un maintien du pays dans l’euro, soit une feuille de route de facture plutôt classique et donc ouverte au débat européen. Mais on ne veut pas en entendre parler à Bruxelles et dans les capitales européennes, tant on craint l’ouverture d’une brèche politique majeure. Tant l’exemple grec pourrait s’avérer contagieux.

C’est toute l’Europe 
qui est à la croisée des chemins

«Nous sommes tous grecs», avions-nous lancer ici même début 2011, au lendemain de l’annonce de la première salve d’austérité ordonnée au pays. La réflexion vaut encore davantage aujourd’hui. C’est toute l’Europe en effet qui est à la croisée des chemins, sommée de choisir. Ou bien avec le peuple grec, les autres peuples de la zone euro résistent et parviennent à imposer un changement de pied radical, ou bien les politiques austéritaires finiront par démanteler l’Europe elle-même. Au moment pourtant où coopération et solidarité européennes apparaissent plus indispensables que jamais.

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Le nationalisme prolifère sur 
le terreau du «modèle allemand» de régression sociale

Un mouvement « patriotique contre l’islamisation de l’Occident », dont l’un des centres névralgiques se situe à Dresde et qui agrège identitaires, néonazis ou membres du parti d’extrême droite anti-euro (AfD), parvient à mobiliser tous les lundis des milliers de personnes dans la rue.

L’Allemagne n’échappe pas aux accès de fièvre nationalistes et identitaires qui surgissent dans de si nombreux États membres sur fond de crise du modèle actuel de construction européenne. Dans plusieurs villes du pays, d’ouest en est, de Düsseldorf à Dresde en passant par Cologne et Rostock, des manifestations à l’appel d’un mouvement de Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (Pegida) prennent une ampleur de plus en plus préoccupante. «Nous sommes le peuple», scandent régulièrement les manifestants à l’occasion de ces rendez-vous convoqués symboliquement tous les lundis, comme ceux qui ébranlèrent, il y a vingt-cinq ans, le régime de l’ex-RDA. Les organisateurs, tous issus du marigot des groupuscules ouvertement racistes, anti-islam, néonazis et nostalgiques du Reich, ont trouvé là le moyen de sortir du périmètre étroit de leurs chapelles brunes respectives pour entraîner une partie de la population.

Dresde semble être devenue l’un des principaux épicentres du mouvement. Ils étaient 15 000 dans les rues de la capitale du Land de Saxe lundi dernier (soit 5 000 de plus que le lundi précédent). Le refus d’une Überfremdung (submersion étrangère), fondée sur la psychose d’être englouti par la culture, la religion des étrangers, est l’instrument privilégié de ces joueurs de flûte. Dans le défilé de Dresde, des croix peintes aux couleurs de l’Allemagne côtoient des slogans pour «la défense de l’âme occidentale de l’Europe», «chrétienne depuis l’Antiquité». Et les appels fusent pour barrer la route d’un islam repoussoir, soigneusement amalgamé à la barbarie de Daesh en Syrie et en Irak. «Nous vivons les prémices d’une guerre civile mondiale», hurle l’un des manifestants.

L’efficacité du maniement de ces peurs, présentant les immigrés comme une cinquième colonne dans une «guerre des civilisations» remise au goût du jour, ne tient pas à un afflux relatif de réfugiés ou de demandeurs d’asile. L’Allemagne, en pleine crise démographique, est certes l’un des États de l’UE qui accueillent le plus de migrants sur son territoire. Mais ces derniers ne constituent que 2,5% de la population du Land de Saxe. Et les musulmans en représentent seulement 0,1%. En fait les arguments xénophobes de Pegida font mouche auprès d’une partie de la population parce que celle-ci est massivement fragilisée par l’insécurité sociale. Ce qui alimente une crainte diffuse de se faire «voler par les immigrés» l’emploi ou les divers dispositifs d’allocations sociales. Le nationalisme prolifère ainsi sur le terreau du «modèle allemand» de régression sociale.

Si Pegida se présente sous les traits d’un rassemblement «extraparlementaire», le parti d’extrême droite anti-euro, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), est à la manœuvre en coulisse. Lui, qui a fait son entrée en juin au Parlement européen et vient de faire irruption avec plus de 10% des voix dans les parlements de Saxe, du Brandebourg et de Thuringe, participe, voire appelle aux rassemblements de Pegida. Comme Hans-Thomas Tillschneider, dirigeant saxon de l’AfD, co-instigateur d’une «plate-forme patriotique» sur Internet.

La chancelière Angela Merkel a réagi en déclarant que si le droit de manifester était constitutionnel, il n’y avait «pas de place pour la haine et la calomnie de personnes qui viennent d’autres pays». Le problème, c’est que depuis des mois l’aile bavaroise de son parti chrétien-démocrate, la CSU, mène campagne contre le «tourisme social» (sic) dont se rendraient coupables les étrangers. «Ceux qui trichent, à la porte» fut ainsi l’un de ses slogans vedettes de la campagne européenne de la CSU au printemps dernier.

Ce positionnement était censé contenir la concurrence exercée à droite par l’AfD. Résultat : le parti nationaliste progresse de scrutin en scrutin. L’Europe officielle a joué elle-même un très mauvais rôle dans ce dossier. La Cour européenne de justice a en effet conforté les chasseurs de «touristes sociaux» allemands. Par un jugement en faveur d’un office pour l’emploi germanique (l’Humanité du 13 novembre 2014), elle vient de couper largement l’accès à l’aide sociale des ressortissants étrangers venus d’autres pays de l’UE. Ce jugement a comblé d’aise les nationalistes partout en embuscade, leur revendication nauséabonde en faveur de la «préférence nationale» se trouvant, de fait, juridiquement validée. L’Europe et l’Allemagne ont besoin de changer radicalement de modèle.

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L’aspiration à un nouveau mouvement des droits civiques s’étend aux Etats-Unis

Après les crimes de Ferguson, New York et Cleveland, les manifestations contre le racisme et la violence de la police ne cessent de se renforcer. Le 13 décembre des dizaines 
de milliers de personnes, Noirs et Blancs côte à côte, ont marché symboliquement à Washington, entre la Maison-Blanche et le Capitole.

Le mouvement contre l’injustice faite aux populations noires s’amplifie aux États-Unis après la série de « bavures » racistes mortelles et impunies commises par des officiers de police blancs. « Pas de justice, pas de paix ! » ont scandé les manifestants rassemblés dans près d’une dizaine de villes.

À Washington, une marche nationale, à l’initiative de plusieurs organisations de défense des droits civiques, a rassemblé près de 50 000 personnes entre la Maison-Blanche et le Capitole, siège du Congrès. Les participants – associations de défense des droits civiques, syndicats, citoyens en colère – se sont placés délibérément sur les traces des grandes marches du début des années 1960 contre l’apartheid qui structurait alors la société états-unienne, soulignant le degré insupportable des discriminations envers la population africaine américaine, lesquelles resurgissent depuis quelques années et dont les victimes de la police aujourd’hui sont les plus terribles symptômes.

En tête du défilé, les familles de Mike Brown, Eric Garner, Tamir Rice et Trayvon Martin. Le jeune Brown (dix-huit ans) avait été abattu en août, par un policier de Ferguson (Missouri), lors d’une interpellation qui a mal tourné et alors qu’il n’était pas armé. Le New-Yorkais Garner, soupçonné de vente illégale de cigarettes, a, lui, été étranglé par un agent face à une caméra. En dépit de dossiers accablants les deux policiers blancs ont été relaxés par des « grands jurys ». Tamir, enfant de douze ans, avait eu le tort de jouer avec un pistolet en plastique dans le parc d’une cité noire considérée comme « sensible » de Cleveland (Ohio). Quant à Trayvon Martin, il avait été abattu dans une cité de Floride, il y a deux ans, par un vigile qui fut, lui aussi, totalement blanchi par la « justice ».

Une société taraudée 
par un immense malaise

« Nous demandons au Congrès d’adopter une loi contre le profilage racial. Nous devons faire cesser cela dès maintenant. Nous sommes là aujourd’hui, nous serons là 
demain, nous resterons jusqu’à ce que le travail soit fait ! » a lancé Laura Murphy, de l’Association de défense des libertés civiles (Aclu). Le révérend Al Sharpton, figure du mouvement des droits civiques, a relevé le besoin d’agir pour la paix d’une société taraudée aujourd’hui par un immense malaise.

Quelque 50 000 manifestants ont envahi, au même moment, les rues de New York, bloquant un secteur de six kilomètres dans Manhattan. D’autres cris de colère et demandes urgentes de changement, « avant que le prochain jeune Noir ne soit tué », se sont fait entendre dans les rues de Boston (Massachusetts) ou dans plusieurs villes de Californie. À l’entrée de la célèbre université de Berkeley, l’effigie d’un homme noir pendu à un nœud coulant a été installée avec ces mots sur sa poitrine : « Je ne peux plus respirer ! »

Certains manifestants, déçus par l’attitude de Barack Obama, très en retrait après le verdict du grand jury de Ferguson, ont rappelé les engagements pris par le premier président noir de l’histoire des États-Unis dans son discours inaugural de 2008, pour « débarrasser l’Amérique des derniers restes de l’injustice » ou « tarir les sources du poison raciste ». Durant son mandat, des flots de discriminations ont déferlé à nouveau sur le pays à la faveur d’un creusement sans précédent des inégalités. Les subprimes, emprunts hypothécaires pourris, ont ruiné des centaines de milliers de familles noires, à qui Wall Street a fait miroiter un accès au « rêve américain », avant de les détrousser en répercutant sur elles les pertes enregistrées sur les marchés.

La déception ressentie pour la politique du président Obama ne se laisse comparer qu’à l’espoir qu’il avait suscité à son arrivée aux affaires, d’aucuns n’hésitant pas à proclamer alors « l’entrée de l’Amérique dans une période postraciale ». Cornel West, professeur émérite à l’université de Princeton et l’un des grands intellectuels africains américains, est très sévère. « Obama, dit-il, a refusé d’agir contre l’injustice qui continuait d’assaillir les jeunes gens de couleur » et serait ainsi coresponsable dans la « guerre de classes et de races » qu’ils ont dû subir.

Il n’empêche : le mouvement de résistance, qui prend de l’ampleur aujourd’hui, illustre que le malaise est devenu trop fort, trop intenable, pour que l’on puisse espérer le surmonter par la délégation de pouvoir, fût-elle à la Maison-Blanche. Une partie de la société états-unienne a décidé de prendre ce problème à bras-le-corps.

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Au pays de la torture, 
la CIA est reine

Le Sénat a rendu public mardi 9 décembre un rapport explosif sur les méthodes utilisées par l’agence dans 
«la guerre au terrorisme» qui relèvent du crime contre l’humanité.

Le texte d’une enquête du Sénat sur les méthodes de la CIA durant l’ère Bush a fait l’effet d’une bombe hier au Capitole. La torture qu’a utilisée abondamment l’agence, relève le rapport, a été non seulement inacceptable sur le plan humain mais aussi «inefficace» sur le plan du renseignement. La CIA a «menti délibérément au Congrès» et elle a utilisé des méthodes «bien pires» que ce qu’elle a reconnu. Ces révélations figurent dans la partie expurgée du rapport de 6000 pages de la commission du Renseignement du Sénat. Lequel est l’aboutissement de trois ans d’enquêtes réalisées entre 2009 et 2012. Aussitôt après la divulgation du texte, Barack Obama est intervenu pour dénoncer des méthodes « contraires » aux valeurs des États-Unis.

Le président des États-Unis avait mis fin, à son arrivée à la Maison-Blanche, au programme secret de l’agence visant à interroger des prisonniers soupçonnés de liens avec al-Qaida et il a pesé pour la publication d’une partie de cette enquête parlementaire en dépit de l’opposition acharnée des parlementaires républicains. «Le président pense qu’il est important qu’il soit publié pour que les gens aux États-Unis et à travers le monde comprennent exactement ce qui s’est passé», avait expliqué Josh Earnest, porte-parole d’Obama.

Menaces d’abus sexuels…

Du côté du Parti républicain, majoritaire dès janvier prochain dans les deux chambres du Congrès, on a procédé à un véritable tir de barrage en invoquant des investigations «biaisées» qui aurait coûté 40 millions de dollars aux contribuables. Pour le sénateur Marc Rubio, l’un des candidats républicains potentiels à la présidentielle de 2016, la transparence sur ce document n’est «ni sérieuse, ni constructive» mais «imprudente et irresponsable». Une contre-offensive des acteurs de l’époque justifiant ouvertement le recours à la torture a même vu le jour. Ainsi Dick Cheney, vice-président durant les mandats de George W. Bush, a-t-il vigoureusement défendu un «programme de la CIA qui, a-t-il déclaré dans le New York Times, a été autorisé (…) et qui a été examiné d’un point de vue légal par le ministère de la Justice». Et l’ex-chef de file des néoconservateurs de défendre des agents de la CIA qui «devraient être décorés plutôt que d’être critiqués».

Même si le document est une version expurgée et censurée du rapport, Barack Obama a, cette fois, tenu ferme face aux pressions, arguant que quels que soient les risques liés aux réactions que pourrait provoquer la mise en lumière de ces investigations, il fallait les rendre publiques pour s’assurer que « cela ne se reproduise jamais ». Le locataire de la Maison-Blanche reste cependant toujours en échec sur la fermeture du camp de détention de Guantanamo, promise dès 2008 lors de son accession à la fonction suprême. Guantanamo, où se trouvent encore 136 détenus, constitue une pièce névralgique du système mis en place par l’agence pour interroger en dehors du droit des milliers de personnes capturées dans le cadre de la «guerre au terrorisme».

… et simulacres d’exécutions

Des descriptions détaillées de la mort de prisonniers lors d’interrogatoires «musclés» figurent dans le rapport. L’un des organisateurs de l’attentat contre un destroyer états-unien, l’USS Cole à Aden en 2000, a ainsi été menacé d’une perceuse électrique, branchée pendant des heures sous ses oreilles. La menace d’abus sexuels est également évoquée, confirmant des faits qui avaient déjà filtré lors de la diffusion des photos, mettant en scène des détenus dans la sinistre prison d’Abou Ghraib en Irak.

Parmi les «méthodes bien pires» que celles avouées par la CIA figurent les recours fréquents à des simulacres d’exécutions. Des témoignages de prisonniers laissent entrevoir des confrontations d’une violence extrême où la menace de donner la mort est récurrente. Au-delà des simulations d’étouffements par noyade, de la privation de sommeil, des coups et des gifles, on y découvre la soumission à des températures glaciales ou l’obligation à rester dans des positions très douloureuses pendant de très longues périodes (à genoux, le corps en arrière…).

Les conclusions du rapport sont accablantes. Car le déchaînement autorisé des sbires de l’agence n’a pas permis d’acquérir un véritable surcroît de renseignements utiles au démantèlement des réseaux terroristes, comme l’avait plaidé en son temps l’administration Bush. Véritable crime contre l’humanité, ce type de renseignements extorqués n’a le plus souvent même pas permis d’obtenir des informations pertinentes, notamment pour… retrouver la trace d’Oussama Ben Laden.

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Quand Merkel veut que Paris accélère ses purges

L’arrogance de la chancelière, qui demande d’accélérer les réformes antisociales en France, trahit aussi une démarche défensive alors que le «modèle allemand» affiche pauvreté record et déficits d’investissement.

Le rythme des réformes libérales n’est pas assez rapide en France, au goût d’Angela Merkel. La chancelière allemande l’a fait savoir dimanche, dans une interview accordée au journal Die Welt am Sonntag. Prenant explicitement Paris et Rome dans son collimateur, elle a indiqué que, si la France et l’Italie avaient lancé des réformes, la Commission européenne les avait jugées «insuffisantes» et réclamait des «mesures supplémentaires». «Je suis d’accord avec Bruxelles !» a-t-elle clamé. Elle menace ainsi, à mots à peine voilés, de remettre à l’ordre du jour d’éventuelles sanctions contre Paris et Rome, jusqu’ici jugées «inappropriées» par la Commission. Un rappel à l’ordre, on ne peut plus brutal, pour signifier que l’alignement sur le «modèle allemand» de compression des dépenses publiques et de «modération salariale», mis en œuvre, il y a un peu plus de dix ans par le chancelier Schröder, constituerait bien la voie obligatoire.

Le comportement de la chancelière exprime une volonté d’assumer de façon de plus en plus décomplexée un rôle hégémonique de Berlin dans la conduite des affaires de la zone euro. Une démarche insupportable qui dynamite consciencieusement l’idée européenne, alors même qu’une vraie solidarité entre les différents peuples du continent est plus indispensable que jamais. Mais, à bien y regarder, l’arrogance de la chancelière n’est pas exempte non plus d’une certaine fébrilité défensive.

D’abord, parce que la locomotive germanique est en panne. Aux deux derniers trimestres, l’Allemagne, avec respectivement – 0,1% puis + 0,1% de croissance, a fait moins bien que la France. Ses exportations ont chuté de 5,7% cet été. Le ralentissement des pays émergents et la crise ukrainienne sont certes passés par là. Mais surtout, les débouchés des firmes allemandes se sont écroulés au sein d’une zone euro asphyxiée par les politiques austéritaires si fortement recommandées par… Berlin. Quant au marché intérieur, il est incapable de prendre le relais. Les hausses de salaires arrachées par les syndicats dans les secteurs les moins exposés aux dérégulations de la décennie écoulée parviennent mal, en effet, à compenser le marasme généré par l’extraordinaire étendue de la précarité et de la pauvreté au travail. Pour paraphraser l’illustre fondateur de ce journal, le «modèle allemand» porte en Europe la déflation comme la nuée amène l’orage.

L’impasse devient si patente que même au sein de cercles, parmi les plus dévoués à la globalisation libérale, le «modèle allemand» n’est plus vraiment considéré comme une panacée. Confronté à l’hydre déflationniste, Mario Draghi, le président de la BCE, envisage des mesures d’assouplissement de la politique monétaire, en dépit de l’opposition véhémente des représentants de la Bundesbank. Il est encore très loin, bien sûr, de prôner un financement sélectif et direct de la BCE à taux quasi nul en faveur de l’emploi et des investissements utiles dans les services publics qui font tant défaut aujourd’hui à toute l’Europe. Mais l’inflexion est nette et traduit la perte de vitesse des dogmes ordo-libéraux, chers à Berlin.

L’Allemagne n’échappe pas elle-même au délabrement de ses infrastructures et se voit recommander de plus en plus régulièrement d’investir dans ses routes, ses voies ferrées ou ses écoles. Merkel et son gouvernement de grande coalition arguent qu’ils ont lâché quelques milliards de lest pour les pensions des retraités, condamnés sinon à la misère par la privatisation partielle, engagée il y a treize ans, du système par répartition ; un boulet hérité aussi des… réformes Schröder. Mais ils brandissent le «frein à la dette» (règle d’or), inscrit dans la Constitution, pour ne pas en faire beaucoup plus. Répondant aux injonctions de la chancelière, Michel Sapin, ministre français des Finances, pointe bien ce manque d’investissements germaniques, mais pour insister sur le fait que Berlin aurait fait «les réformes qu’il fallait durant la dernière décennie», une manière de justifier, in fine, l’alignement de l’exécutif français sur les mêmes logiques antisociales.

Machines à fabriquer de la misère, ces réformes alimentent partout une très grave dérive nationaliste. En Allemagne aussi avec la poussée de l’extrême droite anti-euro (AfD). Merkel joue, là encore, en défense. Car, si elle se montre sévère avec Paris et Rome, c’est aussi pour donner le change aux nationalistes, à la veille du congrès d’une CDU inquiète de l’attrait exercé par l’AfD sur certains de ses militants.

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Première en Thuringe , où Die Linke gouverne

Élu ministre-président à la tête d’une coalition avec les sociaux-démocrates et les Verts, Bodo Ramelow devient le premier dirigeant d’un parti situé sur la gauche du SPD à accéder à la tête d’un Land.

L’intronisation vendredi dernier d’un ministre-président membre de Die Linke en Thuringe revêtait une dimension qui dépassait largement les frontières de ce Land d’Allemagne orientale. D’abord parce que Bodo Ramelow, le dirigeant local de Die Linke, réussit ainsi une première à la suite de l’élection du Land (État-région) du 14 septembre, où son parti est arrivé largement en tête de la gauche avec plus de 28% des voix (voir encadré). Jamais de toute l’histoire de la République fédérale le parlement d’un Land n’avait élu à sa tête un membre d’un parti situé sur la gauche de la social-démocratie.

À l’occasion d’une visite à l’Assemblée nationale française le 1er décembre dernier, Gregor Gysi anticipait la portée de l’événement : «Si l’on m’avait dit, il y a vingt-cinq ans (à l’aube de la réunification – NDLR), qu’un jour la Thuringe, où l’ex-PDS ne totalisait alors que 5% des voix, serait dirigée par Die Linke, j’aurais pris cela pour une aimable galéjade.» Le président du groupe des députés de Die Linke au Bundestag faisait remarquer cependant, dans sa rencontre avec la presse française à l’invitation d’André Chassaigne (PCF/Front de gauche), que si le moment peut faire date il est «sans doute beaucoup trop tôt» pour considérer que l’on assiste au début de la fin d’un ostracisme systématique à l’égard de sa formation.

Jusqu’au dernier moment on aura assisté à des tentatives acharnées pour empêcher l’élection de Ramelow, qui ne dispose que d’une majorité d’un seul siège dans la nouvelle assemblée. Comme cette manif aux accents anticommunistes primaires sous les fenêtres du parlement à Erfurt, à la veille du vote. La droite chrétienne-démocrate (CDU), qui dirigeait sans interruption le Land depuis 1990, en était la principale initiatrice. Et pour parvenir à ses fins, le dirigeant de la CDU locale, Mike Mohring, n’a pas hésité, en dépit du discours officiel de son parti bannissant tout contact avec l’extrême droite, à entamer des tractations concrètes avec l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), selon les révélations du magazine Der Spiegel daté de ce lundi.

Dans son discours d’investiture, Bodo Ramelow a mis l’accent sur «la réconciliation et le fair-play», soulignant que ceux-ci sont «une des clés de l’efficacité» pour la nouvelle coalition et plus généralement le moyen de «désamorcer la montée de la défiance à l’égard des partis politiques», dont la percée de l’extrême droite en Thuringe est précisément un signe préoccupant.

Un plan très ambitieux de formation, avec la création de plusieurs centaines d’emplois de professeurs, fait partie du programme de gouvernement de la coalition. Mais la marge de manœuvre est étroite. Pas seulement en termes de majorité, car le SPD a exigé un strict respect du «frein à la dette» (règle d’or) dans la gestion des affaires régionales (engagement des collectivités à ne plus souscrire aucun emprunt pour combler un éventuel déficit budgétaire). Une contrainte d’autant plus lourde que l’économie tourne au ralenti. Ce qui tarit les rentrées fiscales du Land.

Le SPD apparaît, de plus, tiraillé entre deux stratégies : la première consisterait à préparer, à partir de la Thuringe et d’une «normalisation» de Die Linke, une relève à gauche capable de battre Merkel à Berlin. Mais cette option reste contestée. Ainsi le président du SPD en personne, Sigmar Gabriel, ne fait pas mystère de lui préférer une orientation «centriste» dans l’espoir de séduire une partie de l’électorat de la chancelière.

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Une arme de brut 
entre les mains de l’empire

Le plongeon des cours de l’or noir pénalise lourdement des pays dont l’économie reste très dépendante de la rente pétrolière 
comme la Russie, l’Iran et le Venezuela, qui sont aussi dans la ligne de mire géopolitique de Washington.

Les prix du brut continuent de plonger sur les marchés mondiaux. À Londres et à New York, ils sont passés sous la barre des 70 dollars (52 euros) le baril alors que les cours oscillaient encore au-dessus des 110 dollars (85 euros) au début de l’année. Si cet accès de faiblesse vient infirmer avec fracas les théories martelées, ces dernières années, comme autant de certitudes absolues sur la «fin du pétrole pas cher», il n’est pas franchement une bonne nouvelle. Il est en effet le symptôme d’une atonie globale de l’activité. Et il touche de plein fouet les pays exportateurs, comme la Russie, l’Iran ou encore le Venezuela, dont les équilibres internes sont très dépendants de la manne pétrolière.

Ce mouvement à la baisse est accentué par des décisions très politiques. Afin d’enrayer ou de réduire la chute des cours, les membres de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) auraient dû parvenir à un accord à la fin de la semaine passée sur une réduction de leurs productions respectives. Seulement, l’Arabie saoudite (numéro un mondial de la production de brut) et les pays du Golfe y ont mis leur veto. Pour ces pays, peu peuplés et dotés de réserves financières colossales, une chute temporaire des cours peut être facilement surmontée. Les arrière-pensées géopolitiques peuvent donc l’emporter sur les pertes enregistrées.

Le pétrole pas cher est une arme redoutable en effet contre la Russie ou l’Iran, deux pays contre lesquels le royaume wahhabite est engagé dans le conflit en Syrie et en Irak. Pour Moscou, dont près de la moitié des rentrées budgétaires sont assurées par les recettes pétrolières, un effondrement prolongé des cours du brut semble devoir accélérer une plongée dans la récession. Le rouble a accentué sa chute après la décision de l’Opep. La monnaie russe perd ainsi quelque 60% de sa valeur face au dollar depuis le début de l’année. Afin de réduire l’offre de brut pour contribuer à stimuler une hausse des prix, les autorités russes se disaient prêtes hier à diminuer leurs exportations de 5 millions de tonnes. Mais ce geste unilatéral risque de n’avoir que peu d’impact si l’Opep (dont la Russie n’est pas membre) s’obstine à refuser de diminuer ses propres quotas. Comme leurs alliés du Golfe, les États-Unis ont aussi contribué à la plongée des prix du brut. Grâce aux hydrocarbures de schiste dont ils ont poussé l’exploitation ces dernières années, ils ont joué la carte du pétrole abondant pour devenir autonomes sur le plan énergétique et ils sont même entrés dans le club très fermé des pays exportateurs de brut. Leur économie est stimulée par cette chute du coût de l’énergie. Le rebond de croissance qu’elle connaît depuis deux trimestres s’en nourrit d’ailleurs pour une bonne part.

La chute des cours comporte certes aussi des inconvénients pour Washington car les exploitants de pétroles et de gaz de schiste ne peuvent réaliser de bénéfices que si les cours dépassent 80 dollars (56 euros), en raison des lourds investissements que nécessitent les techniques particulières d’extraction. Et de nombreux projets de forages ont été abandonnés depuis le mois d’octobre. Mais cet effet «collatéral» semble secondaire pour Washington face aux retombées économiques et surtout géopolitiques d’un effondrement des cours. Dans la guerre froide réengagée contre la Russie, sur le front syrien comme en Ukraine, Washington enregistrerait, à l’instar de Riyad, évidemment avec la plus grande satisfaction, un affaiblissement durable de Moscou. Les choix qui ont conduit les autorités et les oligarques russes à bien trop centrer le développement de leur pays sur la rente des hydrocarbures pourraient ainsi se refermer comme un piège.

Dans un tout autre contexte, Caracas est confronté à une problématique analogue. «Il faudrait que nous puissions d’urgence nous extraire de notre dépendance à la rente pétrolière», reconnaissait un proche du président Maduro, interrogé par l’Humanité au printemps. Dans l’immédiat, le manque à gagner provoqué par le pétrole pas cher pourrait conduire le gouvernement vénézuélien à réaliser de grosses coupes budgétaires, facteurs d’instabilités sociales et politiques. Ce qui ne serait pas non plus pour déplaire à l’Oncle Sam qui cherche depuis des années à déstabiliser la révolution 
bolivarienne.

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Le Ku Klux Klan en embuscade à Ferguson  

L’organisation criminelle raciste de sinistre mémoire distribue des tracts dans la cité du Missouri promettant  d’user d’une “force  léthale“ contre des manifestants alors qu‘un grand jury  doit, d’un moment à l’autre, rendre son verdict sur l’incupation ou non d’un policier blanc ayant abattu l’été dernier un ado noir désarmé lors d’un contrôle qui a salement dégénéré. Un site de Hackers révèlent qui sont les discrets acteurs de l’opération.

Le climat devient de plus en plus pesant à Ferguson (Missouri, Etats-Unis) dans les moments qui précèdent la divulgation du verdict d’un «grand jury» chargé de décider de l’inculpation ou non du policier blanc, Darren Wilson, pour le meurtre du jeune noir, Mike Brown , abattu à la suite d’un contrôle le 9 août dernier de 6 coups de feu alors qu’il était désarmé et levé les mains  en l’air d’après de nombreux témoignages. Une association de Hackers, baptisée Anonymous, affirme avoir piraté des sites web du Ku Klux Klan (KKK), l’organisation « suprémaciste » blanche,  se préparant à l’action contre les manifestants qui protestent depuis trois mois maintenant pour exiger que justice soit faite à l’adolescent noir.

Aujourd’hui bien éloignée  du pouvoir de nuisance qu’elle possédait encore dans les années 60, le KKK possède toutefois toujours de très discrets adeptes et sa présence reste avérée dans certains états dont le Missouri, comme le révélait dans l’humanité du 29 octobre dernier Kimberly Norwood, professeure de droit à l’université Washington de Saint-Louis.

Ce sont des tracts du KKK, distribués dans Ferguson ces derniers jours, qui ont décidé Anonymous à lancer ses investigations. L’organisation criminelle raciste y affirme qu’elle promet d’utiliser «une force léthale» contre « les terroristes (sic) qui se font passer pour des manifestants pacifistes.»  La menace est à prendre d’autant plus au sérieux qu’à son apogée –  quand la ségrégation raciale était institutionnalisée – le KKK organisait, selon un rituel rappelant les cérémonies sataniques du Moyen âge en Europe, de vastes chasses aux «nègres» suivies immanquablement de lynchages.

Anonymous affirme avoir pu identifier grâce au piratage d’un compte twitter trois habitants de la région de Ferguson qui seraient membres du KKK. Il y aurait parmi eux un policier, un vétéran de l’armée US ou encore un éducateur.

Cette présence du groupuscule raciste ne fait qu’ajouter à un climat déjà extrêmement tendu à Ferguson et dans toute l’agglomération de Saint-Louis après la décision du gouverneur du Missouri de décréter un « état d’urgence préventif » (sic) pour dit-il, « empêcher tout débordement » à l’heure où le verdict du grand jury sera rendu public. Jay Nixon , le gouverneur démocrate,  avait déjà suscité de nombreuses controverses en faisant donner, cet été, de façon particulièrement brutale la garde nationale du Missouri contre les manifestants.

Ce nouvel état d’urgence est l’équivalent d’un message anticipé de non  inculpation du policier blanc aux yeux des membres du collectif « hands up do’nt shoot » (Mains en l’air, ne tirez pas) constitué pour que justice soit faite à Brown. Sachant qu’un tel verdict ne pourra naturellement qu’alimenter une explosion de colère: « Pas de justice, pas de paix », scandent les manifestants à chaque rassemblement. Les menaces du Ku Klux Klan rajoutent encore aux tentatives officielles d’intimidations « préventives » des manifestants. Anonymous affirme s’être donné pour mission de saper la tentative du KKK de revenir sur le devant de la scène précisément à la faveur du climat qui règne à Ferguson. leur prise de contrôle des sites et des comptes twitter de l’organisation criminelle raciste intervient dans le cadre d’une opération baptisée:  #OpKKK.

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