L’aspiration à un nouveau mouvement des droits civiques s’étend aux Etats-Unis

Après les crimes de Ferguson, New York et Cleveland, les manifestations contre le racisme et la violence de la police ne cessent de se renforcer. Le 13 décembre des dizaines 
de milliers de personnes, Noirs et Blancs côte à côte, ont marché symboliquement à Washington, entre la Maison-Blanche et le Capitole.

Le mouvement contre l’injustice faite aux populations noires s’amplifie aux États-Unis après la série de « bavures » racistes mortelles et impunies commises par des officiers de police blancs. « Pas de justice, pas de paix ! » ont scandé les manifestants rassemblés dans près d’une dizaine de villes.

À Washington, une marche nationale, à l’initiative de plusieurs organisations de défense des droits civiques, a rassemblé près de 50 000 personnes entre la Maison-Blanche et le Capitole, siège du Congrès. Les participants – associations de défense des droits civiques, syndicats, citoyens en colère – se sont placés délibérément sur les traces des grandes marches du début des années 1960 contre l’apartheid qui structurait alors la société états-unienne, soulignant le degré insupportable des discriminations envers la population africaine américaine, lesquelles resurgissent depuis quelques années et dont les victimes de la police aujourd’hui sont les plus terribles symptômes.

En tête du défilé, les familles de Mike Brown, Eric Garner, Tamir Rice et Trayvon Martin. Le jeune Brown (dix-huit ans) avait été abattu en août, par un policier de Ferguson (Missouri), lors d’une interpellation qui a mal tourné et alors qu’il n’était pas armé. Le New-Yorkais Garner, soupçonné de vente illégale de cigarettes, a, lui, été étranglé par un agent face à une caméra. En dépit de dossiers accablants les deux policiers blancs ont été relaxés par des « grands jurys ». Tamir, enfant de douze ans, avait eu le tort de jouer avec un pistolet en plastique dans le parc d’une cité noire considérée comme « sensible » de Cleveland (Ohio). Quant à Trayvon Martin, il avait été abattu dans une cité de Floride, il y a deux ans, par un vigile qui fut, lui aussi, totalement blanchi par la « justice ».

Une société taraudée 
par un immense malaise

« Nous demandons au Congrès d’adopter une loi contre le profilage racial. Nous devons faire cesser cela dès maintenant. Nous sommes là aujourd’hui, nous serons là 
demain, nous resterons jusqu’à ce que le travail soit fait ! » a lancé Laura Murphy, de l’Association de défense des libertés civiles (Aclu). Le révérend Al Sharpton, figure du mouvement des droits civiques, a relevé le besoin d’agir pour la paix d’une société taraudée aujourd’hui par un immense malaise.

Quelque 50 000 manifestants ont envahi, au même moment, les rues de New York, bloquant un secteur de six kilomètres dans Manhattan. D’autres cris de colère et demandes urgentes de changement, « avant que le prochain jeune Noir ne soit tué », se sont fait entendre dans les rues de Boston (Massachusetts) ou dans plusieurs villes de Californie. À l’entrée de la célèbre université de Berkeley, l’effigie d’un homme noir pendu à un nœud coulant a été installée avec ces mots sur sa poitrine : « Je ne peux plus respirer ! »

Certains manifestants, déçus par l’attitude de Barack Obama, très en retrait après le verdict du grand jury de Ferguson, ont rappelé les engagements pris par le premier président noir de l’histoire des États-Unis dans son discours inaugural de 2008, pour « débarrasser l’Amérique des derniers restes de l’injustice » ou « tarir les sources du poison raciste ». Durant son mandat, des flots de discriminations ont déferlé à nouveau sur le pays à la faveur d’un creusement sans précédent des inégalités. Les subprimes, emprunts hypothécaires pourris, ont ruiné des centaines de milliers de familles noires, à qui Wall Street a fait miroiter un accès au « rêve américain », avant de les détrousser en répercutant sur elles les pertes enregistrées sur les marchés.

La déception ressentie pour la politique du président Obama ne se laisse comparer qu’à l’espoir qu’il avait suscité à son arrivée aux affaires, d’aucuns n’hésitant pas à proclamer alors « l’entrée de l’Amérique dans une période postraciale ». Cornel West, professeur émérite à l’université de Princeton et l’un des grands intellectuels africains américains, est très sévère. « Obama, dit-il, a refusé d’agir contre l’injustice qui continuait d’assaillir les jeunes gens de couleur » et serait ainsi coresponsable dans la « guerre de classes et de races » qu’ils ont dû subir.

Il n’empêche : le mouvement de résistance, qui prend de l’ampleur aujourd’hui, illustre que le malaise est devenu trop fort, trop intenable, pour que l’on puisse espérer le surmonter par la délégation de pouvoir, fût-elle à la Maison-Blanche. Une partie de la société états-unienne a décidé de prendre ce problème à bras-le-corps.

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Au pays de la torture, 
la CIA est reine

Le Sénat a rendu public mardi 9 décembre un rapport explosif sur les méthodes utilisées par l’agence dans 
«la guerre au terrorisme» qui relèvent du crime contre l’humanité.

Le texte d’une enquête du Sénat sur les méthodes de la CIA durant l’ère Bush a fait l’effet d’une bombe hier au Capitole. La torture qu’a utilisée abondamment l’agence, relève le rapport, a été non seulement inacceptable sur le plan humain mais aussi «inefficace» sur le plan du renseignement. La CIA a «menti délibérément au Congrès» et elle a utilisé des méthodes «bien pires» que ce qu’elle a reconnu. Ces révélations figurent dans la partie expurgée du rapport de 6000 pages de la commission du Renseignement du Sénat. Lequel est l’aboutissement de trois ans d’enquêtes réalisées entre 2009 et 2012. Aussitôt après la divulgation du texte, Barack Obama est intervenu pour dénoncer des méthodes « contraires » aux valeurs des États-Unis.

Le président des États-Unis avait mis fin, à son arrivée à la Maison-Blanche, au programme secret de l’agence visant à interroger des prisonniers soupçonnés de liens avec al-Qaida et il a pesé pour la publication d’une partie de cette enquête parlementaire en dépit de l’opposition acharnée des parlementaires républicains. «Le président pense qu’il est important qu’il soit publié pour que les gens aux États-Unis et à travers le monde comprennent exactement ce qui s’est passé», avait expliqué Josh Earnest, porte-parole d’Obama.

Menaces d’abus sexuels…

Du côté du Parti républicain, majoritaire dès janvier prochain dans les deux chambres du Congrès, on a procédé à un véritable tir de barrage en invoquant des investigations «biaisées» qui aurait coûté 40 millions de dollars aux contribuables. Pour le sénateur Marc Rubio, l’un des candidats républicains potentiels à la présidentielle de 2016, la transparence sur ce document n’est «ni sérieuse, ni constructive» mais «imprudente et irresponsable». Une contre-offensive des acteurs de l’époque justifiant ouvertement le recours à la torture a même vu le jour. Ainsi Dick Cheney, vice-président durant les mandats de George W. Bush, a-t-il vigoureusement défendu un «programme de la CIA qui, a-t-il déclaré dans le New York Times, a été autorisé (…) et qui a été examiné d’un point de vue légal par le ministère de la Justice». Et l’ex-chef de file des néoconservateurs de défendre des agents de la CIA qui «devraient être décorés plutôt que d’être critiqués».

Même si le document est une version expurgée et censurée du rapport, Barack Obama a, cette fois, tenu ferme face aux pressions, arguant que quels que soient les risques liés aux réactions que pourrait provoquer la mise en lumière de ces investigations, il fallait les rendre publiques pour s’assurer que « cela ne se reproduise jamais ». Le locataire de la Maison-Blanche reste cependant toujours en échec sur la fermeture du camp de détention de Guantanamo, promise dès 2008 lors de son accession à la fonction suprême. Guantanamo, où se trouvent encore 136 détenus, constitue une pièce névralgique du système mis en place par l’agence pour interroger en dehors du droit des milliers de personnes capturées dans le cadre de la «guerre au terrorisme».

… et simulacres d’exécutions

Des descriptions détaillées de la mort de prisonniers lors d’interrogatoires «musclés» figurent dans le rapport. L’un des organisateurs de l’attentat contre un destroyer états-unien, l’USS Cole à Aden en 2000, a ainsi été menacé d’une perceuse électrique, branchée pendant des heures sous ses oreilles. La menace d’abus sexuels est également évoquée, confirmant des faits qui avaient déjà filtré lors de la diffusion des photos, mettant en scène des détenus dans la sinistre prison d’Abou Ghraib en Irak.

Parmi les «méthodes bien pires» que celles avouées par la CIA figurent les recours fréquents à des simulacres d’exécutions. Des témoignages de prisonniers laissent entrevoir des confrontations d’une violence extrême où la menace de donner la mort est récurrente. Au-delà des simulations d’étouffements par noyade, de la privation de sommeil, des coups et des gifles, on y découvre la soumission à des températures glaciales ou l’obligation à rester dans des positions très douloureuses pendant de très longues périodes (à genoux, le corps en arrière…).

Les conclusions du rapport sont accablantes. Car le déchaînement autorisé des sbires de l’agence n’a pas permis d’acquérir un véritable surcroît de renseignements utiles au démantèlement des réseaux terroristes, comme l’avait plaidé en son temps l’administration Bush. Véritable crime contre l’humanité, ce type de renseignements extorqués n’a le plus souvent même pas permis d’obtenir des informations pertinentes, notamment pour… retrouver la trace d’Oussama Ben Laden.

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Quand Merkel veut que Paris accélère ses purges

L’arrogance de la chancelière, qui demande d’accélérer les réformes antisociales en France, trahit aussi une démarche défensive alors que le «modèle allemand» affiche pauvreté record et déficits d’investissement.

Le rythme des réformes libérales n’est pas assez rapide en France, au goût d’Angela Merkel. La chancelière allemande l’a fait savoir dimanche, dans une interview accordée au journal Die Welt am Sonntag. Prenant explicitement Paris et Rome dans son collimateur, elle a indiqué que, si la France et l’Italie avaient lancé des réformes, la Commission européenne les avait jugées «insuffisantes» et réclamait des «mesures supplémentaires». «Je suis d’accord avec Bruxelles !» a-t-elle clamé. Elle menace ainsi, à mots à peine voilés, de remettre à l’ordre du jour d’éventuelles sanctions contre Paris et Rome, jusqu’ici jugées «inappropriées» par la Commission. Un rappel à l’ordre, on ne peut plus brutal, pour signifier que l’alignement sur le «modèle allemand» de compression des dépenses publiques et de «modération salariale», mis en œuvre, il y a un peu plus de dix ans par le chancelier Schröder, constituerait bien la voie obligatoire.

Le comportement de la chancelière exprime une volonté d’assumer de façon de plus en plus décomplexée un rôle hégémonique de Berlin dans la conduite des affaires de la zone euro. Une démarche insupportable qui dynamite consciencieusement l’idée européenne, alors même qu’une vraie solidarité entre les différents peuples du continent est plus indispensable que jamais. Mais, à bien y regarder, l’arrogance de la chancelière n’est pas exempte non plus d’une certaine fébrilité défensive.

D’abord, parce que la locomotive germanique est en panne. Aux deux derniers trimestres, l’Allemagne, avec respectivement – 0,1% puis + 0,1% de croissance, a fait moins bien que la France. Ses exportations ont chuté de 5,7% cet été. Le ralentissement des pays émergents et la crise ukrainienne sont certes passés par là. Mais surtout, les débouchés des firmes allemandes se sont écroulés au sein d’une zone euro asphyxiée par les politiques austéritaires si fortement recommandées par… Berlin. Quant au marché intérieur, il est incapable de prendre le relais. Les hausses de salaires arrachées par les syndicats dans les secteurs les moins exposés aux dérégulations de la décennie écoulée parviennent mal, en effet, à compenser le marasme généré par l’extraordinaire étendue de la précarité et de la pauvreté au travail. Pour paraphraser l’illustre fondateur de ce journal, le «modèle allemand» porte en Europe la déflation comme la nuée amène l’orage.

L’impasse devient si patente que même au sein de cercles, parmi les plus dévoués à la globalisation libérale, le «modèle allemand» n’est plus vraiment considéré comme une panacée. Confronté à l’hydre déflationniste, Mario Draghi, le président de la BCE, envisage des mesures d’assouplissement de la politique monétaire, en dépit de l’opposition véhémente des représentants de la Bundesbank. Il est encore très loin, bien sûr, de prôner un financement sélectif et direct de la BCE à taux quasi nul en faveur de l’emploi et des investissements utiles dans les services publics qui font tant défaut aujourd’hui à toute l’Europe. Mais l’inflexion est nette et traduit la perte de vitesse des dogmes ordo-libéraux, chers à Berlin.

L’Allemagne n’échappe pas elle-même au délabrement de ses infrastructures et se voit recommander de plus en plus régulièrement d’investir dans ses routes, ses voies ferrées ou ses écoles. Merkel et son gouvernement de grande coalition arguent qu’ils ont lâché quelques milliards de lest pour les pensions des retraités, condamnés sinon à la misère par la privatisation partielle, engagée il y a treize ans, du système par répartition ; un boulet hérité aussi des… réformes Schröder. Mais ils brandissent le «frein à la dette» (règle d’or), inscrit dans la Constitution, pour ne pas en faire beaucoup plus. Répondant aux injonctions de la chancelière, Michel Sapin, ministre français des Finances, pointe bien ce manque d’investissements germaniques, mais pour insister sur le fait que Berlin aurait fait «les réformes qu’il fallait durant la dernière décennie», une manière de justifier, in fine, l’alignement de l’exécutif français sur les mêmes logiques antisociales.

Machines à fabriquer de la misère, ces réformes alimentent partout une très grave dérive nationaliste. En Allemagne aussi avec la poussée de l’extrême droite anti-euro (AfD). Merkel joue, là encore, en défense. Car, si elle se montre sévère avec Paris et Rome, c’est aussi pour donner le change aux nationalistes, à la veille du congrès d’une CDU inquiète de l’attrait exercé par l’AfD sur certains de ses militants.

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Première en Thuringe , où Die Linke gouverne

Élu ministre-président à la tête d’une coalition avec les sociaux-démocrates et les Verts, Bodo Ramelow devient le premier dirigeant d’un parti situé sur la gauche du SPD à accéder à la tête d’un Land.

L’intronisation vendredi dernier d’un ministre-président membre de Die Linke en Thuringe revêtait une dimension qui dépassait largement les frontières de ce Land d’Allemagne orientale. D’abord parce que Bodo Ramelow, le dirigeant local de Die Linke, réussit ainsi une première à la suite de l’élection du Land (État-région) du 14 septembre, où son parti est arrivé largement en tête de la gauche avec plus de 28% des voix (voir encadré). Jamais de toute l’histoire de la République fédérale le parlement d’un Land n’avait élu à sa tête un membre d’un parti situé sur la gauche de la social-démocratie.

À l’occasion d’une visite à l’Assemblée nationale française le 1er décembre dernier, Gregor Gysi anticipait la portée de l’événement : «Si l’on m’avait dit, il y a vingt-cinq ans (à l’aube de la réunification – NDLR), qu’un jour la Thuringe, où l’ex-PDS ne totalisait alors que 5% des voix, serait dirigée par Die Linke, j’aurais pris cela pour une aimable galéjade.» Le président du groupe des députés de Die Linke au Bundestag faisait remarquer cependant, dans sa rencontre avec la presse française à l’invitation d’André Chassaigne (PCF/Front de gauche), que si le moment peut faire date il est «sans doute beaucoup trop tôt» pour considérer que l’on assiste au début de la fin d’un ostracisme systématique à l’égard de sa formation.

Jusqu’au dernier moment on aura assisté à des tentatives acharnées pour empêcher l’élection de Ramelow, qui ne dispose que d’une majorité d’un seul siège dans la nouvelle assemblée. Comme cette manif aux accents anticommunistes primaires sous les fenêtres du parlement à Erfurt, à la veille du vote. La droite chrétienne-démocrate (CDU), qui dirigeait sans interruption le Land depuis 1990, en était la principale initiatrice. Et pour parvenir à ses fins, le dirigeant de la CDU locale, Mike Mohring, n’a pas hésité, en dépit du discours officiel de son parti bannissant tout contact avec l’extrême droite, à entamer des tractations concrètes avec l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), selon les révélations du magazine Der Spiegel daté de ce lundi.

Dans son discours d’investiture, Bodo Ramelow a mis l’accent sur «la réconciliation et le fair-play», soulignant que ceux-ci sont «une des clés de l’efficacité» pour la nouvelle coalition et plus généralement le moyen de «désamorcer la montée de la défiance à l’égard des partis politiques», dont la percée de l’extrême droite en Thuringe est précisément un signe préoccupant.

Un plan très ambitieux de formation, avec la création de plusieurs centaines d’emplois de professeurs, fait partie du programme de gouvernement de la coalition. Mais la marge de manœuvre est étroite. Pas seulement en termes de majorité, car le SPD a exigé un strict respect du «frein à la dette» (règle d’or) dans la gestion des affaires régionales (engagement des collectivités à ne plus souscrire aucun emprunt pour combler un éventuel déficit budgétaire). Une contrainte d’autant plus lourde que l’économie tourne au ralenti. Ce qui tarit les rentrées fiscales du Land.

Le SPD apparaît, de plus, tiraillé entre deux stratégies : la première consisterait à préparer, à partir de la Thuringe et d’une «normalisation» de Die Linke, une relève à gauche capable de battre Merkel à Berlin. Mais cette option reste contestée. Ainsi le président du SPD en personne, Sigmar Gabriel, ne fait pas mystère de lui préférer une orientation «centriste» dans l’espoir de séduire une partie de l’électorat de la chancelière.

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Une arme de brut 
entre les mains de l’empire

Le plongeon des cours de l’or noir pénalise lourdement des pays dont l’économie reste très dépendante de la rente pétrolière 
comme la Russie, l’Iran et le Venezuela, qui sont aussi dans la ligne de mire géopolitique de Washington.

Les prix du brut continuent de plonger sur les marchés mondiaux. À Londres et à New York, ils sont passés sous la barre des 70 dollars (52 euros) le baril alors que les cours oscillaient encore au-dessus des 110 dollars (85 euros) au début de l’année. Si cet accès de faiblesse vient infirmer avec fracas les théories martelées, ces dernières années, comme autant de certitudes absolues sur la «fin du pétrole pas cher», il n’est pas franchement une bonne nouvelle. Il est en effet le symptôme d’une atonie globale de l’activité. Et il touche de plein fouet les pays exportateurs, comme la Russie, l’Iran ou encore le Venezuela, dont les équilibres internes sont très dépendants de la manne pétrolière.

Ce mouvement à la baisse est accentué par des décisions très politiques. Afin d’enrayer ou de réduire la chute des cours, les membres de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) auraient dû parvenir à un accord à la fin de la semaine passée sur une réduction de leurs productions respectives. Seulement, l’Arabie saoudite (numéro un mondial de la production de brut) et les pays du Golfe y ont mis leur veto. Pour ces pays, peu peuplés et dotés de réserves financières colossales, une chute temporaire des cours peut être facilement surmontée. Les arrière-pensées géopolitiques peuvent donc l’emporter sur les pertes enregistrées.

Le pétrole pas cher est une arme redoutable en effet contre la Russie ou l’Iran, deux pays contre lesquels le royaume wahhabite est engagé dans le conflit en Syrie et en Irak. Pour Moscou, dont près de la moitié des rentrées budgétaires sont assurées par les recettes pétrolières, un effondrement prolongé des cours du brut semble devoir accélérer une plongée dans la récession. Le rouble a accentué sa chute après la décision de l’Opep. La monnaie russe perd ainsi quelque 60% de sa valeur face au dollar depuis le début de l’année. Afin de réduire l’offre de brut pour contribuer à stimuler une hausse des prix, les autorités russes se disaient prêtes hier à diminuer leurs exportations de 5 millions de tonnes. Mais ce geste unilatéral risque de n’avoir que peu d’impact si l’Opep (dont la Russie n’est pas membre) s’obstine à refuser de diminuer ses propres quotas. Comme leurs alliés du Golfe, les États-Unis ont aussi contribué à la plongée des prix du brut. Grâce aux hydrocarbures de schiste dont ils ont poussé l’exploitation ces dernières années, ils ont joué la carte du pétrole abondant pour devenir autonomes sur le plan énergétique et ils sont même entrés dans le club très fermé des pays exportateurs de brut. Leur économie est stimulée par cette chute du coût de l’énergie. Le rebond de croissance qu’elle connaît depuis deux trimestres s’en nourrit d’ailleurs pour une bonne part.

La chute des cours comporte certes aussi des inconvénients pour Washington car les exploitants de pétroles et de gaz de schiste ne peuvent réaliser de bénéfices que si les cours dépassent 80 dollars (56 euros), en raison des lourds investissements que nécessitent les techniques particulières d’extraction. Et de nombreux projets de forages ont été abandonnés depuis le mois d’octobre. Mais cet effet «collatéral» semble secondaire pour Washington face aux retombées économiques et surtout géopolitiques d’un effondrement des cours. Dans la guerre froide réengagée contre la Russie, sur le front syrien comme en Ukraine, Washington enregistrerait, à l’instar de Riyad, évidemment avec la plus grande satisfaction, un affaiblissement durable de Moscou. Les choix qui ont conduit les autorités et les oligarques russes à bien trop centrer le développement de leur pays sur la rente des hydrocarbures pourraient ainsi se refermer comme un piège.

Dans un tout autre contexte, Caracas est confronté à une problématique analogue. «Il faudrait que nous puissions d’urgence nous extraire de notre dépendance à la rente pétrolière», reconnaissait un proche du président Maduro, interrogé par l’Humanité au printemps. Dans l’immédiat, le manque à gagner provoqué par le pétrole pas cher pourrait conduire le gouvernement vénézuélien à réaliser de grosses coupes budgétaires, facteurs d’instabilités sociales et politiques. Ce qui ne serait pas non plus pour déplaire à l’Oncle Sam qui cherche depuis des années à déstabiliser la révolution 
bolivarienne.

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Le Ku Klux Klan en embuscade à Ferguson  

L’organisation criminelle raciste de sinistre mémoire distribue des tracts dans la cité du Missouri promettant  d’user d’une “force  léthale“ contre des manifestants alors qu‘un grand jury  doit, d’un moment à l’autre, rendre son verdict sur l’incupation ou non d’un policier blanc ayant abattu l’été dernier un ado noir désarmé lors d’un contrôle qui a salement dégénéré. Un site de Hackers révèlent qui sont les discrets acteurs de l’opération.

Le climat devient de plus en plus pesant à Ferguson (Missouri, Etats-Unis) dans les moments qui précèdent la divulgation du verdict d’un «grand jury» chargé de décider de l’inculpation ou non du policier blanc, Darren Wilson, pour le meurtre du jeune noir, Mike Brown , abattu à la suite d’un contrôle le 9 août dernier de 6 coups de feu alors qu’il était désarmé et levé les mains  en l’air d’après de nombreux témoignages. Une association de Hackers, baptisée Anonymous, affirme avoir piraté des sites web du Ku Klux Klan (KKK), l’organisation « suprémaciste » blanche,  se préparant à l’action contre les manifestants qui protestent depuis trois mois maintenant pour exiger que justice soit faite à l’adolescent noir.

Aujourd’hui bien éloignée  du pouvoir de nuisance qu’elle possédait encore dans les années 60, le KKK possède toutefois toujours de très discrets adeptes et sa présence reste avérée dans certains états dont le Missouri, comme le révélait dans l’humanité du 29 octobre dernier Kimberly Norwood, professeure de droit à l’université Washington de Saint-Louis.

Ce sont des tracts du KKK, distribués dans Ferguson ces derniers jours, qui ont décidé Anonymous à lancer ses investigations. L’organisation criminelle raciste y affirme qu’elle promet d’utiliser «une force léthale» contre « les terroristes (sic) qui se font passer pour des manifestants pacifistes.»  La menace est à prendre d’autant plus au sérieux qu’à son apogée –  quand la ségrégation raciale était institutionnalisée – le KKK organisait, selon un rituel rappelant les cérémonies sataniques du Moyen âge en Europe, de vastes chasses aux «nègres» suivies immanquablement de lynchages.

Anonymous affirme avoir pu identifier grâce au piratage d’un compte twitter trois habitants de la région de Ferguson qui seraient membres du KKK. Il y aurait parmi eux un policier, un vétéran de l’armée US ou encore un éducateur.

Cette présence du groupuscule raciste ne fait qu’ajouter à un climat déjà extrêmement tendu à Ferguson et dans toute l’agglomération de Saint-Louis après la décision du gouverneur du Missouri de décréter un « état d’urgence préventif » (sic) pour dit-il, « empêcher tout débordement » à l’heure où le verdict du grand jury sera rendu public. Jay Nixon , le gouverneur démocrate,  avait déjà suscité de nombreuses controverses en faisant donner, cet été, de façon particulièrement brutale la garde nationale du Missouri contre les manifestants.

Ce nouvel état d’urgence est l’équivalent d’un message anticipé de non  inculpation du policier blanc aux yeux des membres du collectif « hands up do’nt shoot » (Mains en l’air, ne tirez pas) constitué pour que justice soit faite à Brown. Sachant qu’un tel verdict ne pourra naturellement qu’alimenter une explosion de colère: « Pas de justice, pas de paix », scandent les manifestants à chaque rassemblement. Les menaces du Ku Klux Klan rajoutent encore aux tentatives officielles d’intimidations « préventives » des manifestants. Anonymous affirme s’être donné pour mission de saper la tentative du KKK de revenir sur le devant de la scène précisément à la faveur du climat qui règne à Ferguson. leur prise de contrôle des sites et des comptes twitter de l’organisation criminelle raciste intervient dans le cadre d’une opération baptisée:  #OpKKK.

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L’Allemagne passe tout au bord de la récession.

A 0,1% de croissance au 3ème trimestre la „locomotive“ allemande s’est quasiment figée sur place. Il faut enfin savoir remettre en cause radicalement l’alignement désastreux de la France et de l’Europe sur son « modèle » ordo-libéral.


La croissance a quasiment stagné outre Rhin au 3ème trimestre avec seulement 0,1% de progression du PIB par rapport au trimestre précédent selon les estimations de l’office des statistiques fédérales (Destatis). Les chiffres officiels communiqués le 14 novembre par l’office des statistiques fédérales (Destatis) confirment ainsi que l’Allemagne se situe dans une période de croissance quasi nulle. Elle fait une nouvelle fois moins bien que la France (0,3% au 3ème trimestre). Ce qui ne manque pas naturellement d‘illustrer l’ampleur du ralentissement qui touche son économie. Elle flirte avec une récession – formalisée d’un point de vue technique par deux trimestres consécutifs de croissance négative. Car l’activité s’était contractée au second trimestre (-0,1% selon le chiffre corrigé de -0,2% par Destatis).
C’est une poussée relative de la consommation, en bonne partie provoquée par les gains de pouvoir d’achat obtenus par les salariés qui ont pu arracher, depuis l’an dernier, avec leurs syndicats des accords tarifaires (conventions collectives) impliquant de sensibles hausses de salaires, qui permettent à l’Allemagne d’éviter la récession. Ironie du sort: la sortie de certaines catégories de travailleurs de la „modération salariale“ tant recherchée par le „modèle Schröder“ et tant adulée de ce côté ci du Rhin, a permis de d’éviter, de justesse, une plongée en zone rouge. Une donne à méditer pour les nombreux fournisseurs du prêt à penser économique de ce côté ci du Rhin, pour qui le seul critère de compétitivité se situe dans la baisse du „coût du travail“ et des charges fiscales et sociales patronales.

L’Allemagne connait en fait une période de croissance molle, voire de quasi stagnation, depuis plus de deux ans (0,7% en 2012, 0,4% en 2013). Et 2014 – autour de 1% selon les prévisions des principaux instituts de conjoncture – ne se hissera que très légèrement au dessus de ces poussifs niveaux antérieurs. De quoi méditer quelques enseignements pour la France et la zone euro pour qui le modèle ordo-libérale de Berlin reste LA référence incontournable.

Car c’est en ingurgitant les potions déflationistes de son „modèle“ sur le plan des salaires, des dépenses publiques et sociales que l’Allemagne s’est empoisonnée. Les dégâts de la précarisation orchestrée contre une grande partie des salariés et les coupes dans les retraites (à cause de la privatisation partielle du système) continuent – avec l’irruption des phénomènes de pauvreté au travail et de misère des seniors – de peser très lourd sur le marché intérieur. Même si les syndicats bien qu’affaiblis, ont commencé, on l’a vu, de relever la tête de façon salutaire, l’amélioration du pouvoir d’achat est encore bien trop limitée à certains secteurs pour apporter la dynamique qui serait nécessaire au recul enregistré sur l’autre front de l’économie, celui des exportations. Un recul d’autant plus dommageable que le „modèle“ est fondé sur le tout à l’export.

Sur ce terrain des ventes à l’étranger l’Allemagne est piégée par l‘effet boomerang de ses propres normes, celle là même qu’elle s’est évertué à transférer au reste de la zone euro. Près de 40% des clients des firmes allemandes se situent en effet toujours dans cette zone euro (la France restant son premier partenaire commercial). Or les plans d’austérités, les pactes de fer monétaristes, imposés par Berlin à ses partenaires, les ont asphyxiés. Du coup les débouchés des Konzerne se réduisent sur le continent européen.

Les groupes germaniques ont bien mis en oeuvre une impressionnante diversification de leur clientèle, profitant de la montée en puissance des BRICS ( émergents). Mais celle ci montre désormais ses limites quand les pays en question connaissent net ralentissement de leur activité. Et surtout quand ils cherchent à fabriquer eux même les biens d’équipement, les automobiles ou les machines outils sophistiquées que leur fournissait jusqu’alors l’Allemagne. Comme le prouve, entre autres, la récente décision de la Chine de fabriquer avec la Russie un avion gros porteur, concurrent direct d’Airbus.

Le dogme monétariste de la „règle d’or“ (interdiction de tout déficit structurel) provoque d’autres effets pervers. Berlin qui a intégré cette règle dans sa constitution en 2009 vient d’annoncer fièrement un budget à l’équilibre dès 2015. Mais le sous-investissement dans les infrastructures publiques (chemin de fer, routes, écoles, universités, équipements culturels) est devenu manifeste. Au point de rendre le „lieu de production allemand“ beaucoup moins attrayant.

A cela s’ajoute un sous-investissement privé, celui des Konzerne, qui préfèrent les placements financiers ou sur d’autres marchés ( notamment outre atlantique) compte tenu de la financiarisation du système, provoquée par l’autre volet – moins connu que son pendant anti-social – des réformes de structure imposées en son temps par Gerhard Schröder. Ce qui rend aujourd’hui totalement méconnaissable le système rhénan de l’ex république fédérale. L‘ancien système dit de „banque industrie“ qui avait tant contribué à l’aménagement industriel ouest-allemand, c‘est à dire ce lien étroit entre les grandes banques présentes dans le capital des groupes industriels – qu‘elles fournissaient, sur le long terme en crédits bon marché – a disparu corps et biens. Et les normes anglosaxonnes greffées sur l’économie après le „big bang“ imposé par le chancelier SPD „ami des patrons“ ont provoqué une financiarisation phénomènale dont le système bancaire, infesté de créances pourries déplacées vers des „band banks“ (banques dépotoirs sous garantie publique) – ne s’est toujours pas remis. Il est plus que temps pour l’Europe comme pour … l’Allemagne de rompre radicalement avec ce funeste « modèle ».

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La cour européenne au secours de la… « préférence nationale »

Les juges de Luxembourg donnent des ailes aux extrêmes droites du continent en tranchant en faveur d’un Jobcenter allemand ayant refusé une aide de 391 euros à une citoyenne roumaine accusée d’être venue outre-Rhin dans le seul but de profiter des largesses de l’État providence.

La Cour européenne de justice (CEJ) n’hésite pas à voler au secours de l’extrême droite européenne en campagne contre le tourisme social (sic). Les juges européens viennent en effet de rendre un arrêt accordant à un pays membre le droit de ne «pas verser de prestations à des immigrants inactifs» venus d’autres pays de l’UE et qui ne se rendraient sur leur territoire que dans le but de toucher l’aide sociale. La Cour arbitrait un litige entre une citoyenne roumaine et le Jobcenter (équivalent de nos agences de Pôle emploi) de Leipzig, qui refusait à celle-ci et à son enfant en bas âge l’aide versée aux chômeurs de longue durée.

Ce drôle de verdict fait des Européens les plus démunis, venus de pays en difficulté, comme la Bulgarie ou la Roumanie, des citoyens de seconde zone à qui l’on interdit, de fait, la liberté de circulation au sein de l’UE. Il constitue une aubaine pour les forces nationalistes européennes, qui surfent sur la «préférence nationale». En France, les réactions les plus enthousiastes venaient d’ailleurs, hier, du Front national. La Cour, jubilait ainsi Louis Aliot, vice-président du FN, «valide un type bien précis de priorité nationale» et reconnaît la «charge déraisonnable du traitement social de l’immigration».

La décision a pour origine une campagne engagée au début du printemps dernier outre-Rhin par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) (extrême droite) puis les chrétiens sociaux bavarois (CSU), dans la perspective des élections européennes. C’est à cette occasion, en effet, qu’est apparu l’étrange concept de «tourisme social», repris sans distance depuis mardi, après le verdict de la cour, par nombre de médias hexagonaux. Une agit-prop, au plus mauvais sens du terme, puisqu’elle disqualifie d’emblée les immigrés comme des individus mus uniquement par la volonté d’aller écrémer les systèmes sociaux des pays partenaires plus développés.

Les forces nationalistes allemandes cherchaient, avant les élections européennes du 25 mai dernier, à capitaliser sur le profond malaise social qui s’est répandu dans un pays devenu un des champions de la précarité et des travailleurs pauvres en Europe. La dénonciation de ce «tourisme social», qui, déclarait la CSU, amène «les communes jusqu’aux limites de leurs capacités financières à honorer leurs prestations», présentait l’avantage de livrer, une fois de plus, les immigrés en bouc émissaire.

L’aide refusée à la citoyenne roumaine par le Jobcenter de Leipzig se monte à 391 euros par mois (pour elle, plus éventuellement quelques euros pour son enfant). Soit le montant des sommes versées aux chômeurs de longue durée en vertu de la loi Hartz IV. Comment prétendre sérieusement que cette prestation constituerait une menace pour les équilibres des comptes sociaux puisque, d’après les statistiques officielles, les étrangers originaires d’un autre pays de l’UE ne représentent pas plus de 5% de l’ensemble des chômeurs en Allemagne.

Cette représentation volontairement erronée de la réalité n’a pas suscité de mises au point dans le landerneau européen. Le premier ministre britannique, David Cameron, affichait au contraire sa satisfaction. «Cette décision ne fait que souligner ce que nous disons depuis longtemps : la liberté de circulation n’est pas un droit absolu», commentait son secrétaire d’État au Travail, Iain Duncan Smith.

En France, le verdict de la Cour a été accueilli par une approbation toute consensuelle, de l’UMP au PS. «Ce jugement me semble un jugement qui dit des choses justes», a osé le président du groupe PS à l’Assemblée nationale française, Bruno Le Roux, sur les ondes de France Info. Simplement, nuançait-il, il faudrait «éviter qu’il y ait la moindre stigmatisation», notamment contre les Roms.

Outre-Rhin, les partis de gouvernement se sont mis également au diapason pour se féliciter du verdict. Dans ce concert, seule Katja Kipping, coprésidente de Die Linke, a immédiatement réagi pour dénoncer «le procès intenté aux immigrés.»
Une élévation partout en Europe des standards sociaux et des niveaux de vie paraît constituer la seule réponse crédible au risque de grossissement des flux migratoires au sein de l’UE. Il faudrait pour cela mettre enfin en route, comme le souligne Katja Kipping «une Europe sociale qui mériterait ce nom».

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Anniversaire de la chute du mur : Derrière les flonflons de la kermesse

Malgré la débauche d’initiatives musicales du gouvernement allemand la ferveur populaire est restée contenue ce 9 novembre, la méthode choisie pour la réunification ayant laissé un goût amer à l’Est comme à l’Ouest.

Un lâché de 8000 ballons lumineux, disposés sur l’emplacement exact de l’ancien mur, a constitué hier soir le clou des célébrations du 25ème anniversaire de sa chute. Angela Merkel et son gouvernement ont voulu en faire une fête populaire en convoquant force chanteurs et groupes musicaux de l’époque et d’aujourd’hui. D’évidence il s’agissait d’échapper aux critiques des cérémonies du 20ème anniversaire pour lesquelles avaient été convoqué le gotha des chefs d’Etats de la planète, avec des fastes alors inversement proportionnels au niveau de ferveur manifestée par la population. Si l’on veut bien regarder derrière les flonflons de la kermesse du week-end cette donne là n’a pas franchement changé.

Un très grand nombre d’Ossis (allemands de l’est) mais aussi de « Wessis » (allemands de l’ouest) conservent en effet de bonnes raisons de ne pas trop extérioriser leur joie. Car la réunification souffre d’un défaut de naissance majeur: Helmut Kohl, alors chancelier d’Allemagne de l’Ouest, a choisi avec l’accord tacite des capitales « occidentales», la voie de l’adhésion à la République fédérale (RFA) de nouveaux Länder (recréés spécialement pour l’occasion à l’Est) plutôt que celle de la convocation d’une assemblée constituante – comme le réclamaient les manifestants de la première heure dans les rues des villes est-allemandes – pour mettre à plat démocratiquement les structures d’une nouvelle Allemagne. Le « vainqueur » de la guerre froide choisissait ainsi d’annexer, de fait, les territoires de l’ex RDA à la RFA, leur imposant toutes ses normes. Les grands groupes ouest allemands ont pu ainsi se saisir des quelques pépites de l’industrie est-allemande et liquider le reste. D’où une explosion du chômage, une migration massive dont l’Allemagne orientale n’est toujours pas remise. Les salaires y restent souvent inférieurs à ceux de l’Ouest et une grande précarité continue d’y étendre ses ravages.

Ironie du sort, les Wessis ont été touchés eux aussi, un peu plus tard, par une réunification qui a servi de laboratoire aux déréglementations du vieux système rhénan dont les standards salariaux et sociaux étaient, de loin , les meilleurs d’Europe occidentale. Gerhard Schröder a achevé ce processus visant à une mise aux normes libérales anglosaxonnes. Paradoxe de ce «modèle allemand» là, devenu le carcan référentiel de toute l’UE, il est très impopulaire outre Rhin avec son cortège de souffrances sociales, sur fond de financiarisation de l’économie. 25 ans plus tard le pays réuni est devenu socialement et territorialement plus inégalitaire que ne l’a jamais été la vieille République fédérale.

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Barack Obama et les démocrates subissent une méga sanction


Gagnant le Sénat aux élections de mi-mandat, les républicains prennent le contrôle de la totalité du Congrès et réduisent les marges de manœuvre de la Maison-Blanche. Ils profitent d’une forte abstention des électeurs démocrates déçus des promesses non tenues du président.

On s’attendait à des élections de mi-mandat difficiles pour Barack Obama. Les anticipations les plus pessimistes ont été dépassées mardi. Une vague républicaine a déferlé sur l’ensemble des scrutins. Après une campagne qui s’est beaucoup focalisée sur le bilan du président, ce mégavote sanction va réduire à des décisions réglementaires et à quelques décrets ses marges de manœuvre durant les deux dernières années de son mandat.

Toute l’attention était focalisée sur le Sénat, contrôlé jusqu’alors par les démocrates. Il a basculé très nettement dans l’escarcelle du parti de la dynastie Bush. Il y retrouve une majorité qu’il avait perdu depuis le scrutin de 2006 en s’octroyant au moins 52 sièges sur les 100 que compte la Chambre haute du Congrès (les résultats en suspens en Louisiane et dans l’Alaska ne modifieront pas cette donne et devraient même l’amplifier). Il s’empare de sièges tenus fermement jusqu’alors par les démocrates comme dans l’Iowa, le Colorado, la Virginie occidentale ou surtout l’Arkansas. Dans ce fief de Bill Clinton, le républicain Tom Cotton l’emporte avec 17 points d’avance sur le sortant démocrate Mark Pryor.

Les républicains font également carton plein à la Chambre des représentants qu’ils contrôlaient déjà dans la précédente législature. Ils y gagnent 12 sièges et s’assurent ainsi une très confortable majorité de 70 sièges. Et la razzia des républicains du Grand Old Party (grand vieux parti, GOP) ne s’arrête pas aux portes du Congrès. Le GOP qui détenait déjà une large majorité de gouverneurs conforte encore ses positions en raflant aux démocrates 3 des 36 sièges de gouverneurs renouvelables ce mardi. Il s’impose dans l’Illinois (terre de lancement d’Obama). Et surtout il gagne deux États de la côte Est, le Massachusetts et le Maryland, considérés comme des bastions du Parti démocrate.

C’est bien davantage en dénigrant la politique du président qu’en se montrant eux-mêmes porteurs d’alternative que les républicains sont parvenus à mobiliser leur électorat. Au cœur de leur «Obama Bashing» : les hésitations du président en politique étrangère, et notamment son refus d’intervenir en Syrie, présentées comme une faiblesse du commandant en chef qui décrédibiliserait l’hyperpuissance, les difficultés de la réforme de santé, systématiquement instrumentalisées pour mieux la rejeter, ou encore la moindre de ses tentatives de régulation de l’économie, présentée comme une entrave à un véritable retour au «dynamisme entrepreneurial».

Cependant cette campagne à coups d’arguments et de coûteux clips publicitaires télévisuels négatifs n’aurait sans doute pas débouché sur une telle déroute pour le président et son parti s’ils n’avaient pas échoué, de leur côté, à mobiliser l’électorat démocrate. Le GOP triomphe par défaut. C’est là sans doute le principal enseignement des scrutins : les soutiens traditionnels au parti de l’âne et bien plus encore l’appui de ces populations qui espéraient un changement et avaient fait basculer le résultat en faveur d’Obama aux présidentiels de 2008 et 2012 se sont évanouis. Les communautés latinos et africaines-américaines, qui ont pu voter jadis respectivement à plus de 65% et à près de 90% pour le président, ont vu leur situation se dégrader. Les populations noires continuent de subir de plein fouet les effets du krach de 2007-2008. Elles y ont souvent perdu leur logement et restent soumises à une précarité extrême. La réforme de l’immigration, qui devait permettre la régularisation de centaines de milliers de sans-papiers sur les 11 millions que comptent aujourd’hui les États-Unis, n’a toujours pas vu le jour. Pourtant qualifiée d’urgente, elle avait été promise par le président dès son premier mandat. D’où la colère et l’émergence d’un véritable «refus de vote» dans les milieux latinos.

La démobilisation de l’électorat démocrate illustre aussi ce qu’il en est réellement de l’actuelle « reprise états-unienne » (3,5% de croissance en rythme annuel au troisième trimestre après 4,6% au second). Non seulement les milieux les plus pauvres, mais aussi une partie des classes moyennes, qui constituent le vivier essentiel du parti de l’âne, n’ont toujours pas vu la couleur de ce retour de la croissance. Celui-ci a été confisqué par les plus riches dont les patrimoines se sont largement remis du trou d’air de la « grande récession » avec le nouvel envol de Wall Street qui a progressé de 176% depuis mars2009. Les salaires, eux, ont continué de stagner et les statistiques officielles relèvent que le pouvoir d’achat de la classe moyenne a chuté de 3% sur la même période postérieure au krach financier. Le constat est si manifeste que Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale en personne, en est venue à s’inquiéter récemment «des déséquilibres» provoqués par cette explosion des inégalités.

Si la victoire à plate couture des républicains révèle aussi un glissement à droite du spectre politique traditionnel, elle n’augure pas pour autant forcément leur engagement sur une voie royale pour la conquête de la Maison-Blanche dans deux ans. Car le GOP, pas épargné, lui non plus, par le désenchantement de l’opinion 
publique, apparaît toujours divisé, «handicapé» par une frange radicale et 
populiste qui s’est encore souvent distinguée en réalisant des scores flatteurs dans ces scrutins. Comme le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, réélu largement en dépit de ses déclarations anti-avortements (même en cas de viol) ou des dégâts occasionnés par son offensive contre les syndicats et ses coupes dans les services publics. Le nouveau président du Sénat, Mitch McConnell (Kentucky), s’est bien appliqué mardi à montrer un premier signe d’ouverture pour surmonter de trop intempestifs blocages avec l’exécutif. «Ce n’est pas, a-t-il déclaré, parce que nous avons un système bipartisan que cela signifie qu’il nous faut être en perpétuel conflit.» Une position que son collègue du Texas, Ted Cruz, s’est empressé de dénoncer dans le Washington Post, en déclarant qu’il s’opposerait au nouveau leader du Sénat s’il ne conduisait pas une «politique d’opposition totale» à Obama. Signe particulier : les sénateurs Cruz comme Walker sont sur la liste des potentiels candidats à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2016.

Le dilemme des républicains, incapables jusqu’alors de faire émerger une personnalité suffisamment «recentrée» pour avoir une chance de rassembler et donc de gagner la présidentielle, reste donc entier. Surtout s’il s’agit d’affronter une figure démocrate aussi charismatique qu’Hillary Clinton qui ne fait plus mystère de se porter candidate au poste suprême.

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