L’Allemagne passe tout au bord de la récession.

A 0,1% de croissance au 3ème trimestre la „locomotive“ allemande s’est quasiment figée sur place. Il faut enfin savoir remettre en cause radicalement l’alignement désastreux de la France et de l’Europe sur son « modèle » ordo-libéral.


La croissance a quasiment stagné outre Rhin au 3ème trimestre avec seulement 0,1% de progression du PIB par rapport au trimestre précédent selon les estimations de l’office des statistiques fédérales (Destatis). Les chiffres officiels communiqués le 14 novembre par l’office des statistiques fédérales (Destatis) confirment ainsi que l’Allemagne se situe dans une période de croissance quasi nulle. Elle fait une nouvelle fois moins bien que la France (0,3% au 3ème trimestre). Ce qui ne manque pas naturellement d‘illustrer l’ampleur du ralentissement qui touche son économie. Elle flirte avec une récession – formalisée d’un point de vue technique par deux trimestres consécutifs de croissance négative. Car l’activité s’était contractée au second trimestre (-0,1% selon le chiffre corrigé de -0,2% par Destatis).
C’est une poussée relative de la consommation, en bonne partie provoquée par les gains de pouvoir d’achat obtenus par les salariés qui ont pu arracher, depuis l’an dernier, avec leurs syndicats des accords tarifaires (conventions collectives) impliquant de sensibles hausses de salaires, qui permettent à l’Allemagne d’éviter la récession. Ironie du sort: la sortie de certaines catégories de travailleurs de la „modération salariale“ tant recherchée par le „modèle Schröder“ et tant adulée de ce côté ci du Rhin, a permis de d’éviter, de justesse, une plongée en zone rouge. Une donne à méditer pour les nombreux fournisseurs du prêt à penser économique de ce côté ci du Rhin, pour qui le seul critère de compétitivité se situe dans la baisse du „coût du travail“ et des charges fiscales et sociales patronales.

L’Allemagne connait en fait une période de croissance molle, voire de quasi stagnation, depuis plus de deux ans (0,7% en 2012, 0,4% en 2013). Et 2014 – autour de 1% selon les prévisions des principaux instituts de conjoncture – ne se hissera que très légèrement au dessus de ces poussifs niveaux antérieurs. De quoi méditer quelques enseignements pour la France et la zone euro pour qui le modèle ordo-libérale de Berlin reste LA référence incontournable.

Car c’est en ingurgitant les potions déflationistes de son „modèle“ sur le plan des salaires, des dépenses publiques et sociales que l’Allemagne s’est empoisonnée. Les dégâts de la précarisation orchestrée contre une grande partie des salariés et les coupes dans les retraites (à cause de la privatisation partielle du système) continuent – avec l’irruption des phénomènes de pauvreté au travail et de misère des seniors – de peser très lourd sur le marché intérieur. Même si les syndicats bien qu’affaiblis, ont commencé, on l’a vu, de relever la tête de façon salutaire, l’amélioration du pouvoir d’achat est encore bien trop limitée à certains secteurs pour apporter la dynamique qui serait nécessaire au recul enregistré sur l’autre front de l’économie, celui des exportations. Un recul d’autant plus dommageable que le „modèle“ est fondé sur le tout à l’export.

Sur ce terrain des ventes à l’étranger l’Allemagne est piégée par l‘effet boomerang de ses propres normes, celle là même qu’elle s’est évertué à transférer au reste de la zone euro. Près de 40% des clients des firmes allemandes se situent en effet toujours dans cette zone euro (la France restant son premier partenaire commercial). Or les plans d’austérités, les pactes de fer monétaristes, imposés par Berlin à ses partenaires, les ont asphyxiés. Du coup les débouchés des Konzerne se réduisent sur le continent européen.

Les groupes germaniques ont bien mis en oeuvre une impressionnante diversification de leur clientèle, profitant de la montée en puissance des BRICS ( émergents). Mais celle ci montre désormais ses limites quand les pays en question connaissent net ralentissement de leur activité. Et surtout quand ils cherchent à fabriquer eux même les biens d’équipement, les automobiles ou les machines outils sophistiquées que leur fournissait jusqu’alors l’Allemagne. Comme le prouve, entre autres, la récente décision de la Chine de fabriquer avec la Russie un avion gros porteur, concurrent direct d’Airbus.

Le dogme monétariste de la „règle d’or“ (interdiction de tout déficit structurel) provoque d’autres effets pervers. Berlin qui a intégré cette règle dans sa constitution en 2009 vient d’annoncer fièrement un budget à l’équilibre dès 2015. Mais le sous-investissement dans les infrastructures publiques (chemin de fer, routes, écoles, universités, équipements culturels) est devenu manifeste. Au point de rendre le „lieu de production allemand“ beaucoup moins attrayant.

A cela s’ajoute un sous-investissement privé, celui des Konzerne, qui préfèrent les placements financiers ou sur d’autres marchés ( notamment outre atlantique) compte tenu de la financiarisation du système, provoquée par l’autre volet – moins connu que son pendant anti-social – des réformes de structure imposées en son temps par Gerhard Schröder. Ce qui rend aujourd’hui totalement méconnaissable le système rhénan de l’ex république fédérale. L‘ancien système dit de „banque industrie“ qui avait tant contribué à l’aménagement industriel ouest-allemand, c‘est à dire ce lien étroit entre les grandes banques présentes dans le capital des groupes industriels – qu‘elles fournissaient, sur le long terme en crédits bon marché – a disparu corps et biens. Et les normes anglosaxonnes greffées sur l’économie après le „big bang“ imposé par le chancelier SPD „ami des patrons“ ont provoqué une financiarisation phénomènale dont le système bancaire, infesté de créances pourries déplacées vers des „band banks“ (banques dépotoirs sous garantie publique) – ne s’est toujours pas remis. Il est plus que temps pour l’Europe comme pour … l’Allemagne de rompre radicalement avec ce funeste « modèle ».

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La cour européenne au secours de la… « préférence nationale »

Les juges de Luxembourg donnent des ailes aux extrêmes droites du continent en tranchant en faveur d’un Jobcenter allemand ayant refusé une aide de 391 euros à une citoyenne roumaine accusée d’être venue outre-Rhin dans le seul but de profiter des largesses de l’État providence.

La Cour européenne de justice (CEJ) n’hésite pas à voler au secours de l’extrême droite européenne en campagne contre le tourisme social (sic). Les juges européens viennent en effet de rendre un arrêt accordant à un pays membre le droit de ne «pas verser de prestations à des immigrants inactifs» venus d’autres pays de l’UE et qui ne se rendraient sur leur territoire que dans le but de toucher l’aide sociale. La Cour arbitrait un litige entre une citoyenne roumaine et le Jobcenter (équivalent de nos agences de Pôle emploi) de Leipzig, qui refusait à celle-ci et à son enfant en bas âge l’aide versée aux chômeurs de longue durée.

Ce drôle de verdict fait des Européens les plus démunis, venus de pays en difficulté, comme la Bulgarie ou la Roumanie, des citoyens de seconde zone à qui l’on interdit, de fait, la liberté de circulation au sein de l’UE. Il constitue une aubaine pour les forces nationalistes européennes, qui surfent sur la «préférence nationale». En France, les réactions les plus enthousiastes venaient d’ailleurs, hier, du Front national. La Cour, jubilait ainsi Louis Aliot, vice-président du FN, «valide un type bien précis de priorité nationale» et reconnaît la «charge déraisonnable du traitement social de l’immigration».

La décision a pour origine une campagne engagée au début du printemps dernier outre-Rhin par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) (extrême droite) puis les chrétiens sociaux bavarois (CSU), dans la perspective des élections européennes. C’est à cette occasion, en effet, qu’est apparu l’étrange concept de «tourisme social», repris sans distance depuis mardi, après le verdict de la cour, par nombre de médias hexagonaux. Une agit-prop, au plus mauvais sens du terme, puisqu’elle disqualifie d’emblée les immigrés comme des individus mus uniquement par la volonté d’aller écrémer les systèmes sociaux des pays partenaires plus développés.

Les forces nationalistes allemandes cherchaient, avant les élections européennes du 25 mai dernier, à capitaliser sur le profond malaise social qui s’est répandu dans un pays devenu un des champions de la précarité et des travailleurs pauvres en Europe. La dénonciation de ce «tourisme social», qui, déclarait la CSU, amène «les communes jusqu’aux limites de leurs capacités financières à honorer leurs prestations», présentait l’avantage de livrer, une fois de plus, les immigrés en bouc émissaire.

L’aide refusée à la citoyenne roumaine par le Jobcenter de Leipzig se monte à 391 euros par mois (pour elle, plus éventuellement quelques euros pour son enfant). Soit le montant des sommes versées aux chômeurs de longue durée en vertu de la loi Hartz IV. Comment prétendre sérieusement que cette prestation constituerait une menace pour les équilibres des comptes sociaux puisque, d’après les statistiques officielles, les étrangers originaires d’un autre pays de l’UE ne représentent pas plus de 5% de l’ensemble des chômeurs en Allemagne.

Cette représentation volontairement erronée de la réalité n’a pas suscité de mises au point dans le landerneau européen. Le premier ministre britannique, David Cameron, affichait au contraire sa satisfaction. «Cette décision ne fait que souligner ce que nous disons depuis longtemps : la liberté de circulation n’est pas un droit absolu», commentait son secrétaire d’État au Travail, Iain Duncan Smith.

En France, le verdict de la Cour a été accueilli par une approbation toute consensuelle, de l’UMP au PS. «Ce jugement me semble un jugement qui dit des choses justes», a osé le président du groupe PS à l’Assemblée nationale française, Bruno Le Roux, sur les ondes de France Info. Simplement, nuançait-il, il faudrait «éviter qu’il y ait la moindre stigmatisation», notamment contre les Roms.

Outre-Rhin, les partis de gouvernement se sont mis également au diapason pour se féliciter du verdict. Dans ce concert, seule Katja Kipping, coprésidente de Die Linke, a immédiatement réagi pour dénoncer «le procès intenté aux immigrés.»
Une élévation partout en Europe des standards sociaux et des niveaux de vie paraît constituer la seule réponse crédible au risque de grossissement des flux migratoires au sein de l’UE. Il faudrait pour cela mettre enfin en route, comme le souligne Katja Kipping «une Europe sociale qui mériterait ce nom».

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Anniversaire de la chute du mur : Derrière les flonflons de la kermesse

Malgré la débauche d’initiatives musicales du gouvernement allemand la ferveur populaire est restée contenue ce 9 novembre, la méthode choisie pour la réunification ayant laissé un goût amer à l’Est comme à l’Ouest.

Un lâché de 8000 ballons lumineux, disposés sur l’emplacement exact de l’ancien mur, a constitué hier soir le clou des célébrations du 25ème anniversaire de sa chute. Angela Merkel et son gouvernement ont voulu en faire une fête populaire en convoquant force chanteurs et groupes musicaux de l’époque et d’aujourd’hui. D’évidence il s’agissait d’échapper aux critiques des cérémonies du 20ème anniversaire pour lesquelles avaient été convoqué le gotha des chefs d’Etats de la planète, avec des fastes alors inversement proportionnels au niveau de ferveur manifestée par la population. Si l’on veut bien regarder derrière les flonflons de la kermesse du week-end cette donne là n’a pas franchement changé.

Un très grand nombre d’Ossis (allemands de l’est) mais aussi de « Wessis » (allemands de l’ouest) conservent en effet de bonnes raisons de ne pas trop extérioriser leur joie. Car la réunification souffre d’un défaut de naissance majeur: Helmut Kohl, alors chancelier d’Allemagne de l’Ouest, a choisi avec l’accord tacite des capitales « occidentales», la voie de l’adhésion à la République fédérale (RFA) de nouveaux Länder (recréés spécialement pour l’occasion à l’Est) plutôt que celle de la convocation d’une assemblée constituante – comme le réclamaient les manifestants de la première heure dans les rues des villes est-allemandes – pour mettre à plat démocratiquement les structures d’une nouvelle Allemagne. Le « vainqueur » de la guerre froide choisissait ainsi d’annexer, de fait, les territoires de l’ex RDA à la RFA, leur imposant toutes ses normes. Les grands groupes ouest allemands ont pu ainsi se saisir des quelques pépites de l’industrie est-allemande et liquider le reste. D’où une explosion du chômage, une migration massive dont l’Allemagne orientale n’est toujours pas remise. Les salaires y restent souvent inférieurs à ceux de l’Ouest et une grande précarité continue d’y étendre ses ravages.

Ironie du sort, les Wessis ont été touchés eux aussi, un peu plus tard, par une réunification qui a servi de laboratoire aux déréglementations du vieux système rhénan dont les standards salariaux et sociaux étaient, de loin , les meilleurs d’Europe occidentale. Gerhard Schröder a achevé ce processus visant à une mise aux normes libérales anglosaxonnes. Paradoxe de ce «modèle allemand» là, devenu le carcan référentiel de toute l’UE, il est très impopulaire outre Rhin avec son cortège de souffrances sociales, sur fond de financiarisation de l’économie. 25 ans plus tard le pays réuni est devenu socialement et territorialement plus inégalitaire que ne l’a jamais été la vieille République fédérale.

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Barack Obama et les démocrates subissent une méga sanction


Gagnant le Sénat aux élections de mi-mandat, les républicains prennent le contrôle de la totalité du Congrès et réduisent les marges de manœuvre de la Maison-Blanche. Ils profitent d’une forte abstention des électeurs démocrates déçus des promesses non tenues du président.

On s’attendait à des élections de mi-mandat difficiles pour Barack Obama. Les anticipations les plus pessimistes ont été dépassées mardi. Une vague républicaine a déferlé sur l’ensemble des scrutins. Après une campagne qui s’est beaucoup focalisée sur le bilan du président, ce mégavote sanction va réduire à des décisions réglementaires et à quelques décrets ses marges de manœuvre durant les deux dernières années de son mandat.

Toute l’attention était focalisée sur le Sénat, contrôlé jusqu’alors par les démocrates. Il a basculé très nettement dans l’escarcelle du parti de la dynastie Bush. Il y retrouve une majorité qu’il avait perdu depuis le scrutin de 2006 en s’octroyant au moins 52 sièges sur les 100 que compte la Chambre haute du Congrès (les résultats en suspens en Louisiane et dans l’Alaska ne modifieront pas cette donne et devraient même l’amplifier). Il s’empare de sièges tenus fermement jusqu’alors par les démocrates comme dans l’Iowa, le Colorado, la Virginie occidentale ou surtout l’Arkansas. Dans ce fief de Bill Clinton, le républicain Tom Cotton l’emporte avec 17 points d’avance sur le sortant démocrate Mark Pryor.

Les républicains font également carton plein à la Chambre des représentants qu’ils contrôlaient déjà dans la précédente législature. Ils y gagnent 12 sièges et s’assurent ainsi une très confortable majorité de 70 sièges. Et la razzia des républicains du Grand Old Party (grand vieux parti, GOP) ne s’arrête pas aux portes du Congrès. Le GOP qui détenait déjà une large majorité de gouverneurs conforte encore ses positions en raflant aux démocrates 3 des 36 sièges de gouverneurs renouvelables ce mardi. Il s’impose dans l’Illinois (terre de lancement d’Obama). Et surtout il gagne deux États de la côte Est, le Massachusetts et le Maryland, considérés comme des bastions du Parti démocrate.

C’est bien davantage en dénigrant la politique du président qu’en se montrant eux-mêmes porteurs d’alternative que les républicains sont parvenus à mobiliser leur électorat. Au cœur de leur «Obama Bashing» : les hésitations du président en politique étrangère, et notamment son refus d’intervenir en Syrie, présentées comme une faiblesse du commandant en chef qui décrédibiliserait l’hyperpuissance, les difficultés de la réforme de santé, systématiquement instrumentalisées pour mieux la rejeter, ou encore la moindre de ses tentatives de régulation de l’économie, présentée comme une entrave à un véritable retour au «dynamisme entrepreneurial».

Cependant cette campagne à coups d’arguments et de coûteux clips publicitaires télévisuels négatifs n’aurait sans doute pas débouché sur une telle déroute pour le président et son parti s’ils n’avaient pas échoué, de leur côté, à mobiliser l’électorat démocrate. Le GOP triomphe par défaut. C’est là sans doute le principal enseignement des scrutins : les soutiens traditionnels au parti de l’âne et bien plus encore l’appui de ces populations qui espéraient un changement et avaient fait basculer le résultat en faveur d’Obama aux présidentiels de 2008 et 2012 se sont évanouis. Les communautés latinos et africaines-américaines, qui ont pu voter jadis respectivement à plus de 65% et à près de 90% pour le président, ont vu leur situation se dégrader. Les populations noires continuent de subir de plein fouet les effets du krach de 2007-2008. Elles y ont souvent perdu leur logement et restent soumises à une précarité extrême. La réforme de l’immigration, qui devait permettre la régularisation de centaines de milliers de sans-papiers sur les 11 millions que comptent aujourd’hui les États-Unis, n’a toujours pas vu le jour. Pourtant qualifiée d’urgente, elle avait été promise par le président dès son premier mandat. D’où la colère et l’émergence d’un véritable «refus de vote» dans les milieux latinos.

La démobilisation de l’électorat démocrate illustre aussi ce qu’il en est réellement de l’actuelle « reprise états-unienne » (3,5% de croissance en rythme annuel au troisième trimestre après 4,6% au second). Non seulement les milieux les plus pauvres, mais aussi une partie des classes moyennes, qui constituent le vivier essentiel du parti de l’âne, n’ont toujours pas vu la couleur de ce retour de la croissance. Celui-ci a été confisqué par les plus riches dont les patrimoines se sont largement remis du trou d’air de la « grande récession » avec le nouvel envol de Wall Street qui a progressé de 176% depuis mars2009. Les salaires, eux, ont continué de stagner et les statistiques officielles relèvent que le pouvoir d’achat de la classe moyenne a chuté de 3% sur la même période postérieure au krach financier. Le constat est si manifeste que Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale en personne, en est venue à s’inquiéter récemment «des déséquilibres» provoqués par cette explosion des inégalités.

Si la victoire à plate couture des républicains révèle aussi un glissement à droite du spectre politique traditionnel, elle n’augure pas pour autant forcément leur engagement sur une voie royale pour la conquête de la Maison-Blanche dans deux ans. Car le GOP, pas épargné, lui non plus, par le désenchantement de l’opinion 
publique, apparaît toujours divisé, «handicapé» par une frange radicale et 
populiste qui s’est encore souvent distinguée en réalisant des scores flatteurs dans ces scrutins. Comme le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, réélu largement en dépit de ses déclarations anti-avortements (même en cas de viol) ou des dégâts occasionnés par son offensive contre les syndicats et ses coupes dans les services publics. Le nouveau président du Sénat, Mitch McConnell (Kentucky), s’est bien appliqué mardi à montrer un premier signe d’ouverture pour surmonter de trop intempestifs blocages avec l’exécutif. «Ce n’est pas, a-t-il déclaré, parce que nous avons un système bipartisan que cela signifie qu’il nous faut être en perpétuel conflit.» Une position que son collègue du Texas, Ted Cruz, s’est empressé de dénoncer dans le Washington Post, en déclarant qu’il s’opposerait au nouveau leader du Sénat s’il ne conduisait pas une «politique d’opposition totale» à Obama. Signe particulier : les sénateurs Cruz comme Walker sont sur la liste des potentiels candidats à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2016.

Le dilemme des républicains, incapables jusqu’alors de faire émerger une personnalité suffisamment «recentrée» pour avoir une chance de rassembler et donc de gagner la présidentielle, reste donc entier. Surtout s’il s’agit d’affronter une figure démocrate aussi charismatique qu’Hillary Clinton qui ne fait plus mystère de se porter candidate au poste suprême.

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Etats-Unis. Ferguson ou le nouvel âge de la ségrégation

Ferguson, Missouri (états-unis)
Envoyé spécial.
Publié in l’humanité du 29 octobre 2014. Voir également notre reportage vidéo sur le site web du journal:

http://www.humanite.fr/videos/ferguson-ou-le-nouvel-age-de-la-segregation-aux-usa-555891

Un plongeon dans la cité qui reste à cran après la mort de Mike Brown, cet adolescent noir tué cet été par un policier blanc, révèle les racines de la résurgence d’une discrimination «raciale», alimentée par l’extension de l’injustice sociale et le creusement record des inégalités.

Deux mois et demi après la mort de Michael Brown, Ferguson est toujours dans un état de tension extrême. La blessure laissée par la tragédie de la mort du jeune Africain-Américain de dix-huit ans ne se referme pas. Et tandis que se profilent les élections de mi-mandat, mardi prochain, le pays garde un œil braqué en permanence sur la cité, devenue l’un des symptômes majeurs du retour en force de la ségrégation.

Sur Canfield Drive, une montagne de peluches, des fleurs, répandues jusqu’au milieu de la chaussée, une croix en retrait… un mémorial a été érigé là où l’adolescent désarmé a été abattu le 9 août dernier par un officier de police blanc, à la suite d’un contrôle qui a salement dégénéré. «C’est simple, s’ils n’inculpent pas le flic, cela ne peut que dégénérer à nouveau en émeutes comme cet été», explique un voisin de la grand-mère de Mike Brown, chez qui logeait le jeune homme au moment du drame. La cité vit dans l’attente du verdict d’un grand jury du comté de Saint-Louis chargé de statuer sur la poursuite en justice ou non de Darren Wilson, le policier auteur des coups de feu, toujours entièrement libre de ses mouvements.

À deux pas, sur West Florissant Avenue, les jeunes de la coalition Hands Up, Don’t Shoot (Mains en l’air, ne tirez pas) ont loué des locaux où ils ont érigé leur quartier général. Les mains en l’air – la position de reddition dans laquelle Mike Brown a été abattu selon tous les témoignages – sont devenues le signe de ralliement, symbole d’un mouvement de protestation qui n’a cessé de s’élargir. Plus d’une quarantaine d’organisations (des syndicats, des associations de défense des droits civiques, des intellectuels, des prêtres) y participent. Un pasteur a mis son église à disposition. Les initiatives se multiplient. Comme ces quatre jours, baptisés Ferguson October, à la mi-octobre (voir l’Humanité du 13 octobre).

«Nous ne lâcherons pas. Il n’y aura pas de paix sans justice», prévient Ned Walter, un grand gaillard de vingt-cinq ans qui porte un sérieux embonpoint de façon élégante et chaloupée. Il va accompagner notre visite dans la cité meurtrie. Le jeune homme travaille chez McDonald’s. Il a immédiatement relié le combat pour que justice soit faite à Mike Brown avec celui qu’il a engagé depuis 2012 avec ses camarades des chaînes de restaurants fast-foods pour la dignité au travail et l’instauration d’un salaire minimum de 15 dollars (12,20 euros). Ce mouvement Show Me 15 (Montre-moi 15 dollars), parti de la région de Saint-Louis, s’est propagé ensuite dans le pays. De New York à Chicago en passant par Memphis.

À Ferguson, le maire et la majorité du conseil municipal sont blancs. Au commissariat, seuls 3 policiers sur 53 sont noirs, bien que la ville soit peuplée pour près des deux tiers par des Africains américains. Appauvrie, désenchantée, la majorité noire s’est en quelque sorte recroquevillée au point de se mettre d’elle-même hors jeu. Jusqu’à s’abstenir massivement aux élections (6% de participation «black» aux derniers scrutins locaux).

Lew Moye, président depuis trente-cinq ans de la coalition des syndicalistes noirs (CBTU) de la région de Saint-Louis, est formel : «On subit aujourd’hui un apartheid invisible, un retour qui ne dit pas son nom aux lois Jim Crow», ces règles de «séparation des races (sic)» qui ont prévalu jusqu’au milieu des années 1960 avant d’être abolies sous la pression du mouvement pour les droits civiques de Martin Luther King.

Les jeunes Africains américains mobilisés au sein du collectif Hands up don’t shoot se disent tous persuadés qu’ils pourraient être à la place de Mike Brown, tant ils sont soumis à des contrôles au faciès systématiques dont la violence inhérente est toujours lourde d’altercations risquées. «Sur la route, on est en permanence sous la menace d’un contrôle pour DWB», expliquent-ils les uns après les autres. Interrogés sur la signification de ce délit étrangement passé ici dans le langage courant, ils répondent en chœur : «Driving While Black» (conduire en étant noir, déduit du fameux et plus internationalement reconnu : conduire en état d’ivresse).

« Hier encore, j’ai été arrêté tout près d’ici», relève Ned Walter, notre jeune guide, en pointant West Florissant Avenue. Il avait sa copine à ses côtés, une Blanche. Le policier, surpris, s’est tourné aussitôt vers elle : «Qu’est-ce que tu fais dans cette bagnole ?» lui a-t-il demandé. Elle a répondu : «C’est mon copain. Nous sommes ensemble.» Le flic lui a alors lancé sur un ton comminatoire : «Tu ne devrais pas…» Avant de tourner les talons.

Les «bavures» continuent. Depuis la mort de Mike Brown, en août, elles ont coûté la vie à trois jeunes Noirs, dont un de dix-huit ans (voir l’Humanité du 10 octobre). À chaque fois, il s’agissait, semble-t-il, de petits délinquants, bien différents de l’emblématique Mike Brown, garçon sans aucun antécédent judiciaire qui s’apprêtait à débuter des études supérieures. Pas de quoi pour autant, on l’aura compris, les condamner à mort au fil d’une course-poursuite, pistolet en avant. «Nous ne sommes que du gibier pour eux», soupire Ned. «Arrêtez de nous tuer» affiche une des manifestantes qui fait tous les jours le siège du commissariat de police dans le centre de Ferguson pour exiger l’inculpation de Wilson.

Chez McDo, Ned est payé au salaire minimum, 7,50 dollars (environ 5 euros) de l’heure. S’il veut survivre, il est obligé de passer par des bons alimentaires (foodstamps) pour se nourrir, par Medicaid (une aide médicale de base aux plus démunis) pour se soigner et par ses parents pour se loger. «Et encore, moi, j’ai de la chance ! lâche le jeune homme en souriant, au moins j’ai un emploi.» Le chômage, c’est là l’origine de la terrible meurtrissure qui mine aujourd’hui Ferguson. En l’espace de quelques années, la ville a perdu ses emplois industriels, et la pauvreté a étendu sa lèpre.

Emerson Electric, la multinationale spécialisée dans l’automatisation industrielle, l’énergie, les télécoms et la climatisation, dont le siège est toujours sur le territoire de la commune, au bout de West Florissant Avenue, à deux miles du lieu où est mort Mike Brown, y a fermé tous ses sites de production. General Motors, qui avait deux usines non loin de là, les a fermées au moment de sa restructuration sous l’égide de l’État fédéral après sa faillite de 2009. Résultat : un taux de chômage exorbitant. Il touche près des deux tiers de la population noire. Et l’on ne discerne aucune trace ici de la «reprise états-unienne» enregistrée depuis le printemps par les conjoncturistes. Lew Moye, le président de la coalition des syndicalistes noirs, décrit un cercle infernal : la mal-vie, les trafics, la drogue, l’extension de la criminalité. Et pour toute réponse, la répression, avec la montée concomitante du racisme au sein d‘une police «blanche».

À l’université Washington de Saint-Louis, le sociologue Mark Rank tire depuis des années la sonnette d’alarme, dénonçant l’impact désastreux de l’extension de la pauvreté. «Je n’ai vraiment pas été surpris des événements de ces dernières semaines», nous confie-t-il. Rank a réalisé une étude sur l’évolution de la répartition des richesses tout au long des cent dernières années aux États-Unis. Les conclusions sont accablantes : la confiscation de la valeur ajoutée par les plus riches n’a jamais été aussi importante. Aujourd’hui, les 10% les plus fortunés accaparent (revenus du capital compris) plus de 50% de la richesse nationale produite (PIB).

La paupérisation des populations noires a été fortement accélérée par la crise dite des subprimes et son flot de saisies immobilières. «Ma mère a perdu sa maison et a dû aller habiter plus loin en louant un appartement beaucoup plus petit. Ce fut un traumatisme pour la famille», explique Ned. Le président de l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP) du Missouri, Adolphus Pruitt, brandit une étude officielle pour nous faire mesurer l’étendue des dégâts. Elle évalue entre 164 et 213 milliards de dollars (132 et 185 milliards d’euros) la perte subie par la communauté africaine américaine des États-Unis entre 2008 et aujourd‘hui. Une prédation – «sans équivalent dans l’histoire», soupire Pruitt – des banques et des marchés financiers sur les biens et l’épargne des plus pauvres, qui avaient souscrit si massivement ces crédits hypothécaires à hauts risques dans l’espoir d’accéder au «rêve américain».

Les stigmates d’un nouvel âge de la «séparation des races» resurgissent au cœur de la ville. Les maisons coquettes de bois et de briques autour du centre historique, endroit au parfum d’«héritage» vers lequel affluaient les touristes – «avant» commente Ned, sourire laconique en coin – sont toutes habitées par des Blancs. Devant certaines d’entre elles, des plaques de bronze renvoient sans états d’âme aux anciens propriétaires esclavagistes. Des panonceaux «J’aime Ferguson» ont été placés bien en vue sur la pelouse de chaque maison. Les initiateurs de cette campagne se rencontrent régulièrement au Corner Coffee House. Personne dans le café, à l’exception du cuisinier, n’a la peau noire. C’est ici que se rencontre le «contre-mouvement» blanc. «La mort de Brown est une tragédie, d’accord», concède Brian Fletscher, l’ancien maire de Ferguson, avant d’ajouter : «Mais il va y avoir le verdict du grand jury et une enquête de la justice fédérale a été lancée. En attendant, nous ne tolérons pas de voir sali le renom de notre cité.» L’autre grand animateur de cette contre-offensive, Jeff Roorda, président de l’ordre fraternel de la police, est carrément au cœur, lui, d’une campagne de soutien à Darren Wilson, le policier qui a tué Mike Brown. Avec l’aide d’une association baptisée Shield of the Hope (Bouclier de l’espoir), il collecte des fonds pour organiser «sa défense». Et il a déjà réussi à rassembler quelque 500 000dollars (environ 360 000 euros), soit bien au-delà des sommes qu’a pu collecter la famille Brown pour les frais de justice et les obsèques de son fils. Signe particulier : si, comme l’actuel maire, Fletscher est républicain, Roorda, élu de la Chambre des représentants de l’État du Missouri, est candidat démocrate à un poste de sénateur d’État lors des scrutins du midterm du 4 novembre. Les deux ténors de ce «front blanc» prennent bien soin de respecter le langage «politiquement correct». Leurs troupes, elles, sont nettement plus «décomplexées». Ainsi, au Corner Coffee House, cette femme qui s’emporte quand nous en venons à aborder dans la conversation ceux qui manifestent tous les soirs devant le commissariat : «Ils sortent à la nuit tombée, comme les cafards !» s’exclame-t-elle. Plus grave, des jeunes Blancs poussent la provocation jusqu’à afficher dans le dos de leurs tee-shirts : «Je suis Darren Wilson.» Ce qui a donné lieu à des incidents jamais vus entre supporters blancs et noirs des Cardinals, le club de base-ball de Saint-Louis, début octobre, en marge d’une série de rencontres contre les Dodgers de Los Angeles.

Malgré ce climat déjà très lourd, les dirigeants de la compagnie publique de transports de la région de Saint-Louis n’avaient pas hésité à instrumentaliser, en septembre, le clivage «racial» dans la gestion d’un conflit social. Les salariés étaient entrés en lutte pour défendre les acquis de leur plan de retraite à versements définis (ce qui garantit l’évolution du pouvoir d’achat des pensions). Un des négociateurs de la direction en est venu à comparer la situation de l’entreprise, où les chauffeurs de bus sont quasiment tous noirs et les mécaniciens quasiment tous blancs, à celle du cookie Oreo, bien connu aux États-Unis et dont la caractéristique est d’être «blanc à l’intérieur mais noir à l’extérieur». À la métaphore raciste était associée une tentative de débauchage très concrète des salariés blancs vers une autre organisation syndicale. Michael Breihan, le chef de file du syndicat des transports (ATU) à Saint-Louis, n’en est pas encore revenu. «J’ai eu, nous dit-il, le sang qui se glace» en constatant l’usage «au XXIesiècle de cette méthode d’un autre âge». «On a alerté la presse, interpellé aussitôt les autorités, précise-t-il, mais on n’a reçu depuis lors aucune excuse publique, aucun démenti officiel. Si ce n’est qu’il s’agissait d’une… mauvaise plaisanterie.» Au final, la manœuvre a piteusement échoué. Les mécaniciens blancs ont refusé de se désolidariser de leurs collègues noirs. Et la direction a dû finalement baisser pavillon et rétablir les plans de retraite initiaux.

La mobilisation sociale est le meilleur antidote à la montée du racisme. Ned Walter et ses amis de « Show me 15 » en sont viscéralement convaincus. «Il y a beaucoup de Noirs dans notre mouvement, mais il y a aussi des Blancs, relève-t-il. Le vrai problème, c’est l’impossibilité de vivre dignement de nos salaires, alors que McDo affiche des résultats record à Wall Street. Et pas la couleur de la peau.»

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Paris imagine un pacte perdant-perdant avec Berlin

Alors qu’Angela Merkel est sur la défensive, l’Allemagne se rapprochant à son tour de la récession, Bercy propose d’échanger l’austérité française contre un très hypothétique plan germanique d’investissements. Pour colmater les brèches du modèle ordolibéral… à l’origine de la déflation.

Angela Merkel et son gouvernement sont sur la défensive. Le «modèle allemand» est frappé de léthargie depuis deux trimestres et pourrait à tout le moins flirter avec la récession (deux trimestres de suite de croissance négative). L’activité aurait, au mieux, stagné en effet de juillet à septembre, après un deuxième trimestre de croissance négative (– 0,2%). Or le Fonds monétaire international (FMI), les États-Unis, des capitales européennes, plusieurs instituts de conjoncture dans le pays plaident depuis des mois pour que l’Allemagne ouvre les vannes des investissements, seul moyen, disent-ils, de relancer une zone euro au bord de la déflation. Cette pression qui s’accroît donc sur Berlin rattrapé par la crise, Paris veut y voir une sorte d’aubaine. La chancellerie pourrait être encline à lâcher du lest et à se montrer plus tolérante avec les difficultés françaises à mettre, dans les délais souhaités, le budget aux normes du pacte de stabilité. Emmanuel Macron, en visite lundi dans la capitale allemande, a proposé une sorte de «donnant-donnant» aux autorités germaniques. La France montrerait qu’elle est bien accrochée à la boussole austéritaire en réalisant 50 milliards d’euros de coupes dans les dépenses publiques, en échange de quoi, l’Allemagne s’engagerait, elle, dans un programme de 50 milliards d’investissements. Ainsi la locomotive allemande, espère-t-on du côté de Bercy, pourrait redémarrer et entraîner dans son sillage le wagon France et ceux de la zone euro.

Une autre relation franco-allemande, une autre Europe

Le problème de ce type de proposition, c’est qu’elle ne s’émancipe en rien d’un ordolibéralisme allemand, devenu référence européenne. Paris donne des gages sur l’austérité. Et s’engage, conformément aux exigences de la chancelière, dans des «réformes structurelles» à la Schröder. Au moment pourtant où la défaillance du modèle, plus objective désormais que jamais, souligne le besoin d’une autre relation franco-allemande et d’une autre Europe.

Quant aux gros investissements allemands, si désirés par Bercy dans l’espoir qu’ils dopent les exportations françaises, on ne peut pas dire qu’Angela Merkel y soit franchement prête. La chancelière concède bien qu’elle entend lancer un «plan numérique» et accentuer les efforts de recherche dans le domaine énergétique. Mais rien de plus. Surtout elle estime que l’essentiel serait une reprise «des investissements privés». En d’autres termes : ne pas fléchir sur les fondamentaux d’une politique dite de l’offre, selon laquelle le rôle de l’intervention publique serait de stimuler la rentabilité financière des groupes en réduisant leurs «charges» sociales et salariales.

Répondant aux questions du quotidien Bild, son ministre de l’Économie, Sigmar Gabriel, président du SPD, a été formel. «L’Allemagne, a-t-il déclaré, n’a aucun besoin d’un programme pour soutenir la conjoncture.» Berlin maintient sa détermination à atteindre l’équilibre budgétaire en 2015. Conformément aux obligations du frein à la dette (Schulden Bremse) ou règle d’or que le premier gouvernement Merkel de grande coalition (CDU-SPD) a fait inscrire dans la Constitution du pays. Une norme que la chancelière a fait répercuter, avec l’aval des capitales de la zone euro, dans le traité budgétaire signé par François Hollande en 2012.

C’est ce modèle-là qui entraîne l’Europe dans la déflation. À l’heure où son caractère empoisonné transpire jusqu’en Allemagne, ce n’est donc pas d’un marchandage Macron sur son aménagement dont l’Europe a besoin. Mais de sa remise en cause radicale pour pratiquer une politique expansive, capable avec la BCE de mobiliser un crédit bon marché pour l’emploi et donc de se libérer de la tenaille des marchés financiers. Des forces considérables peuvent se fédérer en Europe autour d’une telle alternative. À commencer par celles qui, outre-Rhin, sont capables de pousser la chancelière bien plus loin dans ses retranchements. Comme ces salariés impliqués aujourd’hui dans les mouvements sociaux pour de fortes hausses de rémunération. Comme la confédération syndicale DGB quand elle propose un «plan Marshall pour l’Europe» prenant le contre-pied de la logique monétariste du pouvoir. Comme ces salariés qui empêchent la privatisation des services publics et demandent à l’inverse, avec Die Linke, leur forte expansion en coopération dans l’UE. Il y va de la survie du projet européen.

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Elections régionales allemandes: poussée nationaliste confirmée, Die Linke résiste

Si l’extrême droite confirme, ce dimanche 14 septembre, une inquiétante percée dans deux nouveaux Länder,  Die Linke pourrait diriger la Thuringe, une première.

Les élections de ce dimanche 14 septembre dans le Brandebourg et la Thuringe confirment que l’Allemagne n’échappe pas à la dérive nationaliste et populiste qui touche aujourd’hui toute l’Europe. Le nouveau parti d’extrême droite, AfD ( Alternative pour l’Allemagne) y franchit largement en effet la barre des 10%. Dans ce ciel très sombre une timide éclaircie apparaît cependant du côté de Die Linke. Car si le parti de la gauche allemande recule très fortement dans le Brandebourg, le Land qui enserre Berlin, à 18,6% (soit – 8,6% sur 2009), sa tête de liste en Thuringe, Bodo Ramelow, fait figure de très sérieux candidat pour le poste de ministre président. Ce qui serait une première dans l’histoire de l’Allemagne réunifiée.

Die Linke arrive en seconde position avec 28,2% des suffrages (27,4% en 2009), devancée uniquement par le parti chrétien démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel à 33,5% (+ 2,3% sur 2009)  et  pourrait conclure une coalition avec les sociaux-démocrates (SPD) en très fort recul à 12,4% ( – 6,1% sur 2009) et les Verts quasi stable à 5,7% pour former le gouvernement du Land. Le SPD pourrait en effet décider d’en finir avec une position qui bannissait systématiquement jusqu’ici toute alliance avec Die Linke. Il lui suffirait pour cela de confirmer l’inflexion prise dans ses textes de référence lors de son dernier congrès à l’automne 2013. Mais l’effondrement des sociaux-démocrates fait craindre aux dirigeants régionaux de Die Linke qu’ils se montrent très timorés, préférant à nouveau la formation d’une grande coalition pilotée par la ministre-présidente chrétienne démocrate sortante, Christine Lieberknecht.

Mais c’est indiscutablement l’AfD qui a réalisé la meilleure opération dans les scrutins dominicaux. Après son entrée au parlement européen et dans l’assemblée du Land de Saxe fin août le parti, vieux d’à peine 18 mois, fait irruption à haut niveau dans deux nouveaux Länder. Il atteint 10,6% en Thuringe et 12,2% dans le Brandebourg et il peut clamer qu’il « appartient désormais au paysage politique allemand», plastronnait le 14 septembre au soir Bernd Lucke, le chef de file de la formation.

L’AfD, constituée d’anciens membres de la CDU et de quelques transfuges de groupuscules bruns (NPD,DVU etc) joue à plein la carte de la démagogie anti-euro, anti-establishment ou anti-migrants. Comme cette ultime campagne lancée à la veille du scrutin par Alexander Gauland, sa tête de liste dans le Brandebourg, contre l’installation d’un foyer de demandeurs d’asile dans la région.

L’extrême droite se nourrit du terreau du malaise persistant qu’ont fait naître les réformes anti-sociales de ces dix dernières années. Autre stigmate classique du même désarroi : la participation s’est effondrée. Chose très inhabituelle pour l’élection d’un Landtag outre Rhin, à peine la moitié des électeurs se sont déplacés (47,2% dans le Brandebourg et 52,7% en Thuringe).

L’AfD gagne du terrain au détriment de la droite libéral (FDP), ex partenaire de Merkel aux affaires, qui disparaît des représentations des deux Länder en passant largement une nouvelle fois sous la barre des 5%. Mais elle bénéficie aussi de transferts de voix venues des autres formations. Peu affectée par le phénomène en Thuringe Die Linke l’est aussi dans le Brandebourg.

Les résultats:

BRANDEBOURG

CDU:  23% ( 19,8% en 2009)

SPD:  31,9% (33% en 2009)

Die Linke:  18,6% ( 27,2% en 2009)

Les Verts : 6,2% ( 5,7%)

FDP (libéraux): 1,5% ( 7,2%)

AfD:  12,2% (-)

THURINGE

CDU: 33,5% (31,2%)

SPD: 12,4% (18,5%)

Die Linke:  28,2% (27,4%)

Les Verts: 5,7% ( 6,2%)

FDP (libéraux)  2,5% (7,6%)

AfD: 10,6% (-)

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Déflation: la BCE saisie d’un vent de panique

Il souffle comme un vent de panique sur la Banque centrale européenne (BCE) face à la montée du péril déflationniste, cet enchaînement qui se traduit par une baisse des prix et des salaires et débouche immanquablement sur une nouvelle récession. Lors de la réunion du conseil des gouverneurs jeudi 4 septembre à Francfort qui devait en rester à un statu quo selon la plupart des observateurs, la BCE a décidé de baisser finalement une nouvelle fois son principal taux directeur le ramenant à 0,05%, après l’avoir déjà abaissé de 0,25% à 0,15% en juin.

La BCE perçoit « les risques entourant les perspectives économiques de la zone euro comme orientées à la baisse », a souligné Mario Draghi, son président. Les services de l’institut d’émission européen ont revu effectivement, une fois encore, à la baisse leurs prévisions. La croissance de la zone euro se limiterait ainsi à 0,9% en 2014. Et les anticipations concernant l’inflation ont été ramenées à 0,6% (contre 0,7% en juin) après le très mauvais chiffre de la progression des prix du mois d’août (0,3% en rythme annuel).
« La perte de dynamisme économique, a précisé Draghi, pourrait décourager l’investissement privé et des risques géopolitiques accrus pourraient avoir de nouvelles répercussions négatives sur la confiance des ménages et des entreprises». Si le ralentissement des économies de la zone euro se confirme, l’invocation de la crise ukrainienne – « les risques géopolitiques accrus » du président de la BCE – ne feront illusion pour personne quand on sait que la Russie ne représente que 3% des exportations de l’Allemagne, son principal partenaire dans la zone euro.
En fait l’économie de la zone cale parce qu’elle est étouffée par les restrictions budgétaires et les réformes structurelles, visant à diminuer les dépenses publiques et les « coûts salariaux ». Même l’Allemagne dont le « modèle » monétariste et restrictif sert de référence à Bruxelles et au conseil européen, est touchée. La croissance s’est contractée outre Rhin de 0,2% au second trimestre et les prix progressent désormais de moins de 1% en rythme annuel.
Draghi a annoncé une batterie de nouvelles mesures « non conventionnelles » pour essayer d’assouplir des conditions d’accès au crédit qui apparaissent de plus en plus difficiles, singulièrement dans les pays d’Europe du sud. Il s’agirait de programmes d’achats de titres adossés à des actifs (Asset Backed Securities, ABS) et d’achats d’obligations sécurisées qui doivent entrer en vigueur à partir du 2 octobre, à l’issue du prochain conseil des gouverneurs. Selon des sources proches du dossier, citées par l’agence reuters, ces programmes pourraient se dérouler sur trois ans et porter sur 500 milliards d’euros.
Draghi a annoncé que les décisions de la BCE avaient été prises « avec une majorité confortable ». Ce qui semble indiquer que le représentant de la Bundesbank (Buba) ne s’est pas associé aux mesures. Celles-ci sont pourtant encore très loin de remettre en question la doxa austéritaire qui asphyxie la zone euro. Les mesures annoncées visent en effet une nouvelle fois à s’aligner sur les demandes des marchés financiers et n’organisent en rien une sélectivité du crédit afin qu’il permette de financer l’emploi, la formation, les services publics ou la protection de l’environnement. Des investissements cruciaux pour les populations des sociétés européennes.

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Election en Saxe: l’Allemagne n’échappe pas à la contagion nationaliste

La percée de l’extrême droite anti-euro à l’occasion de l’élection du Land de Saxe dimanche 31 août confirme combien la dérive nationaliste et populiste qui touche une Europe ébranlée par l’application des dogmes austéritaires n’épargne pas le pays « modèle » en la matière.

Si le Parti chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel arrive avec 39,4% des voix (– 0,8 % sur le scrutin de 2009) en tête des élections de Saxe du dimanche 31 août et va pouvoir maintenir Hans Tillich, le ministre-président sortant, à la tête du Land, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), la formation d’extrême droite anti-euro, apparaît comme le véritable vainqueur du scrutin. En réalisant 9,7% des voix, le parti, créé seulement il y a seize mois, entre pour la première fois dans le parlement d’un Land. Après le succès enregistré aux européennes (8% et 7 eurodéputés), après l’élection du Bundestag en 2013 où il a flirté avec la barre qualificative des 5% (4,7%), l’AfD s’impose dans le paysage politique. Il bénéficie de l’écroulement confirmé de la droite libérale (FDP), qui échoue largement sous la barre des 5% (seulement 3% aujourd’hui contre 10% en 2009). Ce résultat, assorti d’un nouveau record d’abstention (50,8%), traduit la profondeur du malaise qui hante une société où les inégalités ont explosé, près d’un quart des salariés saxons étant soumis au régime précaire imposé par les réformes Hartz.
La montée des populo-nationalistes qui prônent la sortie de l’euro et affichent leur hostilité aux immigrés, est d’autant plus préoccupante que le Parti national (NPD), formation ouvertement néonazie, comptabilise 4,95% des voix et manque de peu son entrée au parlement régional.

Seul objet de consolation, Die Linke (18,9%) demeure la seconde force politique de ce Land d’Allemagne orientale, malgré une légère érosion (– 1,7 %), largement devant le SPD à 12,4% (+ 2 %). La disparition au parlement du FDP, partenaire de droite de la CDU dans le gouvernement sortant, devrait contraindre le ministre-président Hans Tillich à chercher à former une grande coalition avec le SPD à Dresde, comme Merkel l’a fait au plan national à Berlin.

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La grande coalition d’Angela Merkel lance son SMIC canada dry

La loi sur le salaire minimum, adoptée par le Bundestag, a la couleur et le goût du Smic mais n’est pas un Smic, tant elle est mitée par les exemptions. Syndicats, Die Linke et Verts protestent

Le gouvernement de grande coalition (CDU-SPD) d’Angela Merkel a fait ratifier jeudi 3 juillet par le Bundestag la loi qui doit instaurer en Allemagne un salaire minimum à partir du 1er janvier 2015. Son montant brut horaire sera de 8,50 euros (9,53 euros pour le Smic français). C’est la pression de l’opinion publique, très majoritairement favorable à un salaire minimum, qui a conduit la chancelière à accepter de légiférer. L’évolution en soi est remarquable. Toutefois, l’examen du contenu de la loi est très loin de correspondre au «tournant historique», proclamé illico ici ou là.

Le nouveau salaire minimum sera en effet mité d’exemptions. Les jeunes jusqu’à 18 ans en sont privés. Tout comme les chômeurs de longue durée durant une période de 6 mois après leur retour à l’emploi. Les entreprises des nombreuses branches où existent des accords tarifaires avec des minima salariaux inférieurs à 8,50 euros, pourront également se soustraire à la loi jusqu’en 2017. Et la ministre du travail, Andrea Nahles (SPD), qui a élaboré le texte, a accepté, lors d’ultimes tractations, d’élargir encore le champ des régimes sans Smic. Ainsi le coût du logement et de la nourriture pour les firmes qui emploient des travailleurs saisonniers pourra-t-il être intégré dans le salaire, et donc défalqué des généreux 8,50 euros. Quant à un éventuel coup de pouce, il n’aura lieu que tous les 2 ans. Le montant du Smic restera donc bloqué à 8,50 euros brut au moins jusqu’en 2016. À la façon d’un slogan publicitaire resté célèbre, ce nouveau salaire minimum a la couleur du Smic, le goût du Smic mais n’est pas un Smic.

Mais la bataille enclenchée promet de se poursuivre. Dénonçant les exemptions comme contraires au «principe d’égalité de traitement des citoyens», le coprésident de Die Linke, Bernd Riexinger, a porté l’affaire devant la Cour constitutionnelle. La confédération syndicale (DGB) dénonce des mesures «discriminatoires». Les Verts, d’abord favorables au projet du pouvoir, s’insurgent désormais contre «un texte gruyère». Et les députés de Die Linke ont promis solennellement d’agir «jusqu’à l’instauration d’un Smic digne de ce nom».

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