Les racines pangermanistes assumées de l’ultra-droite autrichienne

 

Heinz-Christian Strache, son chef, comme les cadres les plus influents du parti libéral  (FPÖ, extrême droite) , sont quasiment tous passés par l’école de corporations étudiantes dévouées à une culture nationaliste grand-allemande.

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Page officielle de la corporation (Buschenschaft) viennoise, Olympia.

L’ultra droite autrichienne possède des racines pangermanistes, voire nazies, qu’elle n’a jamais vraiment reniées. Simplement, ses dirigeants sont passés maîtres dans l’art d’en user, tout en les camouflant, pour mieux banaliser la formation. Le Parti libéral (FPÖ) ne s’est pas « recentré » avec le temps comme ont pu le faire d’autres formations européennes plongeant leurs racines dans la mouvance brune. Il s’est, à l’inverse, plutôt « durci » après le décès de Jörg Haider, ce tribun lisse et bronzé si unanimement rejeté jadis par toute l’Europe et qui amena, déjà, le FPÖ, à participer aux affaires avec les conservateurs de l’ÖVP au début des années 2000. Son successeur, Heinz-Christian Strache, a pris la relève en radicalisant les positions du parti : de ses engagements libéraux à sa haine des migrants, sans jamais se départir de ses principes nationaux-allemands fondamentaux.

Les corporations étudiantes (Burschenschaften), qui sont des lieux de diffusion de la culture pangermaniste, constituent la véritable pépinière du parti. Dans ces endroits secrets, hérités du monde médiéval, une élite mâle et « biologiquement pure » devait faire montre de courage et de capacité à diriger en défendant son honneur dans d’épiques combats à l’épée, dont les traces balafrées étaient arborées comme autant de signes de gloire. Nombre de cadres du FPÖ sont passés par là et affichent toujours des liens avec cet univers brun.

Parmi le staff chargé par le FPÖ de conduire les longues négociations qui ont débouché sur l’accord de coalition avec l’ÖVP de Sebastian Kurz, près de la moitié (34 sur 71) appartient à de telles corporations nationales-allemandes, selon une enquête menée par le magazine autrichien Profil.

Axel Kassegger, l’un des chefs négociateurs du FPÖ, a participé à l’été 2015 à une réunion de « camarades » qu’il a conclue d’un vibrant : « Heil Deutsche Burschenschaften ! » (Vivent les corporations allemandes !). Autre poids lourd du FPÖ, le député Wolfgang Zanger, affirma, il y a une dizaine d’années, face caméra de l’ORF, la télévision publique autrichienne : « Il y a eu de bons côtés au national-socialisme. Seulement, on ne les entend plus aujourd’hui. » Zanger négociait l’accord gouvernemental ÖVP/FPÖ au sein du sous-groupe « administration et constitution. »

Le chef, Heinz-Chritian Strache, est lui-même un familier de ce milieu. S’il n’a pas été à l’université, il a fréquenté assidûment, au milieu des années 1980, une Schülerverbindung, association corporatiste lycéenne, baptisée Vandalia. Il a, quelque temps plus tard, pris sous son aile un jeune et nouvel adepte comme « garde du corps », selon le jargon de société secrète propre à ces organisations. Et il se déplaça jadis pour tenir un discours célébrant « les héros » à un rassemblement national des corporations étudiantes.

Norbert Nemeth, dirigeant du groupe parlementaire du FPÖ, qui figurait également dans l’équipe des chefs-négociateurs du contrat de coalition avec l’ÖVP, a fait ses classes au sein de la corporation Olympia (notre photo). Lui qui critiqua, jadis, ouvertement, les lois de la République autrichienne sanctionnant la banalisation et la négation de l’Holocauste écrit toujours régulièrement dans Die Aula, sorte d’organe théorique de l’extrême droite corporatiste dans lequel les messages identitaires, la xénophobie, l’antisémisme, le revanchisme et la théorie du complot tiennent une place de plus en plus importante.

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Le glyphosate empoisonne la crise politique allemande

La décision de faire pencher la balance européenne en faveur de l’herbicide nourrit la défiance entre CDU et SPD  alors que la tentative de rafistolage d’une  nouvelle grande coalition – ultime carte d’Angela Merkel pour former un gouvernement après l’échec des négociations entre CDU, libéraux et verts -démarre ce jeudi 30 novembre, sous l’égide du président de la république fédérale ( in l’humanité du 29.11.2017). 

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Monsanto et les lobbies de l’agro-industrie respirent après le revirement surprise du Conseil européen, qui a décidé de réautoriser pour cinq ans le glyphosate. La décision de ce lundi 27 novembre a pu être prise à une majorité qualifiée – jusque-là introuvable tant le fameux désherbant se heurtait à des oppositions ou des réticences manifestes au sein de l’instance exécutive de l’UE. En votant pour alors qu’il s’abstenait dans les précédentes réunions au sommet des ministres de l’Agriculture, Berlin est le principal responsable de l’évolution du rapport de forces. Il permet une prolongation in extremis du produit, dont la licence dans l’UE expirait dans moins de trois semaines.

Bayer, le géant de l’industrie chimique allemande, est le grand bénéficiaire de ce tour de force. Le groupe, champion du monde de la fabrication des pesticides, doit finaliser en effet d’ici janvier prochain la prise de contrôle de Monsanto, champion du monde des semences. Ce qui donnerait lieu à l’émergence d’un titan mondial qui dominerait tous les marchés de l’agrochimie. Le gouvernement allemand a-t-il agi sous influence ? La polémique enfle outre-Rhin, où plusieurs enquêtes accablantes viennent de révéler une extrême porosité entre le grand patronat et le gouvernement de grande coalition. Et l’affaire pèse, au plus mauvais moment, sur la crise politique née de la difficulté d’Angela Merkel à former un nouveau gouvernement, plus de deux mois après l’élection du Bundestag, à la suite de l’échec des négociations entre CDU, Verts et libéraux (FDP).

Le ministre de l’Agriculture dit avoir agit de sa propre initiative

La ministre en exercice de l’Environnement, Barbara Hendricks (SPD), s’insurge en effet de ne pas « avoir été informée » par son collègue de l’Agriculture, Christian Schmidt (CSU), sur une décision « aussi lourde de conséquences ». Elle reste, elle, opposée à une ré-autorisation du glyphosate, arguant du principe de précaution après que plusieurs études ont révélé le caractère « potentiellement cancérigène » de l’herbicide. Le conservateur bavarois plaide avoir donné son feu vert en échange de « garanties réglementaires » sur l’utilisation du produit. « J’ai agi de ma propre initiative » sans en référer en haut lieu, expliquait-il sans rire, ce mardi  29 novembre, en indiquant qu’un avis de la chancellerie sur le sujet ne lui semblait « pas indispensable ».

Aussi peu convaincant et redoutable qu’il puisse paraître, cet aveu est s’apparente d’évidence à un douteux arrangement destiné à sauver les apparences pour Angela Merkel en lui permettant de conserver, vaille que vaille, un minimum de crédibilité dirigeante à la veille de l’entame, demain, de discussions de la dernière chance entre la CDU et le SPD. Sous l’égide du président de la République, Frank-Walter Steinmeier, il s’agit de tenter de reconduire une grande coalition et d’éviter une élection anticipée qui pourrait prolonger pendant de longs mois la période d’incertitude sans véritable gouvernement.

Nombre de dirigeants du SPD s’indignent. La chancelière n’aurait pas « ses propres gens sous contrôle », a fait mine de s’alarmer la numéro deux du parti et présidente du groupe social-démocrate au Bundestag, Andrea Nahles. Elle dénonce une décision qui constitue « une rupture de confiance » au sein du gouvernement. Puis, interrogée sur les conséquences d’une telle attitude sur les pourparlers à venir entre les deux partis, elle déplore : « Nous considérons cela comme un très lourd fardeau. » Avant de souhaiter que l’on quitte dans les discussions à venir « cette ligne qui est un appel au crash ».

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Crise politique majeure à Berlin, au cœur du modèle ordo-libéral européen

 

L’échec des négociations entre chrétiens-démocrates, libéraux et Verts trahit la profondeur du malaise au sein de toute une société et rend le passage par des élections anticipées au début de l’année prochaine quasi imparable ( in l’humanité du 21.11.2017).

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Au milieu de l’été dernier, elle était encore présentée comme une chancelière indéboulonnable, à la tête d’un pays dont la stabilité et les structures ordo-libérales faisaient forcément référence pour l’Europe tout entière. Cette légende a définitivement éclaté dans la nuit de dimanche à lundi après l’échec des négociations pour la formation d’un gouvernement entre chrétiens-démocrates (CDU), chrétiens-sociaux bavarois (CSU), libéraux (FDP) et Verts.

Les signes annonciateurs de la gravité de la crise étaient déjà perceptibles au lendemain de l’élection du Bundestag il y a deux mois (voir l’Humanité du 25 septembre). Les deux partis de la grande coalition gouvernementale sortante affichaient, l’un et l’autre, des plus-bas historiques. La CDU d’Angela Merkel arrivait certes toujours en tête (32,9 %), mais plongeait de plus de 8 points. Son partenaire social-démocrate était encore plus sévèrement sanctionné. Il franchissait tout juste la barre des 20 % et perdait 5 points. Les deux partis qui comptabilisaient ensemble, il y a peu de temps encore, plus de 75 % des voix sur l’échiquier politique du pays, ne dépassent plus ensemble que de quelques points la majorité absolue des élus du Bundestag. Mesurant l’ampleur du désastre, le SPD de Martin Schulz proclamait aussitôt que les électeurs avaient « voté contre la grande coalition » et que son parti en tirait les conséquences en se retirant dans l’opposition.

Une alternative impraticable

Il ne restait donc plus qu’une seule option à la chancelière sortante pour former un gouvernement Merkel IV : la constitution d’une coalition dite Jamaïque, inédite au plan national, associant les couleurs emblématiques de la CDU (noir), du FDP (jaune) et des Verts, identiques à celle de la République caribéenne. Cette alternative vient de se révéler impraticable en dépit de jours et de nuits de discussions exploratoires. Le jeune et ambitieux dirigeant du FDP, Christian Lindner, a pris l’initiative d’interrompre brutalement la recherche fébrile d’un compromis. Il est apparu devant les caméras peu avant minuit, dimanche, pour décréter laconiquement qu’il valait mieux « ne pas gouverner que de mal gouverner ». Au cœur du clash, trois principales pommes de discorde : l’immigration, l’environnement et l’énergie.

Un retour du droit des réfugiés au regroupement familial après son abandon, il y a quelques mois, par le gouvernement de grande coalition (CDU-SPD) sortant, était réclamé par les Verts. Mais la CSU bavaroise et puis, dans le dernier round de négociations, semble-t-il, surtout le FDP ont placé la barre si haut que tout compromis est apparu inaccessible. Un blocage identique s’est produit sur la question du climat et du nombre de centrales à charbon qu’il faudrait fermer pour que l’Allemagne, qui voit progresser sensiblement de nouveau ses émissions de gaz à effet de serre, puisse respecter les engagements pris à la COP21.

De terribles contradictions

Cette dispute débordait largement sur les enjeux énergétiques alors que l’Allemagne, qui aura abandonné définitivement le nucléaire en 2021, se trouve confrontée à de terribles contradictions : pour relayer l’éolien et le solaire dans les périodes peu venteuses ou ensoleillées, le pays a besoin en effet d’un solide socle de centrales classiques (afin d’éviter tout potentiel black-out). Les Verts revendiquent l’arrêt d’au moins dix centrales « carbonées » et leur remplacement par des unités au gaz plus coûteuses. Quand le lignite et le charbon (près de 50 % de la production d’électricité aujourd’hui) apparaissent toujours incontournables à Angela Merkel comme au FDP pour rester compétitifs sur un marché de l’électricité libéralisé.

Sur d’autres dossiers, un large consensus s’était pourtant fait jour. Ainsi, les trois partis s’étaient-ils exprimés en faveur d’une restriction des dépenses publiques en s’accordant sur le « strict respect de l’équilibre budgétaire ». Même « harmonie » revendiquée sur la poursuite du processus de réformes libérales, engagées depuis le début de la dernière décennie par l’ex-chancelier Schröder. Encouragés par ces consensus, les promoteurs de l’alliance Jamaïque s’appuyaient également sur des expériences gouvernementales au niveau des Länder. Les trois partis n’avaient-ils pas su trouver, relevaient-ils, des compromis pour s’associer aux affaires, comme dans le Bade Wurtemberg (Verts-CDU) ou dans le Schleswig-Holstein (CDU-FDP-Verts) ?

L’échec de l’alliance tient donc moins à un défaut de bonne volonté qu’à la profondeur du malaise engendré par les ordonnances libérales : l’explosion de la précarité, du nombre de travailleurs pauvres et des inégalités, dans une société qui apparaît de plus en plus cloisonnée, « l’ascenseur social » de feu le système rhénan souffrant de pannes récurrentes. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’Allemagne est ainsi rattrapée, après ses partenaires européens, par une formidable crise de confiance : les « grands » partis politiques sont discrédités, les excroissances nationalistes se développent.

Les ultras de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) sont entrés en force dans le Bundestag avec quelque 94 députés en surfant sur ce malaise. C’est dans les zones les plus touchées par la mal-vie que leur parti réalise ses meilleurs scores sur un credo national-libéral combinant la vindicte xénophobe et l’exigence de sortie de l’euro afin de combattre l’avènement d’une « union de transfert » (traduisez : de toute solidarité au sein de l’Union européenne) (voir ci contre).

L’AfD pourrait sortir encore renforcée d’un scrutin anticipé au début de 2018 selon le scénario qui apparaît désormais le plus probable. Les négociateurs du FDP, qui ont joué d’évidence la surenchère sur les restrictions à l’immigration, semblent, eux, déjà en campagne, sans doute persuadés que cette carte populiste pourrait leur permettre de retrouver la dynamique de leur bon résultat de septembre (11 %) dans une nouvelle élection. À la différence des Verts dont la position semble plus inconfortable. Mais surtout d’une Angela Merkel qui sort un peu plus affaiblie de ces négociations marathon alors qu’elle enregistrait déjà une nette chute de popularité dans l’opinion. Ce qui n’a toutefois pas empêché le bureau national de la CDU de lui renouveler sa confiance lundi 20 novembre.

En attendant, le jeu est entre les mains du président de la République, Frank-Walter Steinmeier (SPD), qui a le pouvoir de convoquer de nouvelles élections. Il a lancé un processus de consultation des partis. Certes il les a exhortés encore à faire preuve « de responsabilité avec le mandat que leur ont confié les électeurs » en septembre. Mais on voit mal comment il pourrait parvenir à piloter une conciliation miracle pour former un gouvernement à la dernière minute. D’autant que Martin Schulz, le chef du SPD, s’est montré intraitable : « Nous n’entrerons pas dans une grande coalition », a-t-il déclaré. Et d’ajouter que de nouvelles élections seraient « la bonne voie » tout en laissant ouverte la réponse à la question de son éventuelle reconduction comme chef de file du SPD lors de ce scrutin. Katja Kipping, coprésidente de Die Linke, s’est prononcée, elle aussi, pour un scrutin anticipé, « seule voie démocratiquement praticable ». Il sera, a-t-elle précisé, le moyen de « montrer que le système Merkel n’est pas capable de rassembler une majorité ».

 

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Siemens enclenche la machine à broyer l’emploi

La direction du géant allemand a annoncé jeudi 16 novembre un plan de restructurations avec à la clé la suppression de près de 7 000 emplois. La nouvelle devrait résonner comme une alerte chez Alstom qui vient de passer sous sa coupe.

Siemens

Joe Kaeser, le très austère patron du groupe allemand Siemens, ne fait jamais dans la demi-mesure. Il entend achever la mutation du groupe qui fut le fleuron de feu le capitalisme rhénan en une machine à profit au rayonnement mondial privilégiant les rendements pour les actionnaires et les financiers. Ainsi a-t-il annoncé ce jeudi 16 novembre un vaste plan de restructuration qui devrait toucher principalement son secteur énergétique. Près de 7 000 suppressions d’emplois, pour la plupart en Allemagne sont à la clé. « Nous devons nous attaquer aux difficultés structurelles de certaines activités», a martelé Kaeser. Les secteurs «énergie» des turbines à gaz et des éoliennes sont visés mais aussi celui des locomotives qui appartient à sa branche transport. Cette restructuration fait planer une menace sur les trains d’Alstom sur lequel Siemens vient précisément de mettre la main avec la complicité du gouvernement d’Emmanuel Macron.

Les bourses de la planète ont aussitôt salué l’évènement

Et pourtant les résultats de Siemens sont dans le vert. Les communicants du groupe de Munich se répandent sur « une année record » : un bénéfice net de 6,2 milliards d’euros pour l’exercice 2016/2017, en hausse de 11 % sur un an, et 83 milliards de chiffre d’affaire. Insuffisant pour satisfaire les appétits du marché financier. Kaeser est donc passé à l’action soignant, au passage, une réputation, déjà largement honorée, d’impitoyable chasseur de coûts salariaux. Les bourses de la planète ont aussitôt salué l’évènement, le titre Siemens bondissant sur toutes les places. Le géant germanique avait déjà fait part début novembre de la suppression de 6 000 emplois au sein de sa filiale Siemens-Gamesa, numéro un mondial de l’énergie éolienne, en raison d’une baisse des ventes, provoquée par les redoutables dysfonctionnements du programme dit de transition énergétique germanique. Sur la liste des sites menacés se trouverait la fameuse usine de Berlin où est né le groupe, il y a un siècle, la « Dynamowerk ». Quelques 11 000 salariés travaillent encore aujourd’hui dans cette grande bâtisse de briques rouges. D’autres usines sont menacées, essentiellement à l’Est du pays, région déjà sinistrée par la désindustrialisation qui a suivi la réunification au début des années 1990.

Le caractère « irresponsable » du plan Kaeser

Brigitte Zyppries, la ministre de l’économie (SPD) du gouvernement de grande coalition qui gère les affaires courantes, avant l’hypothétique avènement d’un gouvernement de coalition entre chrétiens démocrates, libéraux et verts, ne cache pas son inquiétude. Dans une lettre au patron de Siemens, elle alerte sur les suites de cette brutale restructuration. « Elle peut nourrir, dit-elle, le mécontentement et les doutes qui favorisent les développements politiques auxquels on a assisté aux législatives.» Traduisez : la percée du parti d’extrême droite, Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui a réalisé des scores très importants dans les zones où se sont répandues le plus de souffrances sociales et a fait une entrée fracassante avec 94 députés dans le nouveau Bundestag.

Le syndicat IG Metall relève, pour sa part, le caractère « irresponsable » du plan Kaeser. Le syndicat s’est dit prêt à lancer un « combat de grande ampleur pour la sauvegarde des sites et de l’emploi ». Avec force manifestations devant les sites menacés et le recours à « des moyens de résistance créatifs » comme par exemple « le refus d’effectuer des heures supplémentaires ».

 

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IG Metall veut un droit à la semaine de 28 heures

Le syndicat de la métallurgie négocie les accords de branche 2018. Il revendique 6 % de hausse de salaires et une réduction optionnelle du temps de travail.

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« Autodéterminé le temps de travail entre la vie professionnelle et la vie privée » revendiquent les syndicalistes d’IG Metall

 

L’automne social s’annonce chaud outre-Rhin. Le syndicat de la métallurgie (IG Metall) se lance dans les négociations sur les accords tarifaires de branche (l’équivalent de nos conventions collectives) en revendiquant une hausse de 6 % des rémunérations et un droit à une réduction provisoire du temps de travail pour les salariés qui le désirent. L’opération ne vise rien moins qu’une appropriation de la flexibilité par les travailleurs. Le syndicat veut que l’initiative du recours à cet instrument chéri du patronat soit retournée en leur faveur. « Les travailleurs, souligne Jörg Hofmann, le président d’IG Metall, entendent autodéterminer leur temps de travail et non plus le subir comme une contrainte extérieure. »

le bras de fer s’annonce extrêmement rude

Le syndicat veut introduire un droit pour tous les salariés de la branche (plus de 3 millions de personnes) à opter « pendant une période allant jusqu’à deux ans pour une réduction de la semaine de travail à 28 heures ». Ceux qui choisiraient cette option perdraient autant de salaire que d’heures non travaillées. Mais les salariés ayant des enfants ou des proches parents à charge ou étant confronté&s à des conditions de travail pénibles, comme par exemple un fonctionnement en trois-huit avec horaires réguliers de nuit, les salariés obtiendraient, selon les revendications syndicales, une prime allant de 750 à 2 400 euros par an pour compenser la perte de revenu.

IG Metall confirme une nouvelle fois avec 6% de hausse des rémunérations revendiquées cette année, la fin de la « modération salariale sur laquelle les syndicats se sont alignés jusqu’au milieu des années 2010. Et avec la revendication de la semaine de 28 heures il revendique une « adaptabilité du travail avec la vie familiale » qui est d’évidence destinée à reconquérir des positions perdues, ces dernières années, sous les effets des contre-réformes du marché du travail. Celles ci ont fait exploser le nombre d’intérimaires, de contrats précaires et de travailleurs à temps partiel relégués massivement hors des accords tarifaires (conventions collectives). Le faible niveau du chômage et le manque de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur ont créé une situation plus favorable. Et IG Metall entend bien s’en saisir pour enrayer le phénomène massif de précarisation des salariés.

L’accord de branche qu’il négocie inclut un droit au retour aux 35 heures réglementaires pour les salariés ayant opté pour la réduction de leur temps de travail. Cela créerait un précédent puisque jusqu’alors la partie patronale s’oppose farouchement à tout passage du temps partiel vers le temps plein. Sous couvert qu’il porterait atteinte à la flexibilité. L’adoption d’un tel dispositif pourrait non seulement enrayer le phénomène de fuite hors des conventions collectives mais il devrait constituer un outil, relèvent les syndicalistes, permettant peu à peu d’ouvrir la voie à un processus de (ré)intégration des salariés précaires dans leur champ. Soit un objectif devenu central pour des syndicats affaiblis par les déréglementations anti-sociales impulsées depuis l’époque de l’ex-chancelier Schröder.

Signe de l’acuité de l’enjeu, le bras de fer s’annonce extrêmement rude avec le patronat de la métallurgie. Leur organisation menace de quitter massivement les organismes de négociation de branche ou de délocaliser la production à l’étranger. « Qui doit faire le boulot, si le temps de travail est encore réduit? », hurle le chef de Gesamtmetall ( patronat de la métallurgie), qui s’étrangle : « Plus d’argent pour ne rien faire, cela se fera sans nous. »

Mais les revendications d’IG Metall rencontrent un écho très favorable parmi les plus jeunes salariés, contraints souvent à subir la précarité d’un temps partiel pour s’occuper de leurs enfants en bas âge ou veiller sur des parents âgés. D’autant que les familles subissent de plus en plus fortement le manque endémique d’investissements du pays dans les personnels soignants ou d’encadrement de la petite enfance. Frank Sell, l’un des négociateurs d’IG Metall à Stuttgart, estime le temps venu d’une nouvelle ère pour, dit-il, jouant avec les mots, « plus de liberté (Freiheit) pour le temps libre (Freizeit) ».

 

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Pourquoi cette tache brune sur le Bundestag?

Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, analyse dans notre interview un phénomène inédit depuis la création de la République Fédérale : les nationalistes de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) siègent en nombre…
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Lindner, en pôle position pour le ministère des finances allemand, ne lâche rien à Macron sur le « budget européen. »

CL_Leben-geniessen-1Christian Lindner, le chef de file et potentiel ministre des finances allemand, aime à se présenter comme un amooureux de la vie et du sport automobile.

 

Réputé hostile au projet européen d’Emmanuel Macron, le chef de file du parti libéral allemand (FDP), Christian Lindner n’en a pas moins évoqué, dans une interview accordée à Bild am Sonntag, les contours du «compromis» qu’il pourrait être amené à négocier lui même avec Paris. Celui qui, après la désignation de Wolfgang Schäuble comme futur président du Bundestag, fait figure de grand favori au poste de futur ministre des finances d’une toujours très hypothétique coalition entre la CDU d’Angela Merkel, le FDP et les Verts invoque des convergences sur la hausse des dépenses militaires, la surveillance des frontières, le droit d’asile, l’énergie et le numérique.

De quoi mettre en avant « non pas des lignes rouges » mais « nos horizons communs ,» a diplomatiquement argumenté Lindner en qualifiant la présence de Macron à l’Elysée de « coup de chance » (Glücksfall).

Le propos, devenu « tombé du ciel » en vertu d’une traduction probablement jupitérienne, a déclenché l’enthousiasme d’éditorialistes de l’hexagone, prompts à y voir l’avènement d’un «couple franco-allemand» plus harmonieux, voire carrément inspiré par Paris. On ne saurait mieux prendre ses désirs pour la réalité . Car la marche commune qu’envisage le potentiel ministre des finances de Berlin doit, relève-t-il explicitement, exclure tout «pot redistributif au sein de la zone euro ». Autrement dit: Lindner reste bien droit dans ses bottes monétaristes confirmant très explicitement son retentissant Nein à un éventuel budget de la zone euro défendu par Macron

 

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Pourquoi Berlin n’est pas prêt de céder aux incantations de Macron

merkel-1-400x267En difficulté pour former un gouvernement, Angela Merkel subit la pression des nationalistes comme elle est tributaire de forces monétaristes qui rejettent la moindre ébauche de solidarité européenne qualifiée d’« Union de transfert ».

Après le tremblement de terre politique qu’a constitué l’élection du Bundestag, Angela Merkel ne sera pas un partenaire facile pour Emmanuel Macron. Même dans l’hypothèse où elle trouve d’ici quelques semaines les moyens de former un gouvernement avec les libéraux (FDP) et les Verts, pour se hisser à nouveau dans le fauteuil de chancelière.

Parmi les propositions européennes formulées mardi soir par le président français, seule celle d’installer un superministre des Finances à la tête de la zone euro pourrait donner lieu à un éventuel compromis avec Berlin. Mais pas franchement dans le sens de l’ébauche d’une solidarité budgétaire entre États membres, vendue par le Français. Wolfgang Schäuble, l’actuel ministre des Finances allemand, fut en effet le premier à envisager une telle architecture pour « coiffer » son propre projet d’«Europe à plusieurs vitesses ». Moyennant quoi son super-ministre à lui se verrait surtout doté de pouvoirs coercitifs pour faire respecter par chacun la lettre des normes restrictives européennes, depuis celles définies par Maastricht et le pacte de stabilité jusqu’à la règle d’or (0,3 % de déficit structurel) du traité budgétaire adoptée en 2012. Tout au mieux le grand argentier allemand se dit-il prêt à assouplir les normes quand surgissent dans tel ou tel pays de grosses difficultés. Mais, à chaque fois, sous condition pour le bénéficiaire de cette « faveur » de s’engager dans des « réformes structurelles ». Entendez, comme en Grèce, des coupes à la hache dans ses dépenses publiques et sociales.

Et s’il n’est pas certain que Schäuble garde les manettes des finances, son successeur pourrait faire preuve d’une intransigeance plus forte encore quant au respect des dogmes ordo-libéraux, devenus référence européenne. Le parti libéral, seule formation à pouvoir prétendre briguer le poste, annonce qu’il est déterminé à appliquer une ligne Schäuble… XXL.

LOGIQUE MONÉTARISTE

Réagissant aux propositions Macron, son chef de file, Christian Lindner, a prévenu : « Un budget de la zone euro où l’argent atterrirait en France pour les dépenses publiques ou en Italie pour réparer les erreurs de Berlusconi représenterait une ligne rouge pour nous. »

Cette opposition catégorique du FDP à toute « Union de transfert » (rejetant la moindre péréquation vers les pays les plus pauvres), est au centre d’une formidable controverse au sein de la classe dirigeante allemande qui a débouché, il y a quatre ans, sur l’émergence d’une dissidence à l’origine de la création du parti nationaliste (AfD), celui-là même qui vient de faire une entrée en force dans le Bundestag, et dont le projet traduit, en fait, une ultime gradation de logiques monétaristes restrictives vers le national-libéralisme.

La CSU, l’aile très conservatrice du parti de la chancelière, qui a subi en Bavière d’importantes pertes au profit de l’AfD, n’est guère encline à faire la moindre concession sur son « flan droit », surtout pas sur le cadre européen. Les Grünen, les seuls à afficher quelques bienveillances macroniennes, apparaissent aussi isolés sur ce dossier qu’ils sont la plus petite force d’une éventuelle coalition gouvernementale. Quant au scénario d’un blocage sans appel des négociations qui conduirait à des élections anticipées, il est clair qu’il contribuerait à un raidissement « national » encore plus fort de la chancelière. Ce qui ramène les propositions européennes d’Emmanuel Macron à leur état brut : celui d’incantations.

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Allemagne : les lourds paradoxes d’un scrutin joué d’avance

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Un modèle allemand…d’imposture verte

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Des révélations sur l’entente des constructeurs automobiles pour mettre au point de vrais-faux moteurs diesels propres secouent la campagne de l’élection du Bundestag.

Le dieselgate n’en finit plus de rebondir outre-Rhin. Il y a deux ans, la direction de Volkswagen était prise en flagrant délit de faussaire masquant sciemment le niveau réel élevé, prohibé, des émissions polluantes de ses véhicules. Démasquée par un organisme états-unien de protection de l’environnement, elle devait reconnaître avoir installé sur ses moteurs diesels des logiciels truqueurs. Lesquels affichaient un respect impeccable des normes environnementales. Mais uniquement lors des contrôles initiaux d’homologation de ses berlines. Les rejets empoisonnés pour la qualité de l’air ou (et) facteurs de réchauffement climatique explosaient ensuite toutes les limites. L’affaire vient de prendre, cet été, une dimension encore plus redoutable, à la suite de révélations sur l’existence d’une vaste entente entre les cinq grands constructeurs, Volkswagen, Porsche, Audi, BMW et Daimler-Benz. Un cartel classique. Sauf qu’une part essentielle de son activité clandestine a été investie dans les techniques installées sur les moteurs diesels. Et celles-ci ont permis aux constructeurs de frauder ensemble les seuils environnementaux légaux et de pouvoir jouer d’un marketing « vert » tout en… polluant sans entrave.

Le scandale est d’autant plus retentissant qu’il émane de documents fournis en 2016 par deux des constructeurs, VW et Daimler, à l’Office allemand de lutte contre les cartels et à un organisme de contrôle européen selon une procédure d’« autodénonciation ». Laquelle présente l’avantage pour les groupes incriminés qui se savaient déjà objets d’enquêtes officielles d’échapper à des amendes très lourdes en cas de condamnation. Dans ces dossiers qu’est parvenu à se procurer le magazine Der Spiegel (1), on découvre comment dès 2006 le « cercle des 5 », comme il se qualifiait lui-même dans ses échanges secrets, avait mis au point un logiciel permettant de limiter la consommation du liquide adBlue, censé contrer par catalyse les émissions très toxiques d’oxydes d’azote (NOx).

L’installation de gros réservoirs du précieux liquide, indispensable à un fonctionnement vraiment efficace, est jugée incompatible avec les objectifs de profits des cinq stars automobiles d’un capitalisme rhénan en pleine mutation. Le surcoût est évalué à plus de 1 500 euros par véhicule. Rédhibitoire. Le cercle des 5 met l’équipementier Bosch dans la boucle et parvient, grâce aux dernières avancées de la technologie numérique, à l’élaboration d’un dosage adBlue qui autorise le maintien de petits réservoirs en conformité avec les attentes des stratèges financiers : le liquide n’est injecté en quantité suffisante dans le moteur qu’au moment du contrôle initial. Sinon le dispositif fonctionne au minimum et donc au maximum pour les émissions empoisonnées.

L’affaire prend ainsi une dimension systémique. La tromperie concerne la quasi-totalité des berlines à moteur diesels produites depuis dix ans en Allemagne et donc… les consommateurs qui pensaient avoir acheté un véhicule « propre ». Diverses procédures judiciaires sont engagées par des associations de protection de l’environnement ou d’automobilistes blousés. Des collectivités menacent d’interdire le diesel sur leur territoire. Et l’addition s’annonce salée pour un secteur qui recense près d’un million de salariés. Les syndicats dénoncent « l’irresponsabilité et l’absence de transparence » des managers.

L’élection du Bundestag le 24 septembre prochain se profile et l’avenir de l’industrie automobile fait irruption dans le débat. Les autorités mettent en exergue un « sommet du diesel ». Il est convoqué début août. Mais il va accoucher d’une souris. Les constructeurs s’engagent à une simple « mise à niveau » des logiciels incriminés sur un peu plus de 5 millions de véhicules. Soit un traitement minimaliste, déjà engagé en Allemagne et en Europe par VW. De quoi limiter les coûts pour les groupes et leurs actionnaires. Sans vraiment régler les défis lourds que font surgir les émissions trop fortes de CO2 ou de gaz toxiques pour la santé et l’avenir de l’espèce humaine.

Les deux partis, associés au gouvernement au sein de la grande coalition, sont sur la défensive. Ils font programmer, à la hâte, un autre sommet du diesel en novembre. Après le scrutin. Leur embarras trahit cependant des compromissions accablantes. Pour la CDU d’Angela Merkel comme pour le SPD de son challenger, Martin Schulz. Les hommes du patronat de l’automobile occupent des postes clés au gouvernement avant de « pantoufler » au sommet de la hiérarchie des firmes. Et inversement. Ainsi Matthias Wissmann, très proche de la chancelière, ex-ministre des Transports, est-il aujourd’hui président de l’Union de l’industrie automobile (VDA) ; ainsi Sigmar Gabriel, le vice-chancelier SPD, ministre des Affaires étrangères, fut-il membre du conseil de surveillance de VW.

Le scandale jette une lumière crue sur un mode de gouvernance où les politiques valent par leur pragmatisme à faire valider une ligne définie en fait par des « experts » du patronat. Le philosophe Jürgen Habermas s’en inquiétait dès 2011 en accusant la chancelière de vouloir faire entrer son pays et l’Europe dans une ère « postdémocratique » (2). Le dieselgate vient confirmer l’imposture écologique d’un « modèle allemand » déjà accro par ailleurs au lignite et au charbon.

(1) Der Spiegel du 22 juillet 2017.

(2) Zur Verfassung Europas (De l’état de l’Europe), Jürgen Habermas, Suhrkamp Verlag, 2011.

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