L’AfD ( l’ultra droite allemande) prospère sur la précarisation induite par les réformes antisociales initiées par Gerhard Schröder

Dans cette vidéo Henriette Quade,  jeune Députée de Die Linke au parlement du Land de Saxe /Anhalt, est interviewée à la fête de l’humanité où elle est venue témoigner du combat qu’elle mène, en première ligne, contre une extrême droite qui a fait irruption sur la scène politique allemande. Elle évoque les raisons profondes de l’émergence de l’AfD qui ramène son pays dans une sinistre norme européenne. Elle pointe l’urgence du combat anti-nationaliste, « un défi européen » majeur et fait part de ses propositions pour contrer cette menace.  

Réalisation : Abrahim Saravaki

Publié dans Allemagne, Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

Les nationalistes allemands tissent leur toile

afdLe nouveau succès de l’extrême droite, qui devance la CDU de la chancelière dans le Mecklembourg/Poméranie, s’est construit sur la xénophobie, comme moyen de récupérer un profond malaise politique et social.

Décidément l’Allemagne n’échappe plus à la dérive nationaliste qui touche une grande partie de l’Europe. C’est le premier enseignement de l’élection du dimanche 4 septembre dans le Land de Mecklembourg-Poméranie au nord-est du pays. En réalisant près de 21 % des voix l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, extrême droite) arrive en seconde position et confirme les percées réalisées au printemps dernier lors de trois autres scrutins régionaux ( Bade Wurtemberg, Rhénanie Palatinat et Saxe-Anhalt). Les nationalistes ont progressé au détriment de toutes les autres formations et ils se payent même le luxe d’infliger un camouflet à la chancelière, Angela Merkel, en devançant son parti chrétien-démocrate (CDU), crédité du score le plus faible de son histoire dans le Land (19 %). Quant au SPD du ministre-président sortant, Erwin Sellering, s’il reste largement en tête (30,6 %), il subit lui aussi une très forte érosion.

La CSU bavaroise n’a pas tardé à reprendre ses critiques acerbes de la politique migratoire de la chancelière, réclamant un durcissement des mesures déjà engagées pour « plafonner » le nombre de demandeurs d’asile. Sur la défensive, Merkel avait elle-même martelé, à la veille du scrutin, devant le groupe parlementaire CDU : « La chose la plus importante dans les mois à venir, c’est l’expulsion (des migrants – NDLR), l’expulsion et encore une fois l’expulsion. » Mais la caractéristique de ces surenchères rhétoriques c’est qu’elles profitent bien davantage à « l’original qu’à la copie », selon l’observation malicieuse de Frauke Petry, la présidente de l’AfD, réjouie que les thèmes ouvertement xénophobes cultivés par sa formation soient devenus « le centre du débat politique ».

L’AfD, lancée – il y a seulement 3 ans – par d’anciens membres de l’aile droite de la CDU et quelques sommités du monde patronal, joue à plein de l’immense malaise social qui taraude le pays pour faire des migrants des boucs émissaires, coupables de vouloir « piller l’État-providence » ou même « imposer leur mode de vie ». Les véritables problèmes de fond – ceux qui ont précipité une partie importante de la population allemande dans les difficultés, voire la pauvreté – sont ainsi occultés. Marcel Fratzscher, chef économiste du DIW de Berlin, l’un des plus grands instituts de conjoncture du pays, dissèque dans son dernier livre (1). les raisons pour lesquelles « l’Allemagne devient toujours plus inégalitaire » et alerte des « conséquences inéluctables » pour la santé de l’économie et de la société.

La machine à fabriquer de la précarité fait des ravages. Lancée par le chancelier Schröder, elle reste pourtant l’objet de toutes les attentions de la chancelière, qui ne manque pas une occasion d’en recommander fermement l’usage aux « partenaires européens » afin qu’ils « gagnent en compétitivité ». Lors du vote de ce dimanche 4 septembre, ce sont les personnes marginalisées économiquement, écœurées par « la politique » et habituées de l’abstention qui se sont mobilisées en faveur de l’AfD. L’augmentation de la participation de plus de 10 % (de 51,5 %, il y a cinq ans, à 61,6 %) a essentiellement profité à cette formation. Toutes les enquêtes post-électorales indiquent qu’elle est ultra-majoritaire chez ces « exclus » ( ouvriers, précaires, chômeurs etc) qui ne votaient plus. Un phénomène analogue avait été observé lors des scrutins de mars dernier. Le discours nationaliste, xénophobe et anti-euro a fonctionné à la fois comme un aimant et un puissant dérivatif, indispensable à l’AfD, qui avance elle-même un programme monétariste et ultralibéral.

Un terrain favorable à la démagogie de l’AfD

Le Mecklembourg/Poméranie, l’un des deux Länder les plus pauvres du pays, n’a cessé de renforcer l’austérité afin de parvenir à un équilibre d’ici à 2019, date à laquelle entrera en vigueur un « frein à la dette », inscrit dans la Constitution par les partis de la grande coalition. Il lui interdira alors de souscrire le moindre emprunt. Or cette obsession du moins-disant social et des coupes publiques fait grandir mal-vie et désarroi d’une partie substantielle de la population, créant un terrain si favorable à la démagogie de l’AfD.

Le recul de 6 points de Die Linke, seule formation à dénoncer les vraies raisons d’un malaise dont la racine se trouve dans le consensus ordo-libéral et antisocial de la grande coalition, est l’élément le plus préoccupant du résultat de ce dimanche. On prêtait au SPD de Mecklembourg/Poméranie le souhait d’arrêter enfin les frais, à Schwechin, d’une coalition avec la droite. Mais l’affaiblissement de Die Linke et la disparition pure et simple des Verts, qui n’ont pas franchi la barre des 5 %, ne lui ouvrent guère vraiment la possibilité d’un retournement d’alliance, désiré pourtant d’évidence jusque par la direction d’un SPD qui demeure scotché à son plus-bas historique dans tous les sondages nationaux.

(1) Verteilungskampf. Warum Deutschland immer ungleicher wird (Combat pour la redistribution. Pourquoi l’Allemagne devient toujours plus inégalitaire), Hanser, 2016.

Publié dans Allemagne, Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

L’Allemagne toujours plus inégalitaire : le cri d’alarme de Marcel Fratzscher

Dirigeant du DIW de Berlin, l’un des plus importants instituts de recherche et de conjoncture du pays, l’économiste s’inquiète pour la croissance et l’activité.  Il  montre dans son dernier ouvrage combien les clivages devenus abyssaux entre les revenus, sur fond de paupérisation d’une partie des citoyens emprisonnés dans des ghettos à bas salaires, ont déjà commencé de nuire gravement à la santé économique du pays .  

Fratzscher

 

L’inquiétude grandit outre Rhin sur la fragilité grandissante du «modèle ordo-libéral». L’économiste Marcel Fratzscher tire la sonnette d’alarme dans son dernier livre (1) sur les conséquences de l’explosion des inégalités qui ont commencé de peser sur la croissance et de fragiliser dangereusement toute la société allemande. Aujourd’hui président de l’un des instituts de recherche économique les plus en vue dans son pays (le DIW, Deutsche Institut für Wirtschaftsforschung de Berlin), Fratscher a travaillé au sein de la Banque Centrale Européenne (BCE) et  de la Banque Mondiale. Son profil keynésien d’obédience libérale, «à moins que ce ne soit l’inverse», souligne-t-il lui-même avec humour, ne le prédestine pourtant pas à une critique radicale. Ce qui confère sans doute d’autant plus de poids à ses mises en garde qui s’appuient sur une démonstration précise et très argumentée.

En l’espace de deux décennies, indique l’économiste, l’Allemagne est devenue l’un des pays les plus inégalitaires du monde capitaliste développé. Au point que désormais, démontre-t-il chiffres à l’appui, «seuls les Etats-Unis affichent des niveaux d’inégalités supérieurs.»

Le livre de Marcel Fratzscher permet de prendre la mesure de l’ampleur de la mutation du vieux système rhénan sur les deux dernières décennies, sous les effets conjugués de la réunification puis des « réformes » inscrites à l’agenda 2010 de Gerhard Schröder continuées par Angela Merkel. L’Allemagne fédérale était en effet jusqu’au début des années 1980 la société la plus « égalitaire » parmi les pays d’Europe de l’ouest réunis au sein de la communauté économique européenne. Quand l’Allemagne d’aujourd’hui enfonce tous ses partenaires sur le front des inégalités. Et c’est devenu un énorme problème, pointe Fratzscher, car « la très forte disparité des chances empêche les gens de développer leurs capacités et d’en tirer le meilleur parti pour eux-mêmes et  pour notre société.»

Selon les calculs de l’économiste le phénomène aurait coûté six points de croissance au pays entre 1990 et 2010 et serait largement responsable de la « mollesse de la conjoncture actuelle ». Fratzscher relève combien il fragilise non seulement l’économie et l’état social  mais aussi les superstructures politiques, en pointant la montée de l’extrême droite.  Il décrit une société cloisonnée au sein de laquelle la « mobilité entre les couches sociales » (la promotion des plus démunis grâce à l’enseignement où à la formation) est de plus en plus réduite. Les causes de la  panne de l’ascenseur social : un système d’éducation très élitiste qui organise une ségrégation des jeunes issus des milieux défavorisés, dès l’équivalent de la classe de 6ème   française. Et la profonde crise de l’apprentissage.  Cette faiblesse de la promotion interne contribue à peser sur un manque de main d’œuvre qualifiée qui s’aiguise déjà dans certains secteurs. Et devrait s’intensifier dans les années à venir en raison de la crise démographique.

Après les syndicats l’économiste relève qu’un tiers des salariés allemands est désormais tributaire de contrats de travail atypiques, en particuliers dans les services. Il confirme également une perte de pouvoir d’achat et donc un appauvrissement de tous les salariés durant la décennie 2000, à la seule exception de ceux appartenant aux catégories supérieures. Dans la même période les revenus du capital n’ont cessé d’augmenter. Ce qui traduit, de fait, une spectaculaire redistribution des richesses du travail vers le capital.

Cette évolution ne contribue pas seulement à «peser sur le marché intérieur » en étranglant «la demande des milieux populaires » , elle paralyse également tous ceux que Fratzscher range dans les « classes moyennes ». Ceux là sont inquiets d’être à leur tour happés par la précarité, voire la pauvreté. Ce n’est pas un hasard, pointe l’économiste, si les citoyens allemands sont devenus les champions du monde de l’épargne. La crainte d’un avenir incertain les pousse à souscrire des assurances vie ou des retraites complémentaires privées, compte tenu de la misère programmée de retraités qui perdent déjà plus de la moitié de leur ancien salaire quand il touche leur première pension.

 

  • Warum Deutschland immer ungleicher wird ( combat pour le partage. Pourquoi l’Allemagne devient de plus en plus inégalitaire), Hanser , 2016.

 

 

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Quand Barroso va à la soupe chez Goldman Sachs

 

L’ex-président de la Commission, nommé à la direction du siège de la banque états-unienne sur le Vieux Continent, sera l’un des hommes liges du compromis post-Brexit entre Londres et Bruxelles. Il alimente ainsi consciencieusement ces forces  centrifuges national-libérales qui minent l’UE. Comme il le fit jadis déjà en installant avec les chefs d’état,  un carcan austéritaire sur la zone euro.2013341_goldman-sachs-recrute-jose-manuel-barroso-web-tete-0211111894539

Président de la Commission européenne pendant dix ans (de 2004 à 2014), José Manuel Barroso vient de se négocier à 60 ans un emploi senior très haut de gamme : il intègre le fleuron des banques de Wall Street, Goldman Sachs (GS), dont il va rejoindre le siège européen installé à Londres, en tant que président non exécutif et conseiller. À un moment clé pour la banque d’affaires qui cherche à affiner sa stratégie sur le Vieux Continent pour s’adapter au Brexit. Barroso commença sa carrière à l’extrême gauche comme chef de file des étudiants maoïstes à l’université de Lisbonne avant de bifurquer à droite toute pour intégrer le PSD, ce qui l’a conduit jusqu’au poste de premier ministre portugais en 2002 avant qu’il ne devienne deux ans plus tard, sur proposition de Tony Blair, l’homme du consensus entre les chefs d’État européens pour présider la Commission.

Jouant de la faconde très décontractée qu’il affectionnait dans ses sommets avec les « grands » de la planète – qu’il s’agisse des Conseils européens, des G8, G20 ou autres réunions de l’OMC –, il a présenté son nouveau job comme une sorte de consécration toute naturelle : « Évidemment, a-t-il fait observer dans le Financial Times, je connais bien l’Union européenne et relativement bien aussi le contexte britannique. Si mes conseils peuvent être utiles dans de pareilles circonstances, je suis prêt à aider. » Toujours dans les starting-blocks, le scout Barroso…

« Governement Sachs » à la manoeuvre

Le numéro un mondial de la banque d’affaires a fait de l’acquisition de l’influence la plus haut placée dans le monde politique l’une des règles de base de son fonctionnement global. Nombre de personnalités clés du Vieux Continent en vue, dont l’actuel président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, ou l’ex-président du Conseil italien Mario Monti ou encore l’ancien chef économiste de la BCE, Otmar Issing, ont fait leurs classes chez Goldman Sachs. Aux États-Unis, quasiment tous les secrétaires d’État au Trésor ou aux Finances de ces dernières décennies sont passés par des stages à la direction de GS. Au point que le poids lourd de Wall Street est très souvent rebaptisé du sobriquet de « government Sachs », le lieu où s’exerce le véritable pouvoir. Et même après le krach déclenché par les crédits pourris (subprimes) pour les petits accédants états-uniens à la propriété en 2007-2008 (une des spécialités de GS de l’époque), le champion de la financiarisation a pu continuer de jouer de ses relations pour s’affranchir des quelques velléités de réglementation de la Maison-Blanche.

Sans doute, les nouveaux patrons de José Manuel Barroso ont-ils toutes les raisons de lui retourner l’ascenseur pour les bons et loyaux services fournis durant la période où il fut président de la commission, à une époque où l’anglo-saxonisation des critères de fonctionnement de l’Union européenne (UE) n’a cessé de se renforcer. L’ex-commissaire européen n’a-t-il pas contribué à l’instauration d’un cadre hypercontraignant au service des marchés financiers ? Mais son recrutement par la banque états-unienne va bien au-delà du « pantouflage » que l’on évoque ici ou là en s’indignant parfois de l’absence de scrupules de l’ex-patron de la Commission. Goldman Sachs veut s’assurer ici et maintenant des services d’un Européen d’influence alors qu’ont déjà démarré les négociations du compromis sur les futures relations de la City avec le Marché unique européen.

Tout comme la politique de José Manuel Barroso, en tant que président de la Commission, a contribué au glissement de l’UE vers une sorte de pilotage économique libéral automatique permettant de s’affranchir toujours davantage des peuples et des votes des citoyens, sa promotion chez Goldman Sachs ravit les forces centrifuges qui menacent aujourd’hui l’UE dans son existence même. Il faudrait ainsi s’accommoder une nouvelle fois de l’atlantisme de l’ex-dirigeant portugais qui avait été à l’initiative en juin 2003 avec son ami Tony Blair du sommet des Açores au cours duquel Portugal, Espagne et Grande-Bretagne avaient appuyé George W. Bush et sa guerre en Irak.

Ainsi Barroso est bien pire qu’un dangereux « biftécard », il est l’un de ceux qui ont mis en musique les politiques libérales qui renforcent partout les souffrances populaires, nourrissent la défiance des populations à l’égard des « élites » et ouvrent les brèches dans lesquelles veulent s’engouffrer partout, à la suite du Brexit, les nationaux-libéraux en embuscade. Et en pleine cohérence atlantiste.

Publié dans économie, Europe | Laisser un commentaire

Après le Brexit: « gare au national-libéralisme »

Invité par l’hebdomadaire Liberté ( semaine du 9 au 16 juillet). Voir l’interview en cliquant ci dessous:

libertéITV

Publié dans Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

Krach-ements sur l’immobilier britannique

cityimmoL’angoisse des traders face aux incertitudes sur la future relation de la City avec le marché unique européen nourrit un mouvement de retrait qui menace de faire éclater une méga-bulle immobilière à Londres.

article paru dans l’humanité des 8,9,et 10 juillet

L’armée de grues qui hérissent aujourd’hui le paysage de la City et du centre de Londres va-t-elle être contrainte de sonner une soudaine retraite ? L’évolution de l’immobilier déclenche en tout cas les pires inquiétudes dans les salles des marchés. La bulle financière apparue, ces dernières années, a commencé en effet de se dégonfler à vive allure face aux incertitudes qui entourent la période post-Brexit.

Forts de la « dynamique » affichée par la City, première place financière de la planète, et d’une demande très forte de logements et surtout de bureaux ou de commerces, les prix ont explosé à Londres dépassant de 54 % le niveau record déjà atteint avant le krach financier de 2007-2008. Ce fut une aubaine pour tous les poids lourds de la Bourse (banques, assurances, fonds de pensions états-uniens, etc.), assurés d’un retour très lucratif sur investissements.

Seulement quand la tendance se retourne comme aujourd’hui, la chute promet d’être au moins aussi vertigineuse que ne le fut la montée antérieure au paradis rentier. L’événement suscite des accès de panique. Hier encore, plusieurs fonds immobiliers ont annoncé une dévalorisation de 15 % de la valeur de leurs propriétés. Depuis le début de la semaine, six groupes financiers, assaillis de demandes de retraits par leurs clients, ont expliqué qu’ils étaient incapables d’y répondre et ont fait part de la « suspension » de leur activité.

La ruée vers l’or de la City est ébranlée par les angoisses que soulèvent les rumeurs de départs de sièges de multinationales du centre de la capitale britannique et le flou qui entoure par essence le débouché des marchandages entamés sur les futures conditions d’accès de la place financière britannique au marché unique européen. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur que va prendre le phénomène et donc la dimension systémique qu’il pourra revêtir, on peut craindre de terribles enchaînements.

Un effondrement de l’immobilier au Royaume-Uni affecterait jusqu’aux particuliers des classes moyennes très endettés, précisément parce qu’ils ont souscrit des emprunts immobiliers, convaincus qu’ils réalisaient là un placement à toute épreuve en profitant de la hausse spectaculaire et continue du prix de la pierre (10 % par an depuis 2008). S’appuyant sur cet « effet richesse », ils ont pu souscrire d’autres emprunts pour des achats supplémentaires bien au-delà des moyens que leur laissaient espérer leurs revenus salariaux. Leur endettement est ainsi évalué à 130 % de ces revenus. Si la chute de la valeur de leurs biens continuait de s’accentuer, ces ménages se retrouveraient vite en situation délicate et seraient contraints de réduire leur standing de vie et donc leur consommation. De quoi provoquer un écroulement de la demande sur le marché intérieur qui pourrait précipiter à terme le Royaume-Uni vers la récession.

La banque centrale d’Angleterre tente de colmater les fuites

De plus, le retrait des plus gros investisseurs de l’ex-eldorado londonien accentuerait le déficit déjà considérable des comptes extérieurs du pays. Le déséquilibre de la balance commerciale, avec des importations devenues largement excédentaires sous l’effet de la désindustrialisation de ces dernières décennies, était déjà imparfaitement compensé par le flux des placements financiers et autres investissements immobiliers vers le centre de Londres. Un tarissement de cette source ferait plonger la livre sterling et donc le pouvoir d’achat des citoyens britanniques, alimentant encore des tendances récessives.

La banque centrale d’Angleterre tente de colmater les fuites en inondant les marchés de liquidités. Jusqu’à quand et pour quel effet à terme ? Ce début de crise systémique illustre en effet les limites des logiques d’intervention de toutes les grandes banques centrales de la planète capitaliste. Celles-ci inondent les marchés financiers de liquidités bon marché pour tenter de sortir l’activité de la léthargie. En vain. La Banque centrale européenne déverse ainsi chaque mois quelque 80 milliards d’euros de crédits à taux nuls, captés par de gros opérateurs boursiers. Loin de se servir de ces crédits pour financer l’économie réelle, ils confisquent cet argent gratuit pour des opérations spéculatives, considérées comme bien plus lucratives. Ce qui alimente la formation de bulles financières – comme celle qui a commencé d’éclater au cœur de Londres. Il est plus que temps de rendre aux peuples d’Europe la maîtrise de cet argent gratuit pour financer enfin l’emploi et le développement.

 

 

 

Publié dans économie, conjoncture, Europe | Laisser un commentaire

Londres engage une partie de poker fiscal pour sauver la City

 

Le chancelier de l’Échiquier met sur la table un abaissement à 15 % du taux de l’impôt sur les sociétés pour accentuer encore les attributs paradisiaques de la place londonienne. En contrepoint : chasse aux migrants et austérité renforcée pour les habitants des quartiers défavorisés.

Le gouvernement Cameron et son chancelier de l’Échiquier, George Osborne, ont engagé la partie de poker sur les moyens qu’ils entendent déployer pour préserver la place de la City londonienne dans le processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. En joueur averti, le ministre des Finances a fait savoir qu’il aurait dans sa manche un panel de cartes maîtresses grâce au joker du dumping fiscal. Dans une interview au Financial Times de lundi, il a ainsi évoqué une réduction du taux de l’impôt sur les sociétés (IS) de 20 % à 15 %. L’annonce se veut plus conséquente encore que celle qu’il avait formulée en mars (taux d’IS ramené à 17 % d’ici 2020). George Osborne, partisan du « Bremain » (maintien dans l’UE), qui quittera la direction du pays avec David Cameron à l’automne, laisse entendre que la mesure pourrait entrer rapidement en vigueur sans toutefois apporter aucune autre précision.

Avec un taux d’impôt sur les sociétés de 15 %, la place de Londres, aujourd’hui déjà vice-championne d’Europe de la fiscalité light sur les capitaux, se rapprocherait du niveau du paradis irlandais des « investisseurs » (12,5 % d’IS). La manœuvre est un signal à l’attention des marchés financiers destiné à afficher la détermination de Londres à maintenir l’attractivité de la City après qu’un certain nombre de multinationales comme Vodafone ou les banques états-uniennes Goldmann Sachs et Morgan Stanley ont fait part de leur intention de déménager le siège de leurs représentations européennes vers la zone euro.

Depuis le Brexit, les places de Dublin, Paris, Francfort et même Luxembourg se sont lancées ouvertement dans une course de vitesse pour se présenter comme les mieux à même de remplacer Londres dans le rôle de grande place financière de l’UE. Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France, n’a pas hésité à lancer un « Welcome to Paris region » aux déçus de la City et à revendiquer du gouvernement Hollande un traitement fiscal à la hauteur de cette démonstration d’hospitalité. Un même lobying est engagé par le ministre-président du Land de Hesse (la région de Francfort). La place financière allemande (Deutsche Börse) semble toutefois posséder une longueur d’avance sur Paris, puisqu’elle avait déjà entamé un processus de fusion avec la bourse britannique (London Stock Exchange, LSE). Simplement, disent les promoteurs de ce mégamariage, le siège de la nouvelle entité, dont 54 % sont entre les mains d’actionnaires de la Deutsche Börse, ne devrait plus être implanté à Londres, comme prévu initialement, mais à Francfort.

La classe dirigeante britannique veut préserver la position de la City

Si la classe dirigeante britannique était divisée sur la sortie ou le maintien dans l’UE, elle ne fait qu’un bloc quand il s’agit de préserver la position de la City. L’accès au grand marché européen est décisif pour que ses traders puissent continuer d’y vendre sans entraves leurs produits financiers les plus sophistiqués. La moindre autorisation administrative à l’entrée du marché unique pourrait altérer la fluidité de ces opérations et faire fondre la notoriété de la première place financière de la planète. Le poker fiscal engagé par George Osborne avertit des intentions britanniques.

Les migrants venus des autres pays de l’UE, tout comme les électeurs des quartiers déshérités d’Angleterre ou du pays de Galles qui ont émis un vote sanction contre les politiques d’austérité de David Cameron ou de l’UE, n’ont rien de bon à attendre de ces tractations. Unis sur la liberté de circulation des capitaux, les dirigeants conservateurs divergent sur le degré d’entraves qu’ils voudraient mettre à la libre circulation des personnes, singulièrement celle des migrants d’Europe de l’Est. Theresa May et Andrea Leadsom, les deux « dames de fer » favorites de la course à la succession de Cameron au poste de premier ministre, ne se différencient ainsi que sur les mesures discriminatoires qu’elles voudraient voir adopter pour dissuader les nouveaux arrivants potentiels ou pour chasser ceux qui sont déjà sur le sol du Royaume-Uni. Quant aux nouveaux cadeaux fiscaux envisagés par George Osborne, ils coûteraient la bagatelle de 4 milliards de livres par an au budget britannique. Pour compenser, le futur gouvernement conservateur ne manquerait pas de déclencher une nouvelle campagne d’austérité draconienne. Autrement dit : l’addition de la facture pour le maintien de l’attractivité de la City sera présentée aux pauvres, ceux-là même qui ont voté majoritairement pour le Brexit.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Autriche: la cour constitutionnelle annule la présidentielle

L’Union Européenne, minée par l’austérité, n’en finit plus d’être rattrapée par le syndrome nationaliste. Après le Brexit, la décision prise ce vendredi midi par la cour constitutionnelle autrichienne d’annuler le second tour de l’élection présidentielle du 22 mai, pourrait donner un nouvel élan aux forces centrifuges xénophobes qui instrumentalisent un profond désarroi fondé sur la « mal-vie » des milieux populaires.

Article publié par l’humanité.fr le 1er juillet.

Le deuxième tour de l’élection présidentielle « doit être de nouveau organisé dans toute l’Autriche », a annoncé ce vendredi 1er juillet, Gerhart Holzinger, président de la plus haute juridiction du pays lors de la lecture de la décision. Le tribunal constitutionnel annule le scrutin après avoir constaté des irrégularités «patentes» qui peuvent avoir donné lieu « à des manipulations » sans cependant que celles-ci n’aient pu être « clairement établies comme des fraudes.» Le 22 mai dernier, lors du second tour du scrutin, le candidat vert, Alexander Van der Bellen, l’avait emporté d’un cheveu (par 50,3% des voix et seulement 30 000 voix d’avance) sur son homologue du parti libéral (FPÖ, extrême droite), Norbert Hofer.

Le tribunal avait été saisi d’un recours du FPÖ sur des irrégularités dans le décompte des votes par correspondances. Selon le tribunal de nombreux témoignages confirment ces irrégularités portant sur « plusieurs dizaines de milliers » de bulletins et le conduisent donc à annuler le scrutin. Une nouveau second tour de la présidentielle devrait donc avoir lieu à l’automne. L’intérim à la tête de l’état sera assuré par la présidence de la chambre basse du parlement autrichien.

Le premier tour du scrutin avait été marqué par un immense désaveu des partis de la grande coalition, socialistes et chrétiens démocrates ( SPÖ/ÖVP) au pouvoir depuis 9 ans. Les mesures de flexibilisation du marché du travail censées mettre les entreprises du pays à la hauteur des défis européens du moment en matière de compétitivité ont accentué le désarroi des populations et joué en faveur des joueurs de flûtes nationalistes, passés maîtres dans l’art de détourner la colère populaire vers les migrants boucs émissaires.

« Les attaques contre les droits sociaux d’une majorité de la population, présentées comme d’indispensables réformes structurelles, portent une responsabilité considérable dans la dégradation du climat politique», avait relevé le sociologue viennois Jörg Flecker, qui a enquêté sur la précarisation des emplois dans le secteur public. Le syndrome du «modèle» ordo-libéral, qui a déjà infecté du virus nationaliste une bonne partie de l’Europe, fournissait ainsi une nouvelle preuve de sa capacité de nuisance et de l’immense danger qu’il fait courir au continent.

Publié dans Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

Après le Brexit, comment échapper au national-libéralisme

brexit-3-1

La préservation des privilèges de la City de Londres dans le marché unique ne ferait qu’aggraver le délitement de l’UE alors qu’une Europe solidaire est plus nécessaire que jamais. Les 80 milliards de crédits mensuels à taux nuls de la BCE, déversés aujourd’hui sur les marchés, doivent aller aux peuples.

Le Brexit a provoqué, vendredi dernier, un début de panique sur les Bourses et l’effondrement de la livre sterling. Les grandes places européennes ont perdu entre 6 % et 10 % en une seule séance. Les traders britanniques se sont inquiétés d’une mise en cause des privilèges dont bénéficie la City dans le système européen. La place britannique a pu jouer un rôle de paradis fiscal et financier parfaitement intégré au grand marché européen. De nombreuses multinationales états-uniennes se sont saisies de cette aubaine pour installer leurs sièges sociaux au Royaume-Uni. Que se passerait-il si, à la suite du référendum, ce statut était abandonné ? Ne va-t-on pas assister à une délocalisation de certains opérateurs vers les places financières du continent ? JP Morgan, un des géants états-uniens du secteur financier, n’a-t-il pas alimenté l’inquiétude en faisant savoir qu’il laissait ouverte une telle option ?

L’affaire est prise très au sérieux par les dirigeants britanniques qui n’ont de cesse depuis vendredi de plaider une transition négociée, « en douceur », avec préservation de la position de la City. Qu’il s’agisse du premier ministre démissionnaire, David Cameron, de son probable successeur, le nationaliste ultralibéral Boris Johnson ou même du maire de Londres, le travailliste Sadiq Khan, tous insistent sur le caractère « essentiel de rester partie prenante du marché unique ».

Sur des marchés très volatils, l’effet de surprise provoqué par la victoire du Brexit n’a pu qu’amplifier ces réactions. À y regarder de plus près, toutefois, les causes des turbulences, qui ne se limitent pas à Londres mais affectent au moins autant Francfort et Paris, sont bien plus profondes. Tout l’édifice économique et financier de l’Europe est en cause. D’où les soutiens affichés aux traders britanniques angoissés. Et ceux-là ne sont pas venus que des leaders des campagnes du « Bremain » (maintien dans l’UE) ou du Brexit (sortie) à l’intérieur mais aussi de… Berlin. Angela Merkel avance ainsi une démarche très ostensiblement accommodante plaidant qu’il faut « laisser le temps nécessaire » à des négociations avec les dirigeants britanniques « dans un bon climat de coopération ». Les ponts entre le « modèle » allemand et le national-libéralisme de David Cameron ou de Boris Johnson apparaissent ainsi très crûment.

Sur tout le continent, c’est le renforcement continu des carcans de l’ordo-libéralisme, si fortement inspiré par Berlin en position hégémonique et fondé sur les principes de compétitivité, de concurrence de tous contre tous, qui pousse l’Europe dans les bras des forces nationalistes. Si les champions du Brexit usent de xénophobie et ciblent la liberté de circulation des migrants venus de l’est de l’UE, ils entendent, coûte que coûte préserver, le libre déplacement des capitaux et les privilèges de la place boursière britannique.

Une vraie refondation de l’Europe et de la zone euro est pourtant incompatible avec ces choix. De Grèce en Espagne, jusqu’en France, avec le mouvement contre le torpillage du Code du travail, et en Allemagne, où les syndicats dénoncent de plus en plus ouvertement les impasses austéritaires, des forces de plus en plus nombreuses ont commencé de s’affirmer en faveur d’une vraie alternative. Un combat décisif peut s’engager avec les peuples.

Pour répondre à l’urgence, il faudrait commencer par changer d’affectation les quelque 80 milliards d’euros déversés tous les mois sur les marchés financiers par la Banque centrale européenne (BCE). La mesure s’est avérée incapable de tirer la zone euro de la léthargie. Les crédits gratuits (aux taux nuls, de la BCE) pourraient être « réorientés » vers de gros investissements indispensables partout en Europe au développement et à la mise en place de nouveaux services publics (formation, santé, recherche, lutte contre le réchauffement climatique). « Ce ne sont pas les marchés, ce sont les peuples qui doivent décider de l’utilisation de ces euros », soulignent, en France, les économistes communistes s’appuyant sur le débat qui monte en Europe en faveur d’une autre utilisation de l’argent créé par la BCE. Cela suppose de ne plus garrotter la démocratie mais d’impliquer comme jamais citoyens et salariés en leur donnant de « nouveaux pouvoirs ». Il y va de la régression nationaliste ou de l’émergence d’une « autre Europe » solidaire.

Publié dans économie, Europe, extrême droite | Laisser un commentaire

Pourquoi un Brexit ferait monter les périls nationalistes en Europe

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire