L’auteur du carnage de Québec sous l’empire des « arguments » nationalistes des Trump et Le Pen

 

L’auteur présumé de l’attentat qui a fait six morts dans une mosquée, un étudiant en sciences politiques de l’université Laval,  affichait son admiration pour le président des États-Unis et la candidate du FN à la présidentielle françaiselavalUne partie de l’université Laval à Québec

Les progrès de l’enquête réalisée par la police québécoise à la suite du carnage perpétré dans la mosquée du quartier Sainte-Foy à Québec permettent désormais de cerner le profil du tueur présumé qui a été arrêté. Alexandre Bissonnette, le jeune homme de 27 ans qui a vidé le chargeur de son arme d’assaut AK-47 sur 11 fidèles réunis dans le lieu de culte, en tuant six et infligeant à cinq autres des blessures extrêmement graves, se situe ouvertement dans la mouvance d’extrême droite. Il a été mis en examen pour homicide avec préméditation et tentative d’homicide. Les policiers, qui avaient retenu initialement l’hypothèse de deux agresseurs, évoquent désormais la piste d’un « loup solitaire ». Ils ne précisent pas toutefois si Bissonnette a agi en petit soldat isolé en mission ou s’il a bénéficié de l’aide d’individus ou d’un groupe pour perpétrer son crime et se procurer l’arme utilisée pour le massacre, prohibée au Canada.

Quoi qu’il en soit, le terroriste présumé n’est pas un inconnu à Québec. Étudiant en science politique discret et introverti, il fréquentait l’université Laval où il était bien connu de membres d’associations ou de militants progressistes avec qui il s’était fréquemment heurté. Le Journal de Montréal rapporte les déclarations à la police d’un homme qui connaissait l’assassin. Il le présente comme « très à droite, ultranationaliste et suprémaciste blanc. ». D’autres témoignages illustrent combien ces crimes racistes antimusulmans doivent à un certain climat général qui s’est instauré sous l’influence de la montée du nationalisme et du populisme aux États-Unis voisins ; mais aussi venue d’horizons plus lointains, français, en conséquence de la francophonie de la Belle Province. Un collectif Bienvenue aux réfugiés – Ville de Québec explique ainsi qu’Alexandre Bissonnette était « malheureusement connu de plusieurs militants de la cité pour ses prises de position identitaires, pro-Le Pen et antiféministes à l’université Laval et sur les réseaux sociaux ».

La piste d’un homme qui se sentirait investi d’une mission dans la « guerre de civilisations », à laquelle font régulièrement référence les leaders des partis d’extrême droite, est également explorée. Selon le chercheur Martin Geoffroy, spécialiste de l’extrémisme, interrogé par le Journal de Montréal, les acteurs de cette mouvance « ne supportent pas le vivre-ensemble, la tolérance auxquels on est habitué. Ils veulent mettre ça à terre et instaurer des gouvernements radicaux » pour déclencher « une guerre mondiale entre chrétiens et musulmans ».

La crainte que ce type d’action meurtrière, dont le Canada paraissait jusqu’alors épargné, ne se reproduise dans le pays ou dans le monde avec la montée des nationalismes est d’autant plus forte que Donald Trump multiplie les provocations xénophobes depuis son arrivée au pouvoir, comme cet oukase interdisant l’accès au pays de ressortissants de sept pays musulmans (l’Humanité du 30 janvier). De quoi déclencher des envies d’agir pour les membres du fan-club fasciste, qu’ils soient des esprits faibles, isolés et dérangés ou qu’ils appartiennent à des groupes dûment organisés. Un danger pour la démocratie et la paix qu’ont bien saisi les manifestants antiracistes, de plus en plus nombreux hier encore à se rassembler dans les rues des États-Unis. Un danger qu’il faut écarter en France en évitant que le cauchemar nationaliste, devenu réalité aux États-Unis, ne gagne l’Hexagone.

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Résistances au bannissement raciste, dernier oukase de Donald Trump

trumpetatsunismanifdecret_0Le décret Trump interdisant l’accès des États-Unis à tous les ressortissants de sept pays musulmans soulève une indignation mondiale et se heurte à de fortes résistances locales.

Le dernier en date des décrets anti-immigration que Donald Trump a dégainés à la fin de la semaine dernière suscite indignation et résistances. Le texte, qui prétend organiser « la protection de la nation contre l’entrée des terroristes étrangers aux États-Unis », interdit purement et simplement l’accès du territoire états-unien aux ressortissants de sept pays musulmans (Irak, Iran, Yémen, Libye, Syrie, Soudan et Somalie).

Après la validation de la construction d’un mur anti-migrants le long de la frontière mexicaine, ce nouvel oukase de la Maison-Blanche a été mis en application immédiatement. Ce qui a provoqué une certaine pagaille dans les aéroports, des dizaines de passagers originaires des pays incriminés se voyant refoulés alors qu’ils disposaient de tous les documents légaux indispensables à leur voyage. En Ubu roi, aussi  inflexible que taraudé d’idées fixes, Donald Trump montre ainsi sa détermination à faire de ses diatribes de campagne xénophobes un mode de gouvernement. On ne saurait définir si l’opération a été décidée au risque de – ou en raison du désir de – provoquer ses concitoyens les plus attachés au respect de la démocratie et le reste du monde.

Mobilisation des défenseurs des droits de l’homme

Aux États-Unis, cette politique du bannissement mise en œuvre par le nouveau locataire de la Maison-Blanche a soulevé une réaction immédiate de défenseurs des droits de l’homme, d’associations progressistes et de simples citoyens inquiets. Plusieurs centaines d’entre eux se sont organisés spontanément pour manifester devant les grands aéroports. L’une des principales associations pour la défense des libertés civiles (l’Aclu) a réussi à entamer illico une procédure juridique contre le décret, et donc à ­empêcher certaines des expulsions déjà engagées.

Après une audition d’urgence, samedi soir, l’Aclu a pu en effet à obtenir qu’une juge fédérale, Ann Donnelly, reconnaisse le besoin d’examiner la conformité du décret Trump avec les garanties inscrites dans la Constitution états-unienne. Le 5e amendement du texte fondamental stipule que toute remise en cause d’un statut (des migrants ou des voyageurs), considéré jusqu’alors comme légal, ne peut être décidée arbitrairement par le gouvernement et nécessite donc une décision judiciaire. Après la décision de la juge, les manifestants anti-racistes disposent de quelques semaines avant l’examen de l’appel qu’ont aussitôt formulé les sbires du Président.

Les défenseurs des droits de l’homme ont lancé le signal de la mobilisation après l’interpellation de deux Irakiens, vendredi soir, à l’aéroport J.-F. Kennedy à New York. Celle-ci mettait brusquement en lumière le caractère aussi insupportable qu’absurde des décisions présidentielles, puisque les deux hommes inquiétés détenaient des visas d’immigration en bonne et due forme et avaient été associés au… gouvernement états-unien en Irak. Dans le reste du monde, cette gouvernance par l’arbitraire xénophobe a suscité aussi de nombreuses ­réactions de colère.

La France s’est dite inquiète

Interrogée par l’AFP, une jeune Iranienne, empêchée samedi soir de s’envoler pour les États-Unis, s’interrogeait : « Ils ont un problème avec les musulmans, mais pourquoi n’ont-ils pas interdit les ressortissants d’autres pays comme les Émirats arabes unis, le Qatar ou l’Arabie saoudite ? » Cette candidate à l’immigration avait obtenu sa carte verte (permis de séjour officiel aux États-Unis) en octobre après quatorze ans d’attente.

De nombreuses personnalités étrangères soulignent, à juste titre, combien la décision de Trump va avoir l’effet inverse de son objectif proclamé de lutte contre le terrorisme. Téhéran a haussé le plus le ton. Chacun se souvient naturellement, dans la capitale iranienne, des déclarations incendiaires du candidat Trump se faisant fort d’annihiler l’accord sur le nucléaire conclu par la précédente administration. Négocié et signé, outre les Etats-Unis,  par cinq autres grandes puissances ( Chine, Russie, Allemagne, France et  Royaume Uni), il instaurait un processus de détente historique dans une région où l’Iran joue désormais un rôle clé dans le combat contre l’Etat Islamique.

En Europe, la chancelière allemande, Angela Merkel, a jugé « pas justifiées » les restrictions systématiques à l’immigration des musulmans et déploré « de placer sous une suspicion ­généralisée des gens en fonction de leur origine ou de leur croyance ». Pour sa part, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, s’est dit « très inquiet » d’une mesure qui remet en cause, de fait, les « accords ­internationaux sur les droits de réfugiés ».

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Why he didn’t (Pourquoi il n’a pas fait)

Le bilan des deux mandats d’Obama est pour le moins contrasté: l’échec cuisant au plan intérieur du premier président noir à la Maison Blanche qui avait pourtant suscité tant d’espoirs de changements à son arrivée au pouvoir, est bien mal compensé par quelques vraies avancées sur la scène internationale.   

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La main de Trump dans la culotte de Ford ?

La décision du groupe automobile de ne pas investir dans une nouvelle usine au Mexique est célébrée comme une victoire du « made in USA ». Mais elle se déduit de la programmation de somptueux cadeaux fiscaux aux multinationales dont la logique est… destructrice pour l’emploi.

 

trump

La décision de Ford de renoncer à un investissement de 1,6 milliard de dollars (1,5 milliard d’euros) au Mexique est très souvent interprétée comme un coup de génie de Donald Trump qui, pas même entré en fonction et par la seule grâce de quelques tweets agressifs, aurait réussi à sauver des milliers d’emplois menacés de délocalisation. Si l’opportunisme communicant du président élu n’est hélas plus à démontrer, la réalité est, elle, bien différente de cette présentation à l’eau de rose à vocation très hexagonale.

Le PDG de Ford, Mark Fields, avait annoncé au printemps dernier la construction d’une usine qui devait employer 2 800 personnes à San Luis Potosi, au centre du Mexique, pour y fabriquer la Ford Focus. Il a fait brusquement machine arrière ce 3 janvier. Il affirme cependant que la production du modèle bas de gamme de la seconde firme automobile états-unienne sera quand même transférée de l’usine de Warren, dans le Michigan, vers Hermosillo, une usine Ford déjà existante au Mexique.

Les raisons du revirement tiennent d’abord à l’état du marché. Les ventes de petits modèles, comme la Ford Focus, se sont écroulées, à cause de l’essence bon marché. Déjà traditionnellement faible aux États-Unis, le prix du carburant s’est en effet réduit encore, ces derniers mois, sous l’effet de la chute des cours du brut. Et les consommateurs préfèrent d’évidence les grosses cylindrées, tels ces 4×4 et autres pick-up qui aujourd’hui encombrent si massivement les routes états-uniennes.

Mais la principale cause du suivisme du patron de Ford pour le « patriotisme économique » revendiqué si bruyamment par Donald Trump, tient aux cadeaux fiscaux annoncés par le milliardaire en faveur des multinationales états-uniennes. Pour justifier sa décision, Mark Fields a ainsi expliqué vouloir profiter du climat « pro business » que souhaite instaurer le futur locataire de la Maison-Blanche, en ramenant l’impôt sur les sociétés de 35 % à 15 %. « Nous pensons, a déclaré Fields, que ces réformes fiscales et réglementaires (à venir) sont d’une importance cruciale pour renforcer la compétitivité des États-Unis. »

Ces coupes sur les prélèvements des grandes entreprises vont être évidemment mécaniquement soustraites de budgets publics déjà fort mal lotis, et peser donc fortement sur… l’emploi. Le champion élu de l’ultradroite préfère d’évidence éluder la question. Comme il a promis à un électorat populaire blanc qui a si fortement souffert de la désindustrialisation de ce qu’il est convenu d’appeler la « rust belt » (la ceinture rouillée du nord du pays), sa crédibilité d’homme providentiel passe en effet par l’affichage d’une volonté de fer à « protéger » les travailleurs et à soutenir les déclassés. Dans un autre tweet accusateur, Trump menace General Motors d’une taxe dissuasive pour ses véhicules fabriqués au Mexique. Seulement, ces postures de défenseur intransigeant du « made in USA» s’accommodent bien mal des mesures concrètes avancées pour soutenir la finance et les multinationales. Wall Street s’envole. La patronne de General Motors, Mary Barra, figure parmi les conseillers du premier rang du futur président. La nouvelle administration est composée d’une kyrielle de milliardaires et de « Goldmann Sachs boys ». Carl Icahn y sera préposé à la dérégulation financière. Il est l’un des plus redoutables traders de la place états-unienne. C’est lui qui, en son temps, prit le contrôle de l’ex-compagnie TWA, et lui fit définitivement rendre gorge. Non sans en avoir tiré auparavant quelque 469 millions de dollars (420 millions d’euros). Saint Louis, la grande ville du Missouri, berceau de l’ex-compagnie, ne s’en est pas remise. Des milliers d’emplois ont disparu et ses cités avoisinantes comme Ferguson, un des plus célèbres théâtres des crimes commis par des policiers contre des Noirs, en sont sorties ghettoïsées et paupérisées.

Le choc de cette fuite en avant libérale et des « engagements » populistes pris par le président pour se faire élire risque de devenir de plus en plus dangereusement explosif au plan intérieur comme sur la scène internationale. Avec une agressivité concrète décuplée à l’égard du Mexique et des migrants latinos ou même avec des menaces bellicistes quand il s’agit de pourfendre la Chine et « ses méthodes de concurrence déloyale ».

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A la Nouvelle Orléans ils sonnent la résistance à Trump

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Dans la cité du jazz, ils combattent la persistance de la ségrégation que l’ouragan Katrina rendit si flagrante, ils s’engagent avec Black Lives Matter pour réclamer justice et l’enlèvement des monuments esclavagistes. Et après l’élection de Donald Trump, ils appellent à la résistance.

Dès la fin de la matinée, des sons bigarrés envahissent les rues du « carré français » de la Nouvelle-Orléans. Chacun est à son poste, ce groupe de blues qui joue et vend ses CD au coin de Royal et Toulouse Street, ce couple de violonistes pris dans une mélodie endiablée sur Jackson Square ou ces minots africains-américains, hauts comme trois pommes, et grands virtuoses du seau transformé en instrument de percussion sur Bourbon Street. Comme tous les jours, le cœur historique de la cité louisianaise dégourdit peu à peu ses instruments sous les oreilles charmées des nombreux touristes. Chacun joue sa partition. La fête de la musique est ici permanente. Et rien ne semble pouvoir troubler l’emballement progressif de cette quotidienne improvisation de haut vol. Tout semble en ordre. Et pourtant, il ne faut pas chercher bien longtemps derrière les apparences. S’il est un endroit des États-Unis où l’élection de Donald Trump polarise, déclenche appréhensions et désirs de résistances, c’est bien ici.

Avec la victoire du milliardaire nationaliste, «tout ce que ce pays compte de racistes jubile »

Dans la cité qui abrita le plus grand marché aux esclaves des jeunes des États-Unis et de la planète au milieu du XIXe siècle, on sait la force du recours à la joie de jouer comme à une arme de libération pour clamer son humanité, ou au moins comme à un art de vivre, pour surmonter la crainte des mauvais vents. Ceux qui menacent aujourd’hui sont de nouveau très politiques. Avec la victoire du milliardaire nationaliste, « tout ce que ce pays compte de racistes, des plus discrets, des plus inavoués aux suprémacistes blancs déclarés, jubile et veut un renforcement de ségrégations qui pèsent toujours ou ont même eu tendance à se renforcer ces temps derniers dans notre quotidien », s’inquiète Malcolm Suber. Animateur local du mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs est importante), il manifeste cet après-midi du 26 novembre devant la mairie de La Nouvelle-Orléans « contre ces menaces de régressions » que porte le champion élu de l’ultradroite.

Dans la ville de Louis Armstrong émerge, de façon saisissante, les puissants atavismes de l’histoire « sudiste » du pays, vecteurs si importants de la résurgence des discriminations. Mais aussi la trace de ces divers mouvements de résistances qui ont, ici sans doute plus fort encore qu’ailleurs, fait irruption sur le devant de la scène nationale. Malcolm Suber fut ainsi de tous les combats après les ravages de l’ouragan Katrina en 2005 sur les quartiers noirs les plus pauvres. Ghettoïsés ils furent littéralement abandonnés dans la tempête par des autorités « dépassées ». L’universitaire s’est engagé avec de nombreux autres militants, des citoyens de tous horizons, des intellectuels, des défenseurs des droits de l’homme, des Noirs, des Blancs, dans le combat « pour que justice soit faite » aux Africains-Américains et que cesse de s’allonger cette morbide chronique de meurtres de policiers à la gâchette aussi sensible que sélective (voir notre entretien).

Ce combat-là a pris une dimension singulière, il y a un peu plus d’un an. Le 17 juin 2015, un jeune suprémaciste blanc faisait irruption, lourdement armé, dans une église d’un quartier noir de Charleston en Caroline du Sud et abattait de sang-froid neuf personnes dont le prêtre. L’église était célèbre pour son engagement jadis en faveur des droits civiques. L’identité du tueur, son culte de la domination blanche font découvrir au pays et au monde sidéré la « tolérance » accordée aux contre-valeurs et aux traditions ouvertement ségrégationnistes dans les États du Sud. Sous pression, les autorités décidèrent de retirer le drapeau confédéré, leur emblème par excellence, qui flottait alors toujours face au Capitole de l’État de Caroline du Sud.

La statue du général Lee trône toujours sur l’une des principales places du centre-ville

La cité des fêtes et des plaisirs, The Big Easy, porte alors bien mal le sobriquet qu’on lui affuble si souvent. La Nouvelle-Orléans devient la capitale du… malaise national. Depuis des années, Malcolm Suber et ses amis y ont engagé un combat contre les monuments qui pullulent encore dans la ville à la gloire des esclavagistes. Leur mouvement, Take ‘Em Down Nola (Descendez-les de La Nouvelle-Orléans – Louisiane), a multiplié les rassemblements et les initiatives. Ce qui ne provoque au mieux qu’une indifférence polie des autorités. Après Charleston, le 17 juin 2015, le maire démocrate, Mitch Landrieu, décide qu’il ne peut plus ignorer la question. Une écrasante majorité du conseil de la ville vote l’enlèvement de quatre de ces monuments.

La décision est aussitôt contestée devant les tribunaux par plusieurs associations dites de défense de l’histoire et du patrimoine, noyautées en fait par des nationalistes blancs ultraconservateurs. Depuis un an et demi, la décision des élus de la ville est suspendue. En attendant le verdict d’une cour d’appel fédérale. Le général Robert E. Lee trône donc toujours au sommet d’une immense colonne grecque sur l’une des principales places du centre-ville. Lui qui fut le chef suprême des armées confédérées gérait en Virginie une plantation qui faisait trimer près de 200 esclaves et il s’était montré inflexible, dans un débat préalable à la guerre de Sécession, en prenant la tête de ceux qui s’opposaient catégoriquement à accorder le droit de vote aux affranchis.

Cette place Lee Circle est devenue le lieu de rendez-vous privilégié des manifestations d’opposants à Donald Trump. « Pas seulement parce que nous craignons que l’administration du président élu n’entrave l’enlèvement décidé des monuments », souligne un militant de Take ‘Em Down Nola. « Non, ajoute-t-il, nous craignons un basculement dramatique et autoritaire en faveur des nationalistes blancs. » D’aucuns, comme Philipp, ce prof rencontré le 26 novembre devant l’hôtel de ville, vont jusqu’à pointer : « On n’est pas à l’abri de l’émergence, à la suite de quelconques incidents, d’une dérive autoritaire, voire ouvertement néofasciste. » Sur la base d’un autre monument confédéré, une main a écrit au lendemain de l’élection du 8 novembre : « Votre vote est un crime de haine. »

Les premières décisions prises par le futur locataire de la Maison-Blanche pour constituer son équipe gouvernementale ne sont pas vraiment de nature à calmer ces angoisses. Ici chacun connaît déjà les méthodes de l’homme qui a été nommé chef stratégiste de la Maison-Blanche. Steve Bannon, qui fut le directeur de campagne du candidat de l’ultradroite, présidait aux destinées de l’agence de presse Breitbart. Laquelle s’est déchaînée à la fin du mois de septembre dernier contre des « émeutiers incultes ». Leur crime : participer à une manifestation antisuprémaciste à l’appel de Take’Em Down Nola. Celle-ci avait rassemblé plusieurs milliers de personnes dans le cœur historique de la ville. Dont certaines étaient venues avec leurs « bands », redoutablement armées de trompettes, saxos, clarinettes et autres guitares. « Suprême insulte à l’histoire », cette plèbe voulait rajouter Andrew Jackson à la liste des monuments incompatibles avec la dignité de la cité. Le septième président des États-Unis, fièrement dressé sur son cheval sur la place qui porte son nom, fut un esclavagiste notoire et l’auteur du massacre de quelque 5 000 Indiens qui avaient eu, au début des années 1830, le double mauvais goût de refuser leur déportation au-delà de la rive ouest du Mississippi et d’offrir l’hospitalité aux « Nègres marrons » qui fuyaient l’enfer des plantations.

«Il vaut mieux ne pas perdre un instant pour défendre nos droits et la démocratie »

Bannon, maître d’œuvre du populisme anti-establishment qui a tant contribué au succès de Donald Trump, défend un rapprochement avec ce qu’il a baptisé lui-même « l’alternative de droite » (alt-right). Ce mouvement qui, non seulement réhabilite sans complexe les valeurs sociétales les plus réactionnaires sur la peine de mort, l’avortement, le port d’armes, mais compte dans ses rangs les organisations suprémacistes les plus extrémistes (jusqu’à divers groupuscules néonazis et Ku Klux Klan) avec qui Bannon et l’agence Breitbart, intraitables contre les manifestants de La Nouvelle-Orléans, font preuve d’une hallucinante tolérance. « Quand de tels personnages s’annoncent, il vaut mieux prendre les devants et ne pas perdre un instant pour se mobiliser, défendre nos droits et la démocratie », souligne Philipp de Take ‘Em Down Nola.

Un autre bras de fer est déjà engagé avec la ville sur l’immigration. Interrogé sur la chaîne de télévision CBS, le président élu a fait part de sa volonté d’expulser rapidement après son entrée en fonctions « 2 à 3 millions de clandestins ». Et pour y parvenir, il voudrait, compte tenu des moyens limités dont il dispose au niveau fédéral, mobiliser dans cette opération les forces de police locales. D’ores et déjà, plusieurs grandes villes dont La Nouvelle-Orléans ont juré – arguant que cette prérogative devait « rester sanctuarisée » – qu’elles refuseraient de lancer leurs policiers dans une immense chasse aux faciès. Trump et ses hommes ont aussitôt usé du chantage menaçant de couper les vivres fédéraux à ces villes rebelles. Ce qui serait une catastrophe pour La Nouvelle-Orléans, toujours assaillie après Katrina par d’énormes besoins d’investissements dans la reconstruction et les infrastructures. La ville est inquiète. Les plus militants de ses habitants sonnent la résistance.

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Et maintenant, comment juguler vraiment l’ultra-droite autrichienne

Après le soulagement de l’élection du candidat Vert, Alexander Van der Bellen, à la présidence de la république, nombreux sont les démocrates autrichiens qui alertent sur la nécessité de ne plus poursuivre les démontages sociaux et la banalisation du FPÖ, à l’origine du niveau record atteint par l’extrême droite.

Si tous les démocrates autrichiens affichaient leur soulagement au lendemain de la victoire du Vert Alexander Van der Bellen à la présidentielle, beaucoup d’entre eux, et singulièrement ceux qui sont engagés à gauche ou au sein du mouvement social, ont prévenu aussitôt qu’il fallait désormais s’attaquer aux « véritables causes de la gangrène nationaliste pangermanique ». « Sous peine de réveils cauchemardesques, lors des prochaines échéances », relève Thomas Hübner, syndicaliste membre de la chambre des travailleurs (Arbeiterkammer) à Vienne. En dépit de son échec, le FPÖ a atteint en effet un niveau record. Pour les législatives prévues en 2018, tous les sondages le placent aujourd’hui largement en tête de tous les partis, à plus de 35 % des suffrages. Ce qui met son leader, Heinz Christian Strache, en pole position pour le poste de chancelier.

Le danger est d’autant plus fort que les dirigeants socio-démocrates et conservateurs, réunis au gouvernement dans une grande coalition, ne se sont pas vraiment impliqués dans la campagne pour faire barrage à l’extrême droite, occupés qu’ils étaient « à donner des gages à leurs ailes droite respectives ou même à préparer le terrain de futures alliances avec le FPÖ », déplore Mirko Messner, dirigeant du Parti communiste autrichien (KPÖ). Les appels du pied se sont multipliés en ce sens. Jusqu’à celui très remarqué du chancelier social-démocrate, Christian Kern, qui a rencontré, quelques jours avant le scrutin, le chef du FPÖ pour lui assurer qu’il ne mettrait pas d’obstacle à une telle alliance, expérimentée déjà au niveau régional dans le Burgenland, mais encore taboue au plan national.

« Attention danger », préviennent les démocrates autrichiens : la poursuite de la banalisation du FPÖ et des politiques ordo-libérales constitue « un cocktail empoisonné pour la démocratie, l’Autriche et l’Europe ».

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Un nationaliste à la Maison Blanche: quelles conséquences.

Donal Trump, le candidat de l’extrême droite, a remporté la présidentielle au Etats-Unis. Bruno Odent, journaliste à l’Humanité, nous a brossé ici un rapide tableau prospectif des menaces que son administration pourrait faire peser sur la planète.

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Clinton ou Trump: Retour d’arrogance programmé en politique étrangère

Une Hillary Clinton plus interventionniste que Barack Obama et sensible aux sirènes des faucons démocrates fait face, pour l’élection présidentielle du 8 novembre, à un Donald Trump qui veut démultiplier la puissance militaire des États-Unis.

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Le monde pourrait bien regretter la période Obama. Même si la légende d’un président des États-Unis pacifiste, si complaisamment entretenue par l’attribution d’un prix Nobel en 2009, a vécu après huit années où les ingérences de l’hyperpuissance n’ont pas franchement faibli. Il reste que le caractère contre-productif, voire empoisonné, des débordements antérieurs, et singulièrement l’invasion de l’Irak, fut au moins pris en compte dans la politique étrangère de l’administration qui s’achève. Les engagements de politique extérieure des deux candidats au poste de « commandant en chef » de la première armée au monde, ne laissent, eux, guère de doute sur leur volonté de rejouer davantage de la force pour conforter ou « rétablir le leadership » des États-Unis. L’accès au poste suprême d’une personnalité aussi impulsive qu’un Donald Trump, l’homme de l’extrême droite nationaliste, capable de se laisser emporter par de soudains accès de « colère », fait craindre le pire en cas de crise internationale aiguë. Mais la menace n’est pas moindre si l’on examine le programme de l’ultrafavorite des sondages. Hillary Clinton est imprégnée de la conviction que les États-Unis doivent mieux s’acquitter de « leur mission » à faire respecter « la liberté et la sécurité à l’échelle planétaire ». Une position qui pourrait entraîner rapidement de très funestes développements sur le dossier syrien.

De l’huile sur le feu syrien ?

« Lorsque j’étais ministre des affaires étrangères, j’étais pour une zone de non-survol (no flying zone) au-dessus de la Syrie et je le suis encore aujourd’hui », vient de déclarer l’ex-secrétaire d’État. Il s’agirait d’empêcher les bombardements qui, il est vrai, coûtent la vie à de nombreux civils d’Alep. Mais pour que personne ne doute de la visée véritable d’une telle mesure, Clinton ajoute aussitôt : « Nous avons besoin d’un levier contre les Russes. » On ne saurait mieux envisager une confrontation directe avec Moscou (engagé dans le ciel syrien aux côtés des forces du régime contre l’« État islamique » et certains groupes de la rébellion). La candidate affiche une proximité inquiétante avec les « liberal hawks » (faucons libéraux), souligne l’ex-diplomate français, Hubert Védrine, en précisant que ce « puissant courant démocrate » est « le symétrique des néoconservateurs dans le camp républicain ». Un penchant pour les aventures militaires confirmé par la relation très étroite de l’ex-première dame avec Madeleine Albright, un de ces « faucons » de haut vol, qui fut, de sinistre mémoire internationale, secrétaire d’État durant le second mandat de son mari, Bill.

Étonnant aléa de la controverse électorale : en s’appuyant sur les arguments syriens d’Hillary Clinton pour en démontrer le caractère irresponsable et donc « indigne d’un vrai commandant en chef », son adversaire Donald Trump a pu se payer le luxe d’enfiler, lui, des habits de colombe, prévenant qu’une zone de non-survol en Syrie serait « synonyme d’une troisième guerre mondiale ». Car, pointe-t-il, « la Russie est un pays où les bombes nucléaires fonctionnent ».

Il ne faut pas s’y tromper cependant. Derrière un certain tropisme pro-Poutine, commun à de si nombreux tribuns nationalistes et populistes des deux côtés de l’Atlantique – sans doute séduits par « l’exemple » que suscite à leurs yeux le locataire du Kremlin, capable de diriger son État d’une poigne de fer –, Trump ne saurait cacher le fond d’un programme qui constitue, au moins autant que celui de son adversaire, une bombe à retardement pour la paix mondiale.

Retour au soutien inconditionnel à Israël

D’abord parce que le candidat républicain est prêt, lui aussi, à jeter de l’huile sur le feu moyen-oriental en s’en prenant à l’Iran, pourtant un des acteurs incontournables d’un règlement dans la région. Le milliardaire nationaliste a juré de démanteler « l’accord catastrophique » passé entre Téhéran et les grandes puissances sur le nucléaire. Devant l’Aipac (the American Israel Public Affairs Committee), puissant lobby pro-israélien, il a dénoncé la distance prise, ces dernières années, par Barack Obama avec le gouvernement de droite/extrême droite de Benyamin Nétanyahou comme « la pire chose qui soit jamais arrivée à Israël ». Moins abrupte, Hillary Clinton veut néanmoins balayer, elle aussi, les quelques frictions apparues avec Tel-Aviv et renouer plus ostensiblement avec les dirigeants israéliens actuels. Aucune critique de la colonisation israélienne ne figure ainsi dans la plateforme électorale du Parti démocrate, en dépit des demandes insistantes du camp Sanders, lors de la convention du parti en juillet dernier.

Accord sur l’expansion des dépenses militaires

Une autre convergence, de fait, entre les deux candidats, porte sur l’expansion des dépenses militaires. L’analyse si convenue d’un Donald Trump, présenté comme un « isolationniste », partisan d’un repli sur « l’Amérique d’abord », ne résiste pas à un examen sérieux de son programme sur le sujet. Oncle Donald entend augmenter l’armée des États-Unis de 50 000 hommes, créer 13 bataillons de marines supplémentaires, augmenter très sensiblement le nombre de navires et d’avions de combat. Il veut accélérer le redéploiement géostratégique, déjà entamé, vers l’Asie du Sud-Est avec présence militaire états-unienne « renforcée dans et autour du sud de la mer de Chine ».

Hillary Clinton n’avance aucun chiffre portant sur un éventuel agrandissement du format de l’armée. Mais elle veut lever les règles du « séquestre budgétaire » (norme couperet limitant automatiquement les dépenses publiques). Et elle insiste tout particulièrement sur la nécessité d’augmenter les enveloppes « destinées à la défense ». Une manière de planifier une nouvelle diarrhée de dépenses militaires. Et cela malgré la dette publique du pays qui crève, au même moment, tous les plafonds. La candidate démocrate veut aussi une montée en puissance des États-Unis en Asie du Sud-Est.

Ainsi les différences d’approche entre les deux candidats ne portent-elles pas sur le bien-fondé de l’effort militaire gigantesque à programmer mais sur la méthode qu’il conviendrait d’appliquer pour le mettre en œuvre. Hillary Clinton insiste sur « un renforcement des alliances », en Europe au sein de l’Otan et en Asie/Pacifique avec la Corée du Sud et le Japon. Quand Donald Trump affiche, lui, beaucoup de défiance à leur égard. Le milliardaire nationaliste reproche ouvertement aux États membres de ces alliances de ne « pas payer ce qu’ils doivent » et donc de bénéficier à trop bon compte du « parapluie » militaire états-unien. Il s’en remet à une logique très libérale : il veut investir pour faire enfler une armada déjà considérable. Mais comme cela va coûter très cher, il estime qu’il va falloir faire payer davantage les alliés. Quitte à les menacer de ne pas intervenir s’ils ne s’exécutaient pas.

L’empire version Trump soigne l’expansion de sa force armée. Avec un double objectif : celui d’acquérir les moyens de se projeter partout où le nécessitent les intérêts présumés de « l’Amérique d’abord ». Et moins classiquement celui de brandir ce monstre de puissance pour le vendre, le cas échéant, à des alliés en mal de garantie sécuritaire. Comme un super-service de… mercenaires.

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L’abstention, ultime inconnue de la présidentielle états-unienne

Après le dernier débat télévisé de Las Vegas, Hillary Clinton reste ultrafavorite. Seule inconnue : la mobilisation des électorats face au désolant niveau des échanges.

À trois semaines de la présidentielle, les jeux paraissent faits. Hillary Clinton, qui a neutralisé Donald Trump dans le dernier débat télévisé de la présidentielle, devrait, au moins, avoir maintenu sa nette avance dans les sondages, en particulier dans ces « Swing States » (« États bascules » qui, à chaque scrutin, font la différence en vacillant dans le camp démocrate ou républicain). La seule inconnue tient au niveau de l’abstention. Généralement élevé aux États-Unis, il pourrait battre des records le 8 novembre en raison de la piètre qualité des arguments échangés par les deux protagonistes, qui se sont le plus souvent limités à la critique, voire aux insultes. Plus encore que souvent en pareille circonstance – compte tenu d’un système réduisant la finale de l’élection à un duel entre tribuns des deux partis qui écrasent la scène politique –, « les électeurs de la présidentielle vont devoir aller voter en se bouchant le nez », soulignait récemment l’historien spécialiste des États-Unis André Kaspi sur les ondes de France Inter.

L’ampleur des refus de participer au vote dans l’un ou l’autre camp pourrait ainsi s’avérer décisive. Dans l’équipe d’Hillary Clinton, on craint que les bons sondages et les multiples commentaires donnant déjà les clés de la Maison-Blanche à l’ex-secrétaire d’État n’aient un effet démobilisateur. Barack Obama lui-même a donné de sa personne à plusieurs reprises en prévenant que le « résultat n’était pas acquis » qu’il pourrait être « serré » et qu’il fallait donc « aller voter ».

Les Africains-Américains ont vu « leur niveau de vie chuter »

Paradoxalement, c’est au sein de la communauté africaine-américaine, qui paraît la plus acquise à Hillary Clinton, que les craintes d’abstention sont les plus fortes. La déception y est à la mesure des immenses espoirs qu’avait suscités l’élection du premier président noir des États-Unis en 2008. Les Africains-Américains, qui furent, de loin, les principales ­victimes du krach des subprimes, attendaient au moins un recul des discriminations et plus de justice sociale. « Ils ont vu leur niveau de vie chuter et ils se font trouer la peau par des policiers racistes qui ne sont même pas sanctionnés », s’emporte John Parker, du mouvement Black Lives Matter (les vies des Noirs sont importantes) à New York. Et ce « ressenti-là », précise-t-il aussitôt, est un « formidable handicap pour tous ceux qui, comme nous, considèrent qu’il faut absolument faire barrage à Trump ».

Le degré de mobilisation pour l’ex-secrétaire d’État de ceux qui avaient soutenu Bernie Sanders lors de la primaire démocrate constitue une autre inconnue du même type. Malgré son engagement loyal aux côtés d’Hillary Clinton et sa conviction réitérée qu’il n’y aurait « rien de pire que Trump » pour les États-Unis et le monde, il n’est pas sûr que l’appel du candidat « socialiste » soit entendu de tous. Et de ce point de vue, les choix ­politiciens d’Hillary Clinton, qui multiplie les appels du pied à un électorat conservateur traditionnel, censé être effrayé par les ­débordements de Trump et qui oublie les propositions progressistes inspirées de ­Sanders, peuvent s’avérer contre-productifs. Comme les liens privilégiés de l’ex-« première dame » avec Wall Street, qui transpirent si fort dans de premières indiscrétions sur la composition de son futur cabinet.

Donald Trump se présente en victime du système

Favori pour le poste de secrétaire au Trésor, Lawrence Fink n’est autre que le PDG du groupe BlackRock (géant de la finance internationale). Sa promotion paraît si assurée qu’elle a provoqué une mise en garde solennelle d’Elizabeth Warren, autre figure de l’aile gauche du Parti démocrate. « Nous ne laisserons pas, a-t-elle prévenu la candidate Clinton, Citigroup, Morgan Stanley ou BlackRock choisir qui gère l’économie dans ce pays et qui peut ainsi capturer notre gouvernement. »

La faculté de stimuler l’abstention n’est ­cependant pas propre au clan Clinton. Donald Trump, qui aurait besoin d’une mobilisation exceptionnelle de ses électeurs s’il veut espérer créer la surprise le 8 novembre, fait étalage aussi de redoutables capacités démobilisatrices. Il a, lui, entamé la dernière ligne droite de la campagne en jouant une étrange carte ­complotiste. Il se présente en victime d’un système qui truquerait « d’avance les élections », laissant même entendre à Las Vegas qu’il pourrait « ne pas reconnaître le résultat » au soir du scrutin. Mais, dès lors, « quel intérêt y aurait-il à se mobiliser pour lui ? » s’étrangle-t-on au sein d’un staff républicain qui semble toujours plus résigné à la défaite.

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Quand l’Allemagne joue la « préférence nationale »

Un projet de loi adopté par le gouvernement de grande coalition veut instaurer une période de 5 ans pendant laquelle les étrangers européens privés de travail  vivant sur le sol allemand ne pourront pas toucher la moindre allocation sociale.

Le gouvernement allemand de grande coalition a adopté mercredi 12 octobre un projet de loi qui va priver de prestations sociales les immigrés venus d’autres pays européens pendant 5 ans. Son auteur, la ministre du travail, Andrea Nahles (SPD), l’a mis au point pour réduire, dit-elle, « les abus » pratiqués par « des personnes sans travail » dont la venue dans le pays n’obéirait qu’au seul objectif de bénéficier des aides sociales. Les nationalistes de droite et d’extrême droite (AfD) sont comblés d’aise.  « C’est le bon chemin que montre la ministre fédéral du travail » a lancé à Munich, Emilia Müller, une des dirigeantes du parti chrétien social bavarois (CSU). Cette formation  dénonce depuis des mois avec l’ultra droite le «tourisme social» (sic) auquel s’adonneraient nombre de migrants issus de pays membres de l’Union Européenne ce qui déboucherait sur un « pillage de l’état providence allemand », selon l’expression de Frauke Petry, présidente de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, extrême droite).

Le projet de loi s’inscrit dans la même logique que les mesures discriminatoires anti-migrants que voulait faire adopter David Cameron en Grande Bretagne. L’ex premier ministre britannique avait obtenu, en vue du référendum sur le Brexit, le soutien de ses pairs européens pour introduire chez lui des dispositions empêchant pendant 7 ans les migrants venus de l’UE de toucher les mêmes prestations que les autochtones ou les obligeant pendant 4 ans à percevoir des allocations  familiales … «indexées sur le niveau de vie du pays d’origine.»

Illustration de la forte convergence de vue sur ce dossier entre la chancelière , Angela Merkel et le premier ministre britannique, l’idée du projet de loi allemand a germé au printemps dernier en même temps que Berlin affichait un soutien sans faille à Londres pour que l’ensemble des membres du conseil européen – y compris le français, François Hollande – accepte in fine de ratifier un texte qui restreint, de fait, la liberté de circulation des individus au sein de l’UE ; une liberté considérée pourtant comme l’un des principes européens fondamentaux.

Le projet de loi dont l’adoption paraît acquise au Bundestag – où CDU et SPD sont ultra-majoritaires  – participe de la même atteinte à cette liberté de circulation. Il instituerait dans les règles sociales rien moins que la «préférence nationale», inscrite notamment dans le programme du FN français. Croire que cette nouvelle concession faite à un «national-libéralisme» en plein essor en Europe, pourra finalement lui couper l’herbe sous le pied constitue pour le moins une dangereuse illusion. Tant on lui donne ainsi une légitimité et une crédibilité supplémentaires inespérées. Et donc une capacité à renforcer encore l’emprise acquise partout , et singulièrement des deux côtés du Rhin.

Ce nouveau signe de régression soulève inquiétudes et résistances en Allemagne. Annelie Buntenbach, membre de la présidence du syndicat DGB alerte sur le danger que représente ce texte en rappelant que la loi fondamentale allemande garantie « un droit à chacun à une existence digne, quel que soit sa nationalité. »  Et de relever que le syndicat devrait  déposer rapidement un recours d’inconstitutionnalité de la loi. « Le tri des bons et des mauvais citoyens de l’UE », est insupportable, souligne le député, Die Linke, Jan Korte. Il ajoute que si l’on se présente en «défenseur de l’Europe», il faut  « développer des solutions européennes  au lieu de pratiquer le repli national.»

Quelques 440.000 « étrangers européens » vivent sur le territoire allemand. Parmi eux, les nationalités les plus concernées par les discriminations programmées sont les polonais ( 92.000 personnes) . Ensuite viennent les italiens ( 71.000), puis les bulgares ( 70.000) , les roumains ( 57.000) et enfin les grecs (46.000).

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