Commerce mondial: un accord secret pour dépecer les services publics

Les États-Unis, les pays de l’UE et une vingtaine d’autres États ont entamé à Genève des négociations sur le commerce des services. Signe particulier : ces tractations devaient restées top secrètes pendant cinq ans. WikiLeaks a réussi à lever en partie le voile sur leur contenu.

Tout devait rester entièrement secret. Rien ne devait filtrer des négociations sur l’accord sur le commerce des services (ACS) entamées depuis deux ans à l’ambassade d’Australie à Genève entre les États-Unis, l’Union européenne et une vingtaine de pays. Une vaste entreprise de libéralisation qui touche jusqu’aux services publics fondamentaux. Des mesures assurant une confidentialité totale des discussions ont été prises, dans un langage digne d’un scénario à la James Bond. Les textes établissant l’avancée des pourparlers ont été «classifiés», selon un jargon utilisé généralement pour les dossiers secret-défense. Ils doivent être «protégés de toute diffusion non autorisée» et stockés dans un système d’ordinateurs lui-même classifié et maintenu «dans un building ou un container clos» sous haute surveillance. L’objectif déclaré est que rien ne puisse transpirer du contenu de ces tractations «jusqu’à cinq ans après la conclusion d’un accord» ou la fin des négociations si celles-ci devaient finalement ne pas aboutir.

C’était sans compter sur la dextérité des lanceurs d’alerte de WikiLeaks qui sont parvenus à récupérer une partie des textes surprotégés. Ils ont publié ainsi le 19 juin sur leur site l’annexe du traité en préparation consacré aux services financiers. Ces révélations soulignent, en fait, l’ampleur de l’offensive engagée par Washington, suivi par les États membres de l’Union européenne, pour permettre aux multinationales de truster, le moment venu, le commerce des produits financiers mais aussi celui de tous les services sur les grands marchés transatlantique et transpacifique, dont les négociations, on le sait, avancent au même moment, dans la plus grande discrétion.

Contourner les résistances populaires et les réfractaires de l’OMC

Les pourparlers secrets pour parvenir à un accord sur le commerce des services (ACS) ont démarré en 2012 et leurs initiateurs entendent tout faire pour les conclure avant la fin 2015. Ils sont en fait destinés à contourner l’obstacle que constituaient les résistances de forces progressistes, de mouvements sociaux, de syndicats et de plusieurs pays en développement pour la conclusion d’un accord global sur le commerce des services (AGCS) au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Devant la paralysie du processus multilatéral lancé en 2001 dans le cadre du cycle dit de Doha de l’OMC, un groupe de pays a décidé, sous l’impulsion des États-Unis et des États membres de l’UE, d’entamer, il y a deux ans, une négociation parallèle.

Autrement dit : désavoué démocratiquement et donc sorti par la porte, l’AGCS pouvait ainsi rentrer par la fenêtre sous l’impulsion d’une cinquantaine de gouvernements. Les négociateurs autoproclamés ont l’espoir de définir dans un cadre plurilatéral des normes pour qu’elles s’imposent, à terme, comme unique référence internationale. Ils misent d’évidence sur leur poids économique – ils représentent ensemble près de 70% du commerce mondial – pour rallier en fin de compte les pays récalcitrants de l’OMC court-circuités. Le lieu géographique des tractations a simplement été transféré de quelques rues à Genève, passant du siège de l’OMC aux locaux de l’ambassade d’Australie, pays opportunément tout acquis à la libéralisation.

Principale source d’inspiration du groupe : les «experts» de la «coalition globale des services» (GSC) au sein de laquelle on retrouve, côté états-unien, les géants du secteur (banque, Internet, énergie) mais aussi, côté européen, le Medef ou le poids lourd français, Veolia (voir ci contre). Le document diffusé par WikiLeaks, qui correspond au relevé de la négociation au 14 avril dernier, révèle le forcing déployé pour banaliser le commerce des produits financiers, comme si rien n’avait été retenu des causes du krach ravageur qui s’est produit seulement sept ans en arrière.

 

Échanges financiers, 
le retour du délire

Les normes proposées dans l’annexe du texte secret consacré au commerce des produits financiers visent d’abord à restreindre la capacité d’intervention de la puissance publique et se fixent ouvertement comme objectif un modèle «autorégulateur» de la finance. Les États signataires du futur ACS ne seraient quasiment plus autorisés à légiférer pour limiter les transactions financières transfrontalières (article X 3.2.).

Au nom de la libre concurrence les «monopoles d’État en matière de fonds de pension» – traduisez : les systèmes publics de Sécurité sociale – seraient, à terme, démantelés. Même «les assurances pour calamité naturelle» se devraient de ne plus fonctionner sous contrôle public.

L’approbation de l’autorisation de produits financiers innovants est recherchée (article X 2.1.). On sait combien le laxisme organisé à cet égard a nourri la boursouflure financière qui a éclaté, il y a sept ans. « Les CDS (credit defaut swaps), qui furent considérés comme des produits innovants, ont été au cœur de la crise», fait remarquer à juste titre Jane Kelsey, professeure à la faculté d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, sur le site de WikiLeaks.

Les firmes Internet états-uniennes font pression pour transmettre sans véritable garde-fou les données de leurs clients. En particulier celles qui sont présentes dans les systèmes dits «clouds» (nuages) qui permettent de stocker des documents hors du disque dur de l’ordinateur. Cette information-là suscite depuis le jour de sa divulgation par WikiLeaks, le 19 juin, une vive réaction dans la presse allemande où les révélations d’un autre lanceur d’alerte, Edward Snowden, sur l’espionnage de masse pratiqué par la NSA (National Security Agency), avec la complicité des géants états-uniens de l’Internet, avaient déjà suscité beaucoup d’inquiétudes dans l’opinion.

 

Privatisations interdites

Les orientations du texte secret stipulent que les sociétés étrangères ne sauraient être victimes d’un traitement dit «discriminatoire». Autrement dit : elles doivent avoir accès au marché des pays signataires exactement dans les mêmes conditions que les prestataires locaux, qu’ils fournissent ou non un service public à la population.

Un géant de la fourniture d’eau ou de gaz, comme les français Veolia ou GDF Suez, aurait ainsi non seulement le droit de s’installer sur un marché tiers. Mais il pourrait aussi faire jouer une clause d’engagement au respect de la concurrence pour exiger de bénéficier de subventions d’un montant égal à celui versé par l’État en question au service public de l’eau ou de l’énergie.

Par ailleurs le retour à une nationalisation d’un service public privatisé, fût-il partiel, serait strictement interdit aux États signataires au nom des garanties accordées aux investisseurs afin de favoriser, explique-t-on, la fluidité des échanges. Ainsi deviendrait impossible une remunicipalisation de l’eau décidée en maints endroits en France comme à Paris, après la gabegie et l’explosion des factures des particuliers provoquées par les requins de la Générale et de la Lyonnaise des eaux, qui se sont longtemps partagé le marché de la capitale française.

 

Éducation, santé, transports, rien n’échapperait à l’appétit du privé

L’ACS doit s’appliquer à tous les domaines capables de fournir un service à l’échelle internationale. Selon l’Internationale des services publics (PSI), qui regroupe quelque 669 syndicats dans le monde entier, il englobe ainsi un champ immense : la fourniture transfrontière (le mode 1 de l’ex-AGCS) – telle que la télé-médecine, la formation à distance ou les paris sur Internet –, le tourisme (mode 2 de l’ex-AGCS), l’investissement étranger direct avec les principes et les conséquences que l’on vient d’exposer (mode 3 de l’ex-AGCS) et le mouvement temporaire des personnes physiques (mode 4 de l’ex-AGCS). L’objectif d’accords comme celui dont la négociation est secrètement engagée, dénonce Rosa Pavanelli, la secrétaire générale de la PSI, est «d’institutionnaliser les droits des investisseurs et d’interdire toute intervention des États dans un large éventail de secteurs».

Santé, éducation, transports, rien n’échapperait à la démarche qui accélérerait, dans des dimensions inédites, la libéralisation des services publics. Selon une logique d’écrémage par le capital privé en mal d’acquérir de nouvelles ressources dans la phase actuelle de la crise où les débouchés se rabougrissent. Il cherche à s’accaparer les secteurs financièrement les plus prometteurs. Les cheminots français en lutte ont ainsi parfaitement discerné la menace qui pourrait conduire à une polarisation des investissements privés sur les tronçons voyageurs les plus rentables quand des dizaines de voies dites secondaires et donc de gares seraient condamnées à disparaître. Le 4e paquet ferroviaire de la Commission européenne n’est certes pas dans le traité secret en cours de négociation. Il n’en épouse pas moins la ligne dévastatrice pour l’avenir des services publics et, au passage, pour… un certain mode de construction européenne. Comme on devrait le savoir au moins depuis l’élection du 25 mai l’acharnement libéral, prêt à nier la démocratie au point d’agir caché contre les intérêts des citoyens, met pourtant l’Europe en danger.

 

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Union européenne: Avec Juncker un grand bond en avant vers le…passé

Alors que l’UE a besoin d’une vraie rupture, le Conseil européen place à Bruxelles l’un de ses croisés du vieil ordo-libéralisme, 
qui a été premier ministre du Luxembourg durant dix-huit ans et patron de l’eurogroupe durant huit ans.

Faut-il en pleurer, faut-il en rire ? L’intronisation de Jean-Claude Juncker par le Conseil européen pour le poste de président de la Commission durant les cinq prochaines années est présentée depuis vendredi, par une armée d’eurocommunicants, comme un tournant dans l’histoire de l’UE. La désignation du chef de file du PPE (Parti populaire européen) arrivé en tête lors du scrutin du 25 mai, où fut renouvelé le Parlement européen, ouvrirait la voie au dépassement du déficit démocratique qui plombe si gravement l’Europe.

L’ennui des liftings les plus appuyés, c’est qu’ils ne peuvent faire illusion quand la façade est trop abîmée. Et le profil de l’ex-président de l’eurogroupe, ex-premier ministre luxembourgeois, n’est pas franchement affriolant. Austérité, évasion fiscale, alignement sur la pensée unique libérale, il cumule tout ce qui alimente, dans le fond aujourd’hui, le divorce avec les citoyens européens.

L’ombrageux chrétien-social luxembourgeois fut l’un de ceux qui rédigea le traité de Maastricht. Président de l’eurogroupe de 2005 à 2013, il s’est montré impitoyable dans l’application des remèdes poisons infligés aux pays endettés de la zone euro. Ce qui est à l’origine des menaces de déflation (baisse des prix et des salaires) qui rôdent aujourd’hui autour de l’Europe.

L’homme de la poursuite 
des politiques austéritaires

Au summum de la crise grecque, en 2011, il plaida la mise en place d’une agence de privatisations «sur le modèle de la Treuhand», la holding créée sur mesure pour les grands groupes allemands au moment de la réunification afin qu’ils puissent s’emparer des meilleurs morceaux industriels de l’ex-RDA. Juncker, impitoyable garant de la loi du plus fort dans le poulailler du grand marché, sait qu’il faut être du côté du manche. La chancelière allemande l’a bien compris. Elle n’aura pas attendu longtemps pour en faire son candidat afin de garantir la poursuite des politiques austéritaires. D’ailleurs, le pacte dit de stabilité fut conforté au Conseil européen. C’est seulement dans son cadre, relève le communiqué final du sommet, qu’il faudra « trouver un équilibre entre la discipline budgétaire et le nécessaire soutien à la croissance». L’allusion à la «relance», tant réclamée par François Hollande, n’a d’autre valeur que cosmétique. Le texte prône en effet bien plus sérieusement l’engagement de tous à poursuivre «des réformes de structure». Entendez les privatisations des services publics ou les dérégulations des marchés du travail déjà entamées.

Pas plus qu’il n’impulsera une réorientation économique, Jean-Claude Juncker ne sera le docteur justice qui traquera les riches particuliers et les entreprises qui grèvent tant les budgets des États européens en allant placer fortunes ou profits sous d’autres cieux. Lui qui fut pendant dix-huit ans premier ministre d’un grand-duché dont il a défendu bec et ongles les «intérêts» de paradis fiscal. Comme lorsque l’affaire Clearstream défraya la chronique française. «Nous sommes vexés, avait-il alors lancé, sans rire, que le Luxembourg ait pu être présenté comme une terre de blanchisseurs d’argent…»

Quant à l’espoir affiché d’une Europe moins intergouvernementale qu’appellent de leurs vœux les nombreux serviteurs du prêt à penser «eurofédéraliste», il relève bien davantage de l’autopersuasion que de la réalité. Juncker n’est guère programmé pour ça. Tant son principal mentor, la chancelière allemande, est convaincu qu’un engagement dans des politiques contraignantes dans la zone euro passe davantage par des pactes de fer entre États que par la délégation de pouvoirs à un gouvernement européen centralisé. «Chaque problème en Europe n’est pas un problème pour l’Europe», a martelé Merkel dans les meetings de la CDU lors de la campagne des européennes du 25 mai.

Enfin, le mode de propulsion du Luxembourgeois à la tête de la Commission ne déroge pas lui-même aux «bonnes vieilles» combinaisons dont les institutions européennes ont le secret : le ralliement du SPD allemand et des socialistes européens a été obtenu en échange de la réélection de Martin Schulz à la présidence de l’assemblée de Strasbourg. Alors que l’Europe en danger a besoin d’une vraie refondation, l’avènement de Juncker est un grand bond en avant vers… le passé.

 

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Un « modèle » énergétique allemand à hauts risques… nucléaires

Les quatre groupes qui se partagent le marché de l’électricité outre Rhin « relativisent » les besoins de maintenance  de leurs centrales atomiques promises à la fermeture d’ici 2022 et exercent un chantage pour que la charge de leur futur démantèlement soit transférée au public.

Les patrons d’E.ON, RWE, EnBW et Vattenfall, les quatre groupes privés qui se partagent le marché de l’électricité outre-Rhin, viennent de faire connaître un plan de fermeture de leurs centrales nucléaires qui présente toutes les apparences d’un chantage à l’égard des autorités allemandes. En réaction au «tournant énergétique», décidé par Angela Merkel en 2011, au lendemain de la catastrophe de Fukushima, qui prévoit l’arrêt en 2022 de l’exploitation du nucléaire (aujourd’hui encore 16% de la production de courant électrique), ils avaient entamé des poursuites judiciaires contre l’État fédéral, lui réclamant des milliards d’euros de dommages. Au nom de la préservation de leur compétitivité, ils annoncent désormais être prêts à abandonner ces recours en échange de la création d’une «fondation» publique destinée à financer une grande part des frais induits par le démantèlement des infrastructures nucléaires.

Le magazine Der Spiegel, qui a révélé au milieu du mois de mai l’existence de ce marchandage, fait un parallèle très pertinent entre la technique proposée par les quatre électriciens et ces réseaux de «bad banks» instaurés au lendemain du krach boursier de 2007-2008. Comme les banques allemandes très lourdement impactées ont pu apurer jadis leurs bilans en transférant vers des instances « dépotoirs publics » les tombereaux de titres pourris qu’elles détenaient dans leur coffre, les quatre électriciens seraient dispensés de la majeure partie des frais occasionnés par le démontage et la mise en lieux sûrs des combustibles et des installations contaminées par la radioactivité. Autrement dit : les gains des opérateurs privés seraient assurés, leurs éventuelles pertes étant forcément… socialisées. Face à l’indignation qu’a suscitée cette offre, le ministre de l’Énergie et de l’Économie, vice-chancelier et président du SPD, Sigmar Gabriel, hésite. Mais il laisse aussi entendre qu’un compromis serait négociable.

 

Des incidents déjà repérés

On connaît déjà les terribles effets de l’application de l’ordo-libéralisme germanique sur le «tournant énergétique». Pour compenser l’abandon du nucléaire, les quatre champions de l’électricité ont en effet recours massivement aux combustibles les plus «rentables», le charbon et surtout le très polluant lignite. Ce qui pulse les émissions de gaz à effet de serre de Berlin (voir notre édition du 13 mai 2014). Pour l’organisation de la sortie de l’atome, l’affaire prend une dimension peut-être plus dangereuse encore quand la soumission aux lois de la rentabilité financière vient contredire certains des impératifs de la sûreté nucléaire.

Les gestionnaires des centrales, qui seront mises à l’arrêt dans les années qui viennent, considèrent en effet que des réparations ou les travaux d’entretien, jugés jusqu’alors «impératifs» pour assurer la sécurité des établissements, doivent désormais être, disent-ils, «relativisés» en fonction de la durée restante d’exploitation. De quoi soulever l’inquiétude de spécialistes comme Wolfram König, président du Bureau fédéral de protection contre les rayonnements, qui alerte : « Il ne faut surtout pas que cela conduise à privilégier la solution meilleur marché sur celle qui est la plus sûre.»

Ces craintes sont d’autant plus fortes qu’elles se nourrissent d’incidents déjà repérés. Ainsi des engagements dans des travaux de sécurisation des installations ont-ils été «relativisés» dans la centrale nucléaire bavaroise de Grafenrheinfeld. Le remplacement d’un conduit fissuré du circuit de refroidissement de l’un des réacteurs, repéré en 2010, a été annulé, l’exploitant E.ON recevant l’étonnant assentiment du Bureau bavarois de surveillance atomique. Ce qui a suscité la réaction émue d’une partie de la presse allemande. Une réparation aurait eu naturellement pour conséquence de bloquer pendant le temps nécessaire la production d’électricité sur ce réacteur et donc d’affecter la rentabilité du site.

Un autre incident du même type a eu lieu dans la centrale de Gundremmingen, localisée également en Bavière, révèle Der Spiegel du 21 mai dernier. Cette fois, c’est un rapport indiquant qu’un réacteur ne disposait pas des trois dispositifs de refroidissement de secours réglementaires, qui est traité par le mépris. Ce qui conduit un responsable anonyme interrogé par le magazine à faire part de son indignation : «Jadis, c’étaient les techniciens qui décidaient si quelque chose devait être amélioré ou remplacé. Aujourd’hui, ce sont les directions financières… »

La démarche des Konzerne colle à la logique qui les conduit à exiger le transfert de la majeure partie des frais de sortie du nucléaire sur la puissance publique. «Si elle entend imposer des mesures coûteuses en matière de sûreté nucléaire, qu’elle le fasse mais à ses frais», disent en substance les maîtres chanteurs de la bande des quatre. Grâce à la «bad bank» nucléaire à la charge des contribuables et des usagers ordinaires dont la facture d’électricité ne cesse déjà de flamber.

Les défis de la transition énergétique sont incompatibles avec les logiques ordo-libérales et ses diktats de la «compétitivité». Ils appellent, de fait, un dépassement des lois du marché et donc une maîtrise publique de l’énergie en Allemagne comme en Europe.

 

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L’Alternative pour l’Allemagne patauge dans le marigot brun

En dépit des efforts de ses dirigeants pour donner à leur parti un brevet de respectabilité la formation anti-euro chasse sur les terres xénophobes de l’extrême droite la plus conventionnelle.

L’extrême droite allemande pourrait faire sensation outre Rhin à l’occasion du scrutin du 25 mai en raflant entre 5 et 7 sièges de députés européens. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) lancée, il y a tout juste un an par d’anciens membres de l’aile droite du parti chrétien démocrate, avait déjà créé la surprise, en ne ratant son entrée au Bundestag (4,7%) en septembre dernier que de quelques milliers de voix.

La sortie de l’euro reste le premier et le principal étendard du parti. Cette revendication est portée au sein de la classe dirigeante par les milieux les plus conservateurs qui considèrent la monnaie unique comme une entrave à l’expansion de l’économie germanique.

Chef de file du parti, l’économiste Bernd Lucke, comme l’ex patron des patrons  allemands, Hans Olaf Henkel – numéro deux sur la liste de l’AfD aux européennes – déploient beaucoup d’efforts pour banaliser le profil de leur formation. Ils clament bien haut et fort qu’ils refusent un système européen qui conduirait « le contribuable allemand à payer pour la dette grecque, portugaise ou espagnole ». Mais qu’on ne vienne surtout pas les mettre sur le même plan qu’une extrême droite n’hésitant à se référer au néonazisme comme le parti nationaliste (NPD), l’union populaire (DVU) ou les Republikaner.

Pourtant le tropisme est bien là. Et la position anti-euro n’y est pas franchement étrangère. Elle qui fleure son pesant de nationalisme et de mépris contre les métèques du sud de l’Europe, ouvre la porte à des dérives plus ouvertement xénophobes. Lucke et Henkel n’y résistent d’ailleurs pas eux-même. Le premier quand il affirme que les migrants constituent une « sorte de lie qui s’incruste pour toute une vie dans nos systèmes sociaux». Le second quand il place la Turquie dans son collimateur, dénonçant l’absence de liberté qui y règne «comme dans tous les pays musulmans.»

Les militants, eux, ne s’embarrassent d’aucune précaution pour développer un argumentaire raciste. Comme au congrès, destiné à lancer la campagne des européennes de l’AfD en mars dernier. « Les autres partis sont favorables à l’immigration uniquement parce qu’ils veulent que les allemands se dissolvent dans une grande bouillie européenne,» a lancé ainsi le chef de file de l’AfD de Basse Saxe, Armin Paul Hampel. A Leipzig des membres du parti mobilisés dans un quartier contre la construction d’une mosquée ont jeté sur le chantier du bâtiment des pics ornés de têtes de cochon.

L’organisation de jeunesse de l’AfD vient de lancer une campagne alimentée des clichés anti-féministes, anti-homosexuels, anti-mariage gay les plus éculés, en des termes que ne pourrait les réactionnaires les plus ultra. D’où d’ailleurs une vague d’entrisme d’ex militants néonazis. Tout à sa stratégie de banalisation, Bernd Lucke cherche bien à la contenir. Mais une chronique régulière dévoilant, dans la presse allemande, ces passages de personnels bruns vers l’AfD illustre la perméabilité des frontières avec la «vieille» extrême-droite.

 

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Smic: « Le besoin d’une autre Europe résonne au sein du modèle allemand»

Entretien consacré à la loi prévoyant l’introduction d’un salaire minimum outre Rhin à partir de 2015, paru dans l’humanité dimanche du 15 au 21 mai 2014 

 

Durant les négociations qui ont eu lieu pour former un gouvernement de grande coalition entre la CDU et le SPD, l’instauration d’un smic a été présentée comme une avancée phare obtenue par les sociaux démocrates. Est-ce la priorité sociale que les syndicats et les salariés allemands attendaient?

Bruno Odent. Dans un pays où les réformes Hartz, engagées, il y a dix ans, ont provoqué l’irruption d’un phénomène massif de travailleurs pauvres et où un volant très important de salariés, jadis bien couverts par les conventions collectives, a été happé par la précarité, l’attente d’une législation en faveur d’un salaire minimum, était très forte. Ce fut l’un des thèmes majeurs de la campagne de l’élection du Bundestag l’an dernier. L’instauration de ce Smic était portée effectivement par le SPD qui, au passage, reprenait une proposition soutenue depuis des années par Die Linke. Mais la chancelière avait très habilement laissé entendre qu’elle-même n’y serait plus hostile.

Le problème c’est le passage à l’acte. La récente proposition de loi du gouvernement visant à instaurer un salaire minimum national à partir de 2015 tient en effet beaucoup d’un marché de dupes. D’abord parce que la loi ne s’appliquera pas avant 2O17. Jusqu’à cette date toutes les branches qui possèderont encore des minimas salariaux inférieurs au montant horaire du Smic, soit  8,50 euros bruts,  pourront bénéficier d’une exemption. Au moins 15 branches sont concernées. Plusieurs centaines de milliers de salariés seront donc privés de Smic jusqu’en … janvier 2017.

Quant à la rémunération des futurs Smicards – déjà fixée à un niveau sensiblement inférieurs au montant actuel du Smic français (9,53 euros ) – elle doit être gelée à 8,50 euros jusqu’en 2018. Date à laquelle une commission tripartite (Patronat, syndicat et experts) devrait se réunir pour trancher ou non en faveur d’un éventuel « coup de pouce ».

Plus grave, le texte présenté par Andrea Nahles, la ministre du travail SPD, du gouvernement Merkel, prévoit d’autres exemptions avec un caractère durable,  au-delà donc du délai de 2017 que je viens d’évoquer. Seront exclus du SMIC : les jeunes de moins de 18 ans et les chômeurs de longue durée pendant une période de 6 mois après qu’ils ont retrouvé du travail. Et des députés CDU entendent déposer un amendement, lors du passage de la loi au Bundestag, dans les semaines qui viennent,  pour porter la limite cette « période  jeune sans smic » à 23 ans.

Berlin s’est vu pourtant décerné un satisfecit assez généralisé pour l’adoption de ce nouveau salaire minimum ?

Bruno Odent. Oui, de Bruxelles à Paris et jusqu’au Fonds Monétaire Internationale (FMI), on s’est bruyamment félicité d’un changement de pied allemand. Les commentateurs les plus autorisés ont décrété que Berlin répondrait enfin aux sollicitations pour stimuler sa demande intérieure. Ce qui serait salutaire pour les économies européennes et états-uniennes.

En fait la chancelière donne quelques gages mais ne déroge pas à sa ligne toute dévouée aux intérêts mercantiles et financiers des grands groupes exportateurs germaniques. Au plan intérieur elle continue de s’inscrire dans une logique dite de modération salariale. Comme elle répète de sommet en sommet à ses partenaires européens que des réformes de structure – entendez l’application à la lettre de politiques austéritaires – sont le seul moyen de sortir des problèmes.

Pourtant le «modèle» est lui-même en crise. Les contradictions s’aiguisent. Le « tournant énergétique » fait grimper la facture d’électricité des citoyens ordinaires et… les émanations de gaz à effet de serre. Le marché intérieur reste léthargique. Le pays se dépeuple sous l’effet d’une profonde crise démographique. L’espoir vient des résistances qui émergent aujourd’hui face à ces terribles dysfonctionnements. Et le débat que suscite le Smic est bien plus important que son application concrète caricaturale.

Comment apparaissent ces dynamiques nouvelles et quel rôle joue donc ce débat sur le Smic?

Bruno Odent. Une partie du mouvement syndical – celle qui s’est montré la plus conséquente avec la nécessité de rompre le traditionnel cordon ombilical avec la social-démocratie – est frustrée, voire indignée par la fuite en avant dans laquelle s’inscrit la grande coalition. Ainsi Frank Bsirske, le président de la fédération des services (Ver.di) (plus de deux millions d’adhérents) dénonce avec humour, à propos de la proposition de loi instaurant le Smic, « la préservation d’un droit acquis au dumping social » et  exige de porter immédiatement le Smic à 10 euros. Le dirigeant syndical est à la pointe des tentatives dévouées à la reconstitution des forces d’un mouvement syndical, jadis très puissant mais terriblement  affaibli par les réformes inscrites sur le fameux agenda 2010 de l’ex chancelier Schröder.

Ce regain de combativité trouve sa traduction sur le plan revendicatif. Dans les secteurs où les négociations salariales ont démarré des hausses comprises entre 3% et 5% sont exigées. Des débrayages réguliers ont lieu dans la fonction publique. Les travailleurs de la chimie viennent d’obtenir des augmentations de 3,5% pour l’année en cours.

Au niveau politique le co-président de Die Linke, Bernd Riexinger, qui réclame comme Bsirske  un Smic à 10 euros, a décidé de porter plainte devant la cour constitutionnelle.  Car l’instauration d’un régime sans Smic pour les jeunes et les chômeurs de longue durée constitue, de fait, une violation de l’égalité de traitement de chaque citoyen garanti par la loi fondamentale.

Ces mouvements qui s’esquissent outre Rhin peuvent-ils s’articuler aux luttes des salariés européens pour mettre en échec l’Europe austéritaire ?

Bruno Odent. Bien sûr. Et c’est là un formidable facteur d’espoir. Les rapports de force ont si favorablement évolué au sein du syndicat DGB depuis le début de la crise de l’euro que plusieurs  propositions de son aile la plus combative ont trouvé force d’expression dans des déclarations confédérales. Dès 2011 le syndicat a dénoncé ainsi ouvertement, dans une Résolution sur la Grèce, la dépendance des états à l’égard des marchés financiers. Il propose de court-circuiter ces derniers, moyennant la création d’une banque publique européenne autorisée à se refinancer directement auprès de la BCE (à des taux donc presque nuls). Et le DGB avance depuis début 2013  un « plan Marshall » pour l’Europe qui prend l’exact contrepied des politiques restrictives imposées par Berlin et dénonce même explicitement les «réformes structurelles », si chères à la chancelière.

Les syndicalistes et les dirigeants politiques vraiment engagés à gauche comme ceux de Die Linke, sont inquiets des risques de déflation. L’an dernier le salaire réel des  travailleurs allemands a légèrement baissé, selon les chiffres communiqués récemment par l’office fédéral des statistiques, Destatis. De quoi accentuer la léthargie du marché intérieur. Au pire moment. Car les commandes à l’industrie exportatrice ont tendance à s’essouffler, sur fond de ralentissement des pays émergents et surtout d’étranglement d’une zone euro, asphyxiée par les plans d’austérité. Le besoin d’une autre Europe et d’un autre euro résonne ainsi au cœur même du «modèle».  

Entretien réalisé par Vadim Kamenka

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Nochten, la folle expansion d’une soufflerie de gaz à effet de serre

Les records allemands d’émission de CO2 illustrent les contradictions de la libéralisation du marché européen de l’électricité, si fortement copié du « modèle » énergétique promu par Berlin. Visite guidée d’une mine de lignite à ciel ouvert en pleine extension, et chez ceux qui y résistent.

On ne peut pas les manquer. Les colonnes de fumée de Boxberg sont visibles à dix kilomètres à la ronde. Le centrale thermique, tel un monstrueux animal tapi dans la campagne, digère le lignite extrait de la mine à ciel ouvert voisine de Nochten. Elle participe à pleine chaudière de la frénésie des grands producteurs d’électricité pour les combustibles carbonés (lignite et charbon), devenus très rentables sur le marché européen libéralisé de l’énergie. Le « tournant énergétique » allemand, accéléré à partir de 2011 avec l’abandon progressif du nucléaire, vire ainsi au cauchemar écologique, l’Allemagne augmentant désormais d’année en année ses rejets de CO2. 

Boxberg est en plein boom. D’une puissance globale de 2 575 mégawatts, exploitée par le groupe suédois Vattenfall, l’un des quatre gros électriciens qui se partagent le marché germanique, la centrale a mis en service en 2012 une quatrième tranche de production. Elle a rejeté à elle seule, l’an dernier dans l’atmosphère, 19,2 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit 21% de plus que l’année précédente (1). Et Vattenfall vient d’obtenir du ministre-président du Land de Saxe, Stanislaw Tillich (CDU), l’autorisation d’étendre le périmètre d’exploitation du lignite sur plusieurs dizaines de milliers d’hectares supplémentaires. Signe d’une stratégie de long terme, donc durable (sic), l’exploitation de Nochten 2 devrait battre son plein dans le courant de la prochaine décennie.

 L’expulsion de quelque 1 700 personnes est programmée

« L’Allemagne est devenue de loin championne d’Europe des émissions de CO2 et Boxberg est dans le peloton de tête du championnat allemand », ironise Friederike Böttcher, animatrice de Strukturwandel (transformation structurelle), une alliance d’associations qui combattent les projets d’extension de la mine. La jeune femme a dressé avec d’autres militants à Neustadt, à la périphérie de Nochten 2, une sorte de camp de base de la résistance à l’extension de la mine. Elle insiste : « Le lignite, aux propriétés calorifères plus limitées que le charbon, est de loin le combustible fossile le plus polluant. »

La destruction de plusieurs villages et l’expulsion de quelque 1 700 personnes sont programmées. Les maisons, les fermes, les écoles, les églises, tout doit être avalé par les «Bagger», ces insectes mécaniques géants déjà en pleine action sur Nochten 1. Leurs têtes en forme de roues surmontées de bennes extractives, grandes comme des camions, engloutissent, heure par heure, des milliers de tonnes de combustible qu’elles recrachent sur des tapis roulants. Des wagons installés sur un vaste réseau ferré interne les transporteront ensuite jusqu’aux chaudières de la centrale.

« Le tournant énergétique est devenu un tournant vers le lignite. Et tout ça pour que Vattenfall puisse faire son beurre. » Edith Penk ne mâche pas ses mots. À la pointe du mouvement de résistance à l’extension de la mine à ciel ouvert, elle nous reçoit en ce 30avril, sous la tonnelle devant sa maison. Elle désigne du doigt à la ronde les champs et les habitations environnants : « Voyez là, lance-t-elle, les villages de Rohne, Mulkewitz et Schleife. Tout doit être anéanti. »

Aujourd’hui à la retraite, madame Penk, qui a travaillé pendant trente ans comme éducatrice dans l’école locale, est née dans cette maison dont la destruction est programmée. Elle participait encore à une manifestation le 27 avril dans Rohne avec le soutien des associations du « Strukturwandel » et de Kathrin Kagelmann (Die Linke), députée de la circonscription au Parlement de Saxe. Battante, elle est devenue avec son fils Christian une des figures du mouvement de résistance.

Les dégâts sur la haute atmosphère avec leurs conséquences pour le réchauffement climatique ne sont « pas les seuls crimes perpétrés contre la nature et les hommes », relève Edith Penk, qui évoque ces émissions de particules fines si importantes avec le lignite et si nocives à la santé des populations « les jours où elles stagnent parce qu’il n’y a pas d’air ».

Avec la lutte, chez les Penk on s’est pris de passion pour la défense de la biodiversité. Christian accepte de nous emmener dans la zone interdite sur le front de la mine à ciel ouvert, pour nous montrer comment se prépare l’extension de l’exploitation des couches souterraines de lignite. Avec le permis spécial, obtenu sur insistance des habitants riverains, pour qu’ils puissent continuer à jouir de la lande et de la forêt voisine, nous allons sillonner les chemins de terre, croisant de gros engins de chantier et des semi-remorques chargées d’arbres coupés, évacués. Christian stoppe brusquement sa voiture devant un chêne bicentenaire, un massif de myrtilles, très rares et inscrites sur les registres de l’office fédéral de protection de la nature. « Tout cela, s’indigne notre guide, va devenir un désert avant même que d’être englouti par les engins de la mine. »

Nous allons bien vite comprendre le sens de sa remarque. Le long de vastes tranchées forestières où ont été arrachés pins, hêtres, chênes et bouleaux, est installé un réseau de canalisations géantes. Elles sont reliées à des puits installés environ tous les cent mètres d’où l’eau de la nappe phréatique est remontée et évacuée. Il s’agit d’assécher les couches profondes d’argile, puis de lignite pour mettre la mine hors d’eau. Plus nous nous approchons du front d’exploitation et plus la végétation se dessèche. Et l’on finit par fouler le sol d’une sorte de désert, quelques centaines de mètres avant d’atteindre le rebord de la mine. Comme un avant-goût du paysage lunaire qui va s’offrir alors à nos yeux sur dix kilomètres avec, en arrière-plan, les cheminées fumantes de la centrale de Boxberg.

Une «com.» verte qui ne fait pas illusion parmi les autochtones

Sur la défensive, la direction de Vattenfall invoque le besoin d’étendre l’exploitation compte tenu de la demande d’électricité sur le marché. Et pour donner le change, elle met en avant sa politique… environnementale invoquant « un chantier de remise en culture systématique » sur les lieux mêmes de la mine, les nouvelles terres avalées par les insectes mécaniques à l’œuvre servant à boucher partiellement les trous laissés béants dans le paysage. Elle brandit même fièrement son Findlingspark, installé tout près de la centrale. Des roches dures parmi les sédiments emmenés dans la région à l’ère glaciaire sont les vedettes de ce parc d’attractions planté de buissons et d’espèces végétales rares censés appartenir au patrimoine botanique de la région.

Cette «com.» verte ne fait pas franchement illusion parmi les autochtones. À l’évocation du Findlingspark, Christian Penk ne peut réprimer son agacement. Sa lèvre tremble : « Un piège à touristes, une hypocrisie sans nom, lâche-t-il. Les arbres, sur les argiles ou les sols pauvres, remis en place, ne reviendront pas avant trente ou quarante ans, au mieux. » Engagées elles aussi sur le « front » touristique, les autorités régionales tentent de vendre la Lausitz comme un nouveau paradis lacustre grâce à la transformation des trous géants laissés par les mines en lacs artificiels. Mais des difficultés techniques redoutables et des glissements de terrain intempestifs – jusqu’à l’engloutissement récent d’une partie d’un village – repoussent sans cesse l’inauguration du projet.

Un procès à l’issue incertaine vient d’être engagé contre Vattenfall par toutes les associations régionales de protection du climat et de défense de l’environnement. Nous reconduisant sur le bord du chemin, les Penk n’en gardent pas moins espoir. Ils affichent, en tout cas, tout sourire, leur désobéissance tranquille : « Soyez-en sûr, nous ne nous rendrons pas.»

(1) Un boom analogue sur le lignite 
est repérable dans les trois régions d’extraction du combustible, la Lausitz, aux confins 
du Brandebourg et de la Saxe, tout près 
de la frontière polonaise, la région au nord 
de Leipzig et une autre plus à l’ouest, 
près de Cologne, en Rhénanie.

 

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Pourquoi le modèle ordolibéral allemand est un modèle polluant

Le «tournant énergétique» a été conçu dans le respect absolu des dogmes d’un système qui laisse les mains libres au marché et donc aux plus gros acteurs du secteur.

Le «tournant énergétique» (Energiewende) devait constituer un saut historique placé volontairement sur le même plan qu’un autre tournant (Wende) qui désigna jadis la réunification. Seulement la formule ordolibérale adoptée par Berlin pour en organiser la mise en œuvre débouche aujourd’hui sur des contradictions toujours plus insupportables. Alors qu’elle est censée faire passer l’Allemagne sous le régime des énergies renouvelables à l’horizon 2050, elle vient de la propulser dans le fauteuil de champion d’Europe haut la main de la production de gaz à effet de serre, avec quelque 951millions de tonnes de CO2 rejetées en 2013, soit 11 millions de tonnes de plus que l’année précédente. D’un autre côté, les mêmes normes font exploser la facture des usagers ordinaires avec un kilowatt/heure dont le prix moyen oscille désormais autour de 28 centimes d’euros (contre moins de 14 en France). Ce qui n’est pas sans miner le soutien populaire à une transition énergétique pourtant cruciale, pour l’Allemagne comme pour l’Europe.

La formule adoptée par le gouvernement Merkel II en 2011, au moment de la catastrophe de Fukushima, visait à organiser la sortie du nucléaire d’ici à 2022 en confortant les mesures, déjà prises au début des années 2000, pour la promotion de l’éolien, du solaire et de la biomasse. La loi du marché d’un secteur énergétique, déjà totalement aux mains d’acteurs privés, n’est pas seulement restée la référence, elle fut aussi intronisée comme outil de promotion «naturelle» du renouvelable.

La fin du recours aux centrales atomiques ne constituait pas a priori un handicap majeur, même s’il a fallu compenser la perte du nucléaire, qui a pour qualité non négligeable de n’émettre aucun gaz à effet de serre. En effet, en 2011, seulement un peu plus de 20% de la production d’électricité était d’origine nucléaire outre-Rhin (contre près de 80% pour la France).

Le schéma retenu pour négocier «le tournant» prévoit une montée en puissance des renouvelables, combinée au maintien d’un solide réseau de centrales conventionnelles suffisamment flexibles pour alimenter immédiatement le réseau en cas de mauvaise météo (absence de vent ou (et) de soleil). «L’utilisation de centrales au gaz qui rejettent peu de CO2 dans l’atmosphère aurait dû être privilégiée pour organiser cette complémentarité», plaide-t-on à la fédération des Amis de la terre à Berlin. Or, parmi les énergies fossiles, la compétitivité du gaz est largement battue par celle des centrales au lignite ou au charbon (plus de 45% de la production d’électricité allemande). La faiblesse des cours de ces combustibles a donc poussé les électriciens privés vers le plus rentable. C’est pourquoi les quatre grandes compagnies qui se partagent l’essentiel du marché de l’électricité, Eon, RWE, Vattenfall et Enbw, ont décidé d’investir dans des centrales au lignite ou au charbon, fermant une partie (10% en 2013) de leurs centrales à gaz peu polluantes.

Autre effet pervers du corset libéral : la bourse européenne des certificats d’émissions de CO2, censée organiser la lutte contre le réchauffement climatique en harmonie, elle aussi, avec la doxa de l’économie de marché, a conforté le choix de «compétitivité» des grands acteurs du marché allemand de l’énergie en faveur des combustibles carbonés. Car ces certificats ou «droits à polluer» se négocient aujourd’hui à vil prix (autour de 6 euros la tonne de CO2 contre plus de 20 au moment de leur émission, en 2008) suite à l’effondrement de leur valeur induit par le ralentissement de l’activité
en Europe.

Pour les électriciens et les grands groupes industriels allemands, la régulation ordolibérale du «tournant énergétique» s’est apparentée à un traitement sur mesure.
Au nom du maintien de leur compétitivité, ils ont été exemptés du financement de la prime à l’installation des énergies renouvelables, définie par
la loi EEG (Erneuerbare Energie Gesetz). Ce qui a donc alourdi d’autant la facture d’électricité des usagers ordinaires. «Autrement dit : on a instauré un modèle qui permette, à coup sûr, de socialiser les pertes et de privatiser les profits», relève la députée du Land de Saxe, Kathrin Kagelmann (Die Linke). Et l’addition est d’autant plus salée qu’elle touche, précise Kagelmann, des salariés ou des retraités ordinaires «déjà installés dans la précarité ou la pauvreté sous l’effet des réformes antisociales de ces dix dernières années».

Enfin, comble de la soumission du «tournant énergétique» aux logiques libérales : certains investisseurs ont été tentés de spéculer sur l’énergie renouvelable. Les propriétaires d’éoliennes ou d’installations photovoltaïques peuvent en effet écouler leur production d’électricité à un prix garanti pendant vingt ans. Une aubaine pour quelques agioteurs qui ont fait miroiter des rendements de 8% à 12% pour les titres investis dans le secteur. Jusqu’à éclatement d’une bulle, comme vient de le vivre la société Prokon qui fait pourtant partie des 5 plus gros fabricants d’éoliennes du pays. Elle a dû se déclarer en faillite le 2mai, ruinant au moins partiellement quelque 75 000 petits porteurs qui ont perdu jusqu’à 70% de leur mise, et laissant au moins 150 employés sur le carreau.

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« Tournant énergétique »: la quadrature du cercle de Sigmar Gabriel

Le président du SPD, devenu titulaire d’un super-ministère de l’Énergie et de l’Économie, veut réduire la facture d’électricité des citoyens ordinaires en confortant les privilèges des Konzerne.

 Le vice-chancelier et président du SPD, Sigmar Gabriel, à qui a été confié en décembre dernier un super-ministère de l’Économie et de l’Énergie au sein du gouvernement de grande coalition (CDU/SPD), reste prisonnier des logiques qui minent le terrain du «tournant énergétique». Face au mécontentement de plus en plus perceptible que provoque l’envolée des factures d’électricité des particuliers, il a lancé un ajustement de la loi EEG (Erneuerbare Energie Gesetz), destinée, on le sait, à stimuler la mise en place d’éoliennes, de plaques photovoltaïques ou de centre biomasse. Le « toilettage » adopté doit permettre de plafonner le nombre des nouvelles installations « renouvelables ». Il en espère un ralentissement de la progression de la « prime EEG » qui croît depuis trois ans de façon quasi exponentielle.

La démarche inquiète les associations de défense de l’environnement. Car le ministère a annoncé qu’il renvoyait à 2025 (au lieu de 2020) l’objectif de couvrir à plus de 40% la production d’électricité par recours aux énergie verte. Il est prévu un plafonnement des nouvelles infrastructures. Si le processus engagé est présenté comme un moyen de refroidir une frénésie chaotique autour du renouvelable, il n’est pas acquis que cela suffise à enrayer la flambée des factures d’électricité. Car Sigmar Gabriel, qui dénonçait pourtant durant la campagne de l’élection du Bundestag de septembre 2013 les « privilèges » des grands groupes exonérés de prime à l’installation des renouvelables (EEG), a cédé à la pression de la fédération de l’industrie allemande (BDI). Au nom de la préservation de leur compétitivité près de 2 000 entreprises resteront ainsi totalement ou partiellement exonérées. Et la charge continuera naturellement d’être transférée sur les épaules des usagers ordinaires.

Mieux : Gabriel a défendu bec et ongles le bien-fondé de ce dispositif face au commissaire européen à la Concurrence, Joachim Almunia, qui s’inquiétait de la distorsion de concurrence que les règles du «tournant énergétique» induisaient ainsi en faveur des Konzerne. Bruxelles s’est finalement rangé aux arguments du ministre et de la puissante BDI qui est aussi… l’un des plus efficaces lobbyistes auprès de la Commission.

Aubaine pour les Konzerne, ce système à plusieurs vitesses est pourtant pour le moins vicié. « Les grands groupes réussissent à gagner deux fois en termes de compétitivité », explique Christian Redl, un des dirigeants du think tank berlinois Agora Energie Wende et auteur d’un rapport sur les « paradoxes du tournant énergétique allemand ». Non seulement les Konzerne ne payent pas la prime EEG mais ils peuvent négocier directement l’achat de courant électrique au prix de gros à Leipzig auprès d’une bourse d’échanges de l’électricité, mise en place à la suite de la libéralisation du secteur enclenché au niveau européen. Les cours peuvent y atteindre des niveaux dérisoires (jusqu’à des prix négatifs, les fournisseurs d’électricité payant pour se débarrasser de leur courant électrique en excès) quand les éoliennes portées par des vents forts tournent à plein régime ou quand les chaudières des centrales à lignite sont chauffées à blanc.

Le « tournant énergétique » qui promet de continuer de faire exploser la facture d’électricité des usagers ordinaires, permet ainsi aux Konzerne de s’affubler en même temps d’un très gros avantage de compétitivité sur leurs concurrents européens. Et d’accentuer leurs performances à l’exportation. Même les quatre grands fournisseurs d’électricité, exonérés eux aussi de taxe EEG, profitent du système, l’Allemagne affichant un très net excédent dans le commerce de l’électricité sur ses voisins européens, France comprise. L’alignement du ministre social-démocrate ne permet pas d’évidence de résoudre, pour l’heure, les contradictions qui émergent avec tant de force. Celles-ci illustrent pourtant l’urgence tant du besoin d’une véritable Europe de l’énergie que de protection du climat. Dans des secteurs où un dépassement du marché frappe à la porte.

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La conquête de l’Est, au coeur de la compétitivité allemande

Les groupes germaniques se sont servis de l’arme monétaire, le mark puis l’euro fort, pour se saisir des fleurons des économies d’Europe orientale. En les intégrant à leur chaîne de production, ils s’assurent 
le titre de champions du monde des exportations. Contre les besoins de coopération et de solidarité européennes.

C’est en Europe centrale et orientale (Peco) que se situe l’un des secrets du renforcement de la domination des Konzerne, les grands groupes exportateurs germaniques, sur l’ensemble de l’Union européenne. Dès le lendemain de l’écroulement de l’ex-RDA et des pays socialistes étatistes, ils se sont appuyés sur la politique du mark fort pour faire leurs emplettes à bon compte de l’autre côté de l’ex-rideau de fer. Ils ont pu ainsi se saisir des fleurons de l’industrie locale qu’ils se sont appliqués à transformer en filiales. Dotées d’une main-d’œuvre low cost mais hautement qualifiée, ces entreprises leur fourniront les pièces détachées qui seront assemblées sur les sites opportunément préservés du centre de production allemand.

 

Travailler sur des pièces achetées 
à vil prix en couronnes tchèques

Si Volkswagen, par exemple, paye ses équipes qui travaillent dans les usines de son cœur historique à Wolfsburg bien mieux que celles de Renault, il les fait travailler sur des pièces achetées à vil prix en couronnes tchèques aux ateliers de Skoda, devenu filiale à 100% 
du constructeur automobile.Avantage de ce type d’expansion industrielle : les berlines ou les machines-outils montées outre-Rhin à partir de marchandises importées vont pouvoir bénéficier d’un prix d’autant plus compétitif sur le marché mondial qu’elles resteront estampillées du précieux label de qualité attaché au «made in germany». D’année en année, le processus n’a cessé de s’amplifier.

En 1995, on trouvait déjà 32% de produits importés (pour l’essentiel d’Europe orientale) dans les exportations allemandes. On était passé en 2006 à 45%, date à laquelle l’office fédéral des statistiques Destatis a curieusement cessé de se livrer à ce type de mesure. Il n’est pas difficile néanmoins de repérer combien cette évolution s’est encore amplifiée depuis, 
au rythme de l’intensification des relations commerciales entre l’Allemagne et les Peco (nos cartes). L’arme monétaire est toujours 
le vecteur clé de cette conquête de l’Est 
pour les Konzerne. L’euro fort a simplement pris le relais du mark fort.On saisit ainsi la raison de fond de l’inflexibilité de Berlin à l’égard de ses partenaires quant au respect des règles de fonctionnement monétaristes de la BCE. La démarche imprègne la classe dirigeante allemande, qui s’appuie sur l’expérience des dernières décennies, depuis la mise en coupe de l’ex-RDA après l’adoption d’une union monétaire interallemande, en 1990, jusqu’à donc l’intégration économique de l’ex-Hinterland est-européen, en passant même par les positions récemment acquises toujours plus à l’Est, en Russie, où l’Allemagne est le premier investisseur occidental.

 

Transformer toute l’UE 
en terrain de chasse des Konzerne

Pas étonnant dès lors qu’un débat se soit instauré dans ces milieux dirigeants à la faveur de la crise de l’euro. D’aucuns ont craint que les mécanismes de soutien aux pays en difficulté puissent constituer l’ébauche de transferts intereuropéens. Une majorité s’est satisfaite de la politique de la chancelière, Angela Merkel, qui a considéré que la politique de l’euro fort pouvait être suffisamment verrouillée au plan européen.

Toutefois une minorité bruyante est apparue, convaincue, comme l’ex-patron des patrons de la Fédération des industriels (BDI), Hans-Olaf Henkel, que la sauvegarde de l’arme monétaire au service des Konzerne passait par un… retour au mark. Aux yeux du numéro deux sur la liste de l’Alternative pour l’Allemagne, l’extrême droite xénophobe allemande, promise malheureusement, semble-t-il, à une percée aux élections européennes, l’appréciation d’un deutsche mark retrouvé ou d’un «euro du Nord» permettrait de conforter les positions acquises dans l’Hinterland est-européen. Et même de mieux transformer toute l’UE, France comprise, en terrain de chasse des Konzerne.

Il suffit d’observer les logiques d’aménagements industriels induites par la mise sous tutelle des Peco, le plus souvent très éloignées, voire contradictoires avec leurs besoins, pour comprendre combien cette «insertion» à l’empire des Konzerne est dommageable et combien une version accélérée par un éventuel éclatement de la monnaie unique aurait des conséquences encore plus préjudiciables. Alors que la déflation menace, l’Europe a besoin de cet euro radicalement transformé que craint si fort le grand patronat allemand.

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La menace de la peste de la déflation ébranle le dogme de l’euro fort

Alors que le virus austéritaire étend ses ravages déflationistes, le président 
de la BCE envisage, pour la première fois, d’agir contre l’appréciation de la devise. Cette rupture avec l’othodoxie monétariste constitue un formidable encouragement à changer vraiment l’euro ( article paru dans l’humanité du 17 avril 2014).

Le taux de change très élevé de l’euro, qui caracole depuis le début du mois d’avril entre 1,38 et 1,40 dollar, rend Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), de plus en plus fébrile. Pour la première fois, il a reconnu le 12 avril à Washington à l’occasion des réunions de printemps des institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale) que le phénomène n’était pas signe de bonne santé de la zone euro mais pouvait au contraire lui porter des préjudices terribles, en accélérant la propagation de la peste de la déflation.

Le président de la BCE juge en effet que la montée de la monnaie unique contribue à la langueur de la hausse des prix dans la zone euro (seulement 0,5% en mars dernier contre 0,7% le mois précédent). Un euro fort déprécie en effet le coût des produits importés. Ce qui fait mécaniquement baisser les prix sur les marchés européens. D’après les calculs des services de la BCE, l’appréciation de la devise européenne depuis le début de l’année 2013 aurait contribué à réduire ainsi le taux d’inflation de 0,5 point. Et Mario Draghi se dit prêt à intervenir : «Une poursuite de l’appréciation du taux de change de l’euro, a-t-il dit à Washington, pourrait nécessiter une action monétaire.»

Cette attitude à l’égard d’un euro «anormalement fort» prend d’autant plus de relief qu’elle est tout à fait neuve. Jamais le banquier central en exercice ou ses prédécesseurs n’avaient fait la moindre allusion de ce type. Et cela pour une raison évidente : l’euro a été conçu comme une monnaie forte, destinée à attirer le maximum de capitaux sur les places financières du Vieux Continent. Les États-Unis, qui jouent du dumping monétaire en s’appuyant sur les privilèges du dollar, peuvent ainsi pousser vers le haut le cours de la devise européenne alors que, paradoxe, l’Europe affiche une croissance léthargique.

Surtout, le dogme de l’euro fort nourrit, en interne, le virus déflationniste. Celui-ci prospère sur les politiques austéritaires, présentées comme le moyen d’assainir les finances publiques des États membres, singulièrement celles des pays d’Europe du Sud, placés depuis des mois au pain sec et à l’eau par une troïka composée de l’UE, du FMI et de… la BCE. Étranglant les salaires, tuant l’emploi, ces politiques restrictives provoquent un effondrement du pouvoir d’achat, donc de la demande intérieure, donc des prix puis des investissements, poussant ainsi la zone euro dans une spirale infernale.

Exportations européennes pénalisées

Si l’euro fort réduit le prix des produits importés, il pénalise lourdement la compétitivité des exportations européennes. Des pays comme la France, spécialisés dans les productions «moyenne gamme», sont plus particulièrement touchés par le renchérissement de la monnaie unique. L’Allemagne, dont les entreprises sont davantage positionnées sur les produits «haut de gamme», en souffre moins, et les Konzerne ,ses grands groupes, en tirent même souvent avantage. Grâce à l’euro fort ils ont pu en effet acquérir à très bon compte des entreprises dans leur «Hinterland» est-européen. Les pièces qu’ils peuvent y facturer à vil prix en devise locale sont en effet importées puis montées et assemblées outre-Rhin avant d’être exportées sur le marché mondial avec l’estampille «made in Germany».

Du cousu main pour la compétitivité des champions du monde de l’exportation. Et on comprendra, au passage, pourquoi Berlin reste si déterminé à imposer à ses partenaires le respect des dogmes monétaristes et restrictifs, d’ailleurs déduits pour l’essentiel de ceux de l’ex-Bundesbank. Seulement aujourd’hui l’exacerbation des contradictions induites par ce «modèle allemand» pousse tellement l’Europe au bord du gouffre que Mario Draghi lui-même en vient à envisager d’intervenir contre l’euro fort.

De quoi conforter les partisans d’une transformation radicale, sociale et solidaire, du système européen, miné par le poison de l’austérité. Cette alternative frappe à la porte avec d’autant plus d’insistance que le tabou verbalement brisé par le grand argentier, montre combien elle correspond à un défi hyperactuel. Et se situe donc en pleine résonance avec le prochain scrutin européen. Il faut enfin ne plus hésiter à activer la planche à billets. Dans le sens du bien commun européen. C’est-à-dire en accordant des crédits avec des taux d’intérêt d’autant plus faibles qu’ils serviront des investissements porteurs d’emplois, de formation, de recherche, de nouveaux services publics ou d’une véritable protection de l’environnement. Il est plus que temps de répondre à l’appel du neuf en faveur d’une refondation de l’Europe.

 

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